Religieux/Traditionnel

Noël ne se termine pas à Noël

“Paradura” dans les Andes vénézuéliennes

Dans les Andes vénézuéliennes, Noël ne se termine pas le 25 décembre, ni même le 6 janvier, fête des rois. Une tradition bien enracinée prolonge le temps de Noël jusqu’au 2 février, jour de la vierge de la Chandeleur : c’est la paradura del Niño, terme que l’on pourrait traduire par « Élévation de l’Enfant Jésus ».

Expression parfaite de la profonde religiosité populaire de la région andine, la paradura se célèbre entre le 1er janvier et le 2 février dans toutes les familles catholiques, qu’elles soient rurales ou urbaines, riches ou pauvres, et même dans les institutions publiques ou privées –écoles, universités, banques, entreprises…

Maison andine à la Toma AltaC’est cependant dans les régions rurales qu’elle conserve sa signification la plus profonde et la plus authentique. J’ai eu la chance de participer ce week-end à une paradura dans une communauté éloignée de la région du páramo : plus exactement à la Toma Alta, dernière communauté (quelques familles seulement) avant la montagne désertique, à 3700 mètres d’altitude.

Le “rezandero”Mais en quoi consiste donc une paradura, cette « élévation de Jésus »? Il s’agit de la célébration de l’enfant Jésus qui se met debout, qui marche, qui devient adulte… Ce symbole fort pour toute maman –son enfant se met debout– est ici appliqué à la divinité représentée par ce Christ enfant. Aidé par un parrain et une marraine choisis pour l’occasion, voici l’enfant-dieu qui se lève devant la communauté réunie, au son de prières incantatoires, de cantiques, de chants exprimant tout à la fois l’humilité, la joie et l’espérance.

Les parrains agenouillés devant la crècheLe rituel est fermement établi : tous, petits et grands, se réunissent autour de la crèche, spécialement illuminée pour l’occasion. Ensuite, le rosaire est chanté, entonné par le rezandero (réciteur) et aussitôt repris par le chœur. Puis commence un long chant accompagné de violon, de cuatro, de guitare, un chant répétitif dont les strophes célèbrent l’enfant Jésus et sa mère, tout en décrivant l’action en cours : les parrains s’agenouillent devant la crèche, saisissent l’enfant et le placent dans un tissu de soie.

La procession autour de la maisonAu bout d’un moment, commence une procession dans la maison, puis à l’extérieur, aux alentours, à la lueur des bougies. La procession revient ensuite devant la crèche. C’est alors que les parrains baisent l’enfant, puis le présentent aux participants, qui le baisent à leur tour. Finalement, les parrains replacent l’enfant dans la crèche, debout et non couché. Moment de recueillement et d’extrême dévotion.

Pendant que les cantiques et prières continuent, entonnés par les hommes, les femmes commencent à s’affairer à la cuisine pour préparer ce qui sera bientôt offert à tous les participants : un morceau de bizcochuelo (un gâteau très léger) accompagné d’un vin de banane sucré. De leur côté, les musiciens commencent à interpréter des pièces musicales populaires et la célébration prend alors un tour plus festif. Mais contrairement aux fêtes habituelles, on ne danse pas, car ce serait considéré comme un manque de respect pour l’enfant Jésus.

Paysage andin à la Toma AltaIl est difficile de rester insensible face à une dévotion d’une telle profondeur. À tout moment, on a l’impression que les participants vivent une histoire, ou plutôt se créent leur propre histoire aux côtés de l’enfant Jésus et de la Vierge Marie. La paradura apparaît ainsi comme un théâtre vécu, dans lequel grands-parents, parents et enfants réunis partagent, à leur manière, leur foi. Elle est aussi l’expression d’une vie communautaire réelle et intense, sans doute nécessaire lorsque l’on vit, relativement isolé du monde, à plus de 3500 mètres d’altitude, dans une région extrêmement belle, mais aussi extrêmement ingrate.

Un belle leçon de vie, en tout cas, pour nous tous –croyants ou non– qui avons l’habitude de nous nourrir de futilités sans fin…

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Une réflexion sur “Noël ne se termine pas à Noël

  1. Que l’on soit croyant ou non, la célébration de la naissance ne saurait nous laisser indifférent. L’institution de Noël reprend d’ailleurs pour une part le sens profond de rites païens qui lui sont antérieurs. De même que, de manière générale, chaque religion s’inspire de celles qui l’ont précédée. Merci pour ce très bel article.

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