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oiseaux llanos hoatzin

Un hoatzin se laisse apercevoir, perché sur la plus haute branche

J’ai eu récemment l’occasion de participer à un atelier d’initiation à l’observation d’oiseaux. C’était à Elorza, en plein cœur des Llanos, une région réputée pour la grande variété d’oiseaux qui y nichent. Dans ces plaines immenses inondées plusieurs mois par an, où alternent savanes et forêts, ce sont plusieurs centaines d’espèces que l’on peut observer. Aux espèces autochtones et sédentaires s’ajoutent en hiver les migrateurs venus du Nord. Une terre bénie, donc, pour les ornithologues tant professionnels qu’amateurs.

Je passerai rapidement sur la partie théorique de l’atelier, qui consistait surtout à aiguiser les facultés d’observation des participants (pour la plupart de futurs guides touristiques) et à les appliquer spécifiquement aux oiseaux, exemples à l’appui. Ce que tout le monde attendait, c’était la sortie sur le terrain et l’observation in situ.

L’activité a été à la hauteur des espérances : en trois jours, ce sont plus de 200 espèces qui ont été observées, et cela dans un même espace relativement confiné : le Hato Peñalero, une grande propriété située à seulement quelques kilomètres d’Elorza. La particularité du lieu : ses propriétaires sont conservationnistes et interdisent la chasse et la pêche sur leur territoire. Si bien qu’en plus des nombreuses espèces d’oiseaux, nous avons pu observer sans peine des troupes de chiguires (capybaras) et des dizaines de chevreuils paissant librement dans la savane. Sans compter les caïmans, les iguanes, les chauve-souris et autres habitants de ces lieux.

Ni lève-tard, ni couche-tôt

Mais revenons à nos oiseaux. Pour bénéficier des moments les plus favorables à l’observation, il vaut mieux n’être ni un lève-tard, ni un couche-tôt. En effet, il faut être sur pied dès 5 heures du matin pour profiter des premières activités diurnes des dizaines de milliers d’oiseaux qui peuplent l’endroit. À partir de 9 heures, la chaleur devient étouffante et les activités décroissent progressivement jusqu’en fin d’après-midi, où elles reprennent de plus belle, jusqu’à la tombée de la nuit. C’est alors que commence l’observation des oiseaux nocturnes, qui prendra encore quelques heures. Au total, une journée bien remplie, entrecoupée par une longue sieste au moment le plus chaud de la journée : l’observateur mène en quelque sorte une vie d’oiseau !

Au petit matin, nous avons installé quelques filets permettant de capturer des oiseaux sans leur causer de dommage. Une fois capturé, l’oiseau est identifié, photographié, puis immédiatement relâché. Ce n’est sans doute pas la manière la plus naturelle de les voir, mais beaucoup d’oiseaux se laissant difficilement observer, il était utile de les capturer dans le cadre de cet atelier, afin que les participants puissent s’exercer à l’identification et se familiariser avec un maximum d’espèces différentes.

Les photos obtenues dans de telles conditions ne sont pas les meilleures : l’oiseau est souvent stressé et adopte des attitudes peu naturelles. Par contre, la capture permet de faire des gros plans qu’il serait bien difficile d’obtenir en prise naturelle. Quoi qu’il en soit, je reste personnellement un partisan de l’observation sans filet et de la photographie prise en pleine nature. Même si elles limitent le nombre des espèces observées, ces conditions-là sont irremplaçables pour une observation des attitudes et comportements réels de l’oiseau. Elles sont aussi plus respectueuses de la nature. Et tant pis pour les fanatiques et collectionneurs patentés qui sont prêts à bousculer l’ordre naturel pour observer toujours plus d’espèces !

Observateur attentif

Au final, ce fut une intéressante expérience. Même si je ne prétends pas devenir un ornithologue ni même un fana de birdwatching, je verrai dorénavant les oiseaux avec d’autres yeux : ceux d’un observateur attentif plutôt que ceux d’un simple touriste qui s’extasie superficiellement sur le nombre et la variété des oiseaux des Llanos, sans chercher à en savoir plus. Je chercherai, moi, à en savoir plus.

