Archive pour janvier, 2010


Correo del Orinoco

Le premier numéro du "Correo del Orinoco" (27 juin 1818)

Tout régime politique a besoin de symboles forts : Marianne en France, le Mayflower au États-Unis, Guillaume Tell en Suisse, et j’en passe. Dans la République bolivarienne du Venezuela de Hugo Chávez,  on va nécessairement les trouver du côté de Simón Bolívar, héros de l’indépendance du pays et libertador de plusieurs républiques d’Amérique latine.

Tout ce qui touche à Bolívar a donc une valeur spéciale dans le pays. Aussi n’est-il pas étonnant que lorsqu’il s’est agi de trouver un titre pour le nouveau quotidien « officiel » appelé à être le porte-parole du gouvernement, on ait choisi celui de Correo del Orinoco [Courrier de l'Orénoque], celui-même d’une publication qui a joué un rôle fondateur dans l’histoire du Venezuela.

En effet, le Correo del Orinoco fut fondé par Simón Bolívar à la suite de ses succès dans la campagne de Guyane, épisode important de la guerre d’indépendance. « Envoyez-moi d’une façon ou d’une autre une imprimerie, qui sera aussi utile que les munitions » écrivait-il en septembre 1817 à Fernando Peñalver, qui se trouvait à Trinidad pour, précisément, assurer la fourniture d’armes aux patriotes. L’objectif de Bolívar était de mettre su pied une publication qui contrerait l’influence de la royaliste Gaceta de Caracas. Un mois plus tard, en octobre 1817, arrivait à Angostura –l’actuelle Ciudad Bolívar– à bord de la goélette María, un petit atelier typographique en provenance de la Jamaïque.

Périodicité hebdomadaire

C’est donc à Angostura, capitale de la province de Guyane, qu’est publié, le 27 juin 1818, le premier numéro du Correo del Orinoco. Il comprend quatre pages et est imprimé sur une machine mue par la force des bras.  Son premier article est un bulletin de l’état-major de l’armée de libération, signé par Francisco de Paula Santander, futur opposant politique de Simón Bolívar. Le premier directeur de la publication est Francisco Antonio Zea.

Le Correo del Orinoco avait une périodicité hebdomadaire et paraissait tous les samedis. Au total, 133 numéros ont été publiés jusqu’en 1822, dont cinq extraordinaires, à l’occasion d’importantes victoires militaires, comme celles de Boyacá et Carabobo. Le périodique des patriotes a publié un grand nombre de décrets, de lois, de bulletins militaires, de lettres et de proclamations. Parmi celles-ci, le célèbre discours d’Angostura, prononcé par Simón Bolívar devant le Congrès en février 1819. Il publiait aussi des avis sur l’entrée et la sortie des navires, des anecdotes diverses et même des poèmes. D’une manière générale, il informait sur les succès militaires et politiques de la construction de la République de Colombie, ou Grande Colombie.

Très tôt, le Le Correo del Orinoco s’internationalise. Le 8 août 1818 est publiée une première édition bilingue, comprenant notamment un article sur la route de navigation sur l’Orénoque, destiné à faciliter l’arrivée à Angostura de navires étrangers alliés. La publication a également repris des articles de la presse étrangère en français et en anglais. Son dernier numéro fut publié le 23 mars 1822.

Le nouveau Correo del Orinoco

Premier numéro du nouveau « Correo del Orinoco »

L’artillerie de la pensée

187 ans plus tard, le Correo del Orinoco renaît de ses cendres, sous l’impulsion d’un certain Hugo Chávez. Le 30 août 2009, il revient dans les kiosques du Venezuela dans sa nouvelle formule : un quotidien de format tabloïde et d’une vingtaine de pages, dont le sous-titre évoque les « munitions » dont parlait Simón Bolívar dans sa lettre à Peñalver : La artillería del pensamiento [L'artillerie de la pensée]. Son contenu est évidemment proche de la ligne gouvernementale (il publie notamment Las líneas de Chávez). Toutefois,  comme tout quotidien qui se respecte, il comprend aussi des sections sportives et culturelles moins politisées. Grâce aux subsides dont il bénéficie, son prix est trois fois moindre que celui de ses concurrents : il se pose ainsi en journal populaire.

L’objectif du nouveau Correo del Orinoco est clair : faire front à la guerre médiatique que pratiquent assidument les grands quotidiens privés du pays, El Nacional et El Universal en tête, secondés par les agences de presse internationales et la plus grande partie de la presse étrangère. Tâche particulièrement difficile et ingrate, qui s’avère être une bataille de David contre Goliath.

