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Miss Univers et les sept étoiles

Stefania Fernandez, miss univers 2009

Stefania Fernández, Miss Univers 2009, arbore le drapeau vénézuélien à sept étoiles lors de l'édition 2010 du concours

Au Venezuela, les concours de beauté sont presque une affaire d’État. Voyez ce qui s’est produit lors de l’édition 2010 de Miss Univers, organisé le 23 août dernier à Las Vegas et remporté par la mexicaine Jimena Navarrete.

Passons d’abord sur ce que disent d’aucuns, ici au Venezuela : la candidate vénézuélienne Marelisa Gibson, pourtant l’une des grandes favorites du concours, a été proprement écartée du podium, car il était éthiquement impossible de couronner une miss vénézuélienne pour une troisième année consécutive. Ce ne sont là, faut-il le dire, que misérables potins de forums Internet…

En fait, le véritable incident est passé inaperçu aux yeux de la planète, excepté au Venezuela –toujours prompt à s’échauffer politiquement dès que la moindre occasion se présente. Et le scandale est venu non pas de la candidate 2010, mais de Miss Univers 2009, la Vénézuélienne Stefania Fernández. Ne voilà-t-il que lors de son défilé d’adieu à la couronne, elle sort comme par enchantement un drapeau vénézuélien, l’agite fébrilement et s’offre même le luxe de verser une douce larme sur le tissu tricolore.

Une sombre affaire d’étoiles

Il n’y a là rien que du beau, du touchant, de l’émouvant, pas vrai ? Oui, sauf que le drapeau vénézuélien qu’elle arborait n’était pas l’actuel : il ne comportait que sept étoiles, et non huit. Une petite étoile qui fait toute la différence : en effet, le drapeau à sept étoiles est celui de la 4e République, celui à huit étoiles est celui de la république bolivarienne instaurée par Hugo Chávez. Pour explication : les sept étoiles représentent les sept provinces qui formèrent la Confédération américaine du Venezuela et se déclarèrent libres et indépendantes le 5 juillet 1811. Récemment, le 9 mars 2006, l’Assemblée nationale a approuvé l’inclusion d’une huitième étoile, en représentation de la province de Guayana, comme l’avait décrété Simón Bolívar dans un décret de novembre 1817.  Pour beaucoup dans l’opposition, le drapeau à huit étoiles est devenu le « drapeau de Chávez ». C’est à peine s’ils le respectent.

Il n’en fallait pas plus pour lancer une controverse nationale à la suite du geste de Stefania Fernández, un geste qui n’est sans doute pas entièrement dû au hasard. En deux temps trois mouvements, la miss est devenue une courageuse héroïne pour les uns,  une infâme scélérate pour les autres. À un mois d’élections cruciales pour élire les députés à l’Assemblée nationale, cet incident mineur en apparence avait tout pour attiser les tensions dans une société déjà complètement polarisée. D’où son instrumentalisation rapide tant par les politiques que par la presse, people ou non.

Robe rouge

Stefania Fernández, Miss Univers 2009

La robe rouge tant décriée

Le plus amusant de l’histoire, c’est qu’il y a tout juste un an, lors de son élection de Miss Univers, la même Stefania Fernández avait été soupçonnée de chavisme, simplement parce que sa robe de gala était rouge ! Peu après son sacre, Hugo Chávez en personne lui avait donné son appui en tant qu’ambassadrice du Venezuela à l’étranger. C’en était trop : elle devenait automatiquement une miss roja rojita, comme on désigne ici les partisans de Chávez.

Lors de sa sortie d’adieu à Miss Univers 2010, a-t-elle voulu se dédouaner de cette empreinte lourde à porter ? Peut-être, mais allez donc savoir ce qui se passe dans la tête d’une Miss Univers, après un an de règne, de voyages et de rencontres aux quatre coins du monde…

Qu’importe, finalement. L’incident illustre plutôt la piètre qualité du débat politique qui se déroule au Venezuela. C’est ici simplissime : tu es rouge ou t’es pas rouge. Si t’as une chemise rouge, c’est que t’es rouge. Si tu comptes pas bien les étoiles du drapeau, c’est que t’es pas rouge… Tu regardes Globovisión [la chaîne de télévision d'opposition] ? T’es pas rouge non plus. Pasqu’y faut regarder Venezolana de Televisión [la chaîne de télévision officielle] pour être rouge… T’achètes au supermarché Bicentenario [récemment nationalisé par Chávez]? T’es rouge ! T’as pas de compte au Banco Venezuela [banque nationalisée] ? T’es vraiment pas rouge !