Deux livres de référence m’accompagneront dorénavant dans mes pérégrinations : Una Guía de las Aves de Venezuela, de William H. Phelps, Jr. et Rodolphe Meyer de Schauensee (éd. Ex Libris, 1994, épuisé) et Birds of Venezuela, 2nd ed., de Steven L. Hilty, Princeton Univ. Press, 2003.

Voici le résultat photographique de ces deux journées d’atelier :

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Vénézuéliens en TGV

TGV

On a beau dire que c’est la crise au Venezuela, que le contrôle des changes instauré par le méchant Chávez limite les voyages des Vénézuéliens à l’étranger, que plus rien n’est comme avant,…  les Vénézuéliens en question continuent à voyager allègrement, comme si de rien n’était.

Il ne s’agit pas bien sûr de tous les Vénézuéliens, mais précisément de ceux qui se plaignent le plus : la dénommée classe moyenne. En effet, la plus grosse partie de la population (80 % environ) n’a tout simplement pas les moyens de voyager à l’étranger (et ne s’en plaint pas outre mesure). Mais la classe moyenne, elle, ne se satisfait pas des 3500 dollars par an et par personne, au taux officiel, qui sont autorisés par le contrôle des changes pour voyager à l’étranger, hors billet d’avion. Cela semblerait vouloir dire qu’annuellement, elle a besoin de plus que cela, la pauvre,  pour voyager. De quoi faire pâlir les familles européennes moyennes, dont la plupart dépensent bien moins que cette somme pour leurs vacances annuelles.

Partout

Touristes vénézuéliens à Venise

Touristes vénézuéliens à Venise

Ces Vénézuéliens voyageurs, on les trouve partout : dans les aéroports, bien entendu (Miami et Panama en tête, commerce et consommation obligent), mais aussi dans les grands lieux touristiques de la planète : sur les Champs-Elysées en train de fouiner parmi les parfums de Séphora, déambulant sur la 5e avenue de Manhattan, perdus dans les ruelles de Florence, se baladant au parc Guell de Barcelone, ou encore en croisière sur le Nil, pour ne parler que des quelques endroits ou j’en ai personnellement rencontrés lors de mes pérégrinations de ces dernières années (car je voyage, moi aussi…).

Le Vénézuélien en goguette est dépensier et gros consommateur : non seulement il s’offrira les meilleurs hôtels et s’achètera la toute dernière technologie, mais encore il cherchera à faire en catimini son petit négoce, achetant par exemple, qui des parfums ou des vêtements, qui des Blackberry ou des iPod, afin de les revendre avec un généreux bénéfice une fois revenu au Venezuela. D’où le succès ininterrompu, pour les Vénézuéliens, de Miami et Panama, places fortes du commerce latino.

À ce compte-là,  il n’est pas étonnant que les 3500 dollars ne suffisent pas et que, en conséquence, Chávez apparaisse comme un tyran les empêchant de faire du négoce, ou plutôt du marché noir.

Bruyant

Le Vénézuélien en voyage n’est pas très discret.  Souvent bruyant, il passe rarement inaperçu, d’autant plus qu’il privilégie le voyage en groupe, familial ou non.

Atmosphère feutrée ?

Petit exemple vécu : je voyageais récemment dans le TGV reliant Bruxelles à Paris, en première classe. La voiture était pleine de ces hommes d’affaires qui ne lèvent pas une seconde la tête de leur ordinateur durant le voyage ou négocient à voix basse par téléphone. L’atmosphère aurait dû être feutrée, comme d’habitude… Mais non :  au centre de la voiture, sur les sièges qui se font face, quatre personnes conversaient et s’animaient, ne craignant pas d’élever la voix ou d’éclater de rire. Leur accent ne laissait aucun doute (pour moi tout au moins) : c’étaient des Caraqueños (des habitants de Caracas) : trois femmes et un homme qui avaient tout de cette classe moyenne dont je parlais plus haut : une attitude insouciante, inconsciente, hautaine, irrespectueuse.

