Le cuatro, encore!

29 octobre 2007

Cuatro venezolanoIl n’est pas rare qu’une personne cherchant des informations sur le cuatro, petite guitare vénézuélienne à quatre cordes, arrive sur venezueLATINA. Et pour cause : j’y ai rédigé il y a quelque temps déjà un article complet sur le cuatro –sans aucun doute le plus vénézuélien des instruments. On m’a même demandé si je connaissais des professeurs de cuatro à Paris! Malheureusement, j’ai dû répondre négativement… (Par contre, j’en connais à Montréal, avis aux intéressés.)

Je viens de tomber sur deux blogues qui feront la joie des fanas de cuatro, qui sont apparemment de plus en plus nombreux en terres francophones. Le premier blogue s’intitule tout simplement El cuatro venezolano. On y trouve les accords de nombreuses pièces traditionnelles vénézuéliennes, et on peut y écouter, en prime, l’enregistrement audio du morceau choisi. Qui dit mieux? On trouve donc ici tout ce qu’il faut pour se transformer en cuatrista, pour autant que l’on possède une certaine pratique de la guitare et une bonne oreille musicale. Bravo à Edgar León, l’initiateur du site!

Le second blogue, c’est Cambur Pintón, dans lequel Adrian joint l’image au son. Il se filme en train d’interpréter au cuatro certaines pièces du folklore vénézuélien, publie des vidéos de cuatristas glanées sur Youtube, et projette même de créer un cours vidéo de cuatro pour débutants. Voici d’ailleurs une première leçon de joropo :

Le résultat est encore imparfait certes, mais le côté amateur lui donne aussi tout son charme. En tout cas, l’idée est excellente et n’attend qu’à être améliorée.

Une dernière précision : les deux blogues mentionnés sont rédigés en espagnol. Leur contenu musical permet cependant de sauter allègrement par dessus la barrière de la langue. Ne boudez donc pas votre plaisir!


Ces bêtes politiques qui nous gouvernent

22 octobre 2007

ChavezSarkoAllez savoir pourquoi, l’annonce récente de la séparation de Nicolas Sarkozy et Cécilia (rassurez-vous, je n’en parlerai pas ici!) m’a tout de suite fait penser à la séparation de Hugo Chávez et de sa femme Marisabel.

En bon iconoclaste que je suis, j’avais déjà pensé, en mon for intérieur, à l’existence -ô combien inattendue- d’un certain parallélisme entre Sarko et Chávez! Bien entendu, en matière de contenu politique, ils se situent à l’opposé l’un de l’autre, mais en terme de moyens et de méthodes, il faut reconnaître qu’il existe pas mal de similitudes. Voyez plutôt :

  • Chávez et Sarko sont tous deux de très belles bêtes politiques : des individus à la personnalité forte, aux convictions nettement affirmées, littéralement assoiffés et obsédés de pouvoir, persuadés enfin de pouvoir marquer leur société et leur époque.
  • Chávez et Sarko ont été élus grâce à une relation privilégiée avec le « peuple », à qui il s’adressent quasi personnellement, faisant fi des institutions et des lignes de césure traditionnelles en politique.
  • Chávez et Sarko utilisent leur parti ou leur organisation essentiellement comme un faire-valoir.
  • Chávez et Sarko ont le don du verbe : ils utilisent la parole comme une arme tranchante, allant jusqu’à exercer certaine fascination sur leurs adversaires eux-mêmes.
  • Chávez et Sarko, faisant preuve d’ubiquité, se précipitent dès qu’un événement, aussi minuscule soit-il, peut leur permettre d’entretenir cette relation qu’ils désirent privilégiée avec leur « peuple ».
  • Chávez et Sarko, à travers leurs gesticulations, savent gérer à la perfection leur image médiatique, à laquelle ils attachent une importance particulière.
  • Et j’en passe…

Simple hasard?

Mais là, avec la séparation de Nicolas et Cécilia, trop c’est trop : tant Sarko que Chávez ont perdu leur chère épouse peu de temps après avoir matérialisé leur objectif politique majeur, à savoir l’accession à la présidence de la République. Je me dis qu’il y a là plus qu’un simple hasard.

