Première lumière

30 avril 2007

Première lumière

La semaine dernière, j’ai eu la chance, le privilège, la joie d’assister au plus beau spectacle de la nature : la naissance de la lumière. C’était dans les Andes, quelque part entre Niquitao (Trujillo) et Calderas (Barinas), sur le camino real qui a relié pendant des années ces deux localités. La veille, nous avions gravi le col jusqu’à 3500 m, dans le brouillard le plus épais, pour ne pas dire dans les nuages. À 3200 m d’altitude, nous avions établi notre campement. On n’y voyait pas à 20 mètres. La frustration était complète.

En fin d’après-midi, le ciel a commencé à s’entrouvrir, puis s’est lentement déchiré. Peu à peu, le paysage s’est offert à nos yeux, imposant. Nous avons dormi tranquilles : nous nous trouvions enfin « quelque part ».

Mais la vraie récompense est arrivée à l’aube. Sous un ciel entièrement découvert, la première lumière a percé, timide. La montagne est devenue bleue, puis les montagnes sont devenues autant de vagues. Les Andes naissaient de la nuit!

Jamais la télévision n’arrivera à remplacer ce moment privilégié. Pas même NatGeo!


Déménagement radical

30 avril 2007

venezueLATINA sur wordPressvenezueLATINA a déménagé! Son adresse ne change pas : vous trouverez toujours le blogue à http://www.venezuelatina.com ou http://venezuelatina.com. Si vous lisez ces lignes, c’est que vous vous y trouvez déjà!

J’ai donc décidé de changer de plateforme. Adieu Blogger! Bienvenue WordPress! J’en avais marre de certains comportements étranges de Blogger qui, d’un jour à l’autre, et sans avertir, a notamment « traduit » en anglais les noms des mois dans les archives. Avec impossibilité de rectifier!

Ce déménagement implique bien entendu un changement de design assez radical. Vous découvrez un nouveau blogue dans les tons bleu et gris, quelque peu austère, mais élégant, et qui a le grand mérite de mettre très bien en valeur les photos. J’espère que ce nouveau look vous plaira.

L’adresse du fil RSS (pour recevoir les billets de ce blogue automatiquement dans un lecteur de nouvelles) a, elle, changé : il s’agit maintenant de http://venezuelatina.com/feed/.

Merci donc d’être venu sur le nouveau venezueLATINA!


Liaison dangereuse

26 avril 2007

Un bus à Calderas

Au Venezuela, les transports publics sont le plus souvent… privés! Si l’on excepte les compagnies des grandes lignes, chaque conducteur est propriétaire de son véhicule. Il a donc le droit de le personnaliser en fonction de ses goûts personnels, comme il le ferait de sa voiture.

Cela donne, il faut le dire, des résultats étonnants, amusants, voire douteux. Ainsi, l’autre jour, je suis tombé sur cette perle : un beau bus tout rouge arborant sur sa vitre arrière l’inscription AMISTADES PELIGROSAS (traduction : Liaisons dangereuses). Ne vous demandez pas pourquoi ce texte figure à cet endroit. Sachez cependant qu’il serait pour le moins étonnant que cela ait une quelconque relation avec l’œuvre de Pierre Choderlos de Laclos (1782) ou même avec les films homonymes de Roger Vadim (1959) et de Stephen Frears (1988). En fait, le piquant n’est pas là. Il se trouve plutôt dans l’effigie qui se trouve directement au-dessus de cette inscription. Il s’agit ni plus ni moins de la Divina Pastora, une vierge vénérée tout spécialement dans le centre du pays. On n’ose tout de même pas croire que c’est elle, la liaison dangereuse!


Un œil sur la planète Venezuela

15 avril 2007

oeilsurlaplanete.jpgMes deux billets précédents étaient consacrés aux injures de Hugo Chávez. (Au passage, vous remarquerez que, s’agissant d’un blogue sur le Venezuela, il m’est difficile, voire impossible, de m’abstraire de son président, omniprésent dans les esprits de tous ceux qui vivent ici, qu’ils soient opposants ou partisans).

Mais ces frasques et ces injures, aussi spectaculaires ou irritantes qu’elles soient, tiennent plutôt du folklore et de l’anecdotique. Hugo Chávez ne peut se réduire à son style. Que cela plaise ou non, il est aussi l’homme d’une politique, d’un grand dessein pour son pays et pour l’Amérique latine. Au-delà de la forme, il y a aussi le fond.

Et le fond est bien plus difficile à trouver sur les petits écrans. Les grandes chaînes s’attachent surtout aux coups d’éclat spectaculaires, qu’elles peuvent diffuser en trente secondes, mais font rarement dans l’analyse, qui exige plus de temps, d’argent et d’intelligence. À cela, une exception récente : le 16 décembre dernier (soit peu après la réélection de Hugo Chávez), l’émission Un œil sur la planète, sur France 2, s’est intéressée de plus près au Venezuela et à son président, en leur consacrant une série de reportages tout à fait intéressants.

Je vous invite à voir ce programme intitulé Chávez : Viva la revolución ?, qui vous donnera une image contrastée du Venezuela et de ses gens, ainsi que de son président. Installez-vous bien : l’émission dure tout de même 1 h 45.

L’émission peut aussi être visionnée directement depuis le site web de France 2. Vous y trouverez en prime une bibliographie et des liens sur le Venezuela.


Trop ou pas assez

12 avril 2007

J’en ai dit trop ou pas assez, dans mon dernier billet, à propos des injures adressées par Hugo Chávez à George W. Bush. Des lecteurs curieux me demandent de préciser.