Qu’à cela ne tienne : comme celui de Simón Bolívar, le Correo del Orinoco de Chávez a senti la nécessité de s’internationaliser. À partir du 4 février prochain sortira chaque vendredi une édition hebdomadaire en langue anglaise, sous la direction de l’avocate et activiste bien connue Eva Golinger. Un numéro 0 est déjà paru comme encarté dans le journal en langue espagnole du 22 janvier 2009. Sont projetées des versions en langue portugaise, en créole et même en wayuunaiki (la langue de la communauté indienne wayuu, qui comprend quelque 500.000 personnes vivant entre la Colombie et le Venezuela).

Le Correo del Orinoco n’est sans doute pas le meilleur journal du monde. Mais toute personne intéressée par le Venezuela contemporain devrait le consulter. On y trouve des informations qu’on ne trouve nulle part ailleurs et on y reçoit un point de vue qui n’est pas celui des médias dominants. Le tout enrobé dans une présentation pratique et agréable.

Même les opposants politiques, oserais-je dire, auraient tout intérêt à le lire régulièrement. Forts du point de vue opposé au leur, ils pourront peut-être ainsi développer un discours politique plus consistant et plus intelligent contre le personnage qui les empêche de dormir…

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> Télécharger le Correo del Orinoco, édition du 22-01-2009 (en espagnol)
> Télécharger le Correo del Orinoco international, numéro 0 du 22-01-2009 (en anglais)
Îlot dans la réserve d’eau artificielle de Guri (Venezuela)

Îlot dans la réserve d’eau artificielle de Guri (photo : Yann Arthus-Bertrand)

Une sécheresse exceptionnelle frappe le nord de l’Amérique latine. Le phénomène du Niño a provoqué un important déficit de précipitations durant la saison des pluies (moins 40 à 70 % en octobre et novembre). Résultat : les réservoirs hydroélectriques sont largement en-dessous de leur seuil normal à cette époque de l’année.

Le problème se complique lorsque l’on sait qu’au Venezuela, 90 % de l’électricité produite est d’origine hydroélectrique et que le barrage du Guri, le troisième plus grand du monde, produit à lui seul 73 % de l’électricité du pays. Or, le niveau d’eau du réservoir est arrivé au début de cette année à son niveau critique et, faute de pluies, il continue à baisser de 8 à 10 centimètres par jour. La situation n’est guère meilleure dans les Andes, comme le montrent les photos suivantes, prises au réservoir La Honda sur l’Uribante (où le clocher de l’église du village submergé de Potosí sert de mesure) :

Guerre déclarée

Dans un pays « normal », le gouvernement appellerait la population à faire des économies d’énergie et prendrait les mesures de contingence nécessaires pour faire face à la situation. Ainsi, dans la Colombie voisine, qui souffre de la même sécheresse, c’est ce que le gouvernement a fait, sans provoquer, que l’on sache, de réactions particulières.

Au Venezuela, par contre, c’est la bataille de l’eau. Et pour cause : ici, tout est politisé à outrance. Le gouvernement tente-t-il de gérer la situation et annonce-t-il des mesures de rationnement ? Ce sont aussitôt les hauts cris de l’opposition que l’on entend, rapidement relayés par la presse internationale : le pays courrait au désastre.

Une guerre –une de plus– est ainsi déclarée. En effet, l’opposition voit dans cette crise énergétique un possible talon d’Achille pour Hugo Chávez. C’est qu’une crise profonde tomberait à point nommé en cette année électorale qui sera un test politique important pour le président, après plus de onze ans de pouvoir.

Dans ce contexte sibyllin, l’opposition ne craint pas de jouer au désastre. Adeptes du pire, nombreux sont ceux qui, au lieu de réduire leur consommation d’électricité, sont capables de l’augmenter, dans l’espoir de précipiter l’échéance d’une crise énergétique plus générale. Dans les couloirs, les rumeurs les plus folles et les plus absurdes circulent : certains vont jusqu’à affirmer avec sérieux que l’eau du Guri est envoyée à… Cuba par un aqueduc sous-marin ! Bref, on fait tout pour maintenir un degré élevé de pression sur le gouvernement et pour créer le doute parmi la population. Un outil de plus dans un processus permanent de déstabilisation rampante.

