Dansant/Musical/Traditionnel

Joropo endiablé

Joropo endiabléDemandez à un Vénézuélien quelle est la musique nationale de son pays. Il vous répondra sans hésiter : le joropo! Le joropo ne se joue pourtant pas dans l’ensemble du pays. Il est la musique des Llanos, ces vastes plaines qui, au sud des cordillères, couvrent le Venezuela d’est en ouest.

Durant la guerre d’indépendance, suite à leur ralliement à la lutte de Simon Bolivar, les Llanos ont joué un rôle important dans la construction identitaire du Venezuela. D’une certaine façon, toujours actuellement, ils symbolisent encore le pays profond, le pays réel. Le Vénézuélien s’identifie volontiers au llanero, personnage libre, sauvage, fier, métissé de blanc, d’indien et de noir. L’équivalent presque exact (sauf pour ce qui est du métissage!) du cowboy aux États-Unis. Et de même que la musique country représente l’Amérique du Nord profonde, le joropo symbolise pour beaucoup le Venezuela traditionnel et authentique.

L’ethnomusicologue français Michel Plisson, spécialiste des musiques du Venezuela, décrit ainsi le joropo :

Le joropo représente dans les llanos vénézuéliens et colombiens un ensemble complexe. C’est un genre musical-chorégraphique comprenant la danse, le chant semi-improvisé, la manifestation festive, le rythme, les instruments et les tournures mélodiques. Dans les llanos, le joropo est partout présent dans les manifestations festives : mariage, fête de saint patron, plutôt dans l’espace semi-privé mais aussi dans l’espace public.

Sur les origines du joropo, il précise :

Même si elle n’a pas été la seule, l’influence hispanique a joué indiscutablement un rôle majeur dans la formation du joropo, notamment à l’époque coloniale. Pour la danse, on retrouve des figures similaires dans nombre de pays d’Amérique hispanophe aussi éloignés les uns des autres que le Pérou, le Chili, l’Argentine, le Paraguay, la Colombie, le Mexique… qui ne constituaient à l’époque que les régions d’un vaste empire, telles la tenue de main et l’usage du mouchoir dans le jeu de séduction, l’escobillao (“brosser” : va-et-vient rapide des pieds en dansant), le zarandeo (tournoiement), resbaloso (pas glissé), etc… et surtout la figure du zapateo (claquement des talons), quoique différent de celui du Mexique, de l’Argentine ou du Pérou… Plus tard, les figures de danses ont aussi subi l’influence des danses de salon comme la valse, la scottish, la mazurka et la valse, devenues très à la mode au cours du XIXe siècle.

Pour la musique, ce n’est que vers 1880 que le terme joropo est associé à une musique, ce qui n’est sans doute pas étranger au mouvement musical nationaliste qui se développe à ce moment, utilisant ou s’inspirant d’aires criollos. (…) Ainsi, danse et musique d’origines et époques diverses se retrouveront définitivement soudées sous le label commun de joropo.

Aussi précise et savante qu’elle soit, il manque à cette description un exemple vivant de la musique et de la danse. Je vous l’offre par le biais d’un document étonnant : un couple d’enfants dansant un joropo endiablé devant le président Chávez! Bien que la qualité de l’image (mais non celle du son) laisse à désirer, l’intensité et l’émotion du moment compensent amplement cette faiblesse.

Pour ceux qui voudraient une présentation plus académique (et avec une meilleure qualité d’image), en voici une :

Enfin, signalons que Michel Plisson vient d’éditer dans la collection Inédit de la Maison des Cultures du Monde deux excellents disques de musique vénézuélienne dédiés à la harpe : Arpa llanera & canto recio (Musique et chant des États de Barinas et Apure) et Arpa tuyera & buche (Musique et chant des états de Miranda et Aragua). On peut se les procurer en téléchargement sur diverses plateformes de vente de musique en ligne (Fnacmusic, VirginMega, iTunes, … sur lesquelles on peut aussi écouter des extraits). L’un et l’autre CD sont également en vente en ligne sur Amazon.

Arpa llanera & canto recioArpa tuyera & BucheCes deux disques sont tout à fait recommandables, tant pour la musique elle-même que pour les notes de Michel Plisson (dont sont extraites les citations ci-dessus). Ces dernières constituent en effet une information de tout premier ordre sur la musique vénézuélienne (ce qui est plutôt rare en français). Cliquez sur les liens suivants pour télécharger les livrets :

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