Historique

Naissance d’une nation

Planisphère de Juan de la Cosa (1500)

Planisphère de Juan de la Cosa (1500)

Ce planisphère est le premier sur lequel apparaissent les côtes de l’Amérique du Sud. Il contient aussi la première mention du toponyme Veneçuela, comme nom d’une population sur le golfe de Maracaibo.

J’emprunte au cinéaste David Wark Griffith le titre de son fameux film sur la constitution de la nation étatsunienne. Toute nation a eu une naissance, souvent dans la guerre et la douleur. Voyons à quoi ressemble celle du Venezuela.

Le nom d’abord : l’explication dominante (et officielle, jusqu’à ce jour) prétend que le mot Venezuela est une sorte de diminutif de Venezia (Venise). Venezuela signifierait donc « la petite Venise ». À l’appui de cette thèse, de forts arguments historiques. Voyons voir.

De retour de son voyage d’exploration avec Alonso de Ojeda, Amerigo Vespucci –celui-là même qui a donné son nom à l’Amérique– écrit dans une lettre adressée le 18 juillet 1500 à Lorenzo de Medicis :

De cette île, nous sommes allés à une autre île, distante de 10 lieues, et nous y avons rencontré une importante population, dont les maisons étaient érigées sur la mer comme à Venise.

Tous les témoignages de ce voyage indiquent que la première île était Curazao et que la seconde était la terre ferme, à l’entrée du golfe de Maracaibo. Dans une autre lettre de 1504, Amerigo Vespucci compare à nouveau à Venise une communauté de « 44 grandes maisons en forme de cabanes construites sur de gros pilotis ». Le chef de l’expédition, Alonso de Ojeda, dans un témoignage de 1513, parle lui aussi du « golfe de Venecia, qui se trouve sur la terre ferme ».

Il y a plus : la carte réalisée en 1500 par Juan de la Cosa à l’issue de ce voyage (voir la reproduction ci-dessus et sa version grand format) mentionne clairement le toponyme Veneçuela, comme nom d’un village situé sur la côte du golfe de Maracaibo.

Gentilles femmes

En 1519, Martín Fernández de Enciso publie à Séville sa Suma de Geografía, dans laquelle il décrit le golfe de Maracaibo. Il écrit notamment :

En Veniciuela es la gente bien dispuesta, y ay más gentiles mugeres que no en otras partes de las de aquella tierra. [Traduction : À Veniciuela, la population a de bonnes dispositions et il y a plus de gentilles femmes que dans d’autres parties de cette terre.]

Cela dit, le nom de Venezuela (dans ses différentes graphies) ne désigne encore qu’un village amérindien sur la côte. Pendant quelque temps, il disparut même des cartes. Il réapparaît en 1528, lorsque l’empereur Carlos I (Charles-Quint) signe un accord avec les Welser pour la conquête de ces nouvelles terres. Il parle alors des « terres de Veneçuela et ses provinces ». C’est ainsi qu’Ambrosius Ehinger arrive à Coro à titre de « premier gouverneur du Venezuela ». La cédule royale du 20 novembre 1530 cite nommément la Gobernación e conquista de Veneçuela. En 1531, c’est la consécration ecclésiastique : le pape Clément VII nomme un évêque à Coro, « qui se trouve dans la Province de Venezuela ».

Une lente structuration territoriale

Commence alors un lent processus de structuration territoriale. La province du Venezuela est loin de couvrir ce que nous appelons aujourd’hui par ce nom. Elle coexiste avec les provinces de Maracaibo (qui dépendit pendant longtemps de Santa Fe de Bogota), de Guayana, de Cumaná, de Trinidad et de Margarita. Mais Caracas s’impose peu à peu comme capitale et la province du Venezuela gagne progressivement autonomie juridique, économique et politique par rapport à la Audiencia de Santo Domingo (Saint-Domingue) et au Nuevo Reino de Granada (l’actuel territoire de la Colombie).

Ainsi, en 1776 est créée à Caracas une Intendencia chargée de récolter les rentes royales des provinces du Venezuela, de Cumaná, de Guayana, de Maracaibo et des îles de Trinidad et Margarita. L’année suivante, une cédule royale de Carlos III crée la Capitanía General de Venezuela, qui assure l’unité politique et militaire du territoire.

À la fin de l’époque coloniale, les choses se précipitent. En 1787 est instituée la Audiencia de Caracas, qui consacre l’autonomie judiciaire de la région. En 1793 est formé le Consulado de Comercio de Caracas, chargé de gérer tous les litiges commerciaux. Enfin, en 1804, est fondé l’Archevêché de Caracas, regroupant les évêchés de Guayana et Mérida, qui dépendaient jusque là, respectivement, de Santo Domingo et de Santa Fe.

Multiples épreuves

Est ainsi constituée la base territoriale, politique, militaire, économique, juridique et ecclésiastique du Venezuela actuel. De fait, c’est la Capitanía General qui va se transformer en République du Venezuela, à la suite de la guerre d’indépendance et après de nombreuses péripéties, dont je vous ai déjà raconté quelques épisodes.

Avec la création de la République, la nation vénézuélienne est officiellement et théoriquement née, mais elle devra encore passer par de multiples épreuves au cours des deux siècles suivants, et jusqu’à nos jours. À suivre donc…

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3 réflexions sur “Naissance d’une nation

  1.  » Veniciuela […] il y a plus de gentilles femmes que dans d’autres parties de cette terre.  » – Et c’est toujours vrai ou est-ce que cela s’est perdu avec le temps et les conquêtes espagnoles ?! 🙂

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