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Michel Collon - Les 7 péchés d'Hugo ChavezLe journaliste belge Michel Collon vient de publier un nouvel ouvrage intitulé Les 7 péchés d’Hugo Chávez. Il n’en est pas à ses premières armes en la matière puisqu’il est un observateur zélé de la politique d’Hugo Chávez depuis l’arrivée de ce dernier au pouvoir. Avec la réalisatrice Vanessa Stojilkovic, il a notamment produit un documentaire intitulé Bruxelles-Caracas.

En tant que journaliste et essayiste, Michel Collon s’est aussi intéressé à la guerre du Golfe, à la guerre de Yougoslavie, à la Palestine, aux méfaits de l’impérialisme bushien. Analyste de la guerre médiatique, il s’est attelé tout particulièrement à dévoiler ce qu’il appelle les médiamensonges : la marée noire créée par Saddam Hussein (TF1); l’antisémitisme de Chávez (Libération); les soldats chinois déguisés en moines tibétains, sans parler des fameuses armes de destruction massive.

Mais revenons aux 7 péchés d’Hugo Chávez. Avec un titre pareil, je ne résiste pas au plaisir de vous communiquer la liste des sept péchés en question :

  • Premier péché : il leur apprend à lire
  • Deuxième péché : chacun a droit à la santé
  • Troisième péché : chacun peut manger à sa faim
  • Quatrième péché : il change les règles entre les riches et les pauvres
  • Cinquième péché : la démocratie, c’est plus qu’un bulletin de vote
  • Sixième péché : il ne se soumet pas au pouvoir des médias
  • Septième péché : l’homme qui tient tête aux États-Unis

Ouh, que voilà sept péchés capitaux (j’allais dire : pour le capital)! Si les trois premiers sont classiques, les trois suivants donnent dans le mille. Ce sont sans doute ceux qui gênent le plus, le septième et dernier n’étant que la conclusion quasi inévitable de ce qui précède.

Le péché mortel

Changer les règles : là est le pire péché, le péché mortel. Changer les règles entre les classes sociales avant tout, changer les règles de la démocratie ensuite, changer les règles des relations avec les médias enfin. Michel Collon décrypte tout cela dans son livre. Il pose clairement les questions : l’expérience du Venezuela représente-t-elle une alternative valable ? Face au fossé riches-pauvres, le droit à l’alternative existe-t-il ? Et une alternative est-elle possible ?

Autres interrogations qui parcourent le livre : les multinationales pétrolières sont-elles compatibles avec l’avenir de l’humanité ? Le Venezuela pourra-t-il créer une nouvelle économie ? La solution Chávez fonctionne-t-elle ? Chávez est-il trop lent et trop conciliant ? la démocratie participative est-elle la solution ? Chávez est-il un populiste ? D’où provient et que vaut notre info sur Chávez ? Est-il possible de réaliser une révolution sociale sans et contre les médias ?

En homme de gauche, Michel Collon ne cache évidemment pas sa sympathie pour le processus politique en cours au Venezuela, ce qui ne l’empêche pas d’être critique et de faire ressortir les faiblesses du chavisme. Son ouvrage est un apport supplémentaire à la discussion sans fin autour du phénomène Chávez.

Et à propos de discussion, en voici une. Elle a eu lieu sur le plateau de l’émission Ce soir ou jamais, sur France 3, le 16 novembre 2008. Michel Collon y défend son point de vue sur le chavisme :

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Rouge négoce

Che, Bolivar, Chávez & Friends

Che, Bolívar, Chávez et consorts

Vous avez le choix, mais tout, ou presque, est rouge. Même le maillot de la vendeuse (bien qu’il soit aux insignes de Puma!). Ainsi sont les négoces itinérants qui suivent pas à pas les manifestations chavistes, aux quatre coins du pays, que ce soit un rassemblement progouvernemental, l’inscription d’un candidat au Conseil national électoral (eh oui, les élections approchent), un meeting préélectoral, un marché populaire, que sais-je encore?

