Archive pour mai, 2009


marie_laforethugues_aufray_3

C’est un lecteur de ce blogue qui m’a mis sur la piste et je l’en remercie (il se reconnaîtra) : plusieurs chanteurs français ont interprété des chansons vénézuéliennes, en particulier des chansons des llanos, une région de très grande richesse musicale.

C’était il y a quelque temps déjà, dans les années 60 et 70 du siècle dernier (ce qui semblera une éternité aux jeunes générations). À l’époque, on ne savait pas d’où provenaient ces airs et ces musiques exotiques. On ne se posait d’ailleurs pas vraiment la question : c’était tout simplement de la « chanson française »! Le concept Musique du monde n’existait pas, celui de mondialisation encore moins.

Il était d’autant plus facile pour certains artistes d’aller piocher çà et là dans les répertoires du monde entier afin de ramener en douce France des chansons aux sonorités venues d’ailleurs. Adaptées au goût français, certaines de celles-ci allaient connaître la gloire des hit-parades dans la catégorie « Chanson française »!

Inconnue du grand public, la musique vénézuélienne a été la source cachée de quelques-uns de ces succès.

hugues_aufray_2Hugues Aufray : pas toujours très éthique

Puisant volontiers dans les musiques traditionnelles d’autres pays, Hugues Aufray a popularisé en France nombre de mélodies basées sur des musiques folk du monde entier. Il interpréta notamment en français (en les édulcorant passablement) plusieurs chansons de Bob Dylan. C’est ainsi qu’en 1965, Hugues Aufray rencontre le succès avec une mélodie particulièrement entraînante, Le Rossignol anglais.

Officiellement, la musique est signée Hugues Aufray et les paroles Pierre Delanoé/Hugues Aufray. Mais il s’agit en fait d’une libre adaptation d’un joropo vénézuélien intitulé Los garceros, dont voici les paroles et une version en espagnol par le chanteur grec George Dalaras (c’est la seule que j’ai trouvée) :

Les auteurs originaux en sont Germán Fleitas Beroes et Juan Vicente Torrealba. Malheureusement, les noms de ceux-ci n’apparaissent nullement sur les disques d’Hugues Aufray, qui continua à interpréter la chanson comme si de rien n’était. Plus tard, il alla même jusqu’à utiliser un cuatro vénézuélien comme instrument rythmique, ainsi que le montre la vidéo suivante :

Quelque temps plus tard,  Hugues Aufray remet ça avec un autre de ses succès, L’épervier :

Sur le disque, la chanson est également signée Hugues Aufray/Pierre Delanoé. Mais ici encore, il s’agit d’une chanson vénézuélienne intitulée El Gavilán. La pièce a été composée par un monument de la musique llanera au Venezuela, Ignacio “Indio” Figueredo. En voici les paroles et les accords, ainsi qu’une interprétation en espagnol :

Dans le cas de ces deux chansons, les paroles ont été totalement transformées par Hugues Aufray et Pierre Delanoé. Il ne s’agit pas d’une traduction de l’original. Rien à dire donc de ce point de vue. Mais pour ce qui est de la musique, c’est autre chose.

Doit-on parler de pillage? De plagiat? Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il n’est pas très éthique de s’approprier ainsi des compositions des autres sans les citer. Et ne soulevons pas la question la plus brûlante : les compositeurs originaux ont-il reçu des droits pour ce que l’on appellera pudiquement un « emprunt »?

Marie Laforêt : plus authentique

marie_laforet_el_poloLa seconde vedette de la chanson française qui a trouvé son inspiration dans la musique vénézuélienne n’est autre que Marie Laforêt. Toutefois, contrairement à Hugues Aufray, elle ne fait pas d’adaptation des textes en français, préférant interpréter ces chansons dans leur version espagnole et rester fidèle à leur style original.

