Archive for août, 2008


Un jeu si innocent…

Devenez mercenaires...

Devenez mercenaires...

C’est ce 31 août que sort aux États-Unis (et le 5 septembre en Europe) le nouveau jeu vidéo Mercenaries 2 – World in Flames [adaptation française : Mercenaries 2 : L'enfer des favelas], une production de Pandemic Studios pour Electronic Arts.

Cette fois, les vilains mercenaires débarquent au… Venezuela! En effet, là-bas, « un tyran avide de pouvoir utilise les ressources pétrolières du Venezuela pour renverser le gouvernement et transformer le pays en champ de bataille », comme l’annonce d’emblée l’éditeur, qui précise aussi que « le Venezuela est totalement destructible ».

Autant vous dire que Hugo Chávez n’a pas aimé… Il a déclaré haut et fort que ce jeu faisait partie de l’arsenal de propagande qui s’élève contre son gouvernement aux États-Unis et dans le monde. Pire encore, selon lui, ce jeu pourrait préparer les esprits à une invasion réelle du Venezuela par les États-Unis. Les éditeurs de Mercenaries 2 ont répliqué en disant que « ce n’était qu’un fichu jeu vidéo ». Un peu léger…

... et découvrez une ville qui ressemble étrangement à Caracas

... et détruisez une ville qui ressemble étrangement à Caracas

Bien sûr, ce n’est qu’un jeu –extrêmement violent, par ailleurs, et dénué de la moindre valeur éthique. Toutefois, sans aller aussi loin que Chávez, qui y voit une collusion entre le gouvernement des États-Unis et l’éditeur, il faut bien reconnaître que Mercenaries 2 n’est pas aussi innocent que cela.

Désireux de mettre du piment et d’ajouter de l’authenticité à leur scénario, les créateurs du jeu se sont inspirés d’une situation politique réelle et l’ont fait en se plaçant résolument, bien entendu, du côté étatsunien. Cela donne pour résultat une vision tronquée et manichéiste de la réalité, dans laquelle les bons et les mauvais sont connus d’avance.

Je n’ai pas joué au jeu, mais je peux parier que les bons en question finissent par triompher grâce à leur intelligence, leurs astuces et leurs multiples vies, tandis que les mauvais, bien qu’extrêmement puissants et très bien armés, font figure de brutes idiotes. Les premiers sont étatsuniens (et assimilés), les seconds sont vénézuéliens.

Telle est la belle image qui sera projetée aux dizaines de milliers d’ados qui joueront ingénument à ce petit jeu « sans importance ». Subtile propagande : ceux qui la fabriquent ne s’en rendent même pas compte!

Vous êtes curieux? Vous voulez voir à quoi ressemble le Venezuela de Mercenaries 2? En voici la bande-annonce. Accrochez-vous bien!

Aux sources de Jules Verne

Jean Chaffanjon durant son expédition au Venezuela

Jean Chaffanjon durant son expédition au Venezuela

Aah, cette manie de toujours vouloir remonter aux sources! J’avais à peine terminé de rédiger mon billet sur Le superbe Orénoque de Jules Verne (dans lequel le romancier mène son héros à la source du grand fleuve), que j’ai voulu, moi, remonter à la source de Jules Verne, à savoir jusqu’à celui qui fut l’inspirateur de son roman orénoquien : l’explorateur Jean Chaffanjon. Jules Verne ne fait d’ailleurs pas mystère de cette source, à tel point que le héros de son roman se réfère à plusieurs reprises aux textes de Jean Chaffanjon.

Personnellement, j’étais intrigué par le personnage : qui pouvait être ce monsieur qui, en cette fin de XIXe siècle, avait eu l’audace de venir se balader au sud du Venezuela, dans ce vaste territoire amazonien encore largement inconnu et inexploré? Dans ma recherche, j’ai d’abord trouvé une photo de Jean Chaffanjon prise au cours de son expédition vénézuélienne (ci-dessus), puis une autre plus officielle (ci-dessous). Il est toujours bon de pouvoir mettre un visage sur un nom, cela vous place le personnage. J’ai ensuite pu grappiller çà et là quelques éléments de sa biographie.