Le plus triste est à venir : de quoi ont-ils parlé durant ce trajet de plus d’une heure ? Exclusivement de crèmes hydratantes ! De celles qu’ils avaient achetées, de celles qu’ils voulaient acheter, de celles à ne pas acheter, du meilleur endroit où les acheter…

J’avais là devant moi, le temps d’un trajet en train, la caricature parfaite du touriste vénézuélien.

Pour tout dire, cela me provoquait de la gêne aux entournures.

pub-voyages

Cela faisait longtemps que je n’achetais pas la presse vénézuélienne, devenue tendancieuse et de moins en moins crédible. Aujourd’hui, je me suis pourtant procuré El Universal, quotidien réputé conservateur et l’un des deux grands journaux « historiques », au côté de El Nacional, considéré comme plus libéral, au sens nord-américain du terme.

Un article m’intéressait dans la section Tourisme du jour. Mais ce qui m’a immédiatement sauté aux yeux –c’est fait pour cela–, ce sont les publicités qui l’entouraient. Des publicités de tour-opérateurs et d’agences de voyage, comme il se doit dans cette section du journal.

Les classiques

disneyworld

DisneyWorld, la mecque des vacances pour les Vénézuéliens

Où voyageront donc les Vénézuéliens (je rectifie : les 10 % de Vénézuéliens qui font partie des strates sociales A et B) dans les mois qui viennent ? Passons sur les destinations classiques : Miami en tête, l’indécrottable ville qui attire comme un aimant des millions de Latino-Américains chaque année, allez savoir ce qu’ils y trouvent; puis Cancún, Riviera Maya, Punta Cana, éternels classiques du tourisme tropical de masse (mais pas de destination cubaine cependant, ce serait très mal compris au pays de Chávez !); DisneyWorld, un autre haut lieu que tout latino-américain “doit avoir visité au moins une fois dans sa vie”; Buenos Aires, pour les plus raffinés peut-être; ainsi que les inévitables croisières en rond dans les Caraïbes.

Pour ceux qui ont plus de temps (et d’argent), on offre encore différents tours d’Europe en autobus, combinant la visite de 4 ou 5 pays (soit une dizaine de villes) en 15 jours. Incidemment, on promotionne aussi Panama, avec séjour payable intégralement en bolivars, c’est-à-dire sans devoir pomper sur les dollars autorisés par le système de contrôle des changes. Et pour cause : Panama étant devenu la base arrière du capital commercial et financier vénézuélien, le bolívar (au taux du marché parallèle) y est reçu sans problème.

Remarquons en passant l’absence de destinations un tant soit peu culturelles, comme l’Égypte ou la Chine, ou un tant soit peu sportives, comme l’Himalaya. Ce type de voyage, ce n’est pas tellement le genre de la maison. Les vacances, ce doit être la fête permanente, comme au Venezuela, ou en mieux. On ne va tout de même pas se prendre la tête en voyage.

La « ville du futur »

Dubai, les tours dansantes

Dubai, les tours dansantes

Jusqu’ici donc, rien que du normal, du très normal. Où cela devient plus étonnant, c’est lorsqu’on voit des annonces pour Dubai “la ville du futur”, une destination plutôt inattendue de ce côté de l’Atlantique Sud. Et où cela devient franchement insolite, c’est lorsqu’on lit des offres pour assister à la finale de la Ligue des champions entre le Barça et Manchester United ou aux grands prix de Formule 1 de Barcelone, Monaco, Monza et Dubai (encore Dubai, décidément!).

Cela veut donc dire que dans la République bolivarienne du Venezuela, dans cette “dictature communiste”, dans ce “pays économiquement exsangue”, pour reprendre certaines qualifications lancées par l’opposition, il se trouve des citoyens non seulement assez riches, mais encore assez libres de leurs mouvements, pour assister à un match de football ou à un grand prix de Formule 1 à 8000 kilomètres de distance. Tout cela malgré un solide contrôle des changes qui limite l’accès aux devises étrangères aux citoyens.