C’est le cas de la chanson intitulée María Laya, une autre composition d’Ignacio “Indio” Figueredo, dont voici les paroles et accords. Marie Laforêt l’interprète ici dans l’émission télévisée La chance aux chansons (ce qui explique –mais ne pardonne pas!– le ridicule de la mise en en scène). C’était en 1998 :

http://www.youtube.com/watch?v=i5_lfMb7MJA

Plus émouvant, voici –toujours dans cette émission– sa remarquable interprétation de la tonada El Cabrestero (dont voici les paroles et accords), une très belle composition du chanteur vénézuélien Simón Díaz, l’auteur de Caballo viejo :

Enfin, dans sa série Autour du monde, Marie Laforêt a également interprété un polo, une chanson traditionnelle qui appartient au folklore de l’île de Margarita (dont voici les paroles). Le disque est sorti en juillet 1968 :

À César ce qui est à César

Marie Laforêt se révèle nettement plus authentique dans ses interprétations que Hugues Aufray, qui n’utilise les mélodies étrangères que comme simple faire-valoir, sans se préoccuper de leur origine (qu’il ne dévoile d’ailleurs pas). De plus –et c’est tout à son honneur–, Marie Laforêt attribue les paroles et musiques de ses chansons aux auteurs et compositeurs originaux.

Rendons donc à César ce qui est à César et au Venezuela ce qui est au Venezuela. Les Vénézuéliens en seront reconnaissants et seront fiers de voir ainsi leur musique rencontrer le succès au bout du monde.

Portrait de Humboldt

Portrait d'Alexander von Humboldt, par Evert A. Duyckinick

Alexander von Humboldt (1769-1859) est un personnage fascinant. Chateaubriand disait de lui : « En Amérique, l’illustre Humboldt a tout peint et tout dit ». Et il n’était pas loin d’avoir raison. Son ouvrage Voyage aux régions équinoxiales du Nouveau Continent (avec Aimé Bonpland) –trente volumes publiés entre 1805 et 1834– est le plus monumental qui ait jamais été écrit sur l’Amérique latine. Pour s’en persuader, il suffit de jeter un coup d’œil sur les titres des 30 volumes :

(I, II) Plantes équinoxiales… (1808-1809)
(III, IV) Monographie des Mélastomacées… (1816, 1823)
(V) Monographie des Mimoses et autres plantes légumineuses du Nouveau Continent (1819-1824)
(VI,VII) Révision des Graminées (1829-1834)
(VIII-XIV) Nova genera et species plantarum… (1815-1825)
(XV-XVI) Atlas pittoresque du voyage (1810)
(XVII) Atlas géographique et physique du Nouveau Continent fondé sur des observations astronomiques, des mesures trigonométriques et des nivellements barométriques (1814)
(XVIII) Examen critique de l’histoire de la géographie du Nouveau Continent et des progrès de l’astronomie nautique au XVe et XVIe siècle (1814-1834)
(XIX) Atlas géographique et physique du royaume de la Nouvelle Espagne… (1811)
(XX) Géographie des plantes… (1805)
(XXI, XXII) Recueil d’observations astronomiques, d’opérations trigonométriques et de mesures barométriques (1810)
(XXIII, XXIV) Recueil d’observations de zoologie et d’anatomie comparée (1811, 1833)
(XXV, XXVI) Essai politique sur le royaume de la Nouvelle Espagne (1811)
(XXVII) Essai sur la géographie des plantes… (1805)
(XXVIII-XXX) Relation historique du Voyage aux régions équinoxiales du Nouveau Continent (1814, 1819, 1825)

Géographie, histoire, politique, botanique, zoologie, astronomie, sismologie… : Alexander von Humboldt a touché à tout, en brillant héritier qu’il était des Encyclopédistes du Siècle des Lumières.

Sociologue avant la lettre

C’est à Cumaná qu’il toucha pour la première fois le sol américain, accompagné d’Aimé Bonpland. Il resta dans le territoire connu aujourd’hui comme Venezuela (le pays n’était pas encore indépendant à l’époque) du 16 juillet 1799 au 28 novembre 1800, soit durant plus de 16 mois. Il le parcourut en tous sens, prenant systématiquement note de tout ce qu’il observait. Rien n’échappait à sa perspicacité de naturaliste. Mais il se révéla aussi un extraordinaire sociologue (et analyste politique) avant la lettre.

Il ne se contenta pas de visiter les zones connues et colonisées. Il s’aventura également au-delà de la « civilisation », jusqu’au cœur même de l’Amazonie. L’un des objectifs de son voyage était en effet de prouver ce que l’on subodorait depuis longtemps, à savoir qu’il existait un canal naturel qui reliait les bassins de l’Amazone et de l’Orénoque, le Casiquiare. Au prix de difficultés que l’on jugerait aujourd’hui insurmontables, il réussit son pari et parcourut le Casiquiare, dont il rapporta la carte suivante (cliquez pour agrandir) :

Humboldt_Canal_do_Cassiquiare

Au cours de cette exploration, il multiplia les observations en tous genres et rapporta par centaines des échantillons d’animaux et de plantes. Il fit notamment capturer des anguilles électriques (Electrophorus electricus) pour poursuivre son étude sur l’électricité dans le monde animal, un sujet qu’il affectionnait particulièrement.