Deux expéditions au Venezuela

Que sait-on du personnage? Qu’il est né en France en 1854 et mort dans les Indes néerlandaises (l’actuelle Indonésie) en 1913. Qu’à l’âge de 16 ans, pendant la guerre franco-allemande de 1870, il fait partie du groupe de volontaires organisé par Garibaldi, l’unificateur de l’Italie, pour appuyer et défendre la toute jeune république française. Qu’en 1884, il part pour la Martinique et y exerce son métier de professeur d’histoire naturelle. Que l’année suivante, commandité par le ministère de l’Instruction publique, il effectue une première expédition au Venezuela. Au cours de celle-ci, il explore le bassin du rio Caura (où, attaqué par des autochtones, il manque de perdre la vie et s’échappe dans des circonstances rocambolesques), puis remonte l’Orénoque jusqu’à l’embouchure du rio Meta.

Mais ce n’était là que l’apéritif. Mis en bouche par ce premier voyage, il se lance dans une seconde expédition. Un véritable défi : atteindre la source de l’Orénoque, une région presque totalement inconnue où seuls quelques explorateurs –dont Alexander von Humboldt en 1800- s’étaient précédemment risqués. Il prend la route du Haut-Orénoque en 1886. Après avoir vécu des aventures dignes de… Jules Verne, il pense avoir atteint son but : les sources du grand fleuve. Une expédition postérieure, celle dirigée par Alain Gheerbrant en 1950, prouva qu’il n’en fut rien. Il n’en avait pas moins fait avancer les connaissances sur cette région, en décrivant la géographie, la faune, la flore et surtout les populations autochtones rencontrées, faisant œuvre à la fois de naturaliste et d’anthropologue.

Pour ses expéditions dans le Haut-Orénoque, Jean Chaffanjon a reçu en 1888 la médaille d’or de la Société de géographie. Plus tard, il refusa la prestigieuse Légion d’Honneur que voulait lui décerner la France, mais il accepta, par contre, le titre de Caballero del Orden del Libertador que lui décerna le Venezuela.

Un récit éclairant

Le récit de ses expéditions a été publié dans l’ouvrage collectif Le Tour du monde – Nouveau journal des voyages, publié sous la direction de Édouard Charton (Hachette, 1888). J’en ai retrouvé le texte et je l’ai mis en ligne pour les petits curieux (cliquez ci-dessous pour lire ou télécharger) :

Expéditions de Jean Chaffanjon au Venezuela (1885-1887)

Pourquoi s’intéresser à d’aussi vieilles choses? Personnellement, J’ai plusieurs raisons :

  • Ces vieux récits me font découvrir un pays que je connais vu par d’autres yeux et surtout à une autre époque. Je ne trouve rien de plus passionnant que de suivre sur le terrain , un siècle plus tard, les traces d’un explorateur ou d’un écrivain et de voir l’évolution qui s’en est suivie.
  • Je suis toujours impressionné par l’audace et le courage de ces explorateurs qui s’aventuraient dans des régions inconnues avec un minimum de commodités. Pour prendre l’exemple de l’expédition de l’Orénoque, comment remontait-on le courant d’un fleuve aussi puissant sans le moindre moteur? Dans cet « enfer vert »,  comment résistait-on aux risques de maladie? Comment traitait-on avec les tribus rencontrées, dont certaines n’avaient jamais vu un homme blanc?
  • Et surtout, surtout, il m’intéresse de connaître les populations et leurs modes de vie, à une époque où le capitalisme n’avait pas encore implanté sa marque dans les esprits. C’est en quelque sorte le grand rêve de l’anthropologue : rencontrer des populations dites « vierges », afin de situer la nôtre dans un contexte élargi qui permet de mieux la comprendre.
  • Enfin, il m’importe de voir et d’analyser comment, précisément, le capitalisme et l’impérialisme (n’ayons pas peur des mots, ils sont ici utilisés dans leur sens scientifique, non militant) étaient en train, au travers de ces explorateurs, de s’approprier le monde. Le XIXe siècle, à cet égard, est le siècle exemplaire de cette expansion. La conquête de nouveaux espaces (et de nouveaux esprits) n’était pas encore polluée par la culpabilité qui nous habite, nous Blancs colonisateurs, depuis la seconde partie du XXe siècle. À cette époque, cette conquête se faisait toujours, de façon presque ingénue, au nom de la science, du progrès, de la civilisation.

