Archive pour août, 2011


Lingots d'or La nouvelle a fait la une des journaux ces derniers jours : Hugo Chávez a décidé de nationaliser l’exploration et l’extraction d’or au Venezuela et de rapatrier l’or vénézuélien placé à l’étranger. Voilà deux mesures qui ne sont pas passées inaperçues, car l’une et l’autre concernent  l’or, un métal qui apparaît de plus en plus une valeur refuge par les temps de crise qui courent.

La première mesure a surtout pour objectif de contrôler la production nationale d’or. Deux entreprises se partagent le marché officiel : l’une russo-canadienne, Rusoro Mining (qui a détrôné, le gouvernement aidant, la canadienne Cristallex), l’autre cubaine, Geominsal, actuellement en phase d’exploration. Mais ce n’est là que le haut de l’iceberg :  l’essentiel de la production se fait de manière illégale et échappe au contrôle du gouvernement. Plus de 100 tonnes d’or sortiraient annuellement du pays en contrebande. C’est cette fuite que le gouvernement cherche à combattre par la nationalisation. Ce ne sera guère facile étant donné la dispersion des mines illégales dans le vaste territoire de l’état Bolívar et la puissance des réseaux de corruption qui permettent la sortie illégale de l’or. Sans compter l’aspect social : les mineurs sont le plus souvent des aventuriers d’extraction modeste, les fameux garimpeiros, ou même des indigènes de l’ethnie pemon.

Spectaculaire

La seconde mesure est plus spectaculaire : il s’agit de rapatrier dans les coffres de la Banque nationale du Venezuela les centaines de tonnes que le Venezuela a placé à l’étranger. On parle de 211,35 tonnes d’or stockées à l’étranger pour un montant de 11 milliards de dollars, dont 80% se trouvent au Royaume-Uni, principalement dans la Bank of England.

Cette mesure inhabituelle a marqué les esprits, tant au Venezuela qu’à l’étranger. Mais à quoi répond-elle ?

L’argumentaire officiel est le suivant : face à la détérioration de la situation économique mondiale (qui est analysée par Hugo Chávez comme une crise du capitalisme), il vaut mieux avoir ses réserves chez soi que dans des coffres situés à l’étranger, qui plus est dans les capitales de la finance internationale. Il s’agit donc d’une mesure essentiellement nationaliste visant a protéger les avoirs de la nation face au risque d’effondrement économique mondial.

Mais la vraie raison semble se trouver ailleurs : il s’agirait d’une mesure préventive visant à éviter un gel éventuel des avoirs vénézuéliens à l’étranger. Sur ce point, les évènements de Libye ont servi d’avertissement on ne peut plus clair : avec l’assentiment de l’ONU, les puissances occidentales ont pu sans difficulté geler l’ensemble des avoirs de la Libye de Kaddhafi placés dans leurs banques. Circonstance aggravante : à peine Tripoli a-t-elle été prise par les rebelles, ces avoir ont été en partie libérés pour être remis au Conseil national de transition. Hugo Chávez n’a eu aucune peine à faire le parallèle : son pouvoir se trouvant depuis belle lurette dans le collimateur des États-Unis, qui sait si, dans des circonstances données (et provoquées), les puissances occidentales ne pourraient pas reproduire un scénario identique pour le Venezuela, un pays d’autant plus attractif qu’il possède les plus grandes réserves de pétrole du monde ?

Scénario possible

Droit d'ingérence ou impérialisme humanitaire ?

Droit d'ingérence ou impérialisme humanitaire ?

Pour Hugo Chávez, un tel scénario est loin d’être exclu alors qu’il se produit depuis la fin de la guerre froide un délitement du droit international en faveur des interventions dites  « humanitaires », Celles-ci sont maintenant justifiées par un droit d’ingérence fondé sur la récente reconnaissance du « devoir des États de protéger les populations civiles ». Ces nouveaux concepts de droit international étant à géométrie variable, ils sont susceptibles d’être appliqués selon les intérêts des grandes puissances représentées au Conseil de sécurité. Loin d’être fixés, ils permettent pratiquement tout et n’importe quoi, y compris de donner un appui militaire à une faction rebelle contre un dirigeant qui dérange, ainsi qu’on l’a vu en Libye. Aussi certains vont-ils  jusqu’à parler d’« impérialisme humanitaire ».

Face à ce danger qui pèse sur le pays, le rapatriement de l’or est donc essentiellement une mesure préventive pour le gouvernement Chávez, comme l’est également la récente décision de transférer les réserves internationales du Venezuela (quelque 6,2 milliards de dollars en liquide ou en bons échangeables conservés dans des établissements bancaires suisse, britannique, français et américains) vers des institutions de pays «amis» comme la Chine, la Russie ou le Brésil.

Ces paris économiques sont sans doute risqués. Il rompent avec l’orthodoxie financière internationale qui veut que les grandes places financières du capitalisme mondial sont les places les plus sûres. Mais il pourraient aussi être visionnaires et préfigurer un monde où la Chine sera dominante et les États-Unis un de ses clients parmi d’autres…

Augmentin

La version GlaxoSmithKline

Amoxicilina

La version générique

Un peu de vécu, cette semaine, pour changer de la tonique générale de ce blog.