Oublié en France

Considéré comme un monument en Allemagne, son pays natal, ainsi que dans les pays d’Amérique latine qu’il a visités, Alexander von Humboldt est malheureusement plutôt oublié en France.  Il avait pourtant de nombreux liens avec ce pays : sympathisant de l’idéal progressiste de la Révolution de 1789, il vécut à Paris en 1798, puis s’y installa à son retour d’Amérique, de 1804 à 1827. Il a travaillé avec les plus grands savants français de l’époque, en particulier Louis-Joseph Gay-Lussac, avec qui il effectua plusieurs voyages scientifiques. Il fut aussi l’un des fondateurs de la Société de Géographie, en 1821.

Au-delà de sa biographie, si vous désirez en savoir plus sur ce personnage étonnant qui ne dormait que 3 ou 4 heures par nuit, rien de tel que de vous plonger dans ses écrits. Ô bonheur, plusieurs d’entre eux sont disponibles en ligne (et téléchargeables) sur le site Gallica de la BNF, dont une version en trois volumes de ses pérégrinations américaines et vénézuéliennes.

Volume 1

Voyage de Humboldt et Bonpland ; 1-3. Voyage aux régions équinoxiales du Nouveau Continent : fait en 1799, 1800, 1801, 1803 et 1804. Tome 1 / par Al. de Humboldt et A. Bonpland ; rédigé par Al. de Humboldt
Voyage de Humboldt et Bonpland ; 1-3. Voyage aux régions équinoxiales du Nouveau Continent : fait en 1799, 1800, 1801, 1803 et 1804. Tome 1 / par Al. de Humboldt et A. Bonpland ; rédigé par Al. de Humboldt
Source: Bibliothèque nationale de France

Volume 2

Voyage de Humboldt et Bonpland ; 1-3. Voyage aux régions équinoxiales du Nouveau Continent : fait en 1799, 1800, 1801, 1803 et 1804. Tome 2 / par Al. de Humboldt et A. Bonpland ; rédigé par Al. de Humboldt
Voyage de Humboldt et Bonpland ; 1-3. Voyage aux régions équinoxiales du Nouveau Continent : fait en 1799, 1800, 1801, 1803 et 1804. Tome 2 / par Al. de Humboldt et A. Bonpland ; rédigé par Al. de Humboldt
Source: Bibliothèque nationale de France

Volume 3

Voyage de Humboldt et Bonpland ; 1-3. Voyage aux régions équinoxiales du Nouveau Continent : fait en 1799, 1800, 1801, 1803 et 1804. Tome 3 / par Al. de Humboldt et A. Bonpland ; rédigé par Al. de Humboldt
Voyage de Humboldt et Bonpland ; 1-3. Voyage aux régions équinoxiales du Nouveau Continent : fait en 1799, 1800, 1801, 1803 et 1804. Tome 3 / par Al. de Humboldt et A. Bonpland ; rédigé par Al. de Humboldt
Source: Bibliothèque nationale de France

chavez_twitter

Il est amusant et intéressant de faire une petite recherche “hugo chavez” sur les sites dits « sociaux » qui sont à la mode ces temps-ci, en l’occurrence Twitter et Facebook.

Sur Twitter, on trouve des petits marrants qui se font passer pour le président du Venezuela, sous les pseudos chavez, hugochavezfrias, Hugo_Chavez et assafesh4. Le plus marrant est sans doute chavez, qui fait dans l’ironie, du genre :

pegado al Facebook esperando la confirmación de amistad de mi negro Obama, no puedo esperar para escribirle en su muro! [suis collé sur Facebook à attendre la confirmation d'amitié de mon noir Obama, impossible d'attendre plus longtemps pour écrire sur son mur!]

ou encore, à propos de l’arrivée sur Twitter de Globovisión, chaîne télévisée d’opposition :

viendo que tendre que cerrar twitter, ya @globovision esta por aca conspirando! [je vois que je vais devoir fermer twitter, Globovisión est déjà en train de conspirer par ici!]