De fait, avec les récentes aventures du petit Nicolas et de Cécilia, il semble bien se vérifier que ces bêtes politiques, une fois au pouvoir, deviennent rapidement insupportables pour leur entourage. En toute première ligne se trouvent évidemment les épouses, qui ne reconnaissent tout simplement plus l’homme qu’elles ont connu, une fois que celui-ci peut donner libre cours -enfin!- à ses énormes appétits de pouvoir. Il est d’ailleurs significatif que chez les Sarko comme chez les Chávez, ce sont les femmes qui ont pris l’initiative de quitter la barque, se déclarant tout bonnement incapables de supporter la pression du pouvoir.

Fabriqués du même métal

Alors Sarko et Chávez, même combat? Non, mille fois non. L’idéologie les sépare, leurs politiques se situent aux antipodes l’une de l’autre, c’est une évidence.

Mais en tant que bêtes politiques, ils sont fabriqués du même métal. Aussi peuvent-ils s’entendre et se comprendre. La preuve : depuis que Hugo Chávez a accepté le rôle de médiateur entre le gouvernement colombien et la guérilla des FARC, ils s’envoient mutuellement des fleurs et ont de fréquentes conversations téléphoniques. Bientôt, ils se réuniront autour d’une table, à Paris, pour faire le point sur les perspectives de libération d’Ingrid Betancourt.

Leur objectif commun : gagner des points auprès de l’opinion publique. Car tel est le principal carburant de toutes les bêtes politiques, quelles que soient leurs convictions.


Au pays des seins siliconés

21 octobre 2007

Akasha

Je vis au pays des seins siliconés! Ai-je de la chance, ou de la malchance? Tout dépend évidemment du point de vue. Certain(e)s aiment la nature, d’autres préfèrent le plastique (ou plutôt la plastique…).

Toujours est-il que si l’on vit au Venezuela, on ne peut y échapper! Ils sont partout, ils s’exposent hardiment, s’inclinent sans pudeur, balancent allègrement… Je veux parler des seins. Ici, les décolletés sont par définition profonds, et cela 365 jours par an, car nous avons la chance, oui, de ne jamais devoir affronter les rudeurs de l’hiver!

Petits seins s’abstenir, il les faut gros, imitant en cela les obsessions venues du Nord. Sin tetas no hay paraiso [Sans nichons, pas de paradis], comme le proclame le titre d’un récent best-seller qui a inondé l’Amérique latine (et, me dit-on, le monde), devenu depuis série à succès par les bonnes grâces de la télévision colombienne. Dans ce roman, le journaliste Gustavo Bolívar Moreno, colombien lui aussi, décrit le mal de vivre des adolescentes qui n’ont pas la chance d’en avoir de gros.

Il exprimait là tout haut le malaise du moment, chez les jeunes filles. D’où, chez elles, l’énorme consommation de silicone, jusqu’à 450 cm3 par sein! À ce petit jeu, le Venezuela arrive sans doute en tête en Amérique latine : le niveau de vie moyen y est généralement plus élevé qu’ailleurs, facilitant l’accès à la chirurgie plastique. Certains médecins (ou marchands) n’hésitent d’ailleurs pas à afficher tarifs –avec facilités de paiement– sur leur site Web!

Démocratisation

La course vers le silicone dépasse de très loin celles qui ont des prétentions de faire carrière « professionnelle » dans la beauté –miss, actrices, mannequins, présentatrices de télévision, prostituées… Depuis quelques années, la tendance est franchement à la démocratisation.

Aussi n’est-il pas rare de voir des adolescentes demander à leur parents, pour la célébration de leur quinze ans (passage symbolique de jeune fille à femme, rite largement fêté dans toute l’Amérique latine), de leur offrir une mammoplastie, opération d’augmentation des seins. Autre anecdote significative : un jour, de passage dans la petite ville d’Irapa, à l’extrême est du pays, quelle ne fut pas ma surprise de voir que le premier prix de la loterie locale n’était autre qu’une chirurgie des seins! (Qu’y avait-il de prévu si le gagnant était du sexe masculin? Mystère…).

