Biodiversité, géodiversité, ethnodiversité, sociodiversité du Venezuela

31 mars 2007

Après la pluie

Comme le disait il y a quelques années un slogan du ministère du Tourisme, « le Venezuela est le secret le mieux gardé des Caraïbes ». Tellement bien gardé, ajouterais-je, que personne ne le connaît…À l’étranger, l’image du Venezuela se résume le plus souvent à ses puits de pétrole sur le lac de Maracaibo. Pourtant, quelle diversité dans ce pays de 912 000 km2! Avec la Colombie, le Venezuela est le seul pays d’Amérique Latine qui donne à la fois sur les Caraïbes, sur les Andes et sur l’Amazonie. Et si la Colombie jouit en plus une façade pacifique, le Venezuela compense amplement avec son extraordinaire Guyane. Biodiversité, géodiversité, ethnodiversité, sociodiversité : de jour en jour, on n’arrête pas d’être étonné…Bref, le pays est un véritable cadeau pour les yeux, à tel point que bien souvent, le visiteur ne sait plus où donner de la tête. Et précisément, pour les yeux, rien de tel qu’une bonne collection de photos.Précisément, j’en ai commencé une sur Flickr, qui est actuellement le meilleur site pour l’hébergement et le partage de photos. Je vous invite donc à voir mon album de photos du Venezuela, qui ne cesse de s’étoffer de jour en jour. J’y ai sélectionné mes photos les plus représentatives de la diversité des modes de vie, des paysages, des populations de l’ensemble du pays. Comme j’ai la chance, professionnellement, de me rendre dans des endroits vraiment retirés du monde (parfois à plusieurs heures de marche de la dernière automobile), j’ai le plaisir de les partager avec vous.

Toutes les photos de la collection sont géoréférenciées, c’est-à-dire qu’en cliquant sur Map, vous verrez apparaître une carte du Venezuela qui vous indiquera à quel endroit elles ont été prises (n’ayez pas peur de zoomer pour connaître le lieu précis). Un badge Flickr, dans la colonne de droite de ce blogue, vous permet d’avoir un accès facile à ma collection.

Enfants pemonEt pour ceux qui ne seraient pas rassasiés, il y a dans Flickr un groupe Venezuela, qui vous permettra de fureter parmi des milliers de clichés (de qualité excellente à médiocre) pris dans le pays.

Vous n’avez donc plus aucun prétexte pour ne pas vous mettre le Venezuela plein la vue!


Le charisme de Chávez : en plein dans le mille!

17 mars 2007

Chavez durant un meeting

Il faut vraiment être de mauvaise foi (mais beaucoup le sont) pour ne pas reconnaître que Hugo Chávez possède un charisme peu commun. Il est un animal politique de la meilleure race, qui parvient à charmer, conquérir ou convaincre ses interlocuteurs en deux temps trois mouvements. Il possède une extraordinaire facilité de parole, s’adapte quasi mimétiquement au public en face de lui et semble se trouver à l’aise dans toutes les situations, que ce soit à la tribune de l’ONU ou face à des militants enflammés. Aussi a-t-on pu le comparer à une espèce de Zelig, le célèbre personnage-caméléon inventé par Woody Allen.N’est-ce pas précisément ce don de parole qui le rendit célèbre, lorsque, le 4 février 1992, au matin de son coup d’état manqué, face à toutes les caméras du Venezuela, il fit en 169 mots et un peu plus d’une minute une historique déclaration de reddition. Après un tel échec, n’importe qui aurait perdu la face. Lui, au contraire, l’a gagnée : depuis cette date, il n’est plus sorti de l’histoire du Venezuela.

Pas plus tard qu’il y a deux semaines, une députée européenne de passage au Venezuela (dont je tairai diplomatiquement le nom), qui avait eu la chance de rencontrer Hugo Chávez, me commentait, à manière de confirmation, que le personnage débordait effectivement de charisme. Elle ajoutait même, en aparté, qu’il ne manquait pas de sex appeal, un fameux compliment venant d’une représentante de la gent féminine!