Mine de rien, avec ces petites piques, chavez a 1632 suiveurs [following you] selon les catégories de Twitter. De son côté, le pseudo Hugo_Chavez ironise également (en anglais) en faisant dire à Chávez qu’il va nationaliser l’empire Twitter, la menace majeure qui pèse sur le monde, et y apporter le socialisme. Les autres Hugo Chávez de Twitter sont nettement moins rigolos. Ils sont aussi moins suivis.

Foire à l’empoigne

Si sur Twitter les propos sont relativement inoffensifs, sur Facebook, par contre, c’est la foire à l’empoigne. On compte par dizaines, voire par centaines, les groupes et les pages dédiées à Hugo Chávez, dont les intitulés sont tout un poème :

Viva Hugo Chavez
Hugo Chavez Supporters
Merci HUGO CHAVEZ
Fuck Hugo Chavez!!!
Hugo Chavez Fun
Hugo Chavez Rocks!!!!
contra hugo CHAVEZ
thankyou hugo chavez…
Boycott Hugo Chavez
Hugo Chavez Must Die!!!!
COLOMBIANOS CONTRA HUGO CHAVEZ
‘shut up’ Hugo Chavez
Hugo Chavez fan club
I HATE HUGO CHAVEZ
Long Live Hugo Chavez
PANAMA CON HUGO CHAVEZ
Anti-Hugo Chavez
United Against Hugo Chavez
Viva Viva Palestina, Viva Viva Hugo Chavez

Si beaucoup de ces groupes n’ont que quelques dizaines ou centaines de membres, quelques-uns en ont plusieurs dizaines de milliers. Au total, ce sont près de 200.000 utilisateurs de Facebook qui manifestent leur opinion sur Hugo Chávez. Et l’éventail est large : cela va des déclarations d’amour jusqu’aux appels au meurtre. Toutefois, contrairement à ce qui se passe sur Twitter, personne, semble-t-il, ne se fait passer pour Hugo Chávez en personne.

La communication du XXIe siècle

Que retenir de tout cela ? Que ni Chávez ni le gouvernement vénézuélien n’ont été assez vifs pour pressentir les évolutions de la communication au temps d’Internet et ont donc laissé échapper des espaces de communication modernes tels que Facebook ou Twitter. Leur espace est maintenant occupé par d’autres, et pas toujours avec de bonnes intentions.

De ce point de vue, Hugo Chávez aurait pu s’inspirer du président de l’« empire », Barack Obama, qui a su, lui, utiliser à son avantage les nouveaux outils de communication, au point d’avoir été élu en partie grâce à eux. Il possède sa page personnelle sur Twitter (1.178.489 suiveurs)  ainsi que sa page (6.275.225 supporters) et son groupe (1.024.991 membres) sur Facebook. Et ce ne sont pas des petits marrants –ou pire : des ennemis politiques– qui les animent!

Quant à la Maison blanche, elle est institutionnellement présente sur Twitter, sur Facebook, sur Flickr, sur Youtube, sur Vimeo et sur MySpace.  Et jetez un coup d’œil aux contenus : voilà ce qu’on appelle de la communication du XXIe siècle, dynamique, motivante!

Pendant ce temps, Chávez, malgré son désir d’instaurer un socialisme du XXIe siècle, en reste à la communication du XXe siècle : occupation de temps d’antennes démesurés à la télévision, d’espaces dans les journaux, etc. Tout cela fait malheureusement plutôt penser à de la propagande style soviétique qu’à de la communication moderne. Encore un effort, cher Hugo!

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Pour la petite histoire, signalons que Hugo Chávez n’est pas le seul à s’être fait piéger sur Twitter. Fidel Castro, George Bush, Nicolas Sarkozy, Jiang Zemin, Vladimir Poutine, José Luis Rodríguez Zapatero, Silvio Berlusconi, Gordon Brown et sans doute de nombreux autres n’ont pas de page officielle et se sont fait voler leur place par de petits plaisantins.

Affiche du film Dona BarbaraDoña Bárbara, le roman de l’écrivain vénézuélien Rómulo Gallegos dont je parlais dans mon billet précédent, a été porté au grand écran dès 1943. C’est Rómulo Gallegos lui-même qui en a signé le scénario. La mise en scène a été confiée au réalisateur Fernando de Fuentes, un pionnier du cinéma mexicain.