Imprévision

Que depuis dix ans, le gouvernement ait fait preuve d’imprévision en matière énergétique n’est un secret pour personne. Qu’il y ait de graves problèmes de gestion des entreprises publiques, pour ne pas dire diverses formes de corruption, personne ne le nie. Hugo Chávez lui-même l’a reconnu dans son récent discours devant l’Assemblée nationale.

Mais la cause principale de la situation critique dans laquelle se trouve le pays se trouve ailleurs : le gouvernement a été littéralement piégé par ses propres politiques sociales en faveur des couches les plus défavorisées. Sur ce point, les chiffres parlent d’eux-mêmes.

De 1999 à 2008, la consommation d’énergie a augmenté au Venezuela à un taux de 4,5 % par an. Si l’on analyse d’où provient cette croissance de consommation, on constate que ce n’est pas du secteur industriel, dont la consommation d’énergie a augmenté seulement de 1,5 % par an sur cette période. Par contre, au cours des cinq dernières années, le secteur résidentiel a vu sa consommation d’électricité augmenter à un taux de 7,1 % par an et le secteur commercial à un taux de 7,8 %.

Augmentation de la demande

Si l’on va un peu plus loin dans l’analyse, on s’aperçoit que c’est dans les secteurs les plus défavorisés de la population que le taux de croissance de la consommation est le plus élevé. Ceci s’explique parfaitement par la hausse du pouvoir d’achat de cette partie de la population, grâce aux politiques sociales du gouvernement. Cette hausse du pouvoir d’achat s’est manifestée notamment par l’achat et l’utilisation d’appareils électriques auxquels cette partie de la population n’avait pas accès auparavant : appareils d’air conditionné, lessiveuses, sécheuses, sèche-cheveux, grille-pain, cuisinières électriques (en raison de la difficulté d’acheminer les bombonnes de gaz dans les bidonvilles), etc.

Lorsque 50 % de la population consomme plus d’électricité, cela a évidemment un impact important sur la croissance des besoins en énergie du pays. C’est cette augmentation de la demande qui n’a tout simplement pas été prise en compte par le gouvernement, lequel se trouve maintenant pris de court. Le déficit de précipitations induite par le Niño n’a fait qu’aggraver la situation, jusqu’à provoquer la crise que l’on connaît.

La leçon à tirer de tout cela, c’est qu’on n’augmente pas impunément le pouvoir d’achat et la qualité de vie de grandes franges de la populations sans conséquences sur l’économie générale du pays et en particulier sur la consommation énergétique. Un peu de planification n’aurait pas fait de tort, mais reconnaissons que ce n’est pas le fort dans ce pays.

Le grand gaspillage

Cela dit, le Vénézuélien reste un grand gaspilleur, et en particulier un grand gaspilleur d’énergie. Le Venezuela est le pays d’Amérique latine où on enregistre le plus grand volume de consommation électrique per capita. L’inconscience et l’ignorance règnent en ce domaine, et ce dans toutes les classes sociales, sans distinction. Réduire cette folle consommation de 20 %, comme le demande le gouvernement, devrait ne pas être trop difficile s’il existait un minimum de prise de conscience : il suffirait de quelques gestes simples comme utiliser l’air conditionné à bon escient, éteindre les lumières inutiles, limiter au nécessaire le repassage des vêtements, etc.

Hugo Chávez veut créer un Vénézuélien nouveau. Et si on commençait par ce changement-là, histoire de montrer que le fameux discours de Copenhague n’est pas qu’un vœu pieux ?

Pour le retour de la chaîne TV5 Monde dans la programmation de DirecTV en Amérique latine

Coup dur pour les francophones et francophiles du Venezuela et d’Amérique latine : le 1er janvier 2010, DirecTV, le plus important service de télévision par satellite dans plusieurs pays d’Amérique latine, a retiré la chaîne francophone TV5 Monde de sa programmation, sans la moindre justification ni avis préalable.

Pour les francophones qui résident en Amérique latine, TV5 représente un lien important avec leur pays et leur culture d’origine. Pouvoir, sur une même chaîne, regarder les journaux télévisés de France, de Belgique, du Canada et de Suisse représente un réel privilège. Sans compter les autres émissions d’information, les films, les séries, les variétés, les jeux.. Au total, une programmation tous publics plutôt intelligente.

Pour les Latino-américains francophiles (ils sont encore nombreux, quoiqu’on dise), TV5 est une fenêtre importante sur la culture qu’ils apprécient et qu’ils défendent. Et pour tous ceux qui apprennent le français en Amérique latine, c’est une possibilité d’apprentissage et de perfectionnement.