Bref, au Venezuela, les nichons sont partout, fiers comme des melons. En tant que mâle, et sans vouloir être voyeur, disons qu’on en reçoit plein la vue dans ce pays où le jeu de la séduction tourne vite à celui de la provocation, voire de la vulgarité (voir la photo ci-dessus, qui illustre parfaitement combien la frontière se brouille entre ces trois concepts) .

Culte exacerbé

SéductionTout cela se résume finalement a un culte exacerbé du corps féminin. Vous me direz que la tendance est mondiale, et qu’elle participe de la « pornoïsation » progressive du village global. Sans doute. Il y a un effet « mode » incontestable, qui exploite un malaise latent de plus en plus généralisé chez les femmes. Il y a, derrière cette souffrance plus créée que réelle, une sorte de lavage de cerveau semi-publicitaire, à base de techniques psychologiques subtiles, dont le but est de modifier les attitudes des personnes sans qu’elle s’en rendent compte, au point de les persuader qu’elles prennent leurs décisions en toute autonomie. Les gros seins comme nouveau produit de consommation, en quelque sorte.

Soit. Mais l’effet n’est pas nécessairement le même partout. Dans une société telle que la vénézuélienne, fondamentalement machiste mais aussi matriarcale (voir Le Venezuela est une femme et Dénudées, mais pas trop), on se trouve en face d’un phénomène social foncièrement ambigu. Face aux hommes traditionnellement tout-puissants, les femmes désirent s’affirmer et gagner leur espace –et y parviennent d’ailleurs de plus en plus. Mais pour y arriver, l’arme privilégiée que beaucoup d’entre elles utilisent reste la beauté, la séduction –qu’elles n’abandonneraient pour rien au monde, en tant qu’élément substantiel au féminin. Or, à n’en pas douter, les seins en constituent une part importante…

Donc, d’une part, les Vénézuéliennes ne veulent pas qu’on les traite comme des objets, mais d’autre part, elle se transforment en potiches à gros seins. Cherchez où est l’erreur… Quant au macho local, il se relèche les babines de cette nouvelle aubaine…

En attendant, si vous ne le saviez pas encore, la géographie s’est transformée : Silicon Valley ne se trouve désormais plus en Californie, mais bien au Venezuela, dans la vallée de Caracas!

Photo 1 : Akasha par Dorian Ortiz – Source : Hot Bellas Venezolanas
Photo 2 : Marian par Luisma – Source : Rumbacaracas


Le cirque arrive à Niquitao

10 octobre 2007

Rencontre du 4e type

Étais-je à Niquitao, ce petit village au fin fond des Andes vénézuéliennes, ou bien à Macondo? Je ne rêvais pourtant pas : un cirque ambulant officiait sur la place du village, devant un public enthousiaste installé sur les marches en forme de gradins.

Immédiatement, ce sont les images des romans de Gabriel García Márquez qui me sont revenues : l’arrivée de clowns dans un petit village improbable; l’effervescence que provoque cet événement inespéré; la rencontre inédite, au coin d’une rue, d’un cheval monté par un enfant et d’un monocycle monté par un clown. Réalisme tellement magique!

Trois jeunes échappés de la civilisation urbaine se sont associés pour former le Circo a patas [Cirque à pied] et sillonner le Venezuela profond. A patas, parce qu’ils n’ont pour tout véhicule que leurs pieds, ou alors ils font du stop. Dans leur sac, un bric-à-brac d’objets en tous genres, en commençant par deux monocycles, –car tout clown qui se respecte monte à monocycle!

Pas besoin de publicité. À peine arrivés, ils installent leur attirail sur la place Bolívar du village. Les premiers curieux s’approchent, les enfants se donnent le mot : « Venez vite, il y a des clowns sur la place! » Bientôt des dizaines de personnes attendent avec impatience que le spectacle commence.

Et il commence, enfin. Le soir est tombé, créant une atmosphère encore plus envoûtante. Bientôt, ce ne sont plus que rires, cris, pleurs, peurs… Le village se déride comme il ne l’a plus fait depuis longtemps!