Pas de doute : à voir aussi rouge, il y en a beaucoup qui s’approchent dangereusement du degré zéro de la politique !

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En prime : les adieux de Stefania Fernández lors du concours Miss Venezuela 2010, drapeau en main !

Un punk préhistorique

Le hoazin huppé (Opisthocomus hoazin)

Le hoazin huppé (Opisthocomus hoazin)

Avec sa huppe à la punk et son air effarouché, il a tout pour vous surprendre. C’est le hoazin huppé (Opisthocomus hoazin), un oiseau pour le moins bizarre que l’on rencontre dans le bassin de l’Orénoque, au Venezuela, ainsi que dans celui de l’Amazone, de la Colombie à la Bolivie, en passant par les Guyanes.

Répartition géographique du hoazin (Opisthocornus_hoazin)

Répartition géographique du hoazin

J’ai eu la chance de l’observer et le photographier au cours de l’une de mes escapades dans les Llanos, les vastes plaines qui parcourent le Venezuela d’est en ouest. C’était à Rabanal, une petite communauté proche d’Elorza, en Apure.

Bruits étranges

J’ai d’abord été attiré par des bruits étranges provenant de la lisière de la forêt. Les cris rauques ressemblaient plus à ceux d’un mammifère que d’un oiseau. Je me suis prudemment approché, pour découvrir –avec surprise– qu’il s’agissait de chenchenas, comme on les nomme localement.

Lors d’un séjour précédent, j’avais déjà eu l’occasion de les observer, encore que bien imparfaitement. C’est à peine si j’avais pu distinguer, parmi les branchages, des oiseaux ressemblant à des poules. Un vol maladroit (comme celui des poules, justement) leur avait permis de se réfugier de l’autre côté du cours d’eau, puis de disparaître.

Cette fois, par contre, les hoazins se sont offerts à moi sans complexe. Le terrain était ouvert. Depuis ma position de l’autre côté de l’étang, j’ai donc pu observer pendant plusieurs minutes ces étranges oiseaux que l’on dit préhistoriques.

Deux caractéristiques très spéciales

Jeune hoazin avec ses griffes

Jeune hoazin avec ses griffes alaires

Mis à part son apparence facilement reconnaissable, le hoazin a deux caractéristiques très spéciales : d’une part, il possède un système digestif unique chez les oiseaux, formé par un jabot particulier qui fonctionne à la manière du rumen des ruminants. Cela lui permet, grâce à une fermentation bactérienne, de réduire en morceaux les matières végétales qu’il consomme. Il est ainsi le seul animal à sang chaud qui ne soit pas un mammifère à présenter un tel système de digestion de la cellulose.

L’autre caractéristique concerne les oisillons : ceux-ci possèdent une main munie de deux doigts griffus à chaque aile, appelées griffes alaires. Cela les aide à s’agripper aux branches et à grimper aux arbres. Une fois qu’ils peuvent voler, les jeunes hoazins perdent peu à peu leurs griffes, qui s’atrophient.

Chaînon manquant ?

Reconstitution d'archéoptérix

Reconstitution d'archéoptérix

La présence de ces griffes amène inévitablement à faire des comparaisons avec les fossiles d’archéoptéryx, les ancêtres préhistoriques des oiseaux actuels. Aussi a-t-on avancé l’hypothèse que l’hoazin serait un sorte de chaînon manquant entre les oiseaux modernes et les dinosaures. D’où la qualification commune d’« oiseau préhistorique » dont il est l’objet.

Toutefois, rien n’est prouvé à ce sujet. Les débats font rage entre spécialistes, qui ne s’accordent même pas sur la position taxinomique de l’oiseau. On l’a longtemps cru proche des coucous ou des gallinacés, mais récemment des analyses d’ADN ont détruit cette hypothèse, ce qui a conduit à créer pour lui seul un nouvel ordre, celui des Opisthocomiformes. Aucune espèce ne lui est proche, si bien qu’il appartient également à une famille qui lui est propre, les Opisthocomidae.