J’ai eu il y a quelques jours une méchante douleur du côté de l’amygdale droite. Le mal se prolongeant, j’ai dû accourir chez le médecin –dans une clinique privée, en l’occurrence, espérant ainsi être plus vite servi (un espoir qui ne s’est qu’à moitié concrétisé, cependant…).

Diagnostic : pharyngite granuleuse. Prescription :  Augmentin 875 mg et Voltaren 50 mg. Honoraires : 390 Bs. (soit 90 $ au taux de change officiel, 46 $ au taux de change parallèle, ce qui n’est pas vraiment donné).

En prime, le médecin me propose d’appliquer le Voltaren par voie intraveineuse, pour des effets plus rapides. Étant à moitié dans les vapes à cause de la fièvre, je suis sur le point d’accepter. Heureusement, l’infirmière intervient et demande si une assurance va rembourser. Quand je lui dis que non, sa grimace me fait comprendre que ça n’allait pas être bon marché. Ma chère épouse, qui m’accompagnait, a aussi compris : « Non docteur, on prendra le Voltaren en comprimés. »

«Vous ne vous trompez pas ?»

Nous courons à la pharmacie pour acheter les médicaments prescrits. L’Augmentin 875 mg coûte 350 Bs. la boîte de dix pastilles. J’ai besoin de deux boîtes. Ma chère épouse, encore elle, demande s’il n’existe pas un médicament générique correspondant. « Si, mais on ne l’a pas en 875 mg, seulement en 500 mg. Au lieu de prendre une pastille toutes les 12 heures, vous en prenez une toutes les 8 heures. » « Ah bon, et combien ça coûte ? » « 5,5 Bs. la boîte » «5 Bs.???!!, vous ne vous trompez pas ? » «Non, c’est un produit dont le prix est réglementé ».

Résultat : j’en achète trois boîtes pour 16,5 Bs. (moins de 4 $ au taux de change officiel, 2 $ au taux de change parallèle). L’Augmentin m’aurait coûté 700 Bs. (162 $ au taux de change officiel, 82 $ au taux de change parallèle), soit 40 fois plus cher ! Idem pour le Voltaren : j’en achète la version générique à un prix nettement moindre.

Sur ces différences de prix, j’avoue ne pas comprendre : on a peine à imaginer qu’un laboratoire perde de l’argent en vendant un produit, même réglementé. Cela signifie que l’autre labo se sucre vraiment beaucoup sur le dos du consommateur –qui plus est pour un produit se trouvant déjà dans le domaine public. C’est payer énormément pour un simple signe © apposé à la marque Augmentin ou Voltaren.

Dindon de la farce

Quant au médecin, inutile de lui demander s’il existe un produit générique, il ne vous répondra pas. Dans mon cas, il a même poussé le vice jusqu’à prescrire le médicament en 875 mg, sachant sans doute très bien que seul le prix du 500 mg est réglementé. C’est qu’il reçoit quelques menus avantages en prescrivant des produits de grands laboratoires : par exemple, un voyage annuel à Margarita ou à Miami, ou un quelconque autre cadeau de luxe (ou faux luxe !).

La conclusion de tout cela : avec la médecine privée vénézuélienne, si vous ne voulez pas être le dindon de la farce, c’est à vous de vous informer et de vous débrouiller au petit bonheur la chance dans le dédale des produits pharmaceutiques. Pas facile lorsqu’on est dans la situation de faiblesse que provoque la maladie. Mieux vaut donc avoir un bon ami pharmacien pour vous orienter en ces moments difficiles.

Dans le contexte social

Mettez maintenant cela dans le contexte social du pays, où seule une partie infime de la population a accès aux assurances : pour une simple pharyngite comme la mienne, le coût de la consultation médicale et de la prescription équivalaient au trois-quarts du salaire minimum ! Étonnez-vous après cela que le gouvernement tente de mettre sur pied, avec plus ou moins de réussite, un réseau de médecine populaire comme l’est la mission Barrio Adentro. Étonnez-vous qu’il menace volontiers de nationaliser la médecine, accusant les médecins de ne pas accepter son intégration à sa politique sociale. Étonnez-vous qu’il prenne à l’occasion des mesures coercitives contre l’Ordre des médecins, par exemple en lui retirant le monopole des certificats médicaux, lesquels sont obligatoires pour tout conducteur de véhicule. Étonnez-vous encore que le gouvernement réglemente les prix des médicaments les plus fréquemment utilisés –ce qui ne lui fait pas que des amis auprès des puissantes compagnies pharmaceutiques.

Étonnez-vous enfin que les médecins n’aient pas vraiment la cote auprès de la population vénézuélienne. Et pour cause : sauf de rares exceptions, ce qui les motive, ce ne sont pas tant les beaux principes du serment d’Hippocrate. Ce qui les motive, c’est tout simplement l’appât du gain.

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