Manipulations

28 mars 2008
Émeutes au Tibet

Il y a quelques jours, Francis rapportait dans son blogue que Hugo Chávez avait déclaré, à propos des événements du Tibet, que le dalaï-lama était un suppôt de Satan (lisez : de Georges Bush). En d’autres termes, que les manifestations de Lhassa étaient manipulées depuis les États-Unis. (Personnellement, je n’ai pas eu vent de la déclaration exacte de Chávez. Soit.)

Et Francis d’affirmer que, sur ce point-là, il était « plutôt d’accord avec l’ami Hugo ». Cette affirmation a déclenché tout un débat parmi les lecteurs de son blogue.

Je vous dirai que, personnellement, j’ai appris à avoir de sérieux doutes quand je vois des manifestations « spontanées » prendre aussi rapidement une telle ampleur, tandis que la presse occidentale, unanime, s’empare de l’affaire avec un empressement quelque peu suspect.

Exemple parfait : la révolution orange en Ukraine. Elle nous paraissait si belle, si romantique, avec ce fameux terrain de camping sous la neige de décembre. Quelques années plus tard, plus personne ne doute que les pays occidentaux se trouvaient derrière, avec de beaux dollars pas encore dévalués et de beaux euros tout neufs.

Retour sur les manifestations étudiantes

Manifestation antichaviste pour la “liberté”Au Venezuela (j’y arrive), on connaît bien tout cela. Vous vous souvenez du mouvement étudiant de l’année dernière, qui se trouvait en première ligne dans les manifestations contre le non-renouvellement de la concession de la télévision d’opposition RCTV, au printemps; puis dans celles qui ont précédé le référendum sur la réforme constitutionnelle, en automne? Ce mouvement étudiant érigé en nouveau héros de l’opposition, ce soi-disant sang neuf qu’apportait la jeunesse à l’antichavisme?

Eh bien, ce mouvement si « spontané », si « pur », si « authentique », il ne fait aucun doute qu’il était appuyé et financé de l’extérieur. Manipulé par les droites en tous genres, et pas les meilleures.

Regardez le documentaire suivant réalisé par le jeune réalisateur espagnol David Segarra Soler et intitulé Nuevas Caras: el mismo objetivo [Nouvelles têtes, le même objectif].

Le film met bien en évidence les liens existant entre les leaders étudiants de l’opposition vénézuélienne et l’organisation serbe Otpor, les institutions du gouvernement étatsunien, les jeunesses du parti de Silvio Berlusconi ainsi que… le Vatican. Les connexions de ces étudiants s’étendent aussi au Parti Populaire espagnol, à Nuevas Generaciones et à la Fondation FAES présidée par Aznar.

Chair à canon

Je sais, ce documentaire est passé sur Telesur, la chaîne d’information latino-américaine contrôlée par le Venezuela, et les chavistes en ont fait leurs choux gras. Mais les déclarations des intéressés, les étudiants de l’opposition (pour la plupart provenant d’universités privées) sont sans appel : ils reconnaissent effectivement avoir été financés pour aller à Rome, avoir reçu une formation Otpor, etc. Sans compter ce qu’ils ne disent pas… et surtout ce qu’ils ne savent pas!

On peut imaginer que l’étudiant moyen n’était pas au courant de ce qui se passait derrière les rideaux. Ignorant jusqu’aux symboles de l’extrême droite –qui fleurissaient ça et là durant les manifestations– et ne connaissant pas Otpor (qui a pourtant un site vénézuélien), ce petit manifestant faisait office de chair à canon. Il était ma-ni-pu-lé, ins-tru-men-té.

Et pour en revenir au Tibet, où nous avions débuté cet article, vous comprendrez aisément que j’ai quelques doutes quant à la virginité du mouvement protestataire, dans un territoire où il existe trop d’intérêts en jeu. Les joueurs? La Chine et les États-Unis bien sûr (l’Europe à sa suite), mais n’oublions pas l’Inde émergente, voisine du conflit (qui du reste héberge le dalaï-lama), ni la Russie, dont on n’est pas loin de la sphère d’influence traditionnelle.

Car la guerre froide, même si elle est froide, reste une guerre.


Ni dieu, ni diable

26 mars 2008

Ni dieu, ni diableChávez encore… C’est seulement maintenant que je découvre un article de Georges Couffignal publié le 20 novembre de l’année dernière dans Telos. Le titre est peu raccoleur et pas vraiment engageant : Mais qui est donc Hugo Chávez? (Pour la petite histoire, il ne s’agit probablement pas du titre original original de l’article, comme semble l’indiquer l’URL. Que s’est-il passé là?).