Le mystère reste donc entier sur ce punk de la forêt. Que cela ne nous empêche pas de l’admirer dans toute sa splendeur.

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Un Chávez français ? La belle blague !

Égalité et Réconciliation: Nous voulons un Chávez français

L'affiche de la campagne « Nous voulons un Chávez français »

L’association politique française Égalité et Réconciliation vient de lancer une campagne Nous voulons un Chavez français ! Égalité et Réconciliation est un mouvement classé à l’extrême droite de l’échiquier politique, qui se revendique comme « nationaliste de gauche » (ou encore « alter-nationaliste ») et se réclame de « la gauche du travail et la droite des valeurs ». Étrange melting pot

L’association a été fondée par Alain Soral, écrivain, sociologue, homme politique et même cinéaste, qui après un passage au Parti communiste français dans les années 90, a flirté avec Jean-Marie Le Pen et le Front national (dont il fut membre du comité central). Il a quitté à son tour ce dernier parti en 2009 pour rejoindre la Liste antisioniste de Dieudonné aux élections européennes. À l’occasion, il n’hésite pas à continuer à se déclarer marxiste. Bizarre trajectoire…

Alain Soral et Dieudonné en mission au Liban

Alain Soral et Dieudonné en mission au Liban

Il y a donc de quoi confondre dans ce mouvement et dans ce personnage : l’un et l’autre manient un discours politique profondément ambigu. Mais ne nous trompons pas : ce discours vise fondamentalement à attirer vers l’extrême droite le petit peuple (y compris les immigrés) qui pourrait se sentir mal représenté par les partis républicains traditionnels, de gauche ou de droite.

On y retrouve en effet les grands thèmes chers à la droite extrême : l’anti-libéralisme, l’anti-élitisme, l’anti-impérialisme, l’anti-sionisme, l’anti-européisme, tous habilement placés sous un couvert social qui n’aurait rien à envier à la gauche. Cela rejoint un certain public se trouvant le plus souvent aux extrêmes, que ce soit de la gauche ou de la droite : tous ceux qui ressentent un profond dégoût pour une société qui « fabrique une réalité factice basée sur les seules lois du marché et dont les bénéfices ne profitent qu’à des privilégiés ».

Une certaine description d’Hugo Chávez

Voilà pour la présentation. Pour en revenir à la campagne Nous voulons un Chavez français ! d’Égalité et Réconciliation, on peut se demander ce qu’a donc de si particulier le président vénézuélien pour attirer une association politique de ce caractère ? Voyons dans le texte comment Égalité et Réconciliation décrit Hugo Chávez :

Comme Égalité & Réconciliation, Hugo Chávez défend :

  • La gauche du travail : anti-capitalisme – nationalisations – protection concrète des travailleurs, salaires dignes et garanties de l’État
  • La droite des valeurs : éthique – la morale comme fondement de société – refus du monde marchand et du capitalisme comme projet de civilisation – main tendue aux petits entrepreneurs honnêtes et sérieux contre les entreprises transnationales.
  • L’anti-impérialisme : refus de la domination impériale face à la voix des peuples – politique extérieure non alignée – résistance à la gouvernance globale agissant par le biais de Wall Street, Washington ou encore le FMI…
  • L’alter-nationalisme : Sur la même ligne que Caracas, Égalité & Réconciliation refuse de considérer l’argent et les profits comme des projets de société. La révolution bolivarienne a beaucoup de points communs avec notre propre histoire ; Hugo Chávez lui même a récemment rappelé l’inspiration qu’est encore aujourd’hui pour lui l’épisode de la Commune de Paris. Nous voulons rendre la parole au peuple, remettre l’intérêt général et l’éthique au cœur de notre société. Les élites se sont emparées de la démocratie et l’ont vidée de son sens. Aujourd’hui c’est la démocratie des bombes et des guerres préventives ! Celle de la propagande et du mépris des référendums ! Elle doit redevenir le gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple ! Pour cela il faut sortir au plus vite de la dictature de Bruxelles, sortir de l’OTAN, rétablir la capacité des États de battre monnaie pour garantir leur indépendance face aux réseaux financiers, et soutenir un protectionnisme intelligent !

