Désolant/Dramatique

Vous avez dit générique ?

Augmentin

La version GlaxoSmithKline

Amoxicilina

La version générique

Un peu de vécu, cette semaine, pour changer de la tonique générale de ce blog.

J’ai eu il y a quelques jours une méchante douleur du côté de l’amygdale droite. Le mal se prolongeant, j’ai dû accourir chez le médecin –dans une clinique privée, en l’occurrence, espérant ainsi être plus vite servi (un espoir qui ne s’est qu’à moitié concrétisé, cependant…).

Diagnostic : pharyngite granuleuse. Prescription :  Augmentin 875 mg et Voltaren 50 mg. Honoraires : 390 Bs. (soit 90 $ au taux de change officiel, 46 $ au taux de change parallèle, ce qui n’est pas vraiment donné).

En prime, le médecin me propose d’appliquer le Voltaren par voie intraveineuse, pour des effets plus rapides. Étant à moitié dans les vapes à cause de la fièvre, je suis sur le point d’accepter. Heureusement, l’infirmière intervient et demande si une assurance va rembourser. Quand je lui dis que non, sa grimace me fait comprendre que ça n’allait pas être bon marché. Ma chère épouse, qui m’accompagnait, a aussi compris : « Non docteur, on prendra le Voltaren en comprimés. »

«Vous ne vous trompez pas ?»

Nous courons à la pharmacie pour acheter les médicaments prescrits. L’Augmentin 875 mg coûte 350 Bs. la boîte de dix pastilles. J’ai besoin de deux boîtes. Ma chère épouse, encore elle, demande s’il n’existe pas un médicament générique correspondant. « Si, mais on ne l’a pas en 875 mg, seulement en 500 mg. Au lieu de prendre une pastille toutes les 12 heures, vous en prenez une toutes les 8 heures. » « Ah bon, et combien ça coûte ? » « 5,5 Bs. la boîte » «5 Bs.???!!, vous ne vous trompez pas ? » «Non, c’est un produit dont le prix est réglementé ».

Résultat : j’en achète trois boîtes pour 16,5 Bs. (moins de 4 $ au taux de change officiel, 2 $ au taux de change parallèle). L’Augmentin m’aurait coûté 700 Bs. (162 $ au taux de change officiel, 82 $ au taux de change parallèle), soit 40 fois plus cher ! Idem pour le Voltaren : j’en achète la version générique à un prix nettement moindre.

Sur ces différences de prix, j’avoue ne pas comprendre : on a peine à imaginer qu’un laboratoire perde de l’argent en vendant un produit, même réglementé. Cela signifie que l’autre labo se sucre vraiment beaucoup sur le dos du consommateur –qui plus est pour un produit se trouvant déjà dans le domaine public. C’est payer énormément pour un simple signe © apposé à la marque Augmentin ou Voltaren.

Dindon de la farce

Quant au médecin, inutile de lui demander s’il existe un produit générique, il ne vous répondra pas. Dans mon cas, il a même poussé le vice jusqu’à prescrire le médicament en 875 mg, sachant sans doute très bien que seul le prix du 500 mg est réglementé. C’est qu’il reçoit quelques menus avantages en prescrivant des produits de grands laboratoires : par exemple, un voyage annuel à Margarita ou à Miami, ou un quelconque autre cadeau de luxe (ou faux luxe !).

La conclusion de tout cela : avec la médecine privée vénézuélienne, si vous ne voulez pas être le dindon de la farce, c’est à vous de vous informer et de vous débrouiller au petit bonheur la chance dans le dédale des produits pharmaceutiques. Pas facile lorsqu’on est dans la situation de faiblesse que provoque la maladie. Mieux vaut donc avoir un bon ami pharmacien pour vous orienter en ces moments difficiles.

Dans le contexte social

Mettez maintenant cela dans le contexte social du pays, où seule une partie infime de la population a accès aux assurances : pour une simple pharyngite comme la mienne, le coût de la consultation médicale et de la prescription équivalaient au trois-quarts du salaire minimum ! Étonnez-vous après cela que le gouvernement tente de mettre sur pied, avec plus ou moins de réussite, un réseau de médecine populaire comme l’est la mission Barrio Adentro. Étonnez-vous qu’il menace volontiers de nationaliser la médecine, accusant les médecins de ne pas accepter son intégration à sa politique sociale. Étonnez-vous qu’il prenne à l’occasion des mesures coercitives contre l’Ordre des médecins, par exemple en lui retirant le monopole des certificats médicaux, lesquels sont obligatoires pour tout conducteur de véhicule. Étonnez-vous encore que le gouvernement réglemente les prix des médicaments les plus fréquemment utilisés –ce qui ne lui fait pas que des amis auprès des puissantes compagnies pharmaceutiques.

Étonnez-vous enfin que les médecins n’aient pas vraiment la cote auprès de la population vénézuélienne. Et pour cause : sauf de rares exceptions, ce qui les motive, ce ne sont pas tant les beaux principes du serment d’Hippocrate. Ce qui les motive, c’est tout simplement l’appât du gain.