Le contenu de l’article, lui, se révèle franchement intéressant. Georges Couffignal, professeur de sciences politiques à l’université Paris 3 et chercheur à l’Institut des hautes études d’Amérique latine, y décrit notre cher prési comme « un caudillo assez classique, doté d’une belle éloquence et d’un fort charisme, qui a parfaitement compris l’importance des moyens modernes de communication de masse et qui s’inscrit dans trois registres de la plus pure tradition latino-américaine. » Puis de citer ces trois registres : le passage du coup d’état aux urnes, le registre militaire et l’appel au peuple.

Georges Couffignal explique ensuite ce que fait Hugo Chávez du pouvoir qu’il a conquis:

  • Il utilise les leviers de l’État pour en faire l’instrument direct de sa politique
  • Il surfe sur l’anti-américanisme latent demeuré très vivace dans les populations de l’ensemble du continent
  • Il tente d’élaborer une politique étrangère nouvelle en utilisant les ressources que lui procure la manne pétrolière

L’auteur examine ensuite ce que fera Hugo Chávez dans les années qui viennent, tant à l’interne qu’à l’international. Aucune révélation ici, mais une vision contextualisée.

Conclusion du professeur :

Ni dieu ni diable : gardons-nous de prédire tous les maux au Venezuela, ou d’être béats devant un « socialisme » du XXIe siècle très flou en devenir, c’est-à-dire de l’observer avec notre regard européo-centré toujours prompt à se focaliser sur des ailleurs. Chavez n’a rien d’un dictateur à la mode hélas courante des pays d’Asie ou du proche et Moyen Orient avec lesquelles nous commerçons sans états d’âme. Il a redonné sa dignité à une partie de son peuple mais il n’a rien d’un prophète et ses politiques publiques internes ou externes sont de portée limitée. Il est un dirigeant parmi d’autres en Amérique latine, un dirigeant qui n’est certainement pas celui qui compte le plus si l’on projette l’avenir de cette région dans le futur…

Bref, voilà –enfin!– une vision équilibrée du personnage Chávez et de sa politique. Bon connaisseur de l’Amérique latine, Georges Couffignal resitue le personnage dans une perspective élargie que ni la grande presse, ni les blogueurs (sauf exceptions rarissimes), adoptent généralement. Désigner Hugo Chávez comme un caudillo assez classique ou un dirigeant parmi d’autres en Amérique latine est pour le moins décapant!

Grâce à cette hauteur de vue proprement inhabituelle, l’article n’a pris aucune ride, plus de quatre mois après sa publication. C’est que le texte de Georges Couffignal ne fait ni dans le scoop, ni dans l’anecdote. Il tente au contraire de gratter sous la surface des choses. Je vous laisse lire le tout en détail.

Les grands débats de Telos

Du reste, cette recherche de profondeur dans l’analyse de l’information est la caractéristique principales de Telos, « agence intellectuelle regroupant universitaires et professionnels, qui aspire à répercuter sans esprit partisan les grands débats mondiaux. »

On peut titiller sur ce qualificatif bizarroïde d’« agence intellectuelle ». Mais je vous invite à suivre Telos de plus près, vous y trouverez des points de vue inédits sur les grands débats du moment. Par exemple, cet article récent sur Obama et la question raciale.


La bandola, de 4 à 16 cordes

23 mars 2008

La bandola vénézuélienneAvec le cuatro, la harpe et les maracas, la bandola constitue l’un des instruments essentiels de la musique traditionnelle vénézuélienne, et tout particulièrement de la musique des Llanos.

Comme nombre d’instruments à cordes, l’ancêtre lointain de la bandola est l’oud babylonien et persan, passé successivement au monde arabe, puis, en même temps que l’avancée de l’Islam, au Maghreb et à l’Andalousie. C’est le laúd espagnol, le luth français.

Le laúd est à l’origine d’une nombreuse famille d’instruments, parmi lesquelles la guitare espagnole, la guitare portugaise et la mandoline européenne. Émigrant en Amérique avec la conquête, ces instruments eurent à leur tour leurs déclinaisons locales, tels que le cuatro vénézuélien, le tres cubain, le charango péruvien et la bandola, que l’on trouve au Venezuela et en Colombie.

Une grande famille

Il existe plusieurs types de bandolas au Venezuela. La plus connue est la bandola llanera (photo), qui possède quatre cordes et se joue avec un plectre fabriqué avec une corne de vache. Popularisée par son grand interprète Anselmo López, elle constitue l’un des instruments emblématiques de la musique llanera.