En soi, la description n’est pas fausse. Mais elle pèche par omission. Il n’est nullement fait mention ici de l’internationalisme de Hugo Chávez, dimension pourtant essentielle de son action, qui lui est d’ailleurs fortement reprochée par son opposition. La vision de Chávez est celle d’une grande Amérique latine du Mexique à la Terre de Feu, concrétisation du rêve inachevé de Simón Bolívar. Nombre de ses initiatives vont dans ce sens : création de l’Alliance bolivarienne pour les Amériques (ALBA), de l’Union des nations sud-américaines (UNASUR), premiers pas pour l’adoption d’une monnaie commune, etc. Il se démarque ainsi du nationalisme-repli sur soi qui caractérise les extrêmes droites.

Interprétation idéologique

Belle brochette de "nationalistes" selon Égalité et Réconciliation

La description pèche aussi et surtout par sa mauvaise compréhension du chavisme, et surtout du chavisme réel. Le Chávez idéalisé par Égalité et Réconciliation n’est pas celui qui se trouve à la tête du Venezuela, pour le meilleur et pour le pire. Ce n’est pas le Chávez des Vénézuéliens qui est ici décrit. On se trouve plutôt en face d’une interprétation purement idéologique qui vient servir les objectifs politiques de l’association d’Alain Soral, ni plus ni moins. En d’autres termes, il s’agit d’une instrumentalisation pure et simple de Hugo Chávez pour des objectifs qui lui sont totalement étrangers.

Et pour ce qui est du « Chávez français », on pourra repasser : les conditions sociales, politiques, économiques, historiques, culturelles du Venezuela et de la France sont tellement dissemblables que l’émergence d’un Chávez au bord de la Seine est non seulement improbable, mais encore proprement impossible.

Égalité et Réconciliation rêve. Et tout cela nous fait l’effet d’une belle blague !

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Pour découvrir Hugo Chávez à travers le œillères d’Égalité et réconciliation, voyez cette vidéo produite dans le cadre de la campagne Nous voulons un Chavez français ! :

Grandes manœuvres en Colombie

Dans la jungle avec les FARC

Dans la jungle avec les FARC (photo: Time)

À propos des relations tendues entre le Venezuela et la Colombie, sur fond de campements rebelles, je ne voudrais pas en rester à mon précédent article À la recherche des camps rebelles, qui ne fait que (littéralement) survoler la question –comme le fait d’ailleurs généralement la presse internationale.

Car quel est finalement le problème de fond dans toute cette affaire? Ce n’est pas la présence de groupes irréguliers colombiens au Venezuela, que tout le monde reconnaît –au moins entre les lignes. Mais c’est la protection et l’appui supposés qu’accorderait Hugo Chávez aux membres des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) et de l’Armée de libération nationale (ELN) présents sur le territoire vénézuélien.

Protection ou laisser faire?

Protection et appui, cela reste à prouver. Laisser-faire et passivité, cela semble plus proche de la réalité. Mais que pourrait faire d’autre Hugo Chávez? Lancer ses troupes contre toutes les forces irrégulières venues de Colombie (car il n’y a pas que les FARC et ELN, il y a aussi les paramilitaires, les narcos, les truands de droit commun…) le long d’une frontière de plus de 2200 kilomètres, de surcroît pratiquement inhabitée sur 90 % de sa longueur? Une véritable gageure logistique et militaire.

Colombie : zone sous l'influence des FARC

Zone sous l'influence des FARC (en jaune)

Ce serait demander beaucoup à l’armée vénézuélienne, qui n’est pas particulièrement entraînée pour mener une épuisante guerre de guerrilla. Ce serait demander beaucoup également à la population vénézuélienne, qui n’est sans doute pas prête à accepter une « sale guerre » dont il serait difficile de se dépêtrer, avec toutes les pertes humaines que cela impliquerait.

Et puis d’ailleurs, pourquoi l’armée colombienne, beaucoup mieux entraînée et aguerrie, ne fait-elle pas la police de son côté de la frontière, dans le but d’empêcher les infiltrations vers le Venezuela? Tout simplement parce qu’elle n’en a pas les moyens : le territoire est trop vaste pour pouvoir être contrôlé efficacement. Pourquoi alors demander au voisin vénézuélien de faire le nettoyage à sa place?