Corps et âme
Un exemple parfait de ce charisme en action, je le trouve exprimé textuellement dans le blog de Pierrecito, un jeune français venu passer quelques mois à Caracas (sans doute dans le cadre d’un stage d’étudiant). Lui aussi a eu la chance de rencontrer le président à Miraflores, le palais présidentiel. Après en avoir expliqué avec force détails les circonstances, Pierrecito explique :

Ce bonhomme est vraiment incroyable. Si on rapproche un programme politique vraiment excellent au charisme qu’il dégage, on comprend son soutien populaire. Il m’est difficile de parler plus de la personnalité de Chavez. En fait, ce n’est pas tellement intéressant car après tout on se fiche de l’homme, ce qui compte c’est ce qu’il fait, mais il faut connaître le personnage pour se rendre compte du charisme qu’il a. Ce charisme, cette proximité que les classes basses lui reconnaissent parce qu’il parle comme quelqu’un du peuple, parce qu’il va dans les barrios [bidonvilles], parce qu’il fait énormément pour cette population (qui représente 60% du pays, ne l’oublions pas) à laquelle aucun dirigeant ne s’était jamais réellement intéressé, c’est cela qui fait Chavez.

Pierrecito, malgré son discours quelque peu ingénu, se révèle être un excellent analyste, critique et clairvoyant :

Aujourd’hui, j’ai compris quelque chose de « bien important », comme on dit ici.Quand j’étais dans ce salon, j’ai senti les motivations d’une politique, de toute une ambitieuse pensée qui vise à développer un pays qui manque de presque tout, sauf de bonheur. Mais ce que j’ai senti, aussi, c’est l’odeur du pouvoir. Toute cette adulation, toutes ces responsabilités, tous ces projets – tout cet argent – se réparti dans des mains qui acquièrent d’autant plus de pouvoir qu’elles sont populaires. Je n’ai pas vraiment d’opinion sur le sujet… ça pue le pouvoir, mais en même temps on ne va pas reprocher à un gouvernement d’être populaire, non ?

En fait, ce que j’ai réalisé, c’est la différence entre la recherche du pouvoir que doivent lorgner bien des opportunistes qui enfilent le tee-shirt rouge, et l’altruisme qui m’envahit comme les autres lorsque je parcours le barrio. C’est cela, quand on se mêle au travail communautaire, on rencontre sans arrêt des gens plein d’énergie, qui croient dans leur futur, qui on envie de changer des choses et parlent avec enthousiasme, même si rien ne va comme il faudrait… Les gens s’organisent, c’est dur mais les choses avancent, petit à petit.

Les habitants des barrios se sont toujours organisés entre eux, car ils n’ont pas le choix : délaissés, quand ils sont arrivés, il leur a fallu tout organiser eux-mêmes. Naturellement, des systèmes d’entraide se sont formés, pour aider les nouveaux arrivants (lui affecter un terrain, l’aider à faire sa maison), pour aider ceux qui ont un problème (tout le monde se cotise quand un enfant est malade), ou pour organiser la ville (réclamer trois sous à la mairie pour acheter des tuyaux et improviser les réseaux)… Mais depuis que le gouvernement s’occupe d’eux, tout change : la constitution décrit la participation populaire comme une composante des pouvoirs, les missions gouvernementales mettent en place des services de proximité, des budgets, des prêts sont accordés aux coopératives pour développer des projets de développement…

Et Pierrecito conclut :

Toute une population prend confiance pour travailler pour le futur. Cette énergie, on la ressent partout, et cumulée à la générosité naturelle des gens, à leur sympathie, cela donne tout simplement envie de s’engager corps et âme avec eux. Naturellement.

Hugo ChávezLà, on s’aperçoit que le charisme de Chávez a véritablement fonctionné. Il a été le déclencheur d’une émotion et d’une réflexion qui ont poussé Pierrecito à s’engager corps et âme aux côtés des plus démunis.

Et des Pierrecitos, il y en a plus qu’on ne pense, en Europe, en Amérique du Nord, et même, figurez-vous, au Venezuela!