Sur ce dernier point, le texte de Jean Chaffanjon est tout à fait éclairant. Au fil des pages, on voit l’explorateur pêcher en utilisant des cartouches de dynamite (shocking!); déterrer un squelette d’Indien, allant jusqu’à profaner un cimetière; « acheter » les Indiens avec des armes, des munitions ou des colifichets! Ces pratiques peu scrupuleuses nous paraissent aujourd’hui totalement déplacées, elles ne l’étaient pas dans la mentalité de l’époque. Ce sont elles qui nous ont permis de garnir nos musées et d’écrire nos beaux articles scientifiques. Ainsi le musée du quai Branly, à Paris, possède 462 objets rapportés du Venezuela par Jean Chaffanjon, dont 142 proviennent de la région de l’Orénoque (pour les découvrir, faites une recherche Chaffanjon, Venezuela et Orénoque dans le catalogue des objets du musée).

L’expédition en images

Enfin, last but not least, Jean Chaffanjon a rapporté de nombreuses photographies de ses voyages d’exploration. Il s’agit là d’un témoignage exceptionnel qui nous fait revivre en images les expéditions et surtout nous montre les populations indiennes. J’en ai retrouvé quelques-unes, que je publie ci-dessous.

Récit de voyage, photos, objets… Voilà de quoi vous permettre de faire une bonne plongée dans le Venezuela du XIXe siècle, accompagné par cet explorateur si représentatif de son époque qu’était Jean Chaffanjon. L’aventure est au bout du chemin. Du vrai. Du vécu. Mieux que du Jules Verne!

Le bateau

L'embarcation de l'expédition

Transport

Embarquement

transport

Transbordement

Franchissement des rapides de Maipure

Franchissement des rapides de Maipure

Les rapides de Vivoral

Les rapides de Vivoral

Expédition

Difficultés de l'expédition

Cimetière piaroa

Cimetière piaroa

Indiens Guahibos

Groupe de femmes et enfants Guahibos

Indiens Guahibos

Groupe d'hommes Guahibos

La linguistique des coqs

Le coq, dessin de Pablo Picasso (1938)

Le coq, dessin de Pablo Picasso (1938)

Demandez à un Vénézuélien (ou à un latino-américain) comment chante le coq : il vous répondra immédiatement kikirikiiii. Vous pouvez lui dire qu’il a tort, que c’est cocorico, il n’en démordra pas, le coq fait kikiriki, et rien d’autre!

Irrité ou héberlué, vous passez alors à un stade supérieur. Vous choisissez un coq quelconque et le mettez entre vous et votre interlocuteur, attendant que l’animal se décide à chanter. Et voilà qu’il chante! Vous entendez bel et bien cocorico, tandis que votre interlocuteur n’entend que kikiriki!

La chose se corse donc : comment est-il possible d’entendre le même son et de l’interpréter différemment? S’agit-il d’un pur conditionnement social ? On nous a toujours dit que le coq faisait cocorico et nous entendons effectivement cocorico, on leur a toujours dit que le coq faisait kikiriki et ils entendent effectivement kikiriki. Ou alors sommes-nous préprogrammés pour capter d’une certaine manière certains sons? Je laisserai aux spécialistes le soin de se pencher sur ce que j’appellerai la linguistique des coqs.

En attendant, ne nous creusons pas trop les méninges et écoutons religieusement la chanson Kikiriki qu’interprète le groupe Floricienta. (Attention, le rythme et les paroles sont particulièrement collants, et vous pourriez vous retrouver en train de chanter Kikiriki en prenant votre bain ou en lavant la vaisselle!)

Pour la petite histoire, sachez que la série télévisée pour enfants Floricienta, d’origine argentine, fait depuis quelques années les beaux jours de nombreuses chaînes de télévision de par le monde. Elle est notamment diffusée en France sur Cartoon Network, si j’en crois le site et les nombreux blogues qui fleurissent sur elle dans la langue de Molière.