Un conflit colombien

Soyons directs : le conflit est colombien et doit se résoudre en Colombie. Et la solution au conflit n’est pas militaire, mais politique. C’est ce qu’a clairement signifié Hugo Chávez quand il a demandé aux guerrillas colombiennes, le 23 juillet dernier, de reconsidérer leur stratégie de lutte armée, affirmant qu’il ne s’agit pas dans les conditions actuelles d’une option viable pour arriver au pouvoir. Ce n’était pas la première fois qu’il exprimait cette opinion : il l’avait déjà fait en juin 2008, peu avant la libération d’Ingrid Betancourt.

Face aux pressions du gouvernement colombien, centrées sur la question purement militaire et répressive, Hugo Chávez propose aux FARC une révision de leur stratégie armée dans le but de remettre les choses à leur juste place : c’est aux Colombiens qu’il revient de trouver une solution politique à leur conflit.

L’intervention n’est pas restée sans effet. Dès le 29 juillet, les FARC, saisissant la balle au bond, proposent à Juan Manuel Santos, président élu de Colombie –qui entrera en fonction le 7 août prochain–, de converser et de dialoguer : « Ce que nous proposons aujourd’hui, une fois de plus, c’est de discuter (…). Nous sommes toujours attachés à la recherche de solutions politiques. Nous souhaitons que le gouvernement qui va prendre ses fonctions réfléchisse et cesse de mentir au pays », déclare Alfonso Cano, principal chef des FARC, dans une vidéo publiée sur Youtube.

Nouvelles perspectives

En fait, l’épisode tout entier, depuis la dénonciation de la Colombie devant l’OEA jusqu’à la proposition des FARC, est à replacer dans le contexte de la succession présidentielle en Colombie, qui pourrait ouvrir de nouvelles perspectives dans la région après les huit années de politique de bras de fer menée par le gouvernement Uribe.

"No más FARC": manifestation anti-FARC dans les rues de Cali

Manifestation anti-FARC dans les rues de Cali

Ainsi, il ne fait aucun doute qu’Álvaro Uribe, partisan de la méthode forte et d’une stratégie uniquement militaire, a voulu faire son baroud d’honneur quelques jours avant de quitter ses fonctions. Par ses accusations portées sur le Venezuela, il a voulu aggraver artificiellement la situation dans le but de forcer son successeur à poursuivre la politique musclée qui était la sienne. Les FARC, de leur côté, pensent pouvoir profiter de la transmission de pouvoir afin d’infléchir cette politique dure et d’entrer en conversation avec le nouveau président.

Toute la question est donc de savoir comment va réagir Juan Manuel Santos une fois qu’il exercera ses fonctions. S’en tiendra-t-il aux conseils de son « ami » Uribe, dont il fut, ne l’oublions pas, le ministre de la Défense zélé? Ou bien ouvrira-t-il une nouvelle ère qui pourrait, après plus de cinquante années de guerre civile, ouvrir la voie à une réconciliation nationale en Colombie?

Pour se lancer dans la seconde voie, le nouveau président colombien doit bien entendu être prêt à faire des concessions. Si finalement une solution politique est trouvée, alors –et alors seulement– les campements rebelles au Venezuela appartiendront au passé.

À la recherche des camps rebelles

La frontière Colombie-Venezuela

La frontière entre la Colombie et le Venezuela et l'emplacement des camps rebelles (marques rouges), selon les coordonnées fournies par les autorités colombiennes

Le 22 juillet dernier, l’ambassadeur de Colombie auprès de l’Organisation des États américains (OEA) dénonçait la présence « active » de rebelles colombiens des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) et de l’Armée de libération nationale (ELN) au Venezuela. À l’appui de ses affirmations, il présentait une série de « preuves » : photos, vidéos, coordonnées des campements, etc. Réponse du berger à la bergère, Hugo Chávez a aussitôt annoncé la rupture des relations de son pays avec la Colombie et mis son armée en état d’alerte maximal.

Vendredi 30 juillet, le président vénézuélien est revenu sur l’affaire. Répondant aux accusations de la Colombie, il a affirmé que l’armée vénézuélienne avait inspecté, sans rien trouver, les sites dont les coordonnées avaient été données par Bogotá. « Nous avons effectué un vol à la recherche des endroits indiqués (…) À l’une des coordonnées signalées, il y a une pierre. J’ai dit aux camarades de soulever la pierre, peut-être y a-t-il un tunnel en dessous », a ironisé le président vénézuélien. À une autre coordonnée, il n’y avait rien d’autre qu’une maison abandonnée.

