Désolant/Dramatique/Politiquement incorrect

Le Venezuela qui pleure, le Venezuela qui rit

Insécurité au Venezuela

Il y a le Venezuela qui pleure. C’est celui de la photo ci-dessus. Des milliers de victimes chaque semaine : règlements de compte, enlèvements, violence gratuite… Le niveau d’insécurité est à son comble dans le pays, dit-on, statistiques (non officielles) à l’appui : le nombre de meurtres se serait multiplié par quatre depuis 1998. C’est ce que soutient l’ONG Observatorio venezolano de violencia [Observatoire vénézuélien sur la violence] dans son dernier rapport : 4550 en 1998, 16.047 en 2009.

Cela, vous le savez sans doute. Car, attirés par la réputation de Caracas (« la ville la plus dangereuse du monde après Ciudad Juarez au Mexique ») et par les chiffres exorbitants de la criminalité, les équipes de télévision se sont succédées dans les quartiers les plus mal famés de la capitale vénézuélienne. À chacun d’y faire son petit tour, accompagné bien entendu de la police.

Radio-Canada d’abord :

L’Agence France-Presse (AFP) ensuite :

La télévision espagnole TVE est aussi passée par là avec un long reportage dont voici la première partie :

Et la seconde :

On comprend que la soif de sensationnalisme attire ainsi les télévisions étrangères. On comprend moins certains détails :

  • L’année 1998 est toujours prise comme point de départ des statistiques. Comme par hasard, c’est l’année de l’élection de Hugo Chávez à la présidence de la République. Le discours ici sous-entendu est clair : s’il y a une telle augmentation de la criminalité durant cette période, c’est Chávez qui en porte la responsabilité. Et de fait, les reportages ci-dessus, tout entier aspirés par les chiffres et les faits, ne prennent pas la peine de faire une analyse un tant soit peu circonstanciée.
  • Les trois chaînes de télévision citées plus haut, à quelques mois d’intervalles, ont été accueillies par la police de Sucre, municipalité passée aux mains de l’opposition lors des dernières élections municipales. Pur hasard? Il y aurait là un petit biais que ça n’étonnerait personne. À la décharge de l’AFP, son reportage traite également des efforts faits par le gouvernement, avec la création d’une nouvelle police nationale.

Méfiance donc devant ces reportages télévisés, qui tiennent plus du sensationnel que de l’analyse. Aucune mise en perspective, si ce n’est la relation, avouée ou cachée, entre l’arrivée de Hugo Chávez au pouvoir et l’augmentation de la criminalité. Pour une étude profonde de la situation, il faut s’en remettre au Monde Diplomatique, qui en août 2010 a publié deux articles documentés sur le sujet : Caracas brûle-t-elle ? et La Police nationale bolivarienne relève le défi. Je vous invite donc à les lire.

Le Venezuela qui rit

Mais il n’y a pas que ce Venezuela violent. En effet, les foyers de violence sont généralement concentrés dans des secteurs bien déterminés (certains quartiers des grandes villes, la zone frontalière avec la Colombie…), dans des circonstances précises (la nuit plus que le jour, le week-end plus que la semaine) et dans des milieux connus (trafic de drogues, d’armes).

Même s’ils prennent certaines précautions élémentaires pour assurer leur sécurité, la plupart des Vénézuéliens continuent à vivre plutôt normalement, même à Caracas : ils vont travailler, ils sortent, ils vont au restaurant, dans les parcs, etc. Par ailleurs, les zones rurales, qui recouvrent la plus grande partie du pays, ne souffrent que très peu de cette situation d’insécurité. Et croyez-le ou non, les Vénézuéliens rient, s’amusent, vivent plus intensément que l’Européen ou le Nord-Américain moyen ! Cherchez où est l’erreur…

Pour compenser les vidéos antérieures et leur dramatisme forcené, je voudrais terminer en montrant des images du Venezuela qui rit. Il s’agit de la nouvelle vidéo de promotion touristique du pays. Plus que des paysages, on y voit des gens, des sourires, de la bonne humeur. OK, c’est entendu, c’est de la pub, c’est exagéré, mais pas plus exagéré que les reportages des chaînes de télévision occidentales montrés ci-dessus.

Suivons plutôt la règle d’Aristote : choisissons le juste milieu pour nous faire une idée du Venezuela réel.