Le Venezuela en français

13 mars 2007

Peinture muraleDes lecteurs me demandent où trouver sur Internet des informations en français sur le Venezuela. Voici quelques pistes :

Informations socio-politiques

Informations touristiques

  • Le Petit Fûté offre le guide en français le plus complet pour ceux qui veulent découvrir le Venezuela de manière autonome. Une page web sur le Venezuela, moins complète que la version papier, vous permettra de faire une première approche du pays. On y trouve une carte (plutôt jolie et de beau format) et quelques liens.
  • Le Routard ne possède pas de guide sur le Venezuela, mais curieusement, les informations sur le Venezuela qui apparaissent sur son site web sont plus fournies que celles du Petit Fûté. On y trouve même un forum consacré uniquement au Venezuela.

Un petit échantillon de haine

11 mars 2007

Blogue d’AnastasiaD’emblée, Anastasia dit que son blogue est « 100 % antichaviste » (admettons), « complètement fasciste » (cela dit sans le moindre soupçon de culpabilité, ce qui en dit long sur la culture politique de l’auteur) et qu’il « incite à la haine envers le président bien-aimé » (ailleurs, on serait condamné pour moins que cela). Bien entendu, Anastasia a tellement le courage de ses opinions qu’elle reste anonyme.

Dans le corps de ses messages, on trouve de très belles et très profondes diatribes, du genre :

En lo personal pienso que la psiquis del chavista debería ser considerada objeto de estudio por toda la comunidad psiquiatrica del país y del mundo… la de Chavez no porque nos es humana y por lo tanto es incomprensible!!! ni siquiera los psicologos de los perros pueden ayudarlo…

Je traduis : Personnellement, je pense que la psyché du chaviste devrait être considérée comme un objet d’étude par toute la communauté psychiatrique du pays et du monde… Celle de Chávez, non, car elle n’est pas humaine et est donc incompréhensible!!! Même les psychologues des chiens ne pourraient lui venir en aide…

Bon, ce n’est là qu’un petit échantillon de haine. Dans le cas qui nous préoccupe, celle-ci se trouve sans doute attisée par l’exil (volontaire) de l’auteur. Mais ce même sentiment de haine se retrouve aussi chez bien des antichavistes de l’intérieur. Surveillons donc nos fréquentations…


Touche pas à mon ampoule!

10 mars 2007

Ampoule fluocompacteEn novembre dernier, Hugo Chávez lançait une nouvelle « mission » (ainsi que se dénomment les programmes sociaux du gouvernement) : la Misión Energía. Celle-ci consiste à remplacer gratuitement les ampoules à incandescence traditionnelles par des ampoules « écologiques », dites fluocompactes, consommant jusqu’à 80 % moins d’énergie. L’objectif est ambitieux : substituer 52 millions d’ampoules (soit deux ampoules par habitant) d’ici juin 2007. L’opération permettra d’économiser 2000 mégawatts d’énergie, ce qui n’est en rien négligeable. Belle opération donc, qui, en prime, représente une jolie carte de visite internationale pour le gouvernement.

La mission va bon train : elle devrait atteindre son objectif dès la fin avril. Trois mille huit cents travailleurs sociaux vénézuéliens et cubains parcourent le pays jusque dans ses derniers recoins (parfois à dos de mulet), afin de toucher un maximum de foyers. J’ai pu constater de mes yeux qu’ils sont allés dans les endroits les plus improbables, là même où des véhicules 4X4 n’ont pas accès. La performance en dit long, soit dit en passant, sur la capacité du gouvernement à entrer en contact avec le Venezuela profond.

Cela dit, les responsables du programme se plaignent de la difficulté de mener à bien leur mission dans les urbanizaciones (beaux quartiers des classes moyennes et hautes). À cela plusieurs raisons :

  • Leurs habitants sont souvent absents pendant la journée, tous les membres de la famille ayant généralement une activité professionnelle.
  • Pour des raisons de sécurité, les propriétaires refusent que des inconnus (qui plus est, des chavistas) entrent chez eux, fût-ce pour changer des ampoules.

Et puis, il y a la paranoia typique des opposants au chavisme : la rumeur circule que le gouvernement a placé des micros dans les ampoules! Il est donc hors de question de procéder à leur substitution. Ce serait se livrer pieds et poings liés aux « communistes »!