Pour éviter de tergiverser ou de mal interpréter, rien de tel que de s’en remettre à la version originale. Et pour ce faire, rien de tel qu’une sélection de vidéos.

Voici d’abord une séquence de Aló, Presidente (le programme télévisé animé par Hugo Chávez lui-même) durant laquelle le président vénézuélien traite successivement George Mister Danger Bush d’ignorant, d’âne, de lâche, d’assassin, de génocidaire, d’alcoolique, d’ivrogne, d’immoral, de malade mental… (en espagnol avec sous-titres anglais)

Excessive et démesurée, une telle diatribe politiquement incorrecte met mal à l’aise, c’est le moins que l’on puisse dire. Mais il s’agit d’une intervention à usage interne, qui obéit à ses propres règles. Du reste, Hugo Chávez a aussi ses moments plus légers ou plus humoristiques, comme lorsqu’il compare la démarche du président des États-Unis à celle de John Wayne (en espagnol) :

Enfin, plus officiel mais non moins agressif, voici l’extrait le plus célèbre du discours aux Nations-Unies, dans lequel il traite George Bush de « diable » tel qu’il a été rapporté par France 2 :


À vos marques, Mister Danger!

11 avril 2007

Mister DangerLors d’une de mes rares cavales à Caracas, je suis tombé, en pleine autoroute urbaine, sur cette affiche géante qui disait :

Mister Danger, déjanos hacer el amor y no la guerra

Ce qui se traduit par : « Mister Danger, laisse-nous faire l’amour, pas la guerre » (très années 70, comme vous voyez). En guise de signature, l’affiche conclut : El Bravo Pueblo es jóven (Le peuple brave est jeune : allusion au Bravo Pueblo de l’hymne national en même temps qu’appel à la jeunesse vénézuélienne). Inutile d’ajouter que l’affiche est officialiste et fait partie d’une campagne gouvernementale, peu avant les élections.

Mais qui est ce Mister Danger? On se prend à s’interroger. Mais pour un Vénézuélien, cela ne fait pas l’ombre d’un doute : il s’agit de George W. Bush et de nul autre.

On connaît la relation très spéciale qui unit Hugo Chávez et l’actuel président des États-Unis. Lors de la dernière assemblée générale des Nations-Unies, l’année dernière, le premier n’a pas hésité à traiter le second de diablo. Il ajoutait même qu’à la suite du passage, la veille, de George Bush à la même tribune, « cela sentait toujours le soufre »!

Je n’énumérerai pas ici la collection de surnoms et d’injures que Hugo Chávez destine ainsi à W. Cela fait partie, déjà, du folklore vénézuélien. Toutefois, il y a un surnom qui se détache du lot et est devenu franchement populaire : Mister Danger.

Pour le président vénézuélien, George Bush est en effet l’homme de tous les dangers, le fauteur de guerre absolu, le s’en-va-t-en guerre inconscient, l’ennemi public numéro un de l’humanité… En un mot : Mister Danger!

Au-delà de l’injure, Hugo Chávez ne se lasse pas de défier, avec un clin d’œil gros comme ça, son homologue étatsunien : un jour, il ridiculise le pauvre score électoral de ce dernier, le comparant à ses soixante et quelques pour cent; un autre jour, traitant George Bush de « cadavre politique », il le met au défi de rester au pouvoir aussi longtemps que lui (soyons justes : la constitution des États-Unis ne permet pas la réélection indéfinie, ainsi que voudrait l’introduire Chávez dans sa propre constitution…).

Et puis il y a cette perle, lancée récemment dans une interview qu’il accordait à la célèbre journaliste Barbara Walters de ABC News : « Si j’étais candidat présidentiel aux États-Unis, je gagnerais l’élection! ».

Plutôt pince-sans-rire, Hugo Chávez!

> Reportage et interview de Hugo Chávez par Barbara Walters (en anglais)


Toupie sur ongle

7 avril 2007

Toupie su ongle

Semana Santa dans les villages des Andes. Petits et grands s’affrontent au jeu du trompo (toupie traditionnelle en bois). Il s’agit non seulement de « faire danser son trompo » -c’est le terme consacré pour dire le faire tourner-, mais encore d’empêcher en le percutant celui du voisin de danser.Une autre discipline consiste à montrer sa dextérité : faire danser le trompo sur sa main, sur son bras ou encore sur son ongle! Ce dernier exercice est plus rare, car plus difficile et réservé aux experts : j’ai eu la chance de le capter sur une photo (ci-dessus) lors de ma récente visite à Masparrito, dans le piémont andin proche de Barinas.Trompo (toupie), metras (billes), boliche (quilles), bolas criollas (pétanque jouée avec des boules en pierre), perinola (bilboquet), dominos, bingo, tirage de cartes font partie des jeux traditionnels de la Semana Santa. Les places des villages sont animées de petits groupes d’enfants et d’adultes se livrant joyeusement et bruyamment à leur jeu préféré.

Toupies traditionnelles en boisMais pour combien de temps encore? Même dans les endroits les plus reculés, la concurrence à ces jeux traditionnels se fait de plus en plus forte : l’informatique et Internet -mirages de la modernité- ne cessent de gagner du terrain, surtout parmi les jeunes. Pour le meilleur et pour le pire. Et le pire, ce pourrait être la disparition de ces jeux « obsolètes » qui ont pourtant fait la joie de dizaines de générations.