Aventureux/Désolant/Dramatique/Politiquement incorrect

Peut-on encore écrire sur le Venezuela?

Graffiti à Tostos

Comme vous le savez peut-être, je publie certains articles de venezueLATINA dans Agoravox et Centpapiers, deux médias –français et québécois, respectivement– promoteurs du « journalisme citoyen ». Je sélectionne pour ce faire les billets de portée plus générale, qui peuvent intéresser un public curieux, mais non spécialisé. Ce sont aussi, le plus souvent, des articles qui touchent de près ou de loin à la politique vénézuélienne.

Mon précédent billet, consacré à la corruption au Venezuela, fut de ceux-là. Publié dans les deux sites web cités plus haut, il attira une avalanche de réactions. Sur Agoravox, cela tourna même à l’hystérie. Je vous invite à y jeter un petit coup d’œil : les injures et les noms d’oiseaux volent bas, très bas, parfois à l’encontre de l’auteur (dur, dur), mais pas uniquement : les coups les plus forts (facho, stalinien, raciste…) se donnent entre commentateurs. Dans une telle logorrhée, personne n’y retrouverait ses petits…

De quoi s’agit-il exactement? D’un débat entre personnes qui ne connaissent pas le Venezuela, mais qui ont toutes une opinion arrêtée sur ce qui s’y passe. Une opinion qui correspond à une préconception ou matrice idéologique préexistante : Chávez (encore lui, bien sûr) est soit dieu, soit démon. Et de citer souvent des références politiques françaises (!) pour le prouver!

Dans tout cela, l’article original, son auteur, ses idées mêmes, ne comptent plus pour grand chose. Oubliés, évacués, remplacés par de grandes déclarations entendues qui ne mènent nulle part, mais qui, apparemment, font du bien à celui qui les profère.

D’où ma question de départ : peut-on encore écrire sur le Venezuela? Peut-on encore faire preuve d’indépendance d’esprit, de qualités d’analyse et de pondération quand il est question du pays de Chávez? Ou bien faut-il nécessairement s’aligner sur les grandes matrices idéologiques qui font la pluie et le beau temps en ces beaux pays de France et d’ailleurs?

Se taire?

Poser la question, c’est y répondre : oui, il est bien difficile d’afficher une vision critique –critique de gauche, progressiste, entendons-nous bien– du processus en cours au Venezuela. Cela disqualifie automatiquement le discours, tant au Venezuela qu’à l’étranger, où les esprits sont particulièrement échauffés sur la question. La « révolution » n’a que faire des mous et des faibles, elle doit aller de l’avant, selon les uns (dont Chávez lui-même). Il est insupportable de voir dans le processus en cours au Venezuela des aspects positifs et des avancées sociales indéniables, selon les autres. Pauvre de nous…

Je ne me tairai pourtant pas, même si je dois continuer à endurer des sarcasmes, des injures et des cotes plutôt basses dans l’applaudimètre du journalisme citoyen! Je continuerai donc à écrire –ici, dans Agoravox, Centpapiers ou ailleurs– avec ce même esprit d’indépendance, en tentant de conserver la lucidité qui fait défaut à beaucoup dès qu’il est question du Venezuela actuel.

Dur, dur, je vous dis.

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7 réflexions sur “Peut-on encore écrire sur le Venezuela?

  1. Je lis avec plaisir tes articles depuis que Patxi m’a fait découvrir le blog.
    Je suis toujours sidéré par les réactions épidermiques des uns et des autres.
    Bonne continuation j’espère continuer à te lire longtemps. Ce qui se passe au Venezuela me semble important pour toute l’amérique du sud. J’espère que Chavez saura lacher le pouvoir, même si je n’y crois pas une seconde.

    Le Venezuala reste pour moi un moment spécial, j’y suis resté un mois et j’en suis sorti le jour du référendum et comme pour cause de vol de carte bleue à Cuba je suis resté tout le temps à Caracas, j’ai donc suivit avec bonheur les manifestations du si et du no.

  2. Je comprends votre pointe de tristesse, face a ce deferlement de bassesses et de discussions de caniveau.

    Ma tres modeste « publicite » pour votre site part d’un constat simple: votre vision est des plus legitimes, pertinentes qui soient. Un pied dedans, un dehors. Vous avez suffisamment de critique distante (sur la gauche du proceso), et sufisamment de temps et d’amour, de pres, en prime du talent, pour nous faire partager tout cela. doncn forcement, ca ne plaira jamais aux enrages qui ne veulent que des plats servis rechauffes, a la recette etablie d’avance.les dogmatiques de service, qui idealisent l’Autre et l’enferment dans des shemas globalisants, dans des corsets bien pratiques.

    le reel se vengera d’eux, comme d’habitude.

    ca fait mal des fois, de voir ce dechainement inoui, mais il est aise de s en foutre royalement aussi..

    Qui a ecrit les plus belles et nettes pages sur Vichy, par exemple? des historiens americains, et du sud. qui vivaient en france.
    sufisament d ailleurs pour le detour, et suffisamment prets.

    Malheureusement, je ne crois pas au « journalisme citoyen interactif » sur Internet. Lachete et veulerie se dechainent toujours sur les libres penseurs, les nuances.

    votre site est superbe, il aide a penser, et en cela, il change la vie.merde alors, on va pas se laisser enmmerder par des frustres immobiles derriere leurs claviers camarde..mmh??

    felicidades compa!

    Patxi

  3. Salut Patxi,
    Triste, ce n’est pas le mot. Je suis plutôt déçu des réactions reçues, de ce prêt-à-penser, de quelque côté qu’il provienne d’ailleurs.
    En tout cas, je ne suis pas découragé, et comme je le dis plus haut, je continue de plus belle!

    Merci pour le coup de pouce « publicitaire » sur ton blog, le nombre de lecteurs intéressés et intéressants de venezueLATINA s’en est ressenti!

    JL

  4. Salut Jean Luc, j’ai fait une « pause » politique dans mon blog. Je le regrette car je fréquente les 2 extrême au quotidien et j’ai beaucoup à dire. Mais moi je n’ai pas arrêté d’écrire pour l’accueil réservé à mes commentaires à l’étranger, mais à cause de l’accueil réservé ici, au venezuela. J’ai repris l’écriture de mon blog la semaine dernière… mais j’éviterai désormais de parler politique, parce qu’il est difficile de ne pas s’emballer !
    Toutefois, et avec ta permission, je viendrai souvent jeter un oeil et ajouter un petit commentaire à ce que tu dis.

    J’ajoute pour tes lecteurs que de tous les blogs trouvés sur le pays, tu as (de loin) la meilleure analyse. Merci encore pour tout.

    A++

  5. Bonjour Jean-Luc, je suis aussi un lecteur fidèle aux articles que vous rédigez dans votre blog et je tiens à vous féliciter pour la conclusion que vous décrivez sur la realité et vie quotidienne au Venezuela, bravo !!
    (je suis allé à Puerto Ordaz durant un mois et j’ai découvert pas mal de choses que vous décrivez)

    Si vous me le permettez, je n’hésiterais pas une seconde d’ajouter votre lien à mon Blog !!

    (un petit message à Gael en passant : il faut lâcher prise cher ami et dire ce que l’on pense).

    Dans l’attente de vous lire, bien à vous.

    Flavio (Bruxelles-Belgique)

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