De leur côté, la bandola central et la bandola oriental possèdent huit cordes, accordées par paires. Mais cette dernière, appelée aussi bandolín, se distingue par une caisse de résonance plus grande et plus profonde.

Autre variante, la bandola guayanesa combine le son de la bandola llanera et de la oriental, obtenant une sonorité proche de celle du tres cubain. Elle est surtout connue grâce au travail de Cheo Hurtado et du groupe Un Solo Pueblo.

Enfin, la bandola andina, la moins connue de toutes, possède de 12 à 16 cordes, groupées en six ordres doubles et triples, ce qui la rapproche de la bandurria espagnole. Plus diffusée en Colombie qu’au Venezuela, elle est utilisée pour interpréter les bambucos et les valses andines.

Petite démonstration

Pour mieux vous situer, rien de tel qu’une petite démonstration. Voici d’abord un pajarillo, thème classique de la musique llanera, interprété à la bandola llanera par Ismael Querales :

Et pour connaître plus à fond les capacités de l’instrument, voici une improvisation (avec ses défauts, mais bien vivante) de Carlos Miguel Meza, également sur la base d’un pajarillo :


Le pays qui aurait pu ne pas exister

22 mars 2008
Carte de la Grande Colombie, par Agustin Codazzi
Carte de la Grande Colombie, par Agustín Codazzi

Paradoxalement, c’est Simón Bolívar lui-même, le Libertador, qui aurait pu rayer de la carte du monde son pays natal, le Venezuela. S’il avait réussi dans son ambitieuse entreprise d’unir les Amériques latines, le Venezuela n’aurait sans doute pas existé en tant que nation, car il aurait fait partie –aux côtés de l’actuelle Colombie, de l’Équateur et du Panama– de la « Grande Colombie ». S’inspirant de la vision du précurseur Francisco de Miranda, Simón Bolívar voulait en effet former un grand pays nommé Colombie, appelé ainsi en hommage à Christophe Colomb. Voici ce qu’il écrivait en 1815 dans sa fameuse Lettre de Jamaïque, dans laquelle il exprime l’idée d’unir la Nueva Granada (la Colombie actuelle) au Venezuela :

Cette nation s’appellera Colombie, afin de rendre justice et gratitude au créateur de notre hémisphère.

Au Congrès d’Angostura de 1819, Simón Bolívar est nommé Président de la République de Colombie. En 1821, le Congrès de Cúcuta entérine la création de la Colombie et la divise en sept départements. Le territoire qui constituait sous la colonie la Capitanía General de Venezuela est alors fractionné en trois départements : Orinoco (comprenant les provinces de Guayana, Cumaná, Barcelona et Margarita), Zulia (comprenant les provinces de Coro, Trujillo, Mérida et Maracaibo) et Venezuela (comprenant les provinces de Caracas et Barinas). Il s’en fallut alors de peu pour que le nom de Venezuela ne disparaisse, car le congrès avait initialement proposé de nommer ce département Apure. C’est Bolívar, cette fois, qui intervint in extremis pour que l’on conserve le nom de Venezuela à une partie du territoire.

En 1824, une loi créa encore un nouveau département, celui d’Apure, constitué par la province de Barinas, amputant d’autant le département du Venezuela. Dilué dans la Grande Colombie, le nom de Venezuela ne s’applique alors qu’à la seule province de Caracas (voir la carte).

La fin du rêve

En 1826, tandis que Bolívar continue son œuvre de libertador au Pérou, un conflit éclate entre Francisco de Paula Santander, en charge de la présidence de la Colombie et représentant du centralisme de Bogotá, et le général José Antonio Páez, commandant général du département du Venezuela. Cette grave crise politique conduit à la dissolution de la grande République de Colombie. C’en est fini du grand rêve de Bolívar. En revanche, la division du pays a pour effet de faire renaître le Venezuela de ses cendres.

Le 24 septembre 1830, le général Páez fait promulguer une nouvelle constitution, laquelle consacre l’indépendance et l’unité nationale du Venezuela. Dans ce texte, le territoire de la nouvelle République se définit comme « tout ce qui avant la transformation politique de 1810 se dénommait Capitanía General de Venezuela ». C’est donc le remembrement du territoire. Au-delà de la simple géographie, le texte constitutionnel parle aussi de « nation vénézuélienne ».