Et dans Google Earth ?

Sans disposer des moyens techniques et logistiques de Hugo Chávez, je me suis pris au jeu et j’ai recherché les endroits signalés par la Colombie à l’aide de Google Earth ! Autant dire d’emblée que je n’ai rien trouvé non plus. Voici néanmoins les résultats de ma recherche.

Les trois premières coordonnées présentées par la Colombie (10°41′52″N – 72°29′39″O , 10°41′16″ N – 72°30′47″O et 10°40′42″N – 72°32′03″O) se trouvent toutes dans la même région : dans la péninsule de la Guajira, à une centaine de kilomètres à vol d’oiseau à l’ouest de Maracaibo et à une vingtaine de kilomètres de la frontière colombienne (ligne jaune sur l’image).

Les trois premières coordonnées vues depuis une altitude de 236 km...

Si l’on se rapproche, on obtient ceci :

Camps rebelles: coordonnées présentées par la Colombie

... et depuis une altitude de 11 km

Comme on le voit, la faible définition de l’image satellitale et la présence de nuages ne permettent pas de voir ce qui se trouve aux endroits indiqués par les autorités colombiennes. Peine perdue !

La quatrième coordonnée fournie par la Colombie (7º7′47”N – 71º58′57” O) se trouve dans une autre région : dans l’état Apure, au sud-sud-ouest de la localité de El Nula, et à seulement 11 km de la frontière colombienne (ligne jaune sur l’image).

4e coordonnée fournie par la Colombie

La 4e coordonnée vue depuis une altitude de 74 km...

4e coordonnée fournie par la Colombie

... et depuis une altitude de 670 mètres

Cette dernière photo satellitale date du 2 janvier 2006. Elle permet de distinguer clairement une présence et une activité humaine sur les lieux : une clairière et une maison. Serait-ce la maison abandonnée dont parle Hugo Chávez? Il y a au moins un indice concordant entre cette recherche effectuée sur Google Earth et les déclarations du président vénézuélien.

Quoi qu’il en soit, on reste Gros-Jean comme devant : rien ne prouve que cet endroit ait été occupé par de quelconques guerrilleros. Du reste, si c’était le cas, ils auraient déjà filé depuis longtemps…

Pet de mouche

Jour de fête, de Jacques Tati

Jour de fête, de Jacques Tati

Aujourd’hui, on fait la fête ! 150.000 visiteurs (ou plutôt visites, car il y en a qui reviennent, heureusement) sur venezueLATINA depuis ce matin. Vous me direz : 150.000, c’est un pet de mouche si on compare à Facebook, à Google, à Yahoo. Sans doute, mais je ne parle, moi, que d’un seul thème, d’un seul pays.

Depuis le 14 janvier 2007, date du premier article sur venezueLATINA, ce sont 216 billets rédigés sur le seul Venezuela, un sujet qui, a priori, n’attire pas vraiment les foules (si l’on excepte les frasques et les gros mots de Chávez). Le pays ne jouit pas d’une image particulière, il n’est pas une destination touristique de masse, il a plutôt mauvaise presse question sécurité… bref, c’est une gageure d’écrire autant sur ce grand territoire méconnu, sous-estimé, voire mal-aimé.

Une rare longévité

Lac Titicaca, par Dul

Lac Titicaca, par Dul

venezueLATINA, ce sont donc trois ans et demi de constance, une longévité plutôt rare parmi les blogs, surtout à l’heure des 140 caractères de Twitter. J’en ai vu passer, des blogs amis… Certains ont perdu du peps (hein Patxi? hein Gaël?), d’autres ont fait un petit tour et puis s’en vont (alors, Grégoire, de retour à Toulouse? et toi Nathalie, tu te caches où? et puis toi, étudiante en journalisme, Hugo ne délire plus?). Il reste les vieux de la vieille : Francis de Vitoria, au Brésil, lui aussi plutôt absent ces derniers mois, Dul, qui reprend du poil de la bête avec ses merveilleuses photos, l’infatigable Petit Hergé, en Argentine… et j’en passe, qu’ils me pardonnent.