Tout autour, les gens, gagnés par la cause, sont aussi de rouge vêtus. Ils n’hésitent cependant pas à renouveler leur garde-robe. Ils achètent. Il faut admettre que la créativité du designer est infinie, même si l’esthétique est le plus souvent brouillonne. On combine Chávez avec le Che, Bolívar avec Chávez, le Che avec Chávez ET Bolívar… Ajoutez-y un soupçon de Marx, une dose de Lénine, parfois même une goutte de Engels… De quoi se remémorer ses classiques (à défaut de les lire).

Et puis chaque campagne lancée par le président est prétexte à une nouvelle série. On a eu droit il y a peu aux « cinq moteurs de la révolution », qui sont déjà tombés en désuétude. Depuis peu, on peut apprécier une déclinaison graphique du slogan Vamos con Todo, choisi par le PSUV (Partido Socialista Unido de Venezuela) pour la campagne électorale qui s’en vient. Pas de doute, le négoce rouge est un bon négoce. À tel point que la vendeuse s’est approchée de moi pour me donner un petit tract publicitaire en noir et blanc.

Et d’ajouter (elle avait sans doute deviné que je n’étais pas vénézuélien, les Vénézuéliens ne font pas de photos de telles banalités) :

« Nous exportons aussi à l’étranger. Vous pouvez acheter en gros. Nous envoyons où vous voulez ».

« Ah, et vous vendez où ? »

« Partout, en Espagne, au Canada, en Australie… »

Alors, chers lectrices/teurs, si vous voulez un T-shirt ou une casquette, dites-le moi. Je me lance dans le négoce rouge!

L’autre jour, je déjeunais à El Molino, petit village confiné dans une vallée des Andes vénézuéliennes. Comme de bien entendu, la télévision était allumée. C’est (malheureusement) la règle dans ces contrées.

Pas de telenovela ce midi-là (tant pis pour La Hija del Mariachi, on en verra le prochain épisode demain), car l’antenne avait été réquisitionnée par le Comandante, Hugo Chávez en personne. Ce n’est pas rare. Tout comme Sarkozy, notre prési a la faculté légale de se réserver des temps d’antenne. Simplement, au lieu de 90 minutes tous les six mois, Chávez occupe au moins le double chaque semaine, sans compter sa propre émission Aló Presidente, qui peut durer 3 ou 4 heures le dimanche après-midi! Soit. L’utilisation de la télévision par Hugo Chávez n’est pas le sujet de ce billet.

Ce jour-là, il inaugurait à Barinas je ne sais quelle nouvelle entreprise agricole, une de ces initiatives gouvernementales appelées à préfigurer le socialisme dans le pays. Devant lui, un parterre d’invités de circonstance : l’un ou l’autre ministre, quelques généraux, les inévitables autorités locales, un groupe sélectionné de militants de base. Derrière lui, à titre de paysage, un immense champ irrigué par aspersion. Remarquable contraste entre la chemise rouge du président et le vert de l’arrière-plan.

Du grand Chávez

Le président pérorait, improvisant librement autour de quelques notes sans doute gribouillées à la va-vite. Comme à son habitude. Il est inlassable. Objectif de toujours : (re)mobiliser les troupes. Rien à dire, il le fait bien, avec brio, énormément de pédagogie, une bonne dose de charisme, pas mal d’humour et un cœur grand comme ça. Il y croit, à sa révolution. Il veut que les autres y croient. Et il se donne à fond pour cela.

Il parlait de construction du socialisme, du bien commun, avec des accents quasi-religieux. Immense et beau projet : la justice sociale, la fraternité, l’égalité… Il a le ton juste, mobilisateur (sauf pour ceux, bien entendu, qui n’accepteront jamais de se mobiliser pour de tels idéaux). Du grand Chávez.