Pas si mal, finalement, ce socialisme dictatorial, dénoncé à longueur d’articles par ceux-là mêmes qui peuvent s’offrir ces luxes extravagants…

Du vécu, enfin !

Finca près de Mucuchachí (Venezuela)

Je mets ma main au feu que certains lecteurs trouvent que ce blogue manque de vécu. Trop sérieux, trop académique, trop didactique. Pour tout dire, un brin ennuyeux… Vous voulez du vécu ? Vous voulez du sang, de la sueur et des larmes ? Continuez à lire, en voici.

Commençons par le commencement. Regardez la photo ci-dessus. Splendide paysage bucolique. La photo a été prise à Mucuchachí, l’un des Pueblos del Sur de l’état de Mérida, au Venezuela. Une magnifique région que je fréquente régulièrement pour des raisons professionnelles. Je travaille en effet pour la Fondation Programa Andes Tropicales, qui développe depuis deux ans un projet de tourisme de base communautaire dans les Pueblos del Sur.

Inoffensives ?

Jusqu’ici, rien que de très normal, mais ne vous fiez pas aux apparences. La belle prairie que vous distinguez en contrebas -et même la végétation que vous voyez en avant- ne sont pas aussi inoffensives qu’il n’y paraît. Elles sont chargées de milliers (de millions peut-être) de petites bêtes appelées localement garrapatas. Il s’agit en fait d’une des nombreuses espèces de tiques, ces acariens parasites qui se nourrissent du sang des vertébrés.

tique_garrapata

La grandeur d'une tique: comparaison avec une allumette

Je déambulais donc dans ce site enchanteur afin de l’explorer et d’évaluer son potentiel touristique (qui est élevé, je peux vous l’assurer, si ce n’était la présence de ces bestioles). Première constatation : les garrapatas du lieu sont vives à trouver leur proie, en l’occurrence les bovins ou encore les pauvres humains qui se risquent sur les lieux. J’en étais un…  Mes compagnons d’infortunes et moi-même, nous sommes donc sortis de là recouverts chacun de dizaines de ces petits acariens récalcitrants, dont les plus petits avaient la taille d’un grain de sable et les plus grands deux millimètres.

Autant vous dire qu’à notre retour, nous avons dû procéder à un examen minutieux du corps suivi d’un bain complet. Trois jours plus tard, je suis encore marqué par des dizaines de piqures sur tout le corps, comme si j’étais frappé de varicelle. Je vous épargne les photos…

Sanguinolant

Tout cela, c’est du vécu, mais à part celui que pompent silencieusement les tiques, il n’y a pas encore beaucoup de sang… Attendez la suite, le second épisode est plus sanguinolant.

Le lendemain, dans un autre village des Pueblos del Sur appelé El Molino, je me rendais chez un ami. Les portes de la maison étant ouvertes, tout indiquait qu’il se trouvait chez lui. Mais j’avais beau appeler, personne ne répondait. Je me suis donc résolu à contourner la maison pour me rendre au jardin et voir si l’ami en question s’y trouvait. Mais subitement, à deux ou trois mètres de moi, un énorme berger allemand, noir de surcroît, a déboulé sans crier gare. Trop tard pour réagir. Le fauve m’a saisi le mollet, y enfonçant ses crocs.

Résultat : une jambe ensanglantée, une blessure de plusieurs centimètres. Après les premiers soins sur place, ce fut la recherche du médecin du village. Par chance, on l’a trouvé sans trop de problèmes. Désinfection, quatre points de suture, puis retour à la ville de Mérida, où je me suis fait appliquer le vaccin antirabique quelques heures plus tard. Ici aussi, je vous épargne les photos.