Vous voyez d’ici le danger : à force de voir et d’écouter Floricienta, nos chers petits vont bientôt croire que les coqs font kikiriki! Et alors là je vous pose froidement la question : qu’adviendra-t-il de notre chère France si elle ne peut plus faire cocorico?

Le superbe Orénoque de Jules Verne

Illustration de l'édition originale (1898)

Illustration de l'édition originale (1898)

Marc Gibaud vient de franchir l’Orénoque, le chanceux, et il me renvoie la balle! Lors de son passage à Mérida, je lui avais offert Le superbe Orénoque de Jules Verne. Et voilà qu’il me demande de vous en dire plus sur ce livre!

Belle occasion de vous parler de cet ouvrage qui, s’il n’est pas le meilleur de Jules Verne, est un incontournable si vous décidez de vous balader au Venezuela. C’est le parfait roman d’aventures qui vous accompagnera agréablement durant votre voyage. C’est plus léger à lire que les œuvres complètes de Freud ou À la recherche du temps perdu, et ce sera plus utile pour vous éclairer sur le pays que vous visitez.

Le superbe Orénoque fait partie de la série des 62 voyages extraordinaires de Jules Verne (certains n’en comptent que 54, allez savoir pourquoi), aux côtés de titres aussi célèbres que Cinq semaines en ballon, Voyage au centre de la Terre, Michel Strogoff ou Vingt mille lieues sous les mers. L’ouvrage a été écrit en 1894, mais ne sera publié sous forme de volume qu’en 1898 chez Hetzel.

Éveiller l’imagination

Pour écrire son roman, Jules Verne s’est inspiré d’un récit que l’explorateur Jean Chaffanjon (1854-1913) a fait de son expédition de 1886-1887 dans la région du Haut Orénoque. Financée par le ministère de l’Instruction Publique, cette expédition avait pour objectif de remonter le cours du fleuve pour en décrire la géographie, la faune , la flore et les populations rencontrées.

Il n’en fallait pas plus pour éveiller l’imagination du grand conteur (et membre de la Société de géographie) qu’était Jules Verne. Autant qu’un roman, Le superbe Orénoque est un « récit de voyage, émaillé d’incidents qui le rendent attrayant », selon les mots de Jules Verne lui-même.

Le héros de l’aventure s’appelle Jean de Kermor. Accompagné de son oncle le sergent Martial, ce jeune homme entreprend de remonter l’Orénoque jusqu’à sa source, dans l’espoir de retrouver son père, le colonel de Kermor, disparu dans la région depuis quatorze ans.  En cours de route, Jean de Kermor rencontre deux explorateurs français, qui lui conseillent d’éviter de tomber sur Alfaniz, un évadé du bagne devenu ennemi personnel du colonel de Kermor.

Le décor est ainsi planté. Le suspense est créé.  Nous voici embarqués dans une sorte de voyage initiatique aux sources incertaines du fleuve et à l’autre source, non moins significative, qu’est le père. À vous maintenant de suivre les nombreuses péripéties du roman en vous plongeant à votre tour dans ce grand fleuve mythique qu’est l’Orénoque.

> Lire Le superbe Orénoque en ligne (très belle interface)
> Télécharger Le superbe Orénoque (texte intégral) en PDF (1,5 Mo)
> Consulter une page manuscrite du roman
> Acheter Le superbe Orénoque (édition de poche) sur Amazon.fr

Cette pâte noire nommée chimó

La fabrication du chimó

La fabrication du chimó

À ce qu’on dit, on le consomme de plus en plus dans les discothèques latinas de New York. Et pour cause : il permet de respecter l’interdiction de fumer, tout en continuant à profiter discrètement des effets du tabac! C’est le chimó.

Il est vénézuélien. Ou plus exactement originaire de la partie occidentale de ce qui est aujourd’hui le Venezuela. De substance ancestrale consommée traditionnellement dans les villages andins, il est devenu produit à la mode parmi certaine jeunesse urbaine, et même produit d’exportation. Quelle est donc l’histoire de ce chimó?