Et là, tout à coup, j’ai eu pitié du personnage. Littéralement pitié. Je me suis dit : « Le pauvre, il n’y arrivera jamais! ». Car, sur qui et sur quoi peut-il compter? Sur ce parterre de ministres et militaires dont on se demande toujours s’il ne vont pas retourner leur veste à la première occasion? Sur ces dignitaires locaux devenus rouges par nécessité de survie politique? Sur un parti qui risque de devenir bientôt la copie conforme de Acción Democrática (le parti-phare de la IVe république, qui fut lui aussi, en son temps, « révolutionnaire », ne l’oublions pas) ? Ou encore sur ce petit peuple qui voit avant tout dans le processus en cours son intérêt à court terme? On a bien l’impression que les appuis solides (même s’il y en a quelques-uns) ne sont pas légion. Au-delà du politique, on perçoit la relative fragilité sociologique du processus.

Recréer l’humain

Chávez, qui est un fin nez politique, ne doit pas être dupe de cette réalité. Il doit bien se rendre compte que, pour réussir dans la folle entreprise dans laquelle il s’est lancé, il a besoin rien de moins que de fonder un homme nouveau. Recréer l’humain. C’est-à-dire, dans notre cas concret, changer le Vénézuélien, une personne généralement individualiste, spontanée, allergique à l’organisation, peu consciente du bien commun… Rude tâche s’il en est!

Tous les révolutionnaires, à un moment ou l’autre de leur trajectoire, se sont frottés à ce mur : on ne change (malheureusement) pas l’humain. Et tous, sans exception, ont manqué leur objectif final. Voyez Robespierre, Lénine, Mao, Castro… Faute de pouvoir créer cet homme nouveau, qu’est-il advenu de leurs grands idéaux révolutionnaires?

Entendons-vous bien : ces révolutionnaires, même perdants, ont souvent eu un rôle socialement utile. Et, de son côté, Hugo Chávez a eu -a encore- un rôle politique majeur au Venezuela. Il a donné une voix aux sans voix, il a donné l’espoir à ceux qui n’en avaient plus, il a bousculé l’establishment. Historiquement, dans ce pays où personne ne se posait de question sur l’ordonnancement social, c’est énorme. Après Chávez, le Venezuela ne sera plus jamais comme avant. Mais pourra-t-il aller plus loin?

À analyser les diverses révolutions dans l’histoire, rien n’est moins sûr. L’impression qui prévaut est que le Comandante, comme d’autres avant lui, est entré dans son labyrinthe.

Photo : C.G. Rawlins / Reuters
¡Y el NO ganó!

L’autre jour, dans son blogue, l’ami Patxi nous invitait à lire un article du New York Times qui tendait à montrer que le chavisme et la révolution bolivarienne étaient en perte de vitesse, y compris –ce qui est le plus préoccupant– parmi ceux qui y croyaient encore il n’y a pas si longtemps. Il est vrai que, depuis la défaite du référendum de décembre, on sent du côté officialiste une atmosphère délétère, qui fait penser que « le cœur n’y est plus ». Indice qui ne trompe pas : la fondation du Parti socialiste uni du Venezuela (PSUV), appelé à organiser le chavisme en une grande formation unique, patine depuis des mois, et on le voit mal sortir grandi de tous les cafouillages et magouillages de sa constitution.

Plus grave : du côté du petit peuple, urbain et rural, qui constitue la vraie base et raison d’être du chavisme, la désillusion semble s’installer peu à peu. L’incapacité du gouvernement à résoudre les problèmes quotidiens, et notamment à assurer l’approvisionnement en produits de première nécessité (le lait surtout) le touche directement, jour après jour. Même chez les convaincus, les vieux discours justificatifs (attaque de l’impérialisme, accaparement des denrées par les producteurs et distributeurs, etc.) ne fonctionnent plus comme avant. La fatigue se manifeste. Le doute s’installe.

