Politiquement incorrect

Le chaviste qui dit non

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La campagne référendaire bat son plein. La réforme constitutionnelle voulue et conçue par Hugo Chávez passera-t-elle le cap de la consécration populaire? Les OUI et les NON se disputent âprement le haut du pavé. Non sans agressivité quelquefois (des armes à feu sont apparues çà et là), bien que, dans son ensemble, le débat démocratique reste extrêmement vivant : toutes les opinions s’entendent et se discutent le plus ouvertement du monde. Les prophètes de dictature, qui ne manquent pas, en prennent pour leur bide.

S’il y a un personnage qui se détache dans cette lutte sans merci, c’est le chaviste qui dit non. Celui-là qui a suivi Chávez jusqu’ici, votant religieusement pour le changement qu’il représente, mais qui maintenant hésite à franchir le pas suivant.

Un pas décisif

Il faut reconnaître que le pas, cette fois, est décisif. Il s’agit de prendre la route du socialisme, rien de moins. Chávez ne s’en cache pas : la réforme constitutionnelle proposée prépare juridiquement le pays à une transition vers le socialisme. En d’autres termes, c’est le grand saut, l’inconnu. « Socialisme du XXIe siècle » (terminologie apparemment abandonnée par les temps qui courent) , « socialisme bolivarien » (terme qui apparaît dans le texte de la réforme), ce ne sont là encore que des mots, mais qu’impliqueront-ils dans la vie de tous les jours? Les exemples historiques de socialismes ratés abondent et n’inspirent pas nécessairement confiance, même chez ceux –ils sont nombreux– qui sont partisans d’une plus grande justice sociale.

Beaucoup de ceux-là ont appuyé Chávez pour ses réformes sociales, pour sa vision d’une Amérique latine progressiste et unie qui tiendrait son rôle dans un monde multipolaire. Ils n’iront peut-être pas jusqu’au socialisme teinté de centralisme présidentiel que dépeint la réforme.

On les a entendu au cours de la campagne : c’est le parti Podemos, élu sous l’étiquette du chavisme, qui appelle à voter non; c’est le général Baduel, celui-là même qui a dirigé l’opération de commando pour libérer Chávez lors du coup d’État d’avril 2002, qui en fait autant. Et puis ce sont tous ces citoyens chavistes qui, face à cette réforme qui apparaît plutôt comme une nouvelle constitution, se sentent confus, hésitants, voire malmenés, et craignent de se lancer dans le vide.

Jusqu’où me suivrez-vous?

Pour Chávez et ses disciples purs et durs, la réponse à ces hésitants est simple : ce sont des traîtres, des contre-révolutionnaires! Il est vrai qu’au nom de la pureté, les révolutions ont ainsi l’art de sacrifier leurs propres partisans, parfois les meilleurs –ceux qui conservent leur esprit critique dans la tourmente. Voyez Danton, voyez Trotsky… Les révolutions (et le Venezuela en vit une, cela ne fait plus l’ombre d’un doute) ont besoin de s’affirmer jusqu’au boutistes, sans se préoccuper des coûts sociaux, politiques ou économiques que cela implique. Le chavisme n’échappe pas à cette folle spirale de radicalisation, inscrite dans la logique même des processus révolutionnaires.

Le référendum dans tout cela? Une sorte de plébiscite. Jusqu’où me suivrez-vous?, semble demander Chávez. Dans cette nouvelle bataille, il peut compter sur son noyau dur : les barrios [quartiers pauvres] les campagnes et les autochtones, qui ont des raisons objectives de continuer la route avec lui. Bénéficiaires de programmes sociaux progressistes, ils n’ont rien à perdre et tout à gagner. Aussi ont-ils une confiance presqu’aveugle en leur lider, le premier qui apparaît sur le carreau depuis des siècles.

Décrochage

Mais la petite classe moyenne –la petite bourgeoisie, comme dirait l’autre–, prise de peur devant l’inconnu, elle qui ne possède pas grand chose mais y tient plus qu’à la prunelle de ses yeux, risque cette fois de décrocher. Et certains intellectuels sympathisants –les idiots utiles dont parlait Lénine–, pourraient aussi ne plus suivre. Cela ne fait pas beaucoup, mais c’est significatif.

C’est que cette fois, le président exige énormément : il demande à ses partisans de changer d’un coup d’un seul de paradigme politique et économique, d’oublier le capitalisme dans lequel ils baignent depuis leur enfance pour se lancer dans un hypothétique socialisme bolivarien. Dur dur pour un peuple qui a toujours été fasciné par la consommation, même s’il ne pouvait pas toujours consommer. Car le cri du cœur ici, c’est Touche pas à mon centre commercial!

Or, avec la réforme, Chávez semble précisément s’attaquer à ce centre commercial! Il y perdra quelques plumes et recueillera probablement moins de voix que lors des dernières élections. Le taux d’abstention aura une spéciale signification et pourrait brouiller les résultats, chacun en revendiquant la propriété. Mais, au bout du compte, plus radical et impertinent que jamais, Hugo Chávez continuera de plus belle sa révolution.

Il nous restera alors à découvrir ce qu’est le socialisme bolivarien…

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3 réflexions sur “Le chaviste qui dit non

  1. Très bon article, bravo !!

    Quand à découvrir le socialisme Bolivarien, je vous souhaite bonne chance … Vous en reparlerez, j’en suis sur 🙂

    C’est un grand plaisir de vous lire, j’attends donc avec impatience la suite. Merci.

    Flavio.

  2. Oui tu as mis l’accent sur LA nouveauté de cette campagne : le fait que certains supporters de la révolution appele à voter contre la réforme. Maitenant, outre le fait que le pas vers le « socialisme bolivarien » consitute une inconnue, il faut dire aussi que l’élargissement des pouvoirs pour le président contenu dans le texte inquiète aussi.

  3. Je me sens identifiée avec ces chavistes qui disent non. Je suis très confondue. Merci pour bien expliquer mes sentiments.

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