Sentier aérien

Vous vouliez du vécu, vous l’avez eu. Ce n’était là que le récit d’une semaine (presque) comme les autres sous les Tropiques…

Pour ce qui est de ma personne, rassurez-vous : malgré ces aventures quelque peu désagréables, le moral est là. Ce dimanche, je me suis baladé sur un sentier aérien entre les cimes des arbres du Jardin botanique de Mérida. Là, je ne vous épargne pas la photo !

Sentier aérien au Jardin botanique de Mérida (Venezuela)

Au sentier aérien du Jardin botanique de Mérida

llanos_paysage

Je reviens du plat pays, mais pas celui de Brel. Je reviens des Llanos, au plus profond du Venezuela. Sans Mer du Nord pour dernier terrain vague, plus plats que la plate Flandre, plus vastes, presque, que la France, ils s’étirent sur plus de mille kilomètres, entre la Colombie et le Venezuela. Coincés entre les cordillères au nord et l’Amazonie au sud, ils traversent le pays de part en part.

Je reviens des Llanos, avec près d’un millier de photos et quelques heures de film. Submergé que je suis pour classer tout cela, éditer, publier. Vous ne m’en voudrez donc pas de vous avoir lâchement abandonnés, chers lecteurs et trices, durant ces quinze derniers jours. Là-bas, au fin fond des plaines vénézuéliennes, Internet n’est encore qu’un espoir (l’électricité aussi, dans bien des cas). Pas un pouce de virtuel, rien que du réel, du très réel.

Aberration sociale et économique

llanos_llaneroLe territoire est immense, grandiose, infini. Des terres (en période sèche) et de l’eau (en saison des pluies) à perte de vue. Mais des terres de piètre qualité. Seule une économie très basique fondée sur l’élevage extensif a pu s’y implanter. Une économie qui frise l’absurde. Il faut posséder des milliers d’hectares, des milliers de têtes de bétail pour avoir un espoir (ou un semblant) de rentabilité. Dispersées sur des superficies improbables, les vaches sont si maigres, et donnent si peu de lait…

S’occuper du bétail, c’est le travail des llaneros, les cowboys locaux, qui –signe des temps– commencent à troquer le cheval pour la moto. Ils travaillent dans les hatos, les grandes propriétés qui peuvent atteindre plusieurs dizaines de milliers d’hectares, ou alors dans les fundos, plus petits (mais grands quand même!). Dénominateur commun à la plupart des exploitations : les propriétaires n’y vivent généralement pas, ils ne viennent y passer que quelques jours chaque année, pour se détendre entre amis, pratiquer la chasse et la pêche et surveiller le personnel. Ce dernier vit, lui, à longueur d’année dans des conditions minimales. Richesse artificielle, pauvreté trop réelle sont la caractéristique dominante de cette aberration sociale et économique.

Composante indigène

femmes_pumeDans ce territoire colonisé à l’ancienne (“ce que je vois, c’est à moi”), ce sont des relations sociales dignes de l’Ancien Régime qui restent dominantes : on croirait revivre dans un monde de seigneurs et de serfs. Pour compléter le tableau, ajoutez-y la composante indigène : les Pumé et les Cuibas se partageaient traditionnellement le territoire, non sans quelques disputes entre eux, par ailleurs. Depuis la colonisation, les voilà obligés de partager ces terres avec l’homme blanc. Ils vivent reclus dans des espaces restreints, à peine définis. Par la force des choses, ils côtoient une culture qui n’est pas la leur et perdent tout sens des valeurs, de leurs valeurs. Triste.

La grande nature

Tout n’est pas aussi gris cependant. Dans les Llanos, la nature s’impose souvent à l’homme, cet être perdu dans l’immensité. La faune est variée et abondante, les paysages y sont majestueux. Vaut le détour, comme dirait le guide Michelin.

Je ne vous en dis pas plus. Allez plutôt voir mes photos des Llanos sur Flickr. Plusieurs d’entre elles sont en outre présentées et commentées sur mon blogue fotoLATINA. Je parie une vache des Llanos qu’après cela, vous aurez envie de venir jouer au cowboy llanero!

Un planète nommée Vételgeuse...

Une planète nommée Vételgeuse...