L’article du New York Times dont il est question plus haut se termine de façon abrupte. C’est Jesús Camacho, un petit vendeur de rue, partisan de Chávez depuis toujours, qui lance le mot de la fin : « Aucun homme ne peut trouver de solution à cette situation, affirme-t-il. Il n’y a que Dieu. »

Vieux fond fataliste

On retrouve dans cette réflexion le vieux fond fataliste vénézuélien, qui a permis à ce peuple de vivre et de survivre pendant des années, des décennies, des siècles, subissant tous les outrages. Voilà que dans les barrios, dans les villages, on se dit à nouveau : le Venezuela n’est définitivement pas une affaire d’homme, c’est une affaire de Dieu. Peu importe qui gouverne, il n’y arrivera pas…

Le retour de ce fond fataliste pourrait signer l’échec de Chávez (je ne parle pas ici de son maintien au pouvoir, qui est autre chose, je parle du projet). Car, oui, pendant un temps, Chávez fut Dieu. Il pouvait tout. Il décidait contre vents et marées. Il flottait au-dessus de tout le monde… Mais voilà : Jesús Camacho nous dit, entre les lignes, que ce n’est plus la cas! Chávez n’est plus Dieu!

C’est d’autant plus inquiétant qu’on ne sent plus, chez le líder lui-même, de feu sacré, comme si la défaite du référendum l’avait blessé ailleurs que dans son amour-propre. Répétitif, lancinant, il peine à motiver ses troupes. Les vieux discours ne passent plus. Le volontarisme à tout crin semble avoir trouvé ses limites et le président semble s’en être aperçu.

Or, jusqu’à présent, Chávez avait fonctionné au pur volontarisme, faisant fi des réalités sociologiques de son pays, qui sont pourtant lourdes, très lourdes. Pétri de culture militaire, il se disait : « Ça passe…, ou ça casse! ».

Jusqu’ici, cela avait passé. Mais voilà que ça pourrait casser… Et Dieu se trouve subitement pris au dépourvu!

Hugo Chávez reconnaît sa défaiteLe référendum sur la réforme de la constitution s’est finalement soldé, après une longue soirée d’attente, par la première défaite électorale pour Hugo Chávez depuis son arrivée au pouvoir en 1999. Avec 51 % pour le non, 49 % pour le oui (un peu plus de 100.000 voix de différence), la défaite n’est pas vraiment humiliante, mais elle est significative et surtout symbolique. Quelles leçons les adversaires du jour peuvent-ils en tirer?

Humilité

Hugo Chávez doit incontestablement en tirer une leçon d’humilité. Il sait maintenant qu’il ne peut pas faire tout et n’importe quoi. Qu’il doit mesurer ses élans et ses impulsions. En clair, avec cette réforme, il voulait aller trop vite : en quelques mois seulement, il voulait mener le Venezuela à un changement aussi considérable que le passage au socialisme. C’était faire fi des inévitables pesanteurs sociologiques : une société ne se change pas par décret, elle obéit à des règles lourdes qu’il faut savoir évaluer correctement avant de se lancer dans l’arène politique. Dans son volontarisme extrême, Hugo Chávez ne l’a pas fait. Il a foncé, croyant que tous ses partisans le suivraient. Ils ne l’ont pas tous suivi.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : trois millions de personnes qui avaient voté pour Chávez lors des élections présidentielles de décembre 2006 ont disparu dans la nature… Des 7 millions de voix recueillies en 2006, il n’en reste plus que 4 en 2007. C’est là la marque exacte du phénomène, nouveau dans cette campagne, du chaviste qui dit non. Parmi ces partisans de Chávez, une minorité a effectivement voté NON, au côté de l’opposition (lui donnant son faible avantage), mais la plupart n’ont pas voulu de cette promiscuité avec une opposition souvent peu ragoûtante. Ils ont préféré s’abstenir, entraînant la défaite.