Les hits sur venezueLATINA? Tout ce qui a trait au sexe, bien sûr, qui est la vache à lait du web. Mettez le mot sein dans un article et les visites affluent. (Petit truc : pour déjouer les petits vicieux, écrivez un article sur le Da Sein de Heidegger, et vous arriverez au même résultat en nombre de visiteurs!)

Chez moi, le gros succès, c’est donc mon article Au pays des seins siliconés qui caracole depuis bientôt trois ans en tête du hit parade du blog, bien avant Dénudées, mais pas trop et Une semaine pas toujours très sainte. Consolation : le premier article non sexuel vient en quatrième position. Il s’agit du billet sur Le cuatro, instrument-roi de la musique vénézuélienne. Ce dernier est aussi l’article le plus commenté.

Tornade au loin

mouche qui pète

Pet de mouche

Allez, assez de fleurs pour aujourd’hui. Merci infiniment à vous tous qui me suivez. En route donc, tous ensemble, vers le million de visiteurs!

Et n’oublie surtout pas, ô fidèle lecteur ou lectrice : les pets de mouche, c’est comme le battement des ailes d’un papillon, cela peut provoquer une tornade à mille lieues à la ronde.

Schola Juvenil de VenezuelaLa chorale de jeunes Schola Juvenil du Venezuela est de passage en France cet été.

Son premier concert aura lieu à l’hôtel de ville de Montreuil (Seine-Saint-Denis) le 31 juillet à 18 heures (entrée gratuite). Ce sera une sorte d’avant-première avant sa participation au célèbre festival Choralies de Vaison-la-Romaine (Vaucluse), où la chorale vénézuélienne aura les honneurs de la soirée d’ouverture, le 2 août à 20 heures, dans le cadre exceptionnel du théâtre antique de la ville.

La chorale Schola Juvenil du Venezuela est un ensemble de 45 adolescents, issus pour la plupart de milieux défavorisés. Cette chorale est partie prenante du concept du Sistema qui a permis depuis 1975, dans tout le pays, à plus de 270 .000 enfants sortis des  barrios (quartiers pauvres) des grandes villes du pays de recevoir une éducation atypique dans laquelle la musique et le chant sont des antidotes à la violence ordinaire.

Après l’école le matin, les enfants suivent dans un des 270 centres musicaux du Sistema l’apprentissage du chœur d’orchestre. En induisant discipline, travail, écoute des autres et responsabilité, cet apprentissage veut contrecarrer la misère ou la terreur ordinaire de la rue. L’enseignement y est gratuit, la méthode éducative est tout sauf élitiste : il ne s’agit pas tant d’atteindre la perfection technique que d’apprendre à jouer ensemble. À l’exclusion répond l’intégration.

La musique pour surmonter la pauvreté

José Antonio Abreu, le musicien et éducateur à l’ origine du Sistema, a pu écrire : « À l’ origine l’art était fait par une minorité pour une minorité. Puis il a été fait par une minorité pour une majorité. Maintenant, c’est le commencement d’une nouvelle ère, où l’art sera fait par une majorité pour une majorité. » Ou encore : « La pauvreté matérielle peut être vaincue par la richesse spirituelle, qui offre une disposition mentale, des principes éthiques et des instruments intellectuels efficaces pour surmonter la pauvreté ».

La schola juvenil du Venezuela à MontreuilDes grands noms, qu’on retrouve dans les orchestres et les chœurs les plus prestigieux, sont issus du Sistema : Maria Guinand, Alberto Grau, Gustavo Dudamel, qui dirige actuellement l’orchestre philharmonique de Los Angeles. Le Sistema, cet incubateur de talents issus des milieux populaires fît dire au directeur de l’Orchestre philharmonique de Berlin que  « l’avenir de la musique classique est au Venezuela ».

Lors de ses concerts en France, la chorale Schola Juvenil du Venezuela offrira un florilège de musique latino-américaine contemporaine et de musique populaire. Au programme également, l’Ave Maria de Monteverdi.

À ne pas manquer pour découvrir l’énorme talent des jeunes choristes vénézuéliens !

L’ensemble Schola Juvenil:

L’ensemble Schola Juvenil interprète Pata Pata, de Myriam Makeba: