Archive pour juillet, 2008


Un nouveau documentaire sur le Venezuela peut être visionné en avant-première sur le web du 31 juillet au 3 août (quatre jours seulement). Intitulé Now The People have Awoken [Le peuple s'est réveillé], il a été réalisé par Ricardo Restrepo, jeune cinéaste colombien établi en Nouvelle-Zélande, et Julia Capon, néo-zélandaise.

Disons-le d’emblée : le film est très clairement pro-Chávez. Tourné pendant la campagne électorale présidentielle de 2006, il nous fait plutôt revivre un passé récent que l’actualité du jour. Car beaucoup de pétrole est passé dans les pipelines depuis le tournage…

Il y eut en particulier un certain référendum sur la réforme de la constitution perdu par Hugo Chávez. Un véritable tournant dans le processus en cours. Depuis cette date, plus rien n’est tout à fait comme avant. Le président invincible ne l’est plus. Il n’a plus l’assurance d’antan. Le voici forcé de convaincre ses propres amis et alliés, réticents ou même renégats. Bref, un ressort s’est cassé quelque part. Nous verrons ce qu’il en retourne lors des élections régionales et locales de cette fin d’année…

Idéalisme, opportunisme

De ce nouveau panorama, le film ne rend pas compte. Par contre, il met bien en valeur un processus social que les grands médias ont l’art d’éviter. Que se passe-t-il chez les petites gens, dans les quartiers de bidonvilles, dans les coopératives? Que sont et que font ces fameuses missions sociales? Les quelques réponses données donnent une idée de l’appui populaire dont bénéficie encore et toujours Hugo Chávez, contre vents et marées. Mais les interviews, souvent à sens unique, ne permettent pas de se rendre compte de la qualité de cet appui : quelle en est la part d’idéalisme, quelle en est la part d’opportunisme? C’est pourtant la question que l’on se pose quotidiennement, et c’est la question à un million de bolívars, car c’est de sa réponse que dépend la réussite ou l’échec du processus en cours.

Par ailleurs, la grande absente du film est l’opposition, si l’on excepte quelques séquences filmées dans un cadre purement électoral. Pas de classe moyenne, pas de bourgeoisie en vue : on dirait qu’elles ont été proprement ratissées. Dans la réalité, c’est pourtant loin d’être le cas.

Au total, un film peu analytique, dont le principal intérêt est d’être un témoignage direct sur la façon d’être et de penser du peuple chaviste.

Vous pouvez le voir en intégralité sur cette page jusqu’au 3 août (version originale en anglais et en espagnol). Sinon, avant qu’il ne passe sur les écrans de votre quartier (!?), vous pouvez en visionner l’extrait suivant :

Blogueur ou maquereau?

Le métier de blogueur mène décidément à tout. Voici ce que je reçois dans le courrier de mon blogue -fautes d’orthographe y comprises :

Bonjour

je souhaiterai découvrir ce pays

connaissez vous une vénézuelienne (pas top siliconée) qui pourrait m’accompagner pendant ce voyage ?
ce serait une sorte de grande ballade offerte en l’échange de l’organisation .

Cordialement

Alexandre

Admirez l’expression sybilline grande ballade offerte en l’échange de l’organisation. L’organisation de quoi, au juste?

Illustration : William Zurini
Caracas

Caracas

Le 12 octobre 2004, un groupe d’activistes faisait tomber de son piédestal la statue de Christophe Colomb située sur la plaza Venezuela de Caracas, tel un vulgaire Saddam Hussein.

Deux ans plus tôt, Hugo Chávez avait proclamé ce 12 octobre Journée de la résistance autochtone. Il faut savoir que jusqu’alors, au Venezuela comme en Amérique latine, ce jour férié -qui commémore l’arrivée de Colomb sur le continent américain- était appelé Día de la Raza (« Jour de la race », sous-entendu de la race blanche, ou plus exactement de la « race espagnole »). On comprendra immédiatement le côté rétrograde, à connotation raciste, de cette dénomination. Il n’était nullement déshonorant de faire cette modification de nom.

Au-delà de sa forte symbolique, le changement de dénomination répondait à la nécessité de revaloriser les nations autochtones, celles-là même qui furent « découvertes » par Colomb, puis violentées et décimées au cours des siècles suivants.

Tandis qu’Evo Morales était sur le point d’arriver au pouvoir en Bolivie, Hugo Chávez trouvait là un thème porteur lui permettant de se présenter en leader continental de la défense des autochtones. Il ne pouvait pas laisser passer une aussi belle occasion! C’était de bonne guerre. Aussi, dans son pays, même si les autochtones ne représentent qu’un très faible pourcentage de la population, fit-il adopter une législation progressiste qu’il combina à des mesures sociales leur étant favorables. Si ce n’est le fond clientéliste inhérent à ce type de mesures, il n’y a rien à dire : sous Chávez, le statut et la vie quotidienne des autochtones vénézuéliens ont fait un bon en avant, c’est indéniable.

Dans la foulée

Pour en revenir à la destruction de la statue de Caracas, celle-ci fut le fait de sympathisants -autochtones et non autochtones- de cette réhabilitation des luttes indigènes en Amérique latine, un mouvement qui existait depuis bien avant l’arrivée de Chávez au pouvoir et qui s’était particulièrement illustré en 1992, lors des commémoration du 500e anniversaire de l’arrivée de Colomb.

Dans la foulée de la manifestation de Caracas, on assista dans le pays à des actions similaires autour des nombreuses statues de Colomb du pays. Dans la plupart des villes, statues et bustes le représentant connurent le même sort : la destruction ou la décapitation. Exemple : voici ce qui reste de la statue de Christophe Colomb qui avait été érigée en 1895 à Mérida grâce aux bons soins de la colonie italienne de la ville :

Mérida

Mérida

À cette destruction (où sont donc passées les têtes de Colomb?), il y a des exceptions, et non des moindres. Ainsi, à Macuro, lieu hautement symbolique à l’extrême est du Venezuela, là même où Colomb, lors de son troisième voyage, mit le pied pour la première fois sur le continent (il n’avait jusque là découvert que certaines îles des Caraïbes), la statue -et quelle statue!- reste, aux dernières nouvelles, toujours en pied :

Macuro

Macuro

De même, à Mucuchachí, petit village perdu au fin fond des Andes de Mérida, j’ai découvert ce buste encore bien en place, « l’un des derniers au Venezuela », m’a-t-on dit là-bas :

Mucuchachi

Mucuchachí

La survie de ces monuments prouve qu’il est difficile et délicat de nier l’histoire d’un coup d’un seul, de faire table rase du passé, de décréter l’oubli comme si de rien n’était. Qu’on le veuille ou non, Christophe Colomb fait aussi partie de l’histoire du Venezuela.

Ramdam

Le capitaine gênois méritait-il donc tout le ramdam fait autour de lui? Symboliquement oui, on peut le comprendre, car il représente la politique expansionniste des rois d’Espagne, dont on sait maintenant la destruction des peuples qui s’en est suivi.

Mais gardons-nous d’aller plus loin et de juger l’homme Colomb : il n’était que l’instrument d’une politique. Si ce n’avait été lui, c’eût été un autre. L’humain étant curieux de nature, étant un découvreur-né, la rencontre des deux mondes était, en quelque sorte, historiquement programmée. Elle ne pouvait qu’avoir lieu. Elle a toujours eu lieu. Et elle continue de nos jours.

Gardons-nous aussi de juger avec nos yeux d’aujourd’hui les actions du passé. De condamner par exemple les découvreurs des 15e et 16e siècles au nom des droits de l’homme. Bel anachronisme! Jugeons plutôt les actes de violence de la conquête espagnole en Amérique avec les yeux des « critiques » et des « progressistes » de l’époque, dont le meilleur exemple est Bartolomé de Las Casas.

Enfin et surtout, regardons-nous en face : n’avons pas la même attitude de Colomb lorsque, touristes curieux et découvreurs, nous allons à la rencontre de populations autochtones éloignées et les examinons avec nos yeux ébahis?

N’y a-t-il pas là aussi, quelque part, une violence faite à l’autre?

Dans la vitrine

Les petites filles...

Les petites filles...

J’ai beau avoir passé de nombreuses années de ma vie au Venezuela, ce pays ne cessera jamais de m’étonner. Jusqu’où ira-t-il?

Je déambulais hier dans le centre de Mérida, lorsque je fus attiré par un attroupement devant les vitrines d’un magasin de vêtements. Surprise et consternation! Des petites filles -les plus jeunes devaient avoir 4 ou 5 ans- étaient en train de se trémousser devant un public admiratif. Des mannequins vivants revêtus des vêtements et accessoires vendus dans le magasin.

Visiblement, elles aimaient ça. Il a suffi que je dégaine mon appareil photo pour qu’elles prennent des poses quasi professionnelles -faux sourire y compris. De petites miss en puissance.

J’ai déjà écrit un billet sur les concours de beauté pour enfants qui s’organisent ça et là dans le pays. Dans la récente émission Faut pas rêver consacrée au Venezuela, un mini-reportage illustrait également la fièvre qui accompagne les concours de petites miss dans les écoles. Toutefois, même s’ils peuvent être considérés néfastes pour de jeunes enfants, ces concours ont lieu dans des cadres fermés, selon des règles bien établies. Avec les vitrines, on fait un pas de plus : on expose les petites filles aux yeux de tous, sans cadre régulateur. Le quelconque passant devient alors voyeur par le simple fait de déambuler par là. Question : que se passe-t-il dans les têtes des uns (admirateurs) et des autres (admirées) en cet instant de rencontre?

Course folle à la beauté

On pourrait épiloguer sans fin sur le phénomène. Reconnaissons qu’il est avant tout culturel : toute gamine vénézuélienne qui se respecte rêve d’être un jour miss, et pour cause : les médias -la télévision en tête- lui en mettent plein la vue de ces miss qui réussissent, véritables princesses des temps modernes. La pauvreté (mais pas seulement elle) accentue le phénomène : être miss, c’est monter dans l’échelle sociale, c’est avoir une chance de réussite. À la limite, tout cela serait normal si les parents n’en remettaient pas une couche, et une grosse. Fiers de leur progéniture, ils désirent ardemment que leurs enfants deviennent « quelqu’un ». Il suffit que leur gamine de deux ans manifeste une coquetterie spéciale pour qu’elle soit immédiatement poussée à la développer à l’extrême. On en fera une miss! On la maquillera, on la déguisera, on l’accompagnera dans cette course folle à la beauté. Et on n’hésitera pas, le cas échéant, à la placer dans une vitrine! Terrible programme!

Quel mauvais service est ainsi rendu aux enfants, sans le savoir. Quel mal leur est fait, en les dirigeant aveuglément vers les valeurs les plus superflues et les plus superficielles. Et quelle lourde responsabilité assument donc les parents envers leurs enfants, sans qu’ils en soient bien conscients.

Ainsi va la vie, ainsi va l’éthique dans ce Venezuela trop souvent absorbé par le futile, trop sensible aux paillettes, surtout si elles viennent du Nord.

En d’autres lieux, ce sont d’autres types de femmes que l’on rencontre derrière les vitrines. La différence entre les deux n’est peut-être pas aussi grande qu’il n’y paraît.

... et les ados

... et les ados

Famille warao dans le delta de l'Orénoque

Famille warao dans le delta de l'Orénoque

L’émission Faut pas rêver de cette semaine est totalement consacrée au Venezuela. Voilà une bonne façon de voyager pour pas cher et de découvrir les multiples facettes du pays, à travers une série de mini-reportages réalisés aux quatre coins du Venezuela. Les réalisateurs présentent ainsi leur émission :

On dit du Venezuela que c’est une Amérique du Sud en réduction ! Forêts amazoniennes, grandes plaines, plages paradisiaques et sommets andins en composent les paysages. En le sillonnant pour en découvrir l’extraordinaire diversité, Faut pas rêver s’est intéressé au mode de vie des populations, dont le métissage résulte des différentes vagues de colonisation ayant marqué l’histoire de ce pays aujourd’hui en pleine mutation, politique et économique.
Des témoignages touchants et émouvants à travers des reportages d’une grande diversité, parmi lesquels : ces indiens Waraos du delta de l’Orénoque qui connaissent le pétrole depuis toujours, mais aussi ces femmes des quartiers les plus déshérités de Caracas qui retrouvent leur dignité grâce au microcrédit, ou encore ces jeunes enfants qui ne connaissent que la violence et la misère et à qui on inculque des valeurs positives grâce à la musique ! Ce sont aussi des rencontres attachantes et parfois drôles, entre Laurent Bignolas et une Miss Venezuela ou en compagnie d’un poète, amoureux de sa terre natale !