Depuis lors, le Venezuela conservera son nom –et son existence– sans la moindre interruption. Par contre, le nom de la république, lui, changera quelquefois. En 1864, la constitution fédérale consacre le nom États-Unis du Venezuela, qui restera en vigueur jusqu’en 1953 (même si le fédéralisme ne sera jamais appliqué dans le pays). Cette année-là, le pays retrouve son nom de République du Venezuela, qu’il conservera dans la constitution de 1961. La dernière modification a lieu avec l’avènement de l’actuelle constitution, en 1999, lorsque le pays adopte de nom de République bolivarienne du Venezuela.

Simón Bolívar se trouve ainsi associé au nom d’une république qu’il n’a jamais vraiment désirée! Ainsi vont les bizarres détours de l’histoire!


Chaves et Chávez

21 mars 2008

Manuel Chaves Chavez et le perroquetOn connaissait Dupont et Dupond. Voici Chaves et Chávez!

Excusez mon ignorance en matière de politique autonomique espagnole, mais c’est seulement hier que j’ai appris l’existence de Manuel Chaves (avec S et sans accent), le président de la Junta de Andalucía (gouvernement autonome d’Andalousie). Je suis d’autant plus impardonnable que le Chaves en question est arrivé au pouvoir le 27 juillet 1990, soit il y a près de 18 ans! Il vient d’être réélu pour un nouveau mandat aux élections du 9 mars dernier et en a donc pour quelques années encore.

Les deux hommes n’ont pas grand chose en commun pour ce qui est de leurs politiques respectives. Manuel Chaves est une huile du PSOE, social-démocrate, professeur universitaire. Hugo Chávez est le bouillant personnage que l’on sait, qui adore tirer sur tout ce qui bouge.

On ne peut en tout cas que s’étonner de la longévité au pouvoir des Chavesz (comme on dit les Dupondt)! Et on ne peut qu’être surpris d’apprendre qu’un autre Chaves, arrivé à la tête d’un gouvernement huit ans avant Hugo, a toutes les chances de rester au pouvoir plus longtemps que ce dernier!

En effet, étant donné que la réforme constitutionnelle qu’il proposait n’a pas été acceptée en décembre dernier, Hugo Chávez devra quitter son poste en 2013, après seulement 15 ans de pouvoir.

Encore que…


La guerre, vous y avez cru, vous?

15 mars 2008

Personnellement, ils m’ont bien fait rire, ces supposés bruits de bottes qui ont couru ces dernières semaines aux frontières de la Colombie, de l’Équateur et du Venezuela. La guerre! La vraie! La VRAIE GUERRE!

Mes voisins s’affolaient, mes amis s’inquiétaient, ma famille m’appelait. Avec leurs titres grands comme des maisons, les journaux confirmaient. Les agences de presse internationales en remettaient. La toute-puissante télé –même TV5– en faisait ses choux gras. Les blogues surchauffaient…

« Monsieur le Ministre de la défense, envoyez-moi dix bataillons à la frontière. Immédiatement ». C’est vrai, Hugo Chávez l’a dit, comme ça, en direct, au cours de son émission Aló Presidente du dimanche :

Avouez que c’est de la diplomatie en direct comme vous n’en avez jamais vu! Un autre grand moment de télévision! Mais soyons sérieux, Chávez n’en est pas à son premier bluff. Politiquement, il vit même presque de cela, avec ses déclarations à l’emporte-pièces qui font la joie des journalistes. C’était là un bluff de plus. La tête d’ahuri du ministre de la Défense, au cours de l’échange télévisé, en dit suffisamment long sur le sujet. Disons que pour la première fois, le bluff portait sur un sujet particulièrement sérieux, la guerre.

Or, la guerre, justement, ne s’improvise pas, et encore moins se décrète à la télévision. S’il y a un domaine où s’applique la rationalité (même dans la passionnelle Amérique latine), c’est bien le domaine de la guerre. On ne la déclare que si l’on a de bonnes chances de la gagner. C’est le b.a.-ba du militaire. Et en militaire qu’il est, Chávez le sait mieux que quiconque.

Rapport de forces

Comme le président vénézuélien l’a sans doute fait avant nous, voyons froidement quel est le rapport des forces en présence (1) :

