Archive pour octobre, 2011


Vénézuéliens en TGV

TGV

On a beau dire que c’est la crise au Venezuela, que le contrôle des changes instauré par le méchant Chávez limite les voyages des Vénézuéliens à l’étranger, que plus rien n’est comme avant,…  les Vénézuéliens en question continuent à voyager allègrement, comme si de rien n’était.

Il ne s’agit pas bien sûr de tous les Vénézuéliens, mais précisément de ceux qui se plaignent le plus : la dénommée classe moyenne. En effet, la plus grosse partie de la population (80 % environ) n’a tout simplement pas les moyens de voyager à l’étranger (et ne s’en plaint pas outre mesure). Mais la classe moyenne, elle, ne se satisfait pas des 3500 dollars par an et par personne, au taux officiel, qui sont autorisés par le contrôle des changes pour voyager à l’étranger, hors billet d’avion. Cela semblerait vouloir dire qu’annuellement, elle a besoin de plus que cela, la pauvre,  pour voyager. De quoi faire pâlir les familles européennes moyennes, dont la plupart dépensent bien moins que cette somme pour leurs vacances annuelles.

Partout

Touristes vénézuéliens à Venise

Touristes vénézuéliens à Venise

Ces Vénézuéliens voyageurs, on les trouve partout : dans les aéroports, bien entendu (Miami et Panama en tête, commerce et consommation obligent), mais aussi dans les grands lieux touristiques de la planète : sur les Champs-Elysées en train de fouiner parmi les parfums de Séphora, déambulant sur la 5e avenue de Manhattan, perdus dans les ruelles de Florence, se baladant au parc Guell de Barcelone, ou encore en croisière sur le Nil, pour ne parler que des quelques endroits ou j’en ai personnellement rencontrés lors de mes pérégrinations de ces dernières années (car je voyage, moi aussi…).

Le Vénézuélien en goguette est dépensier et gros consommateur : non seulement il s’offrira les meilleurs hôtels et s’achètera la toute dernière technologie, mais encore il cherchera à faire en catimini son petit négoce, achetant par exemple, qui des parfums ou des vêtements, qui des Blackberry ou des iPod, afin de les revendre avec un généreux bénéfice une fois revenu au Venezuela. D’où le succès ininterrompu, pour les Vénézuéliens, de Miami et Panama, places fortes du commerce latino.

À ce compte-là,  il n’est pas étonnant que les 3500 dollars ne suffisent pas et que, en conséquence, Chávez apparaisse comme un tyran les empêchant de faire du négoce, ou plutôt du marché noir.

Bruyant

Le Vénézuélien en voyage n’est pas très discret.  Souvent bruyant, il passe rarement inaperçu, d’autant plus qu’il privilégie le voyage en groupe, familial ou non.

Atmosphère feutrée ?

Petit exemple vécu : je voyageais récemment dans le TGV reliant Bruxelles à Paris, en première classe. La voiture était pleine de ces hommes d’affaires qui ne lèvent pas une seconde la tête de leur ordinateur durant le voyage ou négocient à voix basse par téléphone. L’atmosphère aurait dû être feutrée, comme d’habitude… Mais non :  au centre de la voiture, sur les sièges qui se font face, quatre personnes conversaient et s’animaient, ne craignant pas d’élever la voix ou d’éclater de rire. Leur accent ne laissait aucun doute (pour moi tout au moins) : c’étaient des Caraqueños (des habitants de Caracas) : trois femmes et un homme qui avaient tout de cette classe moyenne dont je parlais plus haut : une attitude insouciante, inconsciente, hautaine, irrespectueuse.

Le plus triste est à venir : de quoi ont-ils parlé durant ce trajet de plus d’une heure ? Exclusivement de crèmes hydratantes ! De celles qu’ils avaient achetées, de celles qu’ils voulaient acheter, de celles à ne pas acheter, du meilleur endroit où les acheter…

J’avais là devant moi, le temps d’un trajet en train, la caricature parfaite du touriste vénézuélien.

Pour tout dire, cela me provoquait de la gêne aux entournures.

Hugo Chávez à son retour d'un contrôle médical à Cuba

Hugo Chávez à son retour d'un contrôle médical à Cuba

Retour de vacances. Replongée dans le Venezuela du 21e siècle. L’an dernier, à cette même date, j’avais pu vous parler des nouvelles que vous aviez manquées durant mon absence :  une nouvelle Miss Univers vénézuélienne, une nouvelle loi sur l’éducation, Hugo Chávez au festival de Venise, les nouvelles mamours de Hugo Chávez et du roi Juan Carlos, et j’en passe…

Cette année, rien. Il ne s’est rien passé. Ou plutôt il ne s’est passé qu’une chose : on glose et on glose et on glose sur la maladie de Hugo Chávez. Et Hugo Chávez glose et glose et glose sur son rétablissement. Ce fut le feuilleton de l’été, c’est encore celui de l’automne, et –j’en mets ma main au feu– ce sera celui de l’hiver…

Plus secret, plus discret

Pour le président, il s’agit de ne pas perdre pied, lui qui avait habitué son petit monde (jusqu’à ses adversaires) à être omniprésent, tel un dieu de l’Olympe hyperactif, que ce soit sur le terrain, à la télé, à la radio ou ailleurs.  Son traitement contre le cancer et son long rétablissement l’empêchent désormais de se démener autant. Il a donc choisi une nouvelle stratégie : le voici qui apparaît, tel un dieu encore –mais plus secret, plus discret– au moment où on l’attend le moins.