Si vous êtes en France, je suis désolé d’arriver trop tard, mais l’émission est passée hier vendredi 18 juillet à 20h50 sur France 3! Si vous êtes en Amérique latine, vous pourrez la voir demain dimanche 20 juillet en cours d’après-midi sur TV5 (à 18h en Argentine, à 17h au Chili, à 16h30 au Venezuela, à 16h en Colombie, au Pérou, en Équateur, au Mexique et en Amérique centrale -vérifiez les heures). Si vous êtes ailleurs, soyez vigilants, TV5monde pourrait diffuser l’émission dans les prochains jours.

De toutes façons, si vous la ratez, vous pouvez toujours consulter la page de l’émission sur France 3, où vous pourrez visionner des extraits des divers reportages réalisés.

Guerre des blogues à Margarita

L'original de Laurent

L'original de Laurent

Le pastiche de X

Le pastiche de X

Voyez ce que dit Laurent El Margariteño de Miss Univers 2008 (encore elle, décidément venezueLATINA ne pense qu’à ça…). Voyez maintenant ce que dit X de Miss Univers 2008.

Étonnant, non?

Voyez ensuite ce que dit Laurent de l’obtention d’un permis de conduire au Venezuela. Et voyez ce que dit X de l’obtention d’un permis de conduire au Venezuela.

Voyez enfin ce que dit Laurent de l’achat d’un bien immobilier à Margarita. Puis ce que dit X de l’achat d’un bien immobilier à Margarita.

Toujours aussi étonnant.

De deux choses l’une : ou bien Laurent a un sérieux ennemi à Margarita, un courageux anonyme qui n’hésite pas à le traiter de zozo de Margarita et pastiche son site sans la moindre pitié. Ou bien Laurent lui-même se démultiplie sur deux blogues et se pastiche lui-même, tel un alter ego qui se défoule et n’hésite pas à s’autodétruire.

Le dédoublement de personnalité serait l’hypothèse la plus amusante, mais je crois plutôt à la première possibilité. C’est bel et bien une guerre des blogues qui se déroule à Margarita, devant nos yeux ébahis!

Et pour ce qui est du fond, vous avez maintenant le choix :

Vous jugerez.

Suivre les courbes

Dayana Mendoza

Dayana Mendoza

Voilà. On en a une de plus. C’est la cinquième, me dit-on. La cinquième Miss Univers vénézuélienne. La jolie s’appelle cette fois Dayana Mendoza. Dayana comme la princesse Diana, prononcé à l’anglaise, écrit à l’espagnole.

Dire que l’on croyait que l’industrie de la beauté féminine se trouvait en chute libre au Venezuela! Depuis que ces merveilleux concours existent, le Venezuela avait produit rien de moins que cinq Miss Monde et cinq Miss Univers -pas mal pour un pays qui n’était connu que pour son pétrole, et encore… Mais la dernière victoire remontait à 1996, lorsqu’Alicia Machado remporta le Miss Univers. Autant dire que ces douze longues et interminables années furent une véritable traversée du désert. De quoi désespérer tout un peuple!

La victoire de Dayana Mendoza tombe donc à point nommé. Certaines mauvaises langues commençaient à jeter la pierre sur le chavisme. À cause de son (mauvais) goût pour l’égalitarisme et de sa pratique du nivellement par le bas, celui-ci aurait en quelque sorte enlaidi les filles! Rien de tout cela : Dayana vient nous dire qu’elles sont plus belles, plus gaillardes et plus provocantes que jamais. Ouf! Chávez est sauf. Ira-t-il jusqu’à recevoir mademoiselle Mendoza dans son palais de Miraflores? Je suis sûr qu’il ne dirait pas non.

Que dire de Dayana Mendoza? Qu’elle a sa page (déjà mise à jour) dans Wikipedia. Qu’elle fut mannequin pour l’agence Elite et a défilé pour Versace et Roberto Cavalli. Qu’elle fut victime en 2007 d’un enlèvement, expérience bien vénézuélienne qui lui a permis, dit-elle, de garder tout son calme face au jury de Miss Univers! Qu’elle n’hésite pas à philosopher en affirmant que « les hommes pensent que la manière la plus rapide d’aller à un point est d’y aller tout droit. Les femmes savent que la manière la plus rapide d’aller à un point est de suivre les courbes ».

Soyons donc femmes et suivons les courbes. La photo ci-dessus nous y aidera.

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