Petite visite matinale et impromptue

28 février 2007

Un colibri à ma fenêtre

Petite visite impromptue ce matin : un colibri s’est présenté à la fenêtre de mon appartement, attiré par les fleurs de sábila (aloe vera) qui s’y trouvent. Il n’est pas tellement fréquent d’observer un colibri à hauteur du deuxième étage, mais celui-ci n’a pas hésité à faire le grand saut depuis la colline voisine pour atteindre ces fleurs allongées qui conviennent si bien à son bec effilé.

Cette tache foncée sur la photo, c’est lui! Un peu flou peut-être, mais essayez, vous, de photographier un colibri en plein vol, qui vous arrive comme ça, au petit matin, sans avertir…


Du mauvais usage des bouteilles de Solera (et autres)

28 février 2007

Le long de la route…Bleues ou pas, Solera ou pas, on retrouve les bouteilles de bière dans les fossés, le long des routes. La végétation les dissimule parfois, mais elles sont là.

Par temps chaud et sec (nous sommes à présent en saison sèche), elles provoquent le désastre : des incendies. Une fois ces derniers éteints, voici que leur présence massive est subitement révélée! Combien de litres (d’alcool) ont été bus le long de cette portion de route? Le décompte est proprement hallucinant.

À cet égard, on peut déplorer de multiples choses : la pollution visuelle, bien sûr. Mais aussi la conduite en état d’ivresse, comme on peut le supposer à la seule vue de ce spectacle. Et enfin la pire conséquence : les incendies qui se généralisent en cette période de l’année où les pluies se font rares.

Il est clair que le long des routes les incendies sont provoqués, même si ceux qui les provoquent ne le savent pas. Il suffit d’une bouteille jetée six mois plus tôt pour voir s’envoler en flammes une colline entière, avec les conséquences que l’on sait pour l’environnement. Mais le coupable est déjà loin, en train de jeter une autre bouteille le long d’une autre route…


Du bon usage des bouteilles de Solera

11 février 2007

Bouteille de Solera lightLes bouteilles de Solera Light sont jolies, mais elles sont aussi une véritable plaie pour le pays. Non consignées, on les retrouve le plus souvent, une fois consommées, le long des routes ou dans les endroits les plus impossibles. Et leur couleur bleue ne fait rien pour les dissimuler.

De plus, la bière Solera Light est à la mode au Venezuela, comme tout ce qui est light d’ailleurs. J’ai même vu des publicités pour des chicharrones (croustilles de lard gras) light, c’est tout dire!

Bref, cette bière, qui se veut premium et distinguée, fait un tabac au Venezuela, où il est toujours de bon ton de montrer qu’on est une classe au-dessus du voisin.

Le revers de la médaille, c’est cette énorme pollution visuelle qu’elle provoque, car, faut-il le dire, le recyclage est une notion encore très vague et très lointaine dans le pays. La brasserie Polar, son producteur, ne semble pas non plus se préoccuper pour cet état de fait désolant. Pourquoi le ferait-elle, puisque chaque bouteille bleue, même brisée le long d’une route, est une publicité subliminale pour sa Solera Light, la seule qui vient dans un conditionnement aussi voyant.

Et puis, au cours de mes pérégrinations de cette semaine, je tombe sur cette perle : un lampadaire artisanal fabriqué avec les fameuses bouteilles bleues de Solera Light!

Lampe réalisée avec des bouteilles de SoleraC’était dans un restaurant de Barinitas, La Mazorca (facile à trouver, sur la route principale qui mène à Mérida). L’ensemble était du plus bel effet, même de jour. Le propriétaire m’assure que la nuit, c’est encore plus féérique : le bleu tranche agréablement avec les tons jaunes clairs et beiges qui caractérisent la décoration du restaurant.

Le créateur de cette véritable œuvre d’art du recyclage est Efren Montilla, el poeta, un des nombreux poètes dont s’enorgueillit Barinitas. C’est aussi lui qui, avec des moyens restreints, s’est chargé de la décoration générale de l’endroit, qui ne manque pas de goût. Le poète s’est fait architecte.

Sa solution de recyclage ne résoudra certes pas la question de la pollution par la petite bouteille bleue, mais elle est un baume à l’âme et un hymne à la créativité. On voudrait aussi que l’entreprise Polar fasse sa part d’effort et se montre un peu plus responsable : qu’elle cesse tout simplement de vendre sa bière dans des bouteilles non consignées.


Une rivière plus loin

4 février 2007

Traversée du rio Masparro

Photo : ©Jaime Bautista

Je savais que cela existait, mais je ne l’avais jamais expérimenté personnellement : le franchissement d’une rivière sur une guaya (câble). Il y en a des centaines au Venezuela, qui traversent des rivières parfois en crue et relient à la « civilisation » des villages qui n’ont pas la chance (ou la malchance) de disposer d’une route d’accès. Ce sont donc des milliers de personnes qui, dans le pays, utilisent chaque jour ce moyen de transport.

Une guaya est une sorte de téléphérique rudimentaire. Elle est constituée d’un câble porteur en acier, d’un cajón (une petite cabine découverte) et d’un câble tracteur (en plastique). La traction utilise, faut-il le dire, la force des bras de l’utilisateur. Celui-ci peut éventuellement être aidé par une personne restée sur la berge.