L’autre jour, c’était en plein milieu d’une manifestation officielle qui réunissait des sportifs, transmise en direct par la télévision d’État. Un appel téléphonique totalement inattendu interrompt le cours de la cérémonie.

« C’est le fantôme qui vous parle ! » Le public s’agite, les ministres sourient, on applaudit.

« Le fantôme de Miraflores! [le palais présidentiel] », continue la voix grave. Tout le monde sait déjà que c’est le président qui parle. On perçoit même, derrière la voix grave, une cacophonie de coqs et de perroquets, comme pour signifier que Hugo Chávez téléphone bien depuis le jardin du palais, où on l’imagine se remettre de sa dernière chimiothérapie.

N’importe où, n’importe quand

Le « fantôme » peut ainsi apparaître n’importe où, n’importe quand, par voie téléphonique ou par vidéo, pour haranguer ses partisans ou se moquer de ses adversaires. Et il ne rate jamais l’occasion pour répéter qu’il sera bel et bien candidat aux élections présidentielles d’octobre 2012.

Ce ne sont plus les discours marathons à la télévision auxquels il nous avait habitués depuis 12 ans. Il s’agit maintenant pour le président de montrer sa présence, dans la mesure de ses capacités physiques et de ce qu’autorisent ses médecins. Car il suffit qu’il soit absent des écrans ou des ondes pendant deux jours pour que les rumeurs les plus folles commencent à courir. L’hermétisme officiel n’aide évidemment pas.

« Que veux-tu que je te dises ? Que je te montre la tumeur et que je t’explique de quelle sorte de tumeur il s’agit ? C’est ce que tu veux pour alimenter le côté morbide ? Eh bien, je ne vais pas vous satisfaire », répliqua-t-il tout de go alors qu’on lui demandait pour la xième fois de révéler les détails de sa maladie. Celle-ci est un secret d’État, comme l’est du reste l’état de santé de Fidel Castro.

Spirale

Ce silence et ce mystère ont déclenché une spirale d’hypothèses qui vont depuis un cancer de la prostate, du colon ou de la vessie jusqu’à de bizarres sarcomes musculaires, en passant par des métastases dans des organes vitaux, un état terminal, une anémie grave ou des déficiences rénales irréversibles. À l’inverse, d’aucuns affirment que cette maladie n’est qu’une vulgaire ruse destinée à gagner des votes. En effet, la popularité du président n’a cessé de remonter depuis l’annonce de sa maladie, pour atteindre à nouveau les 60 %.

L’opposition, elle, émet des doutes sur la supposée récupération du président. « C’est un magicien, il a eu des conseillers extraordinaires pour dissimuler la vérité, dévier l’attention, diffuser des contre-informations. Mais je crois que, finalement, celui qui a le plus de doutes est le président lui-même », écrit Nelson Bocaranda, un journaliste d’opposition, dans sa page Runrun.

Élément-clé

Un candidat malade ou pas malade ?

Un candidat malade ou pas malade ?

Personne n’en doute : la perception que chacun aura sur l’état de santé du président sera un élément-clé dans l’élection présidentielle de 2012. Si Chávez apparaît physiquement affaibli, l’électorat pourrait se détourner de lui pour choisir un leader plus dynamique. Par contre, s’il gagne sa lutte contre le cancer, cela renforcerait son aura d’invincibilité et augmenterait ses chances à l’élection.

« Si Chávez se rétablit, il sera le favori à l’élection, bien qu’il ne soit pas blindé », écrit Luis Vicente León, de la maison de sondages Datanálisis. « Mais s’il doit se lancer dans la campagne en étant malade, il l’aura difficile, d’autant plus que le candidat de l’opposition, quel qu’il soit, pourra faire montre de ce qu’il pourrait ne plus avoir : la jeunesse, l’énergie et l’avenir. »

En attendant, les rumeurs se multiplient. À celles sur la santé du président s’ajoutent les constantes élucubrations sur son éventuel successeur, sur de soi-disant divisions au sein des forces armées, sur un schisme qui minerait le parti gouvernemental ou sur la grande peur de la bourgeoisie : la défense armée de la révolution, en cas de crise. « Tout cela n’est qu’une manœuvre de l’opposition pour générer le chaos, une tentative de diminuer l’appui qu’a le président, en semant le doute sur sa capacité à continuer à gouverner », répondent en chœur les alliés du président.

Les indignés ?

Bref, après quelques semaines passées outre-Atlantique, me revoilà donc en plein Venezuela, dans ce pays du non-débat. Cela me change des interminables primaires socialistes en France ou de la (plus interminable encore) constitution d’un gouvernement en Belgique. Et cela me change aussi des « indignés » qui fleurissent aux quatre coins du globe.

Les indignés ? Tiens, il semble bien que le Venezuela soit le seul pays au monde où il n’y en ait pas un seul ! Et pour cause : la maladie de Chávez emporte toute pensée sur son passage –et le fantôme de Miraflores veille, comme toujours.

PS :  Mensonge ! Ce n’est pas vrai qu’il ne s’est rien passé ces dernières semaines au Venezuela. La pays a connu au moins deux évènements majeurs : 1. Le Venezuela a battu l’Argentine 1-0 (je vous parle de football), c’est l’euphorie nationale et 2. Blackberry a eu de sérieux problèmes de serveur, c’est le désastre national.

Source : América Economía

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