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9 réflexions sur “Vous avez dit générique ?

  1. Situation à peu près similaire au Brésil, cher Jean-Luc. Et, peut-être bien, dans l’ensemble de l’Amérique latine…
    J’espère que tu es remis de cette pharyngite.

    • Eh oui, cher Francis, on l’a vu dans beaucoup de domaines, il y a mille similitudes entre nos pays respectifs, pour le meilleur et pour le pire !

      Et rassure-toi, je vais mieux, grâce aux antibiotiques à 15 Bs. qui ont été aussi efficaces que leur version à 700 Bs. 😉

  2. Salut Jean Luc,
    En premier, je te souhaite un prompt rétablissement.
    Apres, je me demande où sont fabriqué c’est médicament pour etre vendu
    a ce prix là. Quelque soit le pays, et ce n’est pas spécifique au Venez, les risques d’arnaques
    avec de faux génériques sont courant. Donc prudence vis a vis des prix imbattables.

    • Merci pour tes voeux de rétablissement, Christian. Pour les arnaques, je te rassure, les génériques en question sont fabriqués par un laboratoire vénézuélien bien connu, avec l’assentiment du ministère de la Santé publique.

      Du reste, je n’ai jamais vu de faux génériques au Venezuela, ni de médicaments d’importation douteuse. Par contre, du côté des « produits naturels », le contrôle est moindre et on peut vendre pratiquement n’importe quoi. Des jus de noni venus d’on ne sait où, j’en ai vus. Ou des pastilles miracles qui guérissent tout et le contraire…

  3. bonjour Jean-Luc,
    je visite ton site aléatoirement…
    j’apprends donc tes soucis de santé ET ton rétablissement (formidable !)
    à bientôt
    geoffrey – le petit belge barbu qui arrive (doucement mais résolument…)

  4. Au Mexique, chaque village a son dispensaire, où les médecins généralistes (visite gratuite) prescrivent volontiers les génériques, et plusieurs chaînes de pharmacies sont spécialisées dans le générique.
    Heureusement ! Parce qu’avec nos 6 comprimés (à deux) quotidiens, on ne survivrait pas !
    En fait, ça nous coûte moins cher qu’au Canada où, pourtant, le prix des médicaments d’ordonnance est contrôlé, et où une assurance obligatoire limite le montant annuel que l’on a à débourser.
    Au dispensaire, si un médicament n’est pas disponible en générique, le médecin propose de le faire venir directement de l’hôpital, afin que cela coûte moins cher au patient.
    En outre, la plupart des médicaments sont vendus sans ordonnance sauf les psychotropes (on s’en doute) et depuis peu les antibiotiques. Mais bon, la dernière fois que Gilles avait une otite et que le dispensaire était fermé, on est allés à la pharmacie. La pharmacienne a constaté l’otite, a sorti un carnet d’ordonnance d’un médecin inconnu, et l’a remplie avant de délivrer le flacon d’amoxycilline.

    Cependant, malgré l’accessibilité et la quasi-gratuité des consultation et des médicaments, nombreux sont ceux qui préfèrent dépenser beaucoup d’argent chez un rebouteux, un ranmancheux, un magicien…

    Si j’ai bien compris, chaque jeune médecin diplômé est obligé d’exercer une pratique dans les régions juste après l’obtention de son diplôme, pour une période de trois ans. La dernière qu’on a rencontrée détestait autant la région que son stage, et avait hâte à s’enfuir aux États-Unis.

    • Bravo le Mexique, selon ce que tu décris, Anne, le système de santé semble bien fonctionner. Ici aussi au Venezuela, il existe un réseau de dispensaires gratuits géré par le gouvernement et par la mission « Barrio Adentro ». c’est là que travaillent les 20.000 médecins cubains dont on parle tellement. Mais la médecine « libérale » existe toujours et c’est d’elle dont je parle ici. En fait, dans mon cas particulier, je m’étais adressé à la médecine libérale dans l’espoir d’être reçu plus rapidement, car dans le réseau gratuit, les files sont plutôt longues. Avec de la fièvre, ce n’est pas vraiment passionnant de faire le pied de grue pendant deux heures ou plus !

      • Dans ma municipalité, il y a tout ça : http://clues.salud.gob.mx/reporte1.php
        La médecine libérale existe aussi, et on y a recours (un cardiologue au dispensaire, c’est pas évident à trouver), et elle est chère aussi; surtout que ceux qu’on connaît, c’est via les gringos américain pour qui «ce n’est pas cher du tout».
        Ils font payer le fait qu’ils parlent anglais. Mais pour nous, c’est sans intérêt; en matière de santé, l’espagnol est beaucoup plus facile à comprendre que l’anglais.

        Mon dentiste est «puro mexicano», et j’ai pu comparer les prix entre Feliciano et le dentiste des gringos à Tepic : du simple au décuple, pour le même service, mais sans le marbre dans les toilettes et sans la poulette à la réception.

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