  • La Colombie compte 44,5 millions d’habitants, le Venezuela 26,5 millions
  • Les forces armées colombiennes ont un effectif de 389.000 hommes, les forces armées vénézuéliennes de 252.000 hommes
  • L’armée colombienne est entraînée et expérimentée, en raison de sa guerre continue contre les FARC, tandis que l’armée vénézuélienne s’occupe plutôt, depuis plusieurs années, de tâches « sociales » (opérations de santé publique, recherche et confiscation des produits accaparés par les commerçants, etc.)
  • L’armée colombienne est unie autour d’un objectif commun, combattre les FARC, tandis que l’armée vénézuélienne (ou du moins certains de ses membres) a régulièrement tendance à conspirer…
  • L’armée colombienne est bien équipée et obtient un appui logistique sans condition de la part des États-Unis (comme on l’a vu lors de son opération commando contre le camp des FARC en Équateur), tandis que l’armée vénézuélienne, sans soutien extérieur important, devra attendre 2012 pour recevoir les nouveaux équipements commandés à la Russie.
  • 10,2 % des importations du Venezuela proviennent de Colombie. Il s’agit surtout de produits de première nécessité et de grande consommation, dont la pénurie ferait mal à une majorité de la population. La Colombie n’a pas cette dépendance.
  • Des millions de Colombiens et de personnes d’origine colombienne vivent au Venezuela, ce qui n’augure pas d’un front uni en cas de conflit. En revanche, il y a peu de Vénézuéliens vivant en Colombie.

Bref, s’en aller en guerre contre la Colombie, c’était aller au casse-pipe certain. Je suis persuadé que Hugo Chávez, qui n’est pas Malbrough, n’y a jamais pensé sérieusement. Cela dit, il devait faire son cinéma pour correspondre à l’image qu’il voulait (et devait) donner de lui. C’était… de bonne guerre, si l’on peut dire.

Quant à la fameuse réconciliation scellée en République dominicaine quelques jours plus tard –cet autre grand moment pour les médias assoiffés de spectacle–, je vous pose sincèrement la question : vous y croyez, vous?

(1) La plupart des chiffres cités proviennent du World Factbook de la CIA, des gens qui devraient être bien informés.


Les motos chinoises et la liberté

1 mars 2008
Moto chinoise

Les motos chinoises sont-elles source de liberté? Non, ce n’est pas la question du dernier bac de philo (encore que, pour décrasser quelque peu l’institution, ce pourrait en être une –et intéressante par-dessus le marché).

Examinons la photo ci-dessus, prise à Calderas, petite localité de l’état de Barinas, dans le piémont andin. La moto est chinoise, elle est flambant neuve, ils sont trois. La photo ne le dit pas, mais je mettrais ma main au feu que c’est leur premier véhicule.

Pour ces trois-là, oui, cette moto, c’est la liberté. Pour la première fois de leur vie sans doute, ils peuvent se déplacer librement, aller où ils le désirent, sans dépendre des anarchiques transports en commun.

Le trio de la photo n’est qu’un exemple parmi des milliers, si l’on en juge par le nombre de motos chinoises vendues ces dernières années au Venezuela. Il faut dire que les bêtes ne sont pas chères (à partir de trois salaires minimum) et se trouvent à la portée d’un tout nouveau public : les jeunes travailleurs, les jeunes paysans et tous ceux qui –tant bien que mal– ont vu leur condition de vie s’améliorer sous le chavisme (quoi qu’en disent les économistes classiques, ils existent, je les ai rencontrés).

Avoir une moto, fût-elle chinoise, c’est grimper dans l’échelle sociale, c’est pouvoir sortir entre amis, inviter sa belle à une balade le dimanche après-midi… C’est pas la liberté, ça? Il n’y a pas si longtemps, on disait en Europe : Mon auto, c’est ma liberté! Peut-on décemment jeter la pierre sur les Vénézuéliens qui disent maintenant : Ma moto chinoise, c’est la liberté?

Bon, soyons clairs : la moto chinoise, ce n’est pas la panacée. On ne parlera pas ici de leurs qualités mécaniques réputées douteuses, de la difficulté de trouver des pièces, des trop nombreux accidents de la route, du regain d’insécurité qu’elles impliquent (car elles sont pratiques pour les petits vols à la tire)…

Mais la liberté, cette sensation de pouvoir aller où on veut quand on veut, cela vaut bien de prendre quelques risques. Bien sûr, ce n’est pas la Liberté avec un grand L et en lettres grasses, mais cette petite liberté-là, cette petite sensation, vaut bien 1000 dollars, le prix de la moto…

P.S. : À l’origine, j’avais pensé écrire un article pour ironiser sur le trio à moto de la photo, le casque de vélo du conducteur, le postérieur sur le porte-bagage, etc. Puis je suis tombé sur ce site et je me suis désisté, devant l’inanité de mes intentions. À la vue de ces photos, je suis resté bouche bée, tout en riant jusqu’aux larmes (essayez, c’est possible). Allez donc y jeter un coup d’œil : vous y trouverez de solides arguments pour répondre à la question qui ouvre ce billet.