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8 réflexions sur “Le Venezuela qui pleure, le Venezuela qui rit

  1. Apres 22 mois de janvier consécutifs passé au Venezuela, je fais le même constat. L’insécurité ne s’est pas développée plus qu’ailleurs, c’est un phénomène mondial.
    Ce n’est certes pas satisfaisant mais c’est une réalité.
    Mon comportement « raisonnable » me permet de profiter chaque année des merveilles qu’offre ce pays.

  2. La dernière remarque est tout à fait juste. Il est nécessaire de faire la part des choses.
    Ce genre de reportages à sensation me rappellent ceux fait dans certains endroits du 93 où j’ai vécu et ne le reconnaissait dans le traitement qui en était fait.
    Mais la propagande existe aussi dans l’autre sens. les affiches et les slogans que l’on voit partout, me donnent un peu l’impression que le peuple est pris pour un mouton.

    Tant les chavistes que l’opposition ne font pas dans la demi mesure.
    Je ne vis pas là depuis autant de temps que Gilles, mais je ne peux pas être totalement pro PSUV quand je vois l’utilisation du pouvoir qui est faite par le commandante presidente. Mais je ne peux pas être totalement anti-Chavez quand j’entends les argument de ses détracteurs.
    Mais ici, il ne semble pas y avoir trop de place pour les opinions modérés. Me trompe-je ?

      • Merci pour cet article qui permet de replacer les différents reportages sur l’insécurité au Venezuela dans son contexte politique (instrumentalisation de la question de l’insécurité pour décrédibiliser l’action d’Hugo Chavez au pouvoir, etc…).
        Il est à ce titre intéressant à ce titre de renvoyer aux analyses de Maurice Lemoine qui s’appuie notamment sur des citations de revues datées de 1993 et 1995 qui mentionnent déjà l’explosion de la criminalité et de la délinquance à Caracas.

        Ces traitements médiatiques sont d’autant plus pernicieux qu’ils empêchent da’voir une vraie réflexion sur les politiques menées au Venezuela.

        Bonne continuation pour vos publications.

  3. Bonjour à tous.
    J’ai 25 ans et une férue envie d’aller vivre dans ce pays depuis 5 ans que je m’y rends, malgré le vécu d’un doux moment « calibre sur la tempe » lors d’un précédent voyage à Maracaibo.
    La 2ème partie de votre article (Venezuela qui rit) est le vrai visage de ce pays, sans que l’on puisse faire fi de la violence (expérience à l’appui…), et je ne peux qu’acquiescer votre argumentaire en tout point.
    La violence est socialement banalisée à 100%, c’est le quotidien de tous, car extrêmement bien relaté par la presse à scandale (très suivie), je pense que c’est la raison d’un tel contraste violence/moral.
    Les médias, tout comme la politique chaviste et anti-chaviste (en effet @Linco Nu, pas de juste milieu existant), ne doivent pas nous laisser perplexes, voir pire, convaincus, mais plutôt nous inciter à la réflexion, jusqu’à obtenir une opinion personnelle. Puis, sans laisser non plus cette opinion faire part en toutes choses, la joie de vivre fait le reste!
    Excellent article!

  4. Le Vénézuela fait partie de mon programme, bien que mes proches soient tétanisés à l’idée que j’y pose les pieds…
    Article nuancé et intéressant.

    NowMadNow

    • bonsoir Nowmadnow,
      en effet la violence est une réalité que l’on ne peut négliger au Venezuela. Conseil : marcher vite, sans courir / éviter les sorties pédestres nocturnes / éviter de sortir seul toujours aux mêmes endroits / toujours être le dernier à s’énerver (sauf si tu fais 120 kg de muscles et que tu es sûr qu’une balle ne pourra jamais traverser ton pectoral gauche)…
      A part ça, le Venezuela est magnifique, encore sauvage dans certaines contrées (je parle pas des centre-villes) et plein de ressources… le Vénézuelien est blagueur, aime la vie, les choses simples, et sera soit raffiné soit vulgaire à l’ouest du pays… la Vénézuélienne, la plus belle femme du monde, avec du caractère, mettra du piment dans ta vie (à l’ouest, ça pique un peu plus…).
      La nourriture, c’est un délice si, comme moi, tu aimes la matière grasse… mais on trouve de tout, en choix et en bonnes quantités (aller au resto chinois, ça vaut le détour niveau quantité/prix).
      Pour rassurer ta famille comme toi, je te conseille de bien préparer ton voyage, te renseigner sur les moyens de locomotion, hôtels, etc… et ça évite aussi le problème avec les douaniers curieux à l’entrée au pays…

      Dernier conseil : réviser son espagnol, c’est impératif.
      Bon voyage

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