Voilà qu’il y a du nouveau dans la blogosphère francophono-vénézuélienne : un certain Robert Mérou (son vrai nom?) vient de lancer son blogue Vételgeuse, du nom d’une « planète où les gens ont l’apparence de vraies gens, qu’ils parlent comme pour de vrai, qu’ils font tout pareil que les vrais, que leur pays ressemble a un vrai pays, mais où tout est rien que du Canada-Dry en “lata”. »

Ne vous détrompez pas : Vételgeuse est habitée par des Vételzuéliens et sa capitale s’appelle Vetacas. On saura donc sans trop de peine situer la planète en question.

Mais laissons l’auteur décrire lui-même son coin de paradis :

C’est une contrée assez spéciale, très éloignée de tout ce qui ressemble à un vrai pays, mais qui pourtant donne quand même l’impression étrange d’être dans un monde connu. Mais ce n’est pas le cas, c’est juste l’effet Canada-Dry. On s’y croirait, mais on n’y est pas.

Par exemple, les gens font semblant de savoir parler, de savoir lire et même de savoir écrire. Dans la réalité, ils baragouinent entre eux avec les mains, recomptent cinquante fois une petite addition et transpirent deux heures pour lire la liste des courses.(…)

Par exemple, aussi, on dirait qu’ils vivent comme des êtres humains, mais en fait ils déambulent comme de petits insectes, tous collés les uns sur les autres, à baiser comme des lapins et à se goinfrer de mauvaises choses. Ils pullulent et grouillent mais comme ils ont une religion qui leur interdit de faire attention, ils continuent malgré que la situation dégénère toujours plus.

On dirait aussi qu’ils savent travailler, mais c’est juste qu’ils prennent les outils dans leurs mains et font les mêmes gestes, mais avec un résultat complètement terrifiant.

Votre guide Robert...

Votre guide Robert...

Plus loin, Robert Mérou y va d’une soi-disant analyse sociologique sur la « civilisation du bestiau » qui caractérise Vételgeuse :

Une civilisation qui a tout de celle des hommes, quand on regarde pas trop, mais qui en fait est celle de bestiaux plus ou moins évolués.

Difficile de dire autrement quand on regarde les gens affalés au bord de la route, à regarder passer les voitures depuis leur chaise, ou alors ceux qui se font les poux, les gens qui crachent partout, se mouchent avec les doigts, même des filles superbes, qui baillent la gueule ouverte sans mettre de main devant, on se dit qu’on est quand même assez loin du modèle de gens civilisés. Plutôt de grands primates qui cherchent à nous ressembler sans trop y réussir, juste sur les bords… Ils se prennent un téléphone cellulaire, se paient un Hummer si ils en ont les moyens, et hop, le tour est joué, c’est devenus des gens civilisés!

... et son épouse Gaby

... et son épouse Gaby

Côté face, côté pile

Mais ce n’est là que le côté face de Vételgeuse. Le côté pile est constitué par un défilé à proprement parler consternant de « femelles » (je cite l’auteur) pas du tout piquées des vers. En effet, Vételgeuse « est une drôle de planète, mais il faut lui laisser qu’elle est sacrément bien habitée : leurs femelles sont parmi les mieux loties de la galaxie. » À commencer par Gabriela, Gaby pour les intimes, qui ne serait autre que la (supposée? mythique?) épouse vénézuélienne (pardon, vételzuélienne) de notre compère Robert Mérou.

Arrêtons ici les frais. Et constatons qu’il y a quelque chose de pourri au royaume des expats. On dirait que s’est concentré dans les esprits d’une certaine faune d’étrangers -expats, semi-expats, touristes prolongés et autres irréguliers venus du nord- le plaisir et le désir de casser du Vénézuélien (pardon, Vételzuélien) tout en profitant des jolis culs qui passent par là. Pour mémoire, je rappelle le blogue Chevere, écrit depuis Margarita, dont la (relative) célébrité se doit avant tout aux trémoussements de culs, balancements de hanches et ballottements de nénés bien rondelets, agrémentés de commentaires d’encouragements de la part de pauvres lecteurs frustrés d’être privés chez eux, en Europe, de tant d’apparats.

