Désolant

Vie de chien vénézuélien

La grand-mère et le chien

Il ne fait pas bon être chien au Venezuela. Bien entendu, il y a plusieurs catégories de chiens, mais la plupart d’entre eux sont loin de vivre la belle vie.

La catégorie inférieure, ce sont ces chiens perdus que l’on croise au hasard d’une route, souvent en pleine forêt. Généralement décharnés, boîteux, pouilleux, minables, arriveront-ils seulement à réintégrer la vie sauvage de leurs ancêtres lointains? Rien n’est moins sûr. Abandonnés là par des personnes sans scrupules, ils sont appelés inéluctablement à la dégénérescence et à la mort.

Catégorie immédiatement supérieure : celle des chiens qui cohabitent dans une famille, à la campagne ou à la ville. «Cohabitent », car ils ne sont pas vraiment adoptés. Ils sont là, c’est tout, parfois arrivés par hasard. On leur donnera au mieux les pauvres restes des repas, mais on les traitera aussi comme des moins que rien. Les coups ne leur sont pas épargnés, les injures non plus, quand il ne sont pas en outre les souffre-douleur des enfants du voisinage.

Catégorie un peu plus élevée : les chiens qui n’appartiennent à personne, mais sont adoptés par une communauté. Il n’est pas rare de les voir rôder toujours autour du même bloc d’appartements, attendant de leurs yeux tristes quelque message ou quelque nourriture. Ils restent cependant à la merci du bon vouloir des humains. Ainsi, la bande de chiens de la faculté des sciences de l’Université des Andes, à Mérida, étaient célèbres. Plusieurs étudiants et professeurs les avaient moralement et sentimentalement adoptés; ils leur apportaient régulièrement de la nourriture. Un petit bout de bonheur. Mais ce n’était pas suffisant : une décision administrative, prise pour d’obscures raisons d’hygiène, a signé leur arrêt de mort. Les étudiants manifestèrent leur opposition, mais rien n’y fit : les chiens furent condamnés.

Ces trois catégories mises ensemble, cela fait déjà beaucoup de chiens. La seconde est de loin la plus nombreuse : 80 % des chiens vénézuéliens en font partie. C’est la vraie norme au pays. Quant à la première et la troisième catégories, elles comptent ensemble quelque 10 % des chiens.

Il reste 10 % pour la dernière catégorie : celle des chiens qui possèdent un maître, un vrai. Chiens de garde (sécurité oblige), chiens policiers (trafic de drogue oblige) ou simplement mascotte de la famille. Des chiens bourgeois, souvent; des chiens jouets, aussi; des chiens fonctionnaires, parfois.

Petite anecdote finale, qui révèle bien la relation du Vénézuélien moyen avec le chien : je voyageais avec une dame originaire de la campagne comme il y en des milliers. Dans une courbe de la route (nous étions dans les Andes), un homme exhibe pour la vente un chiot de la race dite Mucuchies. Réaction de la dame à mes côtés : « Moi, je n’achèterai jamais un animal qui ne se mange pas! ».

En d’autres termes, le chien vaut moins que le poulet : il n’a pas les honneurs de la table.

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