Artistique/Musical

Découvrez « Bolivar », opéra de Darius Milhaud

Darius Milhaud aux États-Unis (1961)

Darius Milhaud aux États-Unis (1961)

Rares sont ceux, au Venezuela, et rares sont ceux, en France, qui connaissent l’existence d’un opéra de Darius Milhaud intitulé « Bolivar », dédié à la figure du Libertador de l’Amérique du Sud. Il s’agit pourtant d’une œuvre significative, à laquelle ont collaboré plusieurs grands artistes et écrivains français de l’époque.

Darius Milhaud est sans aucun doute l’un des compositeurs français les plus importants du XXe siècle. Avec Francis Poulenc et Arthur Honegger, il faisait partie du Groupe des Six. Encore jeune, il séjourna au Brésil, où il fut, en 1916, le secrétaire de Paul Claudel, alors ministre plénipotentiaire à Rio de Janeiro. Il s’enthousiasme pour les musiques latino-américaines, dont il intègre des motifs dans plusieurs de ses œuvres.

Collaboration entre artistes

Il est l’auteur d’une quinzaine d’opéras. « Bolivar » a été créé le 12 mai 1950 à l’Opéra de Paris sous la direction d’André Cluytens avec Roger Bourdin, Jean Giraudeau et Janine Micheau. C’était l’aboutissement d’une longue histoire d’amitiés et de collaborations entre artistes renommés. Le livret est basé sur une œuvre théâtrale homonyme de Jules Supervielle, poète et écrivain né en Uruguay. Passionné par la figure de Simón Bolívar, Supervielle avait non seulement écrit cette pièce, mais avait aussi un projet de film sur le Libertador. Milhaud composa la musique pour la pièce de théâtre, qui fut présentée à la Comédie Française en 1936.

Bolivar (manuscrit autographe de Jules Supervielle)
Bolivar (manuscrit autographe de Jules Supervielle)
Source: gallica.bnf.fr

En 1940, Darius Milhaud, d’origine juive et considéré par les nazis comme un compositeur d’art dégénéré, doit s’exiler aux États-Unis, où il entame une carrière d’enseignant. (Il fut le professeur, notamment, de Dave Brubeck, Burt Bacharach, Steve Reich et Philip Glass.) Dans son exil, il redécouvre en Simón Bolívar un personnage épris de liberté pour son pays, qui cristallise sa propre soif de liberté. Il décide de lui consacrer un opéra et demande à son épouse de reprendre l’œuvre de Supervielle pour en écrire le livret. Elle en fera une adaptation fidèle à l’original. Darius Milhaud, lui, ne reprend pas la musique qu’il avait composé pour la pièce de théâtre, mais compose une musique totalement originale pour son opéra.

Le séjour de Milhaud aux États-Unis coïncide avec celui du peintre et décorateur Fernand Léger, lui aussi exilé. Milhaud lui propose de collaborer à son opéra Bolivar. Tous deux tenteront de produire l’œuvre à New York durant la Seconde Guerre mondiale, mais le projet n’a pu se concrétiser.

Première à Paris

Darius Milhaud, Bolivar (1950) : Décor de Fernand Léger

Bolivar à L’Opéra National de Paris (1950) : décor de Fernand Léger

La guerre terminée, Darius Milhaud propose à l’Opéra de Paris de monter son Bolivar. L’affaire est conclue et finalement la première de l’opéra en 3 actes et 10 tableaux a lieu en 1950, sous la direction artistique et musicale d’André Cluytens. Fernand Léger en réalise les décors et les costumes, tandis que la chorégraphie des deux ballets est une création de Serge Lifar.

Plus tard, Bolivar a été présenté à Naples, pour revenir à l’Opéra de Paris en 1962, sous la direction de Jacques Baudo. Au Venezuela, l’opéra fut présenté le 27 mai 1983 au Théâtre Municipal de Caracas, puis, les 23 et 25 mars 2012, au Théàtre Teresa Carreño de Caracas.

Voici un enregistrement (audio seulement) du Bolivar de Milhaud qui a été réalisé en direct à Paris en 1962, précédé d’une présentation d’une dizaine de minutes. Les tableaux sont également commentés pour en expliquer l’action. Attention, ce sont près de trois heures d’écoute, mais la rareté du document en fait toute sa valeur !

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Une réflexion sur “Découvrez « Bolivar », opéra de Darius Milhaud

  1. Très intéressant et encore une occasion de mettre en exergue un représentant de la mère-patrie André Cluytens : le mal du pays sans doute .
    Marrant le hasard car aujourd’hui même j’étais allé à la pêche à la lecture sur un autre poète franco-uruguayen , Lautréamont ( un de mes auteurs fétiches ) … pour d’autres activités par contre

    hors Venezuela mais aussi en rapport avec la musique … seulement la musique russe contemporaine , et sur l’Océan et le langage ou plus précisément la rupture du langage , mais bon à défaut de ballet russe …
    Et le héros de Lautréamont est autrement plus maléfique que Bolivar : Maldoror : en voila un qui ne risque pas de l’objet du moindre culte à hue et à dia .
    Notons que les Chants furent édités à Bruxelles …décidément .

    Pour en revenir à Milhaud , la photo est très illustrative : on y lit un énorme et emblématique 3/8 !
    Et on comprend mieux le goût de Brubeck pour les mesures asymétriques avec un prof tel que Milhaud .

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