Jouer le jeu

Pour l’opposition, la leçon à retirer est tout simplement celle de l’existence de la démocratie au Venezuela. Paradoxalement, en reconnaissant sans ambages sa défaite, c’est Hugo Chávez qui la lui a donnée avec superbe, cette leçon : oui, il est maintenant prouvé qu’une opposition qui joue le jeu peut gagner démocratiquement une élection au Venezuela. Du coup, les voilà démolies ces suspicions de fraude, annulées ces accusations de dictature, ridiculisées ces attaques à la partialité du Conseil National Électoral.

Encore faut-il que l’opposition accepte majoritairement et massivement ces règles démocratiques, étouffant en elle ses tendances extrémistes et ses éléments putschistes. Rien n’est moins sûr lorsqu’on l’entend tirer certaines conclusions triomphalistes des résultats pourtant serrés du référendum. À l’en croire, on serait devant le début de la fin pour Chávez. Elle aussi devrait faire preuve de plus d’humilité et « savoir gérer sa victoire », comme le lui a conseillé, non sans une certaine ironie, Hugo Chávez.

Et maintenant?

À quoi faut-il s’attendre maintenant? Sans doute pas à un changement substantiel dans la conduite du pays. Hugo Chávez l’a clairement dit : il ne renonce pas à son projet à long terme, qui est d’instaurer le socialisme au Venezuela. Mais il tentera d’y parvenir sans l’outil juridique qu’allait constituer la réforme constitutionnelle. Pas de recul sur les principes, donc, mais, peut-être, une nouvelle stratégie qui tiendra mieux compte, cette fois, des réalités sociologiques du pays. Beaucoup souhaitent un Chávez moins virulent, moins impulsif, moins imbu de sa personne, mais plus réfléchi et plus attentif aux critiques de ses amis. Est-ce rêver?

Quant à l’opposition, acceptera-t-elle de jouer sur le terrain de la démocratie ou bien se laissera-t-elle à nouveau emporter par ses démons? Grande question. Mais l’espoir d’un changement profond d’attitude reste faible. Il n’est pas indifférent que, dans cette bataille, l’opposition ait hérité d’un nouveau leader, et non des moindres : le général Raúl Isaias Baduel, ancien ministre de la Défense de Chávez, et proche de ce dernier. Il s’était ouvertement prononcé pour le non, collaborant ainsi à la victoire de l’opposition. Le voici qui se maintient au cœur de l’échiquier politique. Ce candidat fort, qui pourrait devenir le parfait cheval de bataille pour l’opposition dure et pour Washington, ne laisse pas d’inquiéter, étant donné les liens qu’il continue à entretenir avec une partie non négligeable de l’armée.

Et là, un triste précédent revient à l’esprit : un certain Augusto Pinochet, lui aussi, avait été chef d’état-major et « proche » de Salvador Allende…

Petit matin

2 décembre. Jour du référendum sur la réforme constitutionnelle au Venezuela.

Au petit matin, dès 4 heures, des détonations soutenues ont résonné dans le barrio Santa Ana Norte, à côté de chez moi. Des coups de feu? Dans mon demi-sommeil, j’ai même pensé : « Serait-ce le barrio qui prend les armes pour défendre son président? Ils ne vont tout de même pas tenter un coup d’État le jour même du référendum! ».

Voilà ce qu’on peut s’imaginer, à moitié endormi, dans ce pays chargé de toutes les tensions, qui se trouve devant un enjeu de taille : le Venezuela sera-t-il un pays socialiste demain matin?

