Dramatique

Simón Bolívar et Britney Spears

El general en su laberinto Je suis sans doute le dernier à l’avoir lu. Toujours est-il que je viens de terminer la lecture du roman El general en su laberinto [Le général dans son labyrinthe] que publia en 1989 Gabriel García Márquez.

Dans ce récit de caractère historique, le grand écrivain colombien raconte les derniers mois de la vie de Simón Bolívar, le Libertador de l’Amérique latine.

Roman dramatique, déchirant, historiquement très bien documenté, qui nous fait descendre le río Magdalena, au cœur de la Colombie, en compagnie du héros déchu et des ses derniers fidèles. À ses côtés, nous errons de ville en ville, de hacienda en hacienda, jusqu’à Santa Marta, terme final de la vie de celui qui, quelques années ou quelques mois auparavant, était encore adulé par les foules . Une longue et lente descente aux enfers, jusqu’à la mort inéluctable, attendue dès le début du récit.

De sa main de maître, García Márquez nous fait partager dans la souffrance les derniers moments du général. Au fur et à mesure que l’on tourne les pages, un mythe tombe, tandis qu’un homme se révèle, un humain comme vous et moi : c’est là tout le talent de García Márquez de faire descendre Bolívar de sa statue pour en faire un vivant. Je ne peux que vous recommander de lire ou relire ce roman, qui est aussi un exceptionnel cours d’histoire.

J’en étais aux dernières pages de ce funeste labyrinthe lorsque, partout –à la télévision, sur Internet, jusque dans la presse bien pensante, catholique de surcroît– on s’empara de l’histoire d’une jeune femme qui, il n’y a pas si longtemps, fut également une héroïne des foules : Britney Spears. Et de nous rabâcher les oreilles, de nous en mettre plein les yeux avec la déchéance de la pop star, son enfermement dans une clinique psychiatrique, les coups donnés à son fils, sa nouvelle relation, et même un jeu macabre qui consiste à parier sur sa mort prochaine. Descente aux enfers là aussi, mais en mode téléréalité.

Le philosophe qui dort en moi (heureusement qu’il dort d’ailleurs…) s’est aussitôt mis en branle : n’existe-t-il pas un parallèle, sinon entre ces deux destins, du moins entre l’effet qu’ils produisent sur les foules : une espèce d’attraction fatale pour le héros qui tombe, pour le mythe qui trébuche ; un désir forcené de rendre à nouveau humain celui ou celle qui ne l’était plus tout à fait. Humain jusqu’à la déchéance, jusqu’à la mort.

Britney SpearsJe vous laisse sur cette réflexion inachevée. Vous la continuerez. Pour ce faire, plutôt que d’écouter le dernier disque de Britney Spears –ou pire, de perdre votre temps à lire toutes les conneries qui s’écrivent et se publient à son sujet– lisez, s’il vous plait, Le général dans son labyrinthe.

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2 réflexions sur “Simón Bolívar et Britney Spears

  1. Se mettre en branle à propos de Britney Spears (dont le nom lui-même…), il fallait oser !

    Plus sérieusement, ton article m’a donné envie de lire le livre, d’autant que j’ignore à peu près tout de Bolívar (et de la Spears aussi, d’ailleurs). Sans doute est-il traduit en portugais (pour ne pas dire brésilien) et disponible ici. Mon épouse, qui est bibliothécaire, est déjà chargée de la commission !

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