Dans la même veine

Robert Mérou fait dans la même veine, à ceci près qu’il nous embarque en outre sur ladite planète Vételgeuse et nous la décrit de façon caustique –non sans parfois un certain talent de conteur, reconnaissons-le. Mais, là où il dépasse les bornes de la simple convenance et du simple bon goût, c’est dans ses descriptions dénigrantes de la gent vételzuélienne. Aux extraits cités plus haut, j’ajouterai celui-ci, définitif :

Des cons, sans éducation, profiteurs, ignares, égoïstes, porcs, feignants, bêtes, voleurs, tricheurs, menteurs et j’en passe. Ils sont sûrs d’être des gens très biens, imbus d’eux-mêmes (fierté nationale) et gonflés à bloc, mais franchement, aucune moralité, aucune dignité, aucun sens du devoir, des responsabilités, aucun respect des autres.

Il y a peut-être un fond de vérité dans ce dur constat. Mais la généralisation ne paie jamais. On dirait que Robert Mérou ne fréquente que ce petit milieu de mafiosi corrompus qui s’abreuvent de whisky 18 ans d’âge et roulent des biceps au volant de la dernière 4X4, entourés de nénettes comme celles sur les photos. Il faut dire que ces sinistres individus abondent dans certains endroits fréquentés par les expats.

Mais réduire le Vételzuélien à cela, jamais! C’est insultant pour la majorité de la population qui tente de s’en tirer le mieux possible, et souvent ne peut pour cela que s’accrocher, pour le meilleur ou pour le pire, aux « missions » chavistes (car, faut-il le dire, personne ne lui a jamais offert autre chose). C’est dénigrant pour le petit pêcheur, le petit paysan, le petit travailleur, qui a toujours été la victime des puissants, et a toujours travaillé (oui, travaillé) dans les pires conditions sociales et économiques.

Lorgnette ridicule

Pas une goutte non plus d’analyse socio-historique, chez ce Robert Mérou, pour se rendre compte que les Vetelzuéliens sont bel et bien des victimes impitoyables du pétrole, de cet « excrément du diable » qui les a changé nécessairement pour toujours (et pas pour le mieux, nous sommes d’accord). La destructuration sociale de Vetelgeuse sous l’effet de l’or noir, depuis 1920, est un fait largement avéré. Ses habitants sont-ils des cons pour autant? Car quelle est leur part de responsabilité individuelle face à ce rouleau compresseur mondialiste avant la lettre? Et je ne remonte pas à la colonisation espagnole des siècles précédents, dont les effets destructeurs sont également patents sur les populations, y compris sur les colons eux-mêmes.

Les œillères de Robert Mérou sont infinies. Avec sa petite lorgnette ridicule, il ne perçoit que ce qu’il a juste devant lui. C’est révélateur du personnage, de ce type de personnages, qui malheureusement abondent parmi les expats et consorts, à Vételgeuse ou ailleurs. Faites un petit détour par chez Patxi pour bien remettre vos idées en place à ce propos.

Déçu par cette Vételgeuse-là (qui ne le serait pas?), il ne reste plus à ce pauvre Robert Mérou que les bien fournies femelles locales auxquelles s’accrocher pour justifier sa présence sur la planète.

Plus bestiau que ça, tu meurs!

Margarita, la perle dévaluée

Un pêcheur de Margarita

Un pêcheur à Margarita

Pour ceux qui veulent savoir, mon silence de ces dernières semaines est dû à une petite escapade que je me suis offerte à l’île de Margarita. La perla del Caribe, comme le dit la publicité. En fait de perle, celle-ci est plutôt surfaite et/ou dévaluée.

