Créatif/Musical

Reynaldo Hahn, un Vénézuélien à Paris

Reynaldo Hahn, par Nadar

Reynaldo Hahn, par Nadar

Il a connu et fréquenté les plus grands artistes du Paris de la Belle Époque, mais il reste pourtant un inconnu, tel un personnage de second rôle perdu au cœur d’une période artistique particulièrement riche.

Il s’appelle Reynaldo Hahn et est Vénézuélien. Il est né en 1874 à Caracas d’une mère vénézuélienne et d’un père juif allemand, ami et conseiller du président francophile Antonio Guzman Blanco. En 1878, la famille Hahn quitte le Venezuela pour s’installer à Paris. Le petit Reynaldo n’avait que trois ans. Il ne reverra plus le pays de sa naissance.

Une fois en France, il s’intégrera très tôt à la vie parisienne. Doué pour la musique, il entre en 1885 au Conservatoire de Paris, où il reçoit notamment les cours de composition de Jules Massenet. À treize ans, il crée sa première pièce musicale. À 18 ans, chez les Daudet, il interprète les Chansons grises, son premier cycle de mélodies, dans lequel il met en musique sept poèmes de Paul Verlaine, en la présence de ce dernier.

Amant de Proust

Il fréquente les salons les plus huppés de l’époque, y fait la rencontre de Stéphane Mallarmé, d’Edmond de Goncourt, de Sarah Bernhardt et d’autres grands artistes du moment. En 1894, il fait la connaissance de Marcel Proust, dont il sera l’amant pendant deux ans. Proust transposera sa grande passion pour Reynaldo dans Un amour de Swann, sans toutefois jamais le nommer.

Reynaldo Hahn, par Jean CocteauAllant de salon en salon, Reynaldo Hahn interprète ses mélodies en s’accompagnant au piano. En 1900, il compose les Études latines, une suite de mélodies sur des poèmes de Leconte de Lisle, qui lui valent un succès instantané. Il devient ainsi la coqueluche du Tout-Paris. Outre ses mélodies, il compose un poème symphonique et des musiques de scène et de ballet, dont celle de Le Dieu bleu, créé le 13 mai 1912 pour les Ballets russes de Serge Diaghilev, sur un livret de Jean Cocteau et Federigo de Madrozo. Rien que du beau monde…

En 1914, lorsqu’éclate la Première Guerre mondiale, il demande à partir sur le front (il avait été naturalisé français en 1912), puis travaille au ministère de la Guerre. Dans l’entre-deux-guerres, il commence une carrière plus officielle. Il est fait officier de la Légion d’honneur et devient professeur de chant à l’École normale de musique de Paris, où il côtoie entre autres le violoncelliste Pablo Casals et Nadia Boulanger. Durant cette période, il compose des opérettes et des comédies musicales, dont Ô mon bel inconnu sur un livret de Sacha Guitry en octobre 1933. Arletty en est l’interprète principale. À cette époque, il compose aussi de la musique de chambre, un concerto pour piano, un concerto pour violon, des chœurs et même un Agnus Dei pour baryton et soprano, des genres qu’il avait jusque là délaissés.

Brillante fin de carrière

À l’approche de la Seconde guerre mondiale, préoccupé par son origine juive, il quitte Paris pour Cannes, puis Monaco. À la fin de la guerre, de retour dans la capitale, il est élu membre de l’Académie des Beaux-Arts et est nommé directeur de l’Opéra de Paris. Brillante fin de carrière pour celui qui restera, avant tout, le musicien de la Belle Époque, compositeur de mélodies séduisantes et d’opérettes divertissantes. Marcel Proust le décrit mieux que quiconque dans Le Figaro du 11 mai 1903 :

Cet « instrument de musique de génie » qui s’appelle Reynaldo Hahn étreint tous les cœurs, mouille tous les yeux, dans le frisson d’admiration qu’il propage au loin et qui nous fait trembler, nous courbe tous l’un après l’autre, dans une silencieuse et solennelle ondulation des blés sous le vent.

Reynaldo Hahn meurt le 28 janvier 1947.

Il restera sans aucun doute comme le plus français des Vénézuéliens. Arrivé à l’âge de trois ans à Paris, il ne manifestera que très peu d’attache pour le pays qui l’a vu naître. Le Venezuela le lui rend bien : sauf auprès de certaine élite culturelle, Reynaldo Hahn y reste un parfait inconnu.

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Pour en savoir plus :

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6 réflexions sur “Reynaldo Hahn, un Vénézuélien à Paris

  1. Excellent de retrouver ces informations sur votre blog, que je lis régulièrement, car je prépare une thèse qui parle entre autres, sur les relations entre Marcel Proust et le Vénézuela.
    Merci.

      • Avez-vous eu connaissance du festival Reynaldo Hahn en 2002? Par ailleurs, petite nièce de Reynaldo Hahn par mon mariage et mandataire de sa succession, je suis un peu déçue de ne trouver dans un site supposé être documenté que les informations qui traînent un peu partout. « Amant » de Proust pendant deux ans, certes, mais resté son ami jusqu’à la fin de Proust, et un des plus proches. Je conseille à Madame PERTUZ de consulter les ouvrages de Daniel Bendahan, les souvenirs d’Estrada (Vénézuelien).

  2. J’ai oublié de mentionner que ce festival a eu lieu à Caracas au Teatro Teresa Carreno, et avec des interprètes français comme Alexandre Tharaud , Olivier Charlier, ou François Le Roux et Venezueliens comme Juan Fransisco Sans…Il est vrai que le nom de Reynaldo Hahn ne doit rien signifier aujourd’hui pour la majeure partie du peuple Vénézuelien. Il est vrai également que tant qu’on collera sur ce compositeur, l’image d’un salonard, d’un musicien de la Belle époque….
    Que Reynaldo Hahn, quittant le Vénézuela à 4 ans n’ait pas été marqué culturellement par le pays de sa naisaance n’a rien de surprenant. Il lui est cependant resté très attaché par amour pour sa mère. Le grand père de mon mari, frère aîné de Reynaldo qui a fait sa carrière dans la diplomatie comme consul du Venezuela, et ma belle mère étaient eux, très attachés à ce pays. Le cinquantenaire de la mort de Reynaldo (1997)a été à Paris l’objet de célébrations officielles en présence de l’ambassadeur dde l’époque.

    Pour ceux qui s’interessent à la musique de Reynaldo Hahn de très nombreux et récents enregistrements existent.(consulter le Net) Ils donneront une image plus précise de l’oeuvre de ce musicien que de pieuses exhumations, touchantes certes, mais surtout valables comme témoignages historiques.
    Ceci dit, félicitations pour votre site que je viens de découvrir!
    Pour les aventuriers désireux de découvrir un « compositeur français né au Venezuela » je laisse mon E-mail

    reynaldohahn@free.fr

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