La capacité est généralement limitée à une seule personne et ses bagages. La seconde personne doit donc rappeler la cabine avant de s’embarquer à son tour et faire appel à l’huile de ses bras. Le plastique du câble porteur étant assez abrasif, les mains en prennent un sacré coup!

Une fois au milieu du parcours, suspendu à plusieurs mètres de haut, on se sent un presque rien par rapport à la nature environnante : belle, mais aussi puissante et presque menaçante. Le jour où j’ai effectué la traversée, le débit de la rivière était faible, car nous étions en pleine saison sèche (celle-ci va de décembre à mars). Mais les jours de grandes eaux, le frisson est garanti!

La “Guaya” de La MaporitaPour ceux qui voudraient tenter l’expérience, la rivière représentée sur ces photos est le río Masparro, près de la communauté de La Maporita (état de Barinas). Nous nous trouvons à l’endroit exact où les Llanos (plaines du sud) rencontrent la Cordillère des Andes. Là, les routes se terminent et laissent place à des sentiers. Cette guaya est utilisée par les habitants des communautés de La Loma et Masparrito. Ils l’utilisent pour descendre leur production agricole, essentiellement du café, au village de La Maporita. Là, ils la vendront à un grossiste, puis reprendront la route de leurs Andes, en empruntant à nouveau la guaya


Ailes de poulet bis

3 février 2007

Le mythe urbain des ailes de poulet (voir mon billet précédent) ne porte pas seulement sur l’homosexualité. On vient de me raconter cette anecdote : deux Vénézuéliennes dans la quarantaine sont en train de discuter des problèmes de la ménopause. Réflexion de l’une d’elles : « Une thérapie de substitution hormonale? Ooh, moi je n’en ai pas besoin. À la maison, c’est toujours moi qui mange les ailes de poulet! » Tout cela dit avec le plus grand sérieux, sans le moindre clin d’œil.

Les ailes de poulet ne sont donc pas seulement l’expression d’un fantasme, les voici propulsées au rang de thérapie médicale.


Ailes de poulet : attention, homosexualité!

3 février 2007

Ailes de pouletUn ami vénézuélien me dit que s’il y a autant d’homosexuels au Venezuela, c’est parce qu’ils ont mangé trop d’ailes de poulets. L’explication me semble un peu courte. Certes, comme tout le monde, j’ai entendu parler du poulet aux hormones et de ses possibles effets nocifs pour la santé. J’ai moi-même plaisanté sur le sujet: « merci bien, assez de poulet pour aujourd’hui, je ne voudrais pas me voir grossir les seins ». Ce qui ne m’empêchait pas d’en redemander le lendemain…

Mais les ailes de poulet? Pourquoi cette partie si spécifique de la physiologie du poulet? Les fameuses hormones s’y concentreraient-elles? En vertu de quel principe? J’avoue avoir été abasourdi par cette déclaration, dont les bases scientifiques me paraissent pour le moins ténues (si je me trompe, faites-le moi savoir).

Ce qui m’a encore le plus abasourdi, c’est la relation faite avec l’homosexualité. Alors là, franchement, cela dépasse tout entendement! Toutefois, en allant plus au fond des choses, on s’aperçoit qu’un tel amalgame n’est pas tellement étonnant au Venezuela, où l’homosexualité se porte vraiment très mal en public. Si elle est parfois tolérée pour les artistes (les danseurs en particulier), en revanche pour le commun des mortels, il s’agit d’une maladie honteuse qu’il faut à tout prix dissimuler, y compris dans sa propre famille.

Gros fantasme
Disons-le tout net : l’homosexualité reste un gros fantasme pour la toute grande majorité des Vénézuéliens, quel que soit leur sexe, leur classe sociale ou leur âge. Elle met mal à l’aise et provoque les réactions les plus vives ou les blagues les plus salaces. Facile dès lors de tomber dans l’irrationnel : manger des ailes de poulets favorise l’homosexualité… La rumeur fait le reste et le mythe urbain, peu à peu, prend corps. Car, à la suite d’une courte enquête, je me suis en effet aperçu que l’image homosexualisante des ailes de poulet était très répandue dans le pays (et sans doute ailleurs en Amérique latine, c’est à vérifier). On me raconte par exemple qu’il n’est pas rare qu’une mère prive son fils de poulet pour s’assurer qu’il ne devienne pas homosexuel –ce qu’elle considérerait comme une déchéance et un cuisant échec pour elle-même.

Les ailes de poulet ne sont donc qu’une expression de cette grande peur qui anime nombre de Latino-Américains (mais pas seulement eux, soyons justes) : « Pour rien au monde, je ne voudrais devenir homosexuel » ou encore « Faites que mon fils ne tombe pas dans l’homosexualité ». Faut-il rechercher les causes de ce fantasme dans une application stricte de la morale normative judéo-chrétienne? Peut-être, encore qu’on puisse douter de la force de cette morale lorsque beaucoup d’aménagements sont pris par ailleurs avec la religion catholique. Serait-ce alors un ultime réflexe de défense ou de survie du macho? Difficile de se prononcer, mais remarquons tout de même que c’est surtout l’homosexualité masculine, et non tellement la féminine, qui s’avère être un réel problème de société.