Quant au rôle de Doña Bárbara, il a été assigné à María Félix, dans des circonstances assez abracadabrantes. Une actrice avait déjà été choisie par les producteurs lorsque María se présenta à un dîner auquel était invitée toute l’équipe du film. À peine vit-il María que Rómulo Gallegos se leva et s’écria : « C’est elle la Doña Bárbara de mon roman ! ». María Félix emporta le rôle.

Le film remporta un gigantesque succès et marqua la carrière de María Félix, à tel point que dorénavant on la surnomma la Doña.

Orgueil à toute épreuve

Pour le rôle, María Félix avait contre elle son jeune âge : dans le film, elle devait être la mère de Marisela, une jeune fille d’une vingtaine d’années. Mais qu’importe : elle avait effectivement tout ce qu’il fallait pour interpréter le rôle de Doña Bárbara, en particulier un orgueil et une sûreté de soi à toute épreuve! Si vous en doutez, regardez cet extrait d’un programme télévisé dans lequel elle raconte les circonstances du tournage de Doña Bárbara, le troisième film de sa carrière. (La conversation est en espagnol, mais la psychologie de la personne transpire rien que par l’image!).

Le film est devenu un classique du cinéma latino-américain. Il passe encore régulièrement sur les écrans de télévision. Mais il semble ne plus être disponible en DVD, s’il l’a jamais été. Il ne se trouve pas non plus en intégralité sur Internet. Je l’ai cependant déniché, découpé en séquences de quelques minutes chacune, sur l’inévitable Youtube. Alors, si vous voulez savoir à quoi ressemble un film mexicain des années 1940, je vous propose de le visionner ci-dessous. Ceux et celles qui ne pratiquent pas l’espagnol se contenteront d’en voir quelques scènes. Si vous connaissez l’espagnol, vous pourriez être capturé, malgré les longueurs propres au cinéma de l’époque, par ce drame exemplaire qui se déroule dans les llanos du Venezuela.

Doña Bárbara au cinéma

Doña Bárbara au cinéma (María Félix)

Un spectre hante le Venezuela : celui de Doña Bárbara. Le personnage est une création de Rómulo Gallegos (1884-1969), écrivain et homme politique qui marqua son époque (il fut président de la république de février à novembre 1948, lorsqu’il fut renversé par un coup d’état militaire).

Rómulo Gallegos publia son roman intitulé Doña Bárbara en 1929. Il le retravaillera en 1930, pour en donner la version définitive en 1954. Dans cette œuvre que l’on pourrait qualifier de tellurique, les personnages abondent, mais c’est la terre, en l’occurrence les llanos vénézuéliens, qui en constitue le protagoniste principal. Les grandes plaines vénézuéliennes sont en effet le théâtre d’une lutte sans merci entre la civilisation et la barbarie, une lutte à la grandeur du continent. En cela, le roman dépasse le simple régionalisme et atteint une dimension latino-américaine, voire universelle.

La lutte oppose symboliquement Doña Bárbara, une femme violente, capricieuse et tyrannique, incarnation des forces primitives qui dominaient (dominent encore?) l’Amérique latine, à son antithèse Santos Luzardo, un jeune avocat venu de la ville, qui symbolise la raison et la justice. Quant à la synthèse, elle est donnée par Marisela, fille de Doña Bárbara, qui, à travers son amour pour Santos Luzardo, représente l’espoir, le progrès et l’avenir.

Dévoreuse d’hommes

Rómulo Gallegos

Rómulo Gallegos

Tout cela pourrait paraître didactique, mais fort heureusement Rómulo Gallegos fond le récit dans la culture profonde des Llanos, qu’il décrit de main de maître (sans pour autant tomber dans le pur réalisme ou naturalisme). Il évite ainsi le piège du roman à thèse, même s’il s’inscrit résolument dans le courant positiviste et progressiste, dans un combat contre tous les caudillismes qui affligèrent longtemps –et continuent d’affliger– l’Amérique latine. Tel est également le sens de son engagement politique au cours des années 1930 et 1940.