Circo a patasNos trois compères, eux, s’amusent comme larrons en foire. Le public répond, en veut plus. Mais le rêve se termine, par un signal inéquivoque : un chapeau commence à circuler dans les rangs. Les petites pièces sonnantes et trébuchantes suffiront-elles pour passer la journée qui vient? Heureusement, oui : le village enthousiasmé racle jusqu’au fond de ses poches. On invite les artistes à manger, peut-être à dormir (et si ce n’était pas le cas, ils passeront la nuit dans leur tente).

À Macondo/Niquitao, ce soir-là, j’ai revécu un bout de moyen-âge. Venus d’on ne sait où, les jongleurs ont officié sur la place, pour le bonheur de tous. Ils repartiront demain pour le village suivant.

Mais promis juré, ils reviendront à Niquitao pour la fête de Saint Raphaël, le 20 octobre.

Fin du spectacle


Peut-on encore écrire sur le Venezuela?

9 octobre 2007

Graffiti à Tostos

Comme vous le savez peut-être, je publie certains articles de venezueLATINA dans Agoravox et Centpapiers, deux médias –français et québécois, respectivement– promoteurs du « journalisme citoyen ». Je sélectionne pour ce faire les billets de portée plus générale, qui peuvent intéresser un public curieux, mais non spécialisé. Ce sont aussi, le plus souvent, des articles qui touchent de près ou de loin à la politique vénézuélienne.

Mon précédent billet, consacré à la corruption au Venezuela, fut de ceux-là. Publié dans les deux sites web cités plus haut, il attira une avalanche de réactions. Sur Agoravox, cela tourna même à l’hystérie. Je vous invite à y jeter un petit coup d’œil : les injures et les noms d’oiseaux volent bas, très bas, parfois à l’encontre de l’auteur (dur, dur), mais pas uniquement : les coups les plus forts (facho, stalinien, raciste…) se donnent entre commentateurs. Dans une telle logorrhée, personne n’y retrouverait ses petits…

De quoi s’agit-il exactement? D’un débat entre personnes qui ne connaissent pas le Venezuela, mais qui ont toutes une opinion arrêtée sur ce qui s’y passe. Une opinion qui correspond à une préconception ou matrice idéologique préexistante : Chávez (encore lui, bien sûr) est soit dieu, soit démon. Et de citer souvent des références politiques françaises (!) pour le prouver!

Dans tout cela, l’article original, son auteur, ses idées mêmes, ne comptent plus pour grand chose. Oubliés, évacués, remplacés par de grandes déclarations entendues qui ne mènent nulle part, mais qui, apparemment, font du bien à celui qui les profère.

D’où ma question de départ : peut-on encore écrire sur le Venezuela? Peut-on encore faire preuve d’indépendance d’esprit, de qualités d’analyse et de pondération quand il est question du pays de Chávez? Ou bien faut-il nécessairement s’aligner sur les grandes matrices idéologiques qui font la pluie et le beau temps en ces beaux pays de France et d’ailleurs?

Se taire?

Poser la question, c’est y répondre : oui, il est bien difficile d’afficher une vision critique –critique de gauche, progressiste, entendons-nous bien– du processus en cours au Venezuela. Cela disqualifie automatiquement le discours, tant au Venezuela qu’à l’étranger, où les esprits sont particulièrement échauffés sur la question. La « révolution » n’a que faire des mous et des faibles, elle doit aller de l’avant, selon les uns (dont Chávez lui-même). Il est insupportable de voir dans le processus en cours au Venezuela des aspects positifs et des avancées sociales indéniables, selon les autres. Pauvre de nous…

Je ne me tairai pourtant pas, même si je dois continuer à endurer des sarcasmes, des injures et des cotes plutôt basses dans l’applaudimètre du journalisme citoyen! Je continuerai donc à écrire –ici, dans Agoravox, Centpapiers ou ailleurs– avec ce même esprit d’indépendance, en tentant de conserver la lucidité qui fait défaut à beaucoup dès qu’il est question du Venezuela actuel.

Dur, dur, je vous dis.