Imaginons un moment le ministère de l’Intérieur procéder à des écoutes des ooposants via les ampoules « écologiques » : la cacophonie de lieux communs, d’injures et de propos haineux serait telle qu’il ne vaudrait même pas la peine d’en tenir compte…


Vidéo-trottoirs à Bruxelles et Caracas

9 mars 2007

Vanessa StojilkovicLa jeune réalisatrice française d’origine yougoslave Vanessa Stojilkovic ne voulait pas arriver à Caracas les mains vides. Elle désirait montrer aux Vénézuéliens ce que l’on savait et ce que l’on pensait de leur pays en Belgique et leur a donc présenté des vidéo-trottoirs filmés à Bruxelles.

Déception du côté vénézuélien : les Européens étaient bien mal informés sur le processus politique en cours au Venezuela, ou bien n’y croyaient pas. Les Vénézuéliens ont voulu répondre face à la caméra. Ce fut le début du tournage à Caracas, un autre vidéo-trottoir que Vanessa Stojilkovic a réalisé en interrogeant des personnes de toutes origines sociales. Ce dialogue filmé entre deux continents a donné lieu à la réalisation d’un documentaire intitulé Bruxelles-Caracas.

Bien sûr, la technique du vidéo-trottoir a ses limites. Elle est avant tout une juxtaposition d’opinions individuelles sélectionnées par le réalisateur. Mais lorsque les opinions s’accumulent, commencent aussi à se révéler les sentiments collectifs : les espoirs, les peurs, les rêves, les haines, … et cela devient représentatif de la diversité et de la complexité d’une société, la vénézuélienne en l’occurrence.

Je n’ai pas vu le film de Vanessa. Il n’est pas encore arrivé jusqu’à ma ville de province (mais est-il arrivé à Caracas? Je ne sais). J’ai seulement pu en voir la bande-annonce :

Si l’on en juge par ces extraits, les opinions favorables au processus politique en cours sont nettement plus nombreuses que les opinions défavorables. Ce n’est que justice : après tout, Hugo Chávez a recueilli 62,8 % des voix lors des élections de décembre 2006. Mais espérons tout de même que le documentaire n’est pas tombé dans le travers qui consisterait à couper la voix de ceux qui ne sont pas d’accord. Ceux-ci expriment aussi des craintes, des phobies ou des obsessions qui sont représentatives du sentiment d’une partie de la société et qu’il ne faut pas négliger.

Ainsi est le Venezuela, ainsi doivent l’exprimer ses trottoirs.


S.A.S. à Caracas

4 mars 2007

Que la bête meure!Ce n’est pas Tintin au Congo, mais S.A.S. à Caracas! Le Venezuela est devenu en quelques années un tel centre d’intérêt au niveau mondial que Malko Linge, le fameux espion international (mieux connu sous le sigle S.A.S., Son Altesse Sérénissime) devait bien finir par atterrir à Caracas.

C’est chose faite depuis quelque temps. Gérard de Villiers, l’inventeur de la noble créature, vient de pondre son nouvel opus, intitulé Que la bête meure. La couverture précise opportunément : La « bête », c’est Hugo Chávez, le Président du Venezuela! Il s’agit d’une enquête de Malko Linge dans les bas-fonds (et les hauts-fonds) de la politique vénézuélienne. Comme d’habitude avec S.A.S., le récit est bien enlevé et ne manque pas de péripéties hautement improbables. Il s’articule autour d’un projet d’assassinat de Hugo Chávez, ourdi par la frange la plus réfractaire de l’opposition. Toute ressemblance avec des personnages réels n’est donc pas seulement fiction et c’est là l’intérêt de la chose. Ceux qui connaissent un brin de politique vénézuélienne, en particulier, se délecteront.

Gérard de Villiers est venu lui-même à Caracas pour se documenter. Sauf quelques erreurs (notamment l’espagnol assez approximatif des réparties, supposées faire couleur locale), le cadre est habilement recréé et l’on ne peut qu’admirer le talent de l’auteur pour aller jusqu’au petit détail significatif. Certains personnages sont particulièrement bien ficelés et, comme toujours chez S.A.S., les scènes érotiques viennent ponctuer et pimenter la narration. En prime, on se délectera de quelques « révélations », vraies ou fausses, sur les relations du président avec les femmes…

Résultat : vous en apprendrez autant et même plus sur le Venezuela en lisant cette littérature de gare qu’en lisant la grande presse européenne ou américaine!