Préhispanique

L’usage du chimó remonte au passé préhispanique, comme l’attestent les témoignages des premiers découvreurs des Andes vénézuéliennes. Ceux-ci racontent comment les indigènes locaux préparaient le , une pâte obtenue à partir de tabac, et le mélangeaient avec du chi, une « roche blanche » pulvérisée qu’ils trouvaient au fond d’un lac. Ils obtenaient ainsi le chimó, l’une des formes de tabac à mâcher les plus anciennes qui soit.

Quatre cent cinquante ans après ces premiers témoignages, l’endroit existe toujours : il s’agit du lac de Urao (aussi appelé Yohama, de son nom indigène), situé à Lagunillas, près de Mérida. Quant à la roche blanche, une fois analysée, elle s’est révélée être du sesquicarbonate de soude. Le chimó est toujours fabriqué dans des installations artisanales ou semi-industrielles, non seulement dans la région de Lagunillas, mais aussi dans toute la partie occidentale du Venezuela. Signalons, du reste, que la combinaison de tabac et de carbonate de soude est bien connue dans d’autres civilisations : l’alcalinité du carbonate favorise l’absorption de la nicotine dans le système nerveux, accentuant ainsi ses effets.

Recette inchangée

Sa recette reste inchangée : on fait bouillir des feuilles de tabac pendant de longues heures jusqu’à obtenir par évaporation une pâte noire d’une certaine consistance, puis on y ajoute du bicarbonate de soude et quelques ingrédients supplémentaires, histoire de le condimenter. Ces ingrédients varient de région à région, ou de fabricant à fabricant : sucre brun, mélasse, farines, hypochlorite de soude, peau de banane séchée, cendres de quenettier (Meliccoca bijuga), yoco, extraits de vanille, alcool anisé, etc. Chacun y va de sa recette « authentique ».

Pour le consommer, on place une boule de cette pâte de la grosseur de deux grains de riz derrière les incisives. Le produit provoque une forte salivation et se dilue. Mais attention : on n’ingère pas le chimó, on le recrache au fur et à mesure de sa dilution. C’est ce qui explique les nombreuses tâches de couleur brun rougeâtre que l’on rencontre sur le sol là où on le consomme!. Pas toujours très ragoutant!

Produit d’entrée

Jolie petite boîte

Jolie petite boîte

Les effets du chimó sont proches de ceux de la feuille de coca. Les anciens le consommaient pour combattre la fatigue (il augmente la capacité de travail) et la faim (il diminue l’appétit), sans compter qu’il procure un certain état d’euphorie. Dans les zones rurales et dans les quartiers pauvres des villes, sa consommation est une habitude ancestrale qui se reproduit de génération en génération et fait partie intégrante de la culture traditionnelle.

Mais voilà qu’un autre public l’adopte : selon une enquête récente, dans les écoles secondaires, 7,8 % des garçons et 3,5 % des filles consomment régulièrement du chimó. Étant en vente libre, il s’agit d’un produit d’accès facile, qui est bien meilleur marché que les autres formes de tabac. Il apparaît ainsi que, pour les adolescents, le chimó est devenu une sorte de produit d’entrée vers d’autres formes de drogues. Dans la foulée, le chimó a perdu son image de « produit du pauvre ». Il est maintenant consommé indistinctement dans toutes les classes sociales, jusque dans les discothèques newyorkaises!

Un beau débat

Le gouvernement s’en est alarmé. Contenant 28 substances cancérigènes dans sa composition, le chimó serait à l’origine de la recrudescence du cancer du larynx, des lèvres et de la langue constatée dans certaines zones du pays. Aussi le ministère de la Santé vient-il d’organiser le premier « Atelier national de régulation du chimó comme produit dérivé du tabac ». En plus d’étudier et de règlementer la façon dont est fabriqué le chimó, la réunion se proposait d’élaborer une politique de prévention dans le but de diminuer sa consommation parmi les jeunes. Le vieux produit ancestral est donc devenu une question de santé publique.

Mais tout le monde ne l’entend pas ainsi. Ses défenseurs insistent sur le fait que le chimó fait partie du patrimoine culturel du Venezuela, car il renvoie directement aux racines indigènes du pays, et qu’à ce titre il faut le protéger.