Le personnage qui donne son nom au titre du roman, Doña Bárbara, est l’archétype même de la femme dévoreuse d’hommes. Derrière cette image de sauvagerie et de terreur, qui la fait craindre de tous, il y a une terrible histoire d’abandon : son père a voulu la vendre à un marchand lépreux et, jeune encore, elle a été violée par un groupe de malfaiteurs, qui ont tué son amoureux. Réfugiée dans la forêt, elle se transforme en rebelle sauvage et superstitieuse, qui déteste les hommes et arrive à ses fins par tous les moyens, y compris illégaux. Elle acquiert ainsi une auréole de sorcière aux pouvoirs diaboliques, qui s’impose par la terreur. Il en est ainsi jusqu’à l’arrivée de Santos Luzardo, dont l’action « civilisatrice » vient remettre en cause le terrible statu quo régnant dans la région.

Machisme lourd

Eh bien, figurez-vous que de nos jours, cette Doña Bárbara, personnage emblématique s’il en est, continue à perturber le sommeil du mâle vénézuélien. Preuve en est que ce dernier voit volontiers dans la femme une fiera (bête sauvage) ou une cuaima (serpent vénimeux), pour reprendre des qualificatifs encore fréquemment employés. Il est un fait que la sauvagerie, voire la barbarie, ne se trouvent jamais loin de la surface dans le Venezuela contemporain. Le substrat que nous décrit brillamment Rómulo Gallegos dans son roman est toujours là. Il suffit en effet de gratter quelque peu pour qu’affleurent la violence et la brutalité, comme dans le roman.

Le machisme, en particulier, est et reste une composante importante du mâle vénézuélien. Et je ne parle pas ici des petites manifestations sexistes qui existent dans toutes les sociétés, mais du machisme lourd : la bigamie socialement acceptée, la violence conjugale, le dédain total de la femme… Or, il apparaît que l’antithèse de ce machisme-là est précisément cette femme dévoreuse de mâles que symbolise Doña Bárbara : une femme profondément déçue par les hommes, qui n’a d’autre solution que de se replier sur elle-même et sur ses enfants (car elle en a généralement beaucoup, machisme oblige!) et qui n’hésite pas à s’imposer, si besoin est, avec les moyens dont elle dispose, quels qu’ils soient, jusqu’à la haine et la violence.

Même si ces derniers temps l’urbanité a quelque peu adouci les angles, des Doña Bárbara, on en rencontre toujours à foison dans les villes et villages du Venezuela. Autrement dit : les Santos Luzardo (car il y en a aussi) sont loin d’avoir terminé leur croisade « civilisatrice ».

Tout espoir n’est cependant pas perdu : il existe encore des milliers de Marisela!

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Michel Collon - Les 7 péchés d'Hugo ChavezLe journaliste belge Michel Collon vient de publier un nouvel ouvrage intitulé Les 7 péchés d’Hugo Chávez. Il n’en est pas à ses premières armes en la matière puisqu’il est un observateur zélé de la politique d’Hugo Chávez depuis l’arrivée de ce dernier au pouvoir. Avec la réalisatrice Vanessa Stojilkovic, il a notamment produit un documentaire intitulé Bruxelles-Caracas.

En tant que journaliste et essayiste, Michel Collon s’est aussi intéressé à la guerre du Golfe, à la guerre de Yougoslavie, à la Palestine, aux méfaits de l’impérialisme bushien. Analyste de la guerre médiatique, il s’est attelé tout particulièrement à dévoiler ce qu’il appelle les médiamensonges : la marée noire créée par Saddam Hussein (TF1); l’antisémitisme de Chávez (Libération); les soldats chinois déguisés en moines tibétains, sans parler des fameuses armes de destruction massive.

Mais revenons aux 7 péchés d’Hugo Chávez. Avec un titre pareil, je ne résiste pas au plaisir de vous communiquer la liste des sept péchés en question :

  • Premier péché : il leur apprend à lire
  • Deuxième péché : chacun a droit à la santé
  • Troisième péché : chacun peut manger à sa faim
  • Quatrième péché : il change les règles entre les riches et les pauvres
  • Cinquième péché : la démocratie, c’est plus qu’un bulletin de vote
  • Sixième péché : il ne se soumet pas au pouvoir des médias
  • Septième péché : l’homme qui tient tête aux États-Unis

Ouh, que voilà sept péchés capitaux (j’allais dire : pour le capital)! Si les trois premiers sont classiques, les trois suivants donnent dans le mille. Ce sont sans doute ceux qui gênent le plus, le septième et dernier n’étant que la conclusion quasi inévitable de ce qui précède.

