Pratique

L’université française s’intéresse (enfin) au Venezuela

Adeline Joffres, présidente du GEIVEN

Adeline Joffres, présidente du GEIVEN

Jusqu’il y a peu, hormis Frédérique Langue, rares étaient les chercheurs en sciences sociales qui s’intéressaient tant soit peu au Venezuela. Et pour cause : pays pétrolier, "démocratique", lisse, "sans histoire", le Venezuela n’avait rien pour attirer spécialement les regards.

Or voici que la situation a radicalement changé. Hugo Chávez est arrivé au pouvoir et a embarqué le pays dans un processus révolutionnaire inédit. Comment rester de marbre face à ce bouillonnement socio-politique qui vient questionner les sciences sociales ? De plus en plus de chercheurs se sont donc intéressés à la chose. L’université française, dans sa diversité, n’a pas échappé à ce renouveau international des études vénézuéliennes.

Mise en réseau

Logo du GEIVENC’est ainsi qu’a été fondé en 2010 le Groupe d’Etudes Interdisciplinaire sur le Venezuela (GEIVEN). Plusieurs doctorant(e)s issu(e)s de différentes institutions et disciplines avaient fait le constat que l’intérêt scientifique croissant suscité par l’évolution politique du Venezuela depuis une dizaine d’années ne s’était pas accompagné d’une mise en réseau des chercheur(e)s concerné(e)s. Le défi consistait à vaincre l’extrême polarisation des discours sur le pays, qui ne favorisait évidemment pas la création d’un réseau collaboratif.

Le GEIVEN est né à l’initiative d’Olivier Compagnon, maître de conférence à l’Institut des hautes études de l’Amérique latine (IHEAL), qui souhaitait fédérer quelques étudiants de master et de doctorat travaillant sur le Venezuela. Le groupe initial s’est rapidement élargi. Composé de doctorants et de jeunes docteurs, un comité d’organisation a déterminé plusieurs activités structurantes pour le groupe : l’organisation d’une journée d’études annuelle, la tenue d’un séminaire mensuel, l’organisation de conférences ponctuelles.

Un cadre non partisan

L’annonce officielle de l’existence du groupe et le lancement du premier séminaire en janvier 2011 ont rapidement permis de fédérer d’autres jeunes chercheurs et chercheurs confirmés. Dans un cadre interdisciplinaire et non partisan, de nombreux universitaires ont ainsi commencé à mutualiser leurs connaissances et à fonctionner dans une logique de partage d’expérience, de réflexion et de confrontation de méthodes et d’approches scientifiques.

Le GEIVEN compte ainsi un réseau d’une cinquantaine de chercheurs sur le Venezuela, tant français (appartenant à une vingtaine d’universités françaises) que vénézuéliens.

Désormais constitué en association, le GEIVEN poursuit les objectifs suivants :

  • Fédérer les chercheurs et étudiants, principalement en sciences humaines et sociales, qui font de leur objet ou terrain de recherche le Venezuela
  • Créer un espace de débat et de dialogue sur le Venezuela dans un cadre académique
  • Valoriser la recherche scientifique française et internationale sur le Venezuela
  • Contribuer à la diffusion de l’information scientifique et culturelle sur le Venezuela

Soutenance de thèse

Federico Tarragoni

Federico Tarragoni

La prochaine activité de l’association sera la soutenance de la thèse de doctorat en sociologie de Federico Tarragoni, membre du GEIVEN, intitulée « Il faut faire le peuple! » Sociologie d’un populisme « par le bas » dans les conseils de barrio en Amérique latine contemporaine (Venezuela et Bolivie).

Résumé de la thèse :

Le Venezuela de Hugo Chávez et la Bolivie d’Evo Morales sont les nouvelles terres d’élection du populisme et de la démocratie participative. Si ces deux formes politiques ont tendance à s’y hybrider et à témoigner d’un certain nombre d’affinités électives, les analystes ne se penchent jamais sur les expériences sociales spécifiques auxquelles elles donnent lieu. À travers une ethnographie des pratiques participatives dans des comités de décentralisation des politiques publiques situés dans les barrios – Conseils communaux vénézuéliens et Juntas vecinales boliviennes – cette thèse se propose de problématiser la relation entre pouvoir populiste et politique populaire. Son but est celui d’étudier le champ de pertinence d’un concept largement discrédité dans les sciences sociales, le populisme, à l’aune des politiques du peuple qu’il produit chez les exclus. À la confluence de sociologie des rapports ordinaires au politique et d’histoire « from below », la thèse propose ainsi une nouvelle conceptualisation du populisme à l’aune des régimes d’identité, d’action et de rupture qu’il ouvre chez les dominés, et qui tournent autour du peuple comme opérateur.

La soutenance de thèse se déroulera le mardi 11 décembre à 9 h à l’Université Paris Ouest Nanterre, bâtiment G, en salle G614.

Tout cela vous paraît un peu trop académique ? C’est la règle du jeu. Gageons cependant que le GEIVEN nous fournira dans les mois et les années à venir des éclairages intéressants –et non partisans, ce qui est plutôt rare– sur les réalités toujours changeantes du Venezuela. À suivre donc ses séminaires et ses publications, telles ce dossier Élections 2012 que le groupe publie sur son site.

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4 réflexions sur “L’université française s’intéresse (enfin) au Venezuela

  1. Enfin ! (pourvu que se ne soit pas une fin) La recherche n’échappe malheureusement pas aux courants de pensée…. Espérons que la formule « non partisan » ait un sens, si sens il peut y avoir.

  2. Ce doit être fort intéressant , d’autant que derrière la figure de Chavez incarnant l’initiative politique au Venezuela , avec son image constamment véhiculée , je suis convaincu qu’il y a un collectif de stratèges politiques voire de théoriciens discutant des réponses à apporter à chaque moment , discutant des moyens de construire le futur socialisme , mais aussi de le bâtir dans la tête des gens – en cela le gvt Chavez est révolutionnaire – et nous avons exactement le contraire ici en Europe où il s’agit pour les élite de déconstruire toute visée politique de la plupart des cerveaux , objectif partiellement atteint si l’on en juge par la faible résistance aux politiques violemment antisociales mises en place sous l’égide de l’UE , alors que le mécontentement est généralisé .

  3. Oui – il faut néanmoins prendre du recul – même si la recherche en sciences sociales a fait de nombreux progrès à ce niveau depuis plusieurs décennies, elle n’échappe pas complètement à un certain ethnocentrisme : le chercheur français (ou européen, occidental) se sent autorisé à parler de l’autre, des autres, notamment dans les pays dits du "sud". On retrouve dans les universités françaises, des "latinoaméricanistes", spécialistes autoproclamés de l’Amérique latine, qui, à l’instar des orientalistes décrits par Edward Said, s’arrogent le monopole de la connaissance légitime sur ces pays…… je ne citerai pas de noms.

    Après, je ne dis pas que les travaux de ces chercheurs sont inintéressants ou qu’ils manquent de scientificité, loin de là. Seulement qu’en ce qui concerne l’Amérique latine (ou d’autres régions du monde comme le moyen-orient), le champs des sciences sociales en France n’est pas complètement dépourvu de certaines logiques "coloniales" qui devraient lui être étrangères.

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