En réalité, il ne s’agissait pas de coups de feu, mais de gros pétards artisanaux lancés depuis un mortier, tels que ceux qu’on utilise dans toutes les fêtes populaires du pays (je vous en donnerai un jour la recette). La raison de ce tintamarre? Les partisans du président (et du OUI) rameutaient leurs troupes, les incitaient à se lever pour aller voter au plus tôt et se porter comme témoins dans les bureaux de vote. Indirectement, c’était aussi une façon de dire à tout ce monde endormi, chaviste et antichaviste : « on est là et on est forts! » Il vaut mieux le dire en faisant du bruit…

Anormalement calme

Neuf heures du matin : la ville est anormalement calme. Chacun va religieusement voter : parfois selon sa conscience, mais le plus souvent par calcul, pour réaffirmer (OUI) ou inverser (NON) le rapport de forces existant. Car, finalement, sur fond de constitution, il s’agit d’un véritable plébiscite pour ou contre Chávez –ainsi que ce dernier l’a lui-même fait comprendre.

Les sondages annoncent un résultat serré, mais ceux-ci sont traditionnellement peu crédibles au Venezuela : ils donnent (imparfaitement) le pouls des villes mais non celui des campagnes. Comment sonder un petit paysan qui vit en quasi autarcie, ne possède pas le téléphone, mais qui votera plus que certainement OUI?

Le danger du lendemain matin

Le danger n’est pas aujourd’hui. Le danger est demain, à cet autre petit matin qui verra s’afficher les résultats. Déjà, en se basant sur certains sondages qui leur sont favorables, des dirigeants de l’opposition n’acceptent tout simplement pas l’idée qu’ils peuvent perdre. Irresponsabilité totale! Ils annoncent ouvertement que, si le OUI l’emporte, c’est que le pouvoir a mis en place une fraude massive. Que, par conséquent, la réforme constitutionnelle n’est qu’une forme de coup d’État et que cela justifie une réponse massive du NON dans la rue, pour défendre les « vraies » valeurs démocratiques (voir par exemple le billet de William Dávila Barrios, ex-gouverneur de l’état de Mérida, dans le quotidien Frontera du 26 novembre 2007).

Tout cela donne froid dans le dos…

Suite ce soir et demain, à l’écran… ou dans la rue?

Radio-CanadaUne équipe de la télévision de Radio-Canada était de passage à Mérida la semaine dernière. Ô surprise, elle a eu la bonne idée de choisir une ville de province pour faire son reportage sur le Venezuela à quelques jours du référendum. Elle semble s’être aperçue que le Venezuela ne se limite pas à Caracas, et encore moins à la place Altamira, lieu hautement symbolique de l’opposition des beaux quartiers de Caracas. C’est déjà un bon point.

Jean-Michel LeprinceLe journaliste Jean-Michel Leprince (photo) et son équipe ont donc sillonné la ville universitaire et ses environs pour le magazine de reportages internationaux Une heure sur Terre. Ils ont rencontré les « trois pouvoirs » de Mérida : le gouverneur, chaviste comme il se doit; l’archevêque, porte-étendard de l’opposition; et le recteur de l’université, dont on dit qu’il veut se lancer comme gouverneur, pour l’opposition, aux prochaines élections. L’équipe est aussi allée voir ce qui se passe dans les barrios [quartiers populaires] et dans les villages –cette curiosité est tout à son honneur.

Et puis, surprise pour les lecteurs de ce blogue, ma femme et moi sommes aussi intervenus dans le reportage pour y apporter nos analyses respectives de la situation.

De tout cela, il a résulté un reportage d’une douzaine de minutes, diffusé le mercredi 29 novembre, complété par des interviews réalisées en studio et en direct depuis Caracas. En tout, une demi-heure bien balancée sur le Venezuela, une vision équilibrée de la situation réelle du pays. Cela tranche avec les habituelles analyses superficielles de la grande presse internationale, qui se contente d’interviewer quelques personnalités et intellectuels de Caracas (d’opposition, pour la plupart) pour juger un processus aussi complexe, confondant et ambigu que la « révolution bolivarienne ».

Je vous invite donc à visionner l’émission Une heure sur Terre de ce 28 novembre (attention, l’enregistrement ne restera en ligne que pendant deux mois).

Une heure sur terre

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