Ce large public –même s’il est moins large que les fans de CNN ou de Disney TV– a le droit de bénéficier d’au moins une chaîne en langue française parmi les dizaines de chaînes diffusées par DirecTV, qui comprennent une ou plusieurs chaînes en anglais, en portugais, en allemand, en arabe, en chinois, notamment.

Réagir

Il n’y a plus, maintenant, de chaîne en langue française sur DirecTV en Amérique latine. J’ai donc décidé de réagir.

J’ai d’abord créé un groupe dans Facebook : Pour le retour de TV5 dans la programmation de DirecTV en Amérique latine, histoire de nous informer mutuellement sur la situation dans les différents pays concernés. Pour l’instant, on sait que l’Argentine, l’Uruguay et le Venezuela sont touchés par la mesure de DirecTV, mais on ne connaît pas la raison officielle de la suppression de TV5, l’entreprise ne donnant aucune explication (du moins ici).

J’ai ensuite créé une pétition en ligne, également intitulée Pour le retour de TV5 dans la programmation de DirecTV en Amérique latine.

Alors, que vous viviez en Amérique latine ou que vous n’y viviez pas, que vous aimiez TV5 ou que vous ne l’aimiez pas, je pense que ça vaut la peine de donner un petit coup de pouce pour défendre la présence francophone dans le continent latino-américain. Je vous invite donc à vous faire membre du groupe Facebook (si vous utilisez Facebook) et à signer la pétition en ligne :

Pour le retour de TV5 Monde sur DirecTV en Amérique latine

Les francophones et francophiles de par ici vous en seront reconnaissants.

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>> Lire  le communiqué de TV5 Monde : Suppression de TV5MONDE de l’offre DIRECTV (en français)
>> Leer el comunicado de TV5 Monde : Supresión de TV5MONDE en DIRECTV (en español)

Orinoco sur Divergence FMIl existe en France un fou de musique vénézuélienne. Il s’appelle Gilles Bègue et il anime une émission sur Divergence FM, une radio libre de Montpellier. Pas n’importe quelle émission, puisqu’elle est consacrée exclusivement à la musique vénézuélienne. Il s’agit sans doute d’un cas unique en France. Orinoco –c’est le titre de l’émission en question– est diffusée tous les premiers jeudis du mois à 20 heures –heure française–, soit à 14h30 –heure vénézuélienne–. Elle est ensuite reprise le dimanche suivant aux mêmes heures.

tambours vénézuéliensCe jeudi 7 janvier, l’émission porte sur le tambour du Barlovento et sur le calypso vénézuélien. Pour la présenter, laissons la parole à Gilles Bègue, passionné et grand connaisseur de toutes les musiques vénézuéliennes, depuis les musiques populaires jusqu’au jazz, en passant par la musique académique :

Voyage à Barlovento, berceau du tambour afro-vénézuélien, au travers d’une rencontre avec Carlos Longa, professeur de percussion dans le village de Curiepe, avec qui nous découvrirons le son et les rythmes du tambour vénézuélien à l’état brut, sans artifice ni compromis.

Barlovento, sur la côte centrale du Venezuela , à 3 heures de Caracas, est bordée par une grande baie allongée. C’est un des rares endroits du pays où les vents les alizés, venant de la mer et chargés d’humidité, soufflent perpendiculairement à la côte. D’où ce nom de Barlovento (sous le vent). Les colons espagnols n’ont pas mis longtemps à s’apercevoir de la fertilité des terres et de l’excellente disposition du climat pour une culture intensive du cacao. Ils firent venir des esclaves d’Afrique pour travailler la terre. Après l’abolition de l’esclavage, les travailleurs noirs sont restés dans les plantations, continuant à les travailler. C’est vrai qu’ils n’avaient guère le choix. Barlovento est resté isolé jusqu’en 1920, date à laquelle fut construite la première route en provenance de Caracas. La population, en très grande majorité noire, conserva de fait pendant plusieurs siècles ses danses et ses coutumes .

La seconde partie de l’émission nous conduira à la découverte d’un genre musical encore inabordé en cinq années d’émission : Le « calipso de El Callao ». Musique tirant davantage ses origines de Trinidad et Tobago, elle est souvent chantée dans un idiome propre à cette région du sud de l’état de Bolívar, un patois ou papiamiento mélangé à de l’anglais, du néerlandais et de l’espagnol. Cette musique est très appréciée lors du carnaval. Le rhum et la danse font vite oublier que ce dialecte n’est pas compris par la plupart des vénézuéliens.

Diversité des thèmes

Pour vous donner une idée de la diversité des thèmes présentés dans Orinoco –ainsi que de la diversité des musiques du Venezuela–, voici une liste de sujets traités récemment par Gilles Bègue (cliquez pour écouter le podcast) :

Si vous ratez l’émission en direct sur Divergence-FM, vous pouvez l’écouter en podcast sur le blog musical d’Orinoco à l’adresse http://orinoco-divergence.musicblog.fr/. Les anciennes émissions y figurent aussi.

Gilles Bègue nous en offre donc plein les oreilles ! On l’en remercie !

Karolina Kurkova en petite culotte jaune

Pas vénézuélienne pour un sou, mais en petite culotte jaune !

Les douze coups du premier jour de l’an viennent de sonner ! Je mets ma main au feu que 80 % des Vénézuéliennes portent en ce moment exact une petite culotte jaune ! Cela porte chance pour l’année nouvelle, assurent-elles. À la condition, toutefois, de s’être fait offrir la culotte en question (et, ajoutent certaines, de la mettre à l’envers). Généralement donc, on se fait le cadeau entre amies, histoire de s’assurer que le précieux objet fera partie de la toilette du 31 décembre.  Et si vous ajoutez un soutien-gorge rouge, l’amour sera plus que certainement au rendez-vous, continuent les plus fondamentalistes. Une très belle affaire pour les commerçants du jour…

Bizarrement, je n’ai pu trouver d’illustration convenable de cette petite culotte jaune chère aux vénézuéliennes. Pas la moindre trace photographique de la chose, comme s’il s’agissait d’une manifestation tenant du domaine le plus privé. À l’heure où tout le monde s’affiche joyeusement sur Facebook, cela est d’autant plus étonnant. J’ai donc dû me résigner à illustrer ce billet avec la photo d’une non-vénézuélienne, la jolie Karolina Kurkova –qui, faut-il le dire, ne dépare en rien l’esthétique de la page !

Origine inconnue

Pire encore : j’ai eu beau googler et binger, je n’ai pu trouver l’origine de ce curieux rite de nouvelle année. J’en ai trouvé des traces dans la Colombie voisine, au Mexique et jusqu’au Chili, ce qui semblerait vouloir dire qu’une grande partie de l’Amérique latine pratique cette tradition. Mais d’où vient ce rite de la petite culotte jaune ? Mystère ! Personne ne donne d’explication un tant soi peu rationnelle du phénomène. Et pour cause : c’est qu’on se trouve ici dans le parfait irrationnel. On touche du doigt le réalisme magique qui fait la beauté de ces pays.

Les 12 raisins

Les 12 raisins de minuit

En effet, la petite culotte jaune n’est qu’un échantillon de ces rites païens du passage à l’an nouveau. En voici quelques autres : lorsque les douze coups de minuit résonnent le 1er janvier, ayez dans la main droite un dollar (ou un euro, c’est selon, car the times they are a-changing) pour vous assurer la richesse. Vous voulez voyager ? Sortez de chez vous avec une valise pleine de vêtements. Vous désirez l’abondance dans votre foyer ? Deux possibilités se présentent à vous : placez un épi de blé sur la table ou préparez un potage de lentilles, ou faites les deux, pour plus de sûreté. Vous avez des désirs secrets ? À chacun des douze coups de minuit, avalez un raisin en faisant un vœu (là, il convient d’être vif et de bien préparer ses souhaits). L’origine de ce dernier rite, par contre, semble connue : au cours des années vingt du siècle dernier, des producteurs de raisin catalans en auraient lancé la mode, histoire de se défaire d’un excédent de production…

Panacée

Bref, il existe toute une une panacée de rites et superstitions qui vous assureront un heureux passage à l’an nouveau. Mieux qu’une analyse freudienne, cela explique bien de quoi est fait le subconscient vénézuélien –et latino-américain en général. La magie y joue un rôle essentiel, qui touche à l’existence même : elle permet, d’une part, de se jouer du temps qui passe et, d’autre part, d’affronter en les surpassant les duretés de la vie. Bien utile, vous en conviendrez…

En un mot, on nous dit : vivons magiques, vivons heureux. À vous d’essayer.

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