Le péché mortel

Changer les règles : là est le pire péché, le péché mortel. Changer les règles entre les classes sociales avant tout, changer les règles de la démocratie ensuite, changer les règles des relations avec les médias enfin. Michel Collon décrypte tout cela dans son livre. Il pose clairement les questions : l’expérience du Venezuela représente-t-elle une alternative valable ? Face au fossé riches-pauvres, le droit à l’alternative existe-t-il ? Et une alternative est-elle possible ?

Autres interrogations qui parcourent le livre : les multinationales pétrolières sont-elles compatibles avec l’avenir de l’humanité ? Le Venezuela pourra-t-il créer une nouvelle économie ? La solution Chávez fonctionne-t-elle ? Chávez est-il trop lent et trop conciliant ? la démocratie participative est-elle la solution ? Chávez est-il un populiste ? D’où provient et que vaut notre info sur Chávez ? Est-il possible de réaliser une révolution sociale sans et contre les médias ?

En homme de gauche, Michel Collon ne cache évidemment pas sa sympathie pour le processus politique en cours au Venezuela, ce qui ne l’empêche pas d’être critique et de faire ressortir les faiblesses du chavisme. Son ouvrage est un apport supplémentaire à la discussion sans fin autour du phénomène Chávez.

Et à propos de discussion, en voici une. Elle a eu lieu sur le plateau de l’émission Ce soir ou jamais, sur France 3, le 16 novembre 2008. Michel Collon y défend son point de vue sur le chavisme :

> Acheter en ligne l’ouvrage Les 7 péchés d’Hugo Chávez
Pêcheur à Elorza

Sur fotoLATINA : Pêcheur à Elorza

Dans mon dernier billet, je publiais une photo que j’aimais particulièrement : Trois générations. Pour vous dire la vérité, toute la vérité, rien que la vérité, cette photo est arrivée là un peu par hasard. Je faisais en réalité un essai du service hellotxt qui permet de publier simultanément des informations et des photos sur Facebook, Twitter, WordPress et une foule d’autres sites dits “sociaux”.

L’essai à fonctionné et la photo a été publiée (notamment) sur venezueLATINA, qui est hébergé par WordPress.com. Mais ce blogue n’est pas vraiment (et ne se veut pas) un blogue de photos, même si, je le reconnais, je mets un soin particulier au choix des photos qui illustrent les articles.

Cela dit, la publication de cette photo m’a mis la puce à l’oreille : pourquoi ne pas créer, en parallèle, un vrai blogue de photos sur lequel je reprendrais mes meilleures photographies du Venezuela (et parfois d’ailleurs). Je me suis donc mis à la recherche d’un bon modèle de photoblogue et j’en ai trouvé un sur WordPress.com. Un modèle tout simple, qui fonctionne comme une sorte de galerie, à la différence près qu’il permet de commenter le sujet de la photo, les circonstances dans laquelle elle a été prise, etc. En un mot, donner vie à l’image.

Tonalités dominantes

En plus, le modèle est, d’un point de vue graphique, assez joli, ce qui ne gâche rien. Il place notamment chaque photo dans un cadre de couleur différente, définie automatiquement par les tonalités dominantes de l’image. Pas mal, non?

C’est exactement ce dont j’avais besoin. Une petite configuration et fotoLATINA était né. Ce nouveau site vient s’ajouter à la famille LATINA qui comprend déjà venezueLATINA (le présent blogue), boutiqueLATINA (la boutique en ligne de livres, CD et DVD sur l’Amérique latine) et rezoLATINO (le réseau des blogues francophones sur l’Amérique latine).

Je commence à me demander comment je vais trouver le temps de gérer tout cela… Mais c’est promis, venezueLATINA continuera au rythme moyen d’un article par semaine. Quant au blogue fotoLATINA, comme il nécessite moins de recherches, il devrait s’enrichir de plusieurs nouvelles photos par semaine. Le rythme en sera cependant irrégulier, car il sera ponctué par mes nombreux déplacements hors zone Internet (oui, il existe encore des endroits libres de Facebook, Dieu soit loué!).

Rendez-vous donc sur fotoLATINA pour y découvrir le Venezuela d’une autre manière : sous les milliers d’angles que procure la photo.

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