Ooh, je ne me faisais aucune illusion, j’y étais déjà allé il y a plusieurs années et, déjà à l’époque, je n’avais nullement été impressionné par ce mélange incestueux de plages et de négoces. Je confirme cette fois-ci : les plages de Margarita sont loin d’être les plus belles des Caraïbes. Même au Venezuela, j’en connais de bien meilleures, que je garderai ici secrètes, pour qu’il n’y arrive pas ce qui s’est produit sur l’île aux perles : saleté, déchéance marchande, ranchificación [esthétique du bidonville, si vous préférez], et j’en passe.

Indécent

Quant au commerce, boosté depuis des années par le statut de puerto libre (zone libre de taxes) de l’île, il est tout simplement indécent. Les centres commerciaux les plus luxueux –Sambil, Rattan et autres- poussent comme des champignons dans une ville comme Porlamar qui n’est pourtant qu’un grand bidonville à peine dissimulé. Parcourez son centre parsemé de ruines et de maisons abandonnées et vous vous croirez à Sarajevo après les bombardements, rien de moins. La non-planification de cette ville en plein boom anarchique est tout simplement ahurissante. Vous y verrez une ligne à haute tension traverser allègrement une zone résidentielle entre deux immeubles à étages, puis survoler sans pitié quelques bidonvilles surpeuplés.

Et la nature, vous me direz? Cherchez-la bien, dans cette île surpeuplée sous le double effet du tourisme et du commerce. Les parcs nationaux n’en ont que le nom et donnent l’impression d’un abandon total. La partie occidentale de l’île, jusqu’ici à l’abri des hordes touristiques, commence à être littéralement colonisée par le tourisme. Dans moins de dix ans, c’en sera fini : le rouleau compresseur immobilier sera passé par là, éliminant ce qui reste encore de terres sauvages.

Consommation effrénée

Bref, il n’y a plus grand chose à faire ni à voir à Margarita. L’île n’appartient plus depuis longtemps aux Margariteños. Elle est devenue l’espace de jeu et de conquête des bourgeois, petits bourgeois et néo-bourgeois de Caracas, Maracaibo, Valencia et autres zones urbaines du pays. Certains y passent une retraite qu’ils veulent dorée, d’autres y vont régulièrement pour y acheter du whisky 18 ans d’âge, une boule d’édam bien rouge, du chocolat Toblerone et quelques autres bricoles qui font ici la joie de tous. Une véritable caricature de la soif insatiable de consommation qui prévaut dans le pays du socialisme du XXIe siècle!

Quelques touristes étrangers, égarés dans leur hôtel tout-compris (d’où ils ne devraient jamais sortir s’ils ne veulent pas perdre leurs illusions), viennent compléter le paysage.

Derrière tout cela, la vraie Margarita, celle des pêcheurs et des petites gens, a disparu, emportée depuis belle lurette par le tsunami touristique et marchand. On a l’impression d’être arrivé ici cinquante ans trop tard!

Objectif

Toutefois, pour être objectif, j’ai malgré tout aimé :

  • la mer, suffisamment vaste pour nous faire croire qu’elle est encore propre
  • le musée marin de Boca del Río, l’un des rares espaces intelligents sur une île où la culture est réduite à sa plus simple expression
  • le village de San Francisco de Macanao, miraculeusement préservé des hordes touristiques, au pied des montagnes de la partie occidentale de l’île
  • le coucher de soleil sur la plage de La Guardia, autre village resté à l’abri des foules
  • Le marché aux poissons de Los Cocos à Porlamar, pour la fraîcheur et la variété de ses poissons, ainsi que pour son ambiance unique
  • la plage de La Restinga, non pas qu’elle soit jolie, propre ou déserte, mais pour son ambiance de désolation infinie
  • la possibilité de faire des photos de mer, ce qui est plutôt rare pour moi qui vis en montagne à 400 km de la première plage (vous pouvez voir le diaporama sur Flickr)

Post-scriptum

Loin de moi l’intention de m’immiscer dans la guerre des blogues qui sévit à Margarita (d’ailleurs plutôt calme ces derniers temps), mais force est de reconnaître que ma vision est plus proche de celle de X que de celle de Laurent el Margariteño!

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