Un beau débat en perspective au sein du gouvernement, qui risque d’être déchiré entre sa vision indigéniste et nationaliste, d’une part, et ses objectifs de santé publique, d’autre part. Il serait tout de même aberrant de justifier et défendre la production et consommation de la feuille de coca en Bolivie, comme l’a fait Hugo Chávez aux côtés d’Evo Morales, et de s’attaquer par ailleurs au chimó, qui n’est autre qu’une sorte de coca national!

Photo 1 : Toribio Azuaje

Un petit détour par la Bolivie

À  moins de vingt-quatre heures du référendum révocatoire en Bolivie, prenez la peine de lire cet article bien documenté de Michel Collon pour comprendre tous les enjeux du moment et connaître les menaces qui pèsent sur ce pays et son président Evo Morales.

Apprenez notamment qui est ce Philip Goldberg, l’actuel ambassadeur des États-Unis à La Paz. Et suivez la filière croate jusque dans la région de Santa Cruz. Frissons en perspective.

PS: Je pars en vacances pour quelque temps. Ne vous étonnez donc pas du relatif silence de venezueLATINA durant les prochaines semaines.

Compañero blogueur!

Vue d'en haut

Vu d'en haut, vu de loin

C’est qui le blogueur le plus influent d’Amérique latine?

  • Patxi l’impertinent?
  • Nathalie la studieuse?
  • Laurent El Margariteño qui est lisse?
  • X l’autre Margariteño au langage sulfureux?
  • Marc à motocyclette?
  • Patrick qui écrit au jour le jour?
  • Sarita la pinché francesa loca?
  • Gaël dans son journal de bord?
  • Le Petit Hergé en balade?
  • Dul en noir et blanc et en couleurs?
  • Marie qui à Bluefields découvre les Latinos?
  • Tonio qui est en vacances bloguestres?
  • Francis malgré son silence ces derniers temps?

Pauvres de vous! Mais vous n’y êtes pas du tout! C’est LUI le plus influent! À presque 82 ans, bien qu’il ne se trouve plus aux avant-postes, il ne cesse de fixer sa position sur les affaires internes ou internationales. Déjà 141 articles depuis le 28 mars 2007.

« Je ne veux gêner personne, mais je vis et je pense », écrivait-il en juin. « J’écris parce que je continue à lutter, et je le fais au nom des convictions que j’ai défendues durant toute ma vie », ajoutait-t-il dans un autre de ses billets. Ses textes, reconnaissables entre tous, sont non seulement une preuve de vie, ils ont aussi diminué les incertitudes sur son état de santé et la gravité de sa maladie.

Sans commentaires

Son mode d’écriture a beaucoup en commun avec les blogues, même si la forme n’est pas tout à fait la même. Principale différence avec nos blogues à nous, il n’y a aucun espace réservé aux commentaires des lecteurs (on peut cependant envoyer un courrier électronique à la rédaction -qui filtrera).

Il utilise ses colonnes pour critiquer le candidat républicain à la Maison Blanche, pour mettre en garde contre la crise alimentaire ou encore pour analyser le conflit entre les deux Corées. Il commente les nouvelles du moment, parle de ce qui l’irrite ou le rend heureux, écrit sur des sujets qui n’intéressent que lui, fait l’éloge de ses amis et critique ses adversaires. Comme dans les blogues, il ne craint pas de parler de certains aspects de sa vie intime, jusqu’ici tenue pour secrète et mystérieuse. Ainsi, au début de juillet, il décrivait en détail la visite de son ami Gabriel García Márquez et de son épouse. Il a aussi écrit sur Lula, sur Rafael Correa et, bien entendu, sur Hugo Chávez.

Bref, je peux vous assurer qu’il est plus lu que nous tous ensemble. Il n’est jamais en panne de réflexion. Mine de rien, il est le blogueur numéro un d’Amérique latine. Sacré Fidel!

PS: Ceux qui ne lisent pas l’espagnol trouveront la traduction française de certains des billets de Fidel Castro sur le blogue Changement de société, qui publie aussi un grand nombre d’articles sur l’Amérique latine dans une optique de… changement de société, qui l’eut cru? L’Agence cubaine d’information traduit également les réflexions de Fidel en plusieurs langues, dont le français.