Tag Archive: protection des animaux


Jaguar (Panthera onca)

Les grands félins sont partout en danger. Le jaguar (Panthera onca), le seul félin du genre Panthera vivant sur le sol américain, n’échappe pas à la règle. Ce digne représentant du règne animal a été placé depuis 2008 dans la catégorie « quasi menacé » par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). En effet, si la déforestation de son milieu naturel continue au rythme actuel, son aire de répartition risque de se fragmenter, mettant en danger une espèce qui a besoin d’une grande mobilité géographique pour sa reproduction.

Aire de distribution du jaguar

Aire de répartition du jaguar : en vert, distribution actuelle ; en rouge, distribution historique

De fait, cette aire de répartition a déjà diminué de 37 % par rapport à sa distribution historique : on ne le rencontre plus guère aux États-Unis, au nord du Mexique, au Salvador, ainsi que dans une grande frange couvrant l’Uruguay, le nord de l’Argentine et l’est du Brésil. Il a disparu aussi de portions de territoire en Colombie et au Venezuela. Cependant, son aire de répartition actuelle reste considérable : on l’estime à 8,75 millions de kilomètres carrés. Mais les données sont très fragmentaires en ce qui concerne le nombre d’exemplaires existants, les comptages étant peu fiables.

Forêts et llanos

Au Venezuela, les jaguars vivent dans les territoires de forêts et de llanos, soit les trois-quarts de la superficie totale du pays. Ils se nourrissent de proies de petite et grande taille, tels que pécaris, chevreuils, tapirs, tatous, capybaras, vaches, veaux et caïmans.

Des efforts sont faits sur le plan international pour protéger l’espèce. Ainsi, s’est formée sous l’égide de l’Instituto Venezolano de Investigaciones Cientìficas (IVIC) une équipe plurinationale composée de chercheurs vénézuéliens, brésiliens, italiens et polonais. Leur objectif ? Étudier la relation qui existe entre le modèle génétique-spatial des jaguars et les facteurs écologiques, tels que la diversité des habitats, la variété des proies disponibles et les variations climatiques au Venezuela et au nord du Brésil.

Superprédateur

Le jaguar adulte est un superprédateur, c’est-à-dire qu’il se situe au sommet de la chaîne alimentaire et n’est pas lui-même considéré comme une proie dans la nature. D’un point de vue écologique, on considère que si la densité de jaguars, dans un territoire donné, se maintient ou augmente, l’écosystème se trouve hors de danger. Cela se doit au fait que le jaguar est considéré comme une espèce « clé de voûte » : il régule les populations de proies, maintenant l’intégrité de la structure des écosystèmes dans lesquels il vit.

« En étudiant et protégeant les jaguars, nous protégeons toute la nature, qui au Venezuela est spécialement riche et belle. C’est probablement l’un des trésors les plus importants de la planète », commente Wlodzimierz Jedrzejewski, directeur de l’Institut de recherche sur les mammifères de l’Académie des sciences de Pologne, l’un des membres de l’équipe.

L’homme, unique ennemi du jaguar

L’unique ennemi du jaguar, c’est l’homme. Dans les années 1960, plus de 15.000 peaux de jaguars par an étaient tirées de l’Amazonie brésilienne chaque année, ce qui entraîna un fort déclin des populations. Le commerce de peaux se réduisit très fortement lors de la mise en place de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES) en 1973. En théorie, la chasse au jaguar est maintenant interdite dans la plupart des pays latino-américains, dont le Venezuela. Mais il arrive encore que des « animaux à problèmes » soient abattus légalement dans certains pays, sans compter la chasse opérée illégalement par les propriétaires d’élevage pour protéger leurs troupeaux de ce prédateur.

Lorsque les scientifiques connaîtront le nombre et la localisation des jaguars et de leurs proies, ils tenteront de construire un réseau de corridors biologiques permettant la libre circulation des animaux d’un lieu à un autre. En effet, la fragmentation de ses habitats comme conséquence des activités humaines constitue le principal danger pour l’espèce. Le libre déplacement est indispensable à la survie et l’évolution de l’espèce car il permet le flux des gênes à travers la reproduction.

Formation de scientifiques populaires

Des expéditions ont déjà été effectuées dans la Sierra de Imataca (entre l’état de Bolívar et le delta de l’Orénoque), au Hato Piñero (dans l’état de Cojedes) et dans la région de Yutajé, en Amazonie.

Le projet ne serait pas complet sans ses deux composantes sociales : un volet de vulgarisation, qui prévoit le tournage de documentaires et l’édition de livres sur les jaguars ; et un volet éducatif qui comprend aussi bien la formation de spécialistes universitaires de haut niveau que des interventions dans les écoles primaires et secondaires et la formation de scientifiques populaires au sein des populations rurales et indigènes des régions concernées.

Le Nuevo Circo de Caracas

Le Nuevo Circo de Caracas

Héritage des colons espagnols, la corrida est toujours de mise dans plusieurs pays d’Amérique latine, tels que le Mexique, le Pérou, l’Équateur, la Bolivie, la Colombie et le Venezuela. Comme dans la mère-patrie, on y pratique allègrement la mise à mort des taureaux. De ce côté de l’Atlantique, la saison des corridas correspond à la saison morte en Espagne, c’est-à-dire pendant l’hiver européen. C’est donc bien pratique pour occuper les toréadors (dont plusieurs sont latino-américains) et rentabiliser l’activité toute l’année durant.

Au Venezuela, on pratique la corrida dans quelques villes seulement, qui sont dotées de leurs arènes : Maracay, Maracaibo, San Cristóbal, Mérida et quelques autres petites villes de province, notamment dans les Andes. De son côté, la ville de Caracas, longtemps un haut lieu de la tauromachie latino-américaine, vient de dire non aux corridas.

C’est le résultat d’une lutte de plusieurs années entre partisans et adversaires de la fiesta taurina, sur fond, bien entendu, de discussions politiques pas toujours désintéressées.

Joyau architectural

Caracas possède des arènes qui sont un véritable joyau architectural : le Nuevo Circo (photo ci-dessus). Inauguré le 26 janvier 1919, ce bâtiment exceptionnel est l’œuvre des architectes Alejandro Chataing et Luis Muñoz Tébar. Durant des années, il fut le théâtre de centaines de corridas, mais aussi de rassemblements politiques et de manifestations sportives (boxe, lutte libre) et culturelles (cinéma, théâtre). La dernière corrida s’y tint en 1997. Puis la place fut pratiquement abandonnée par ses propriétaires privés. Après moult vicissitudes, le bâtiment fut enfin déclaré bien d’intérêt culturel en 1998, ce qui le sauva in extremis de la démolition. En 2005, la municipalité de Caracas élabore un projet de restauration, grâce auquel on récupère sa façade et sa polychromie originale, dans l’objectif de le transformer en centre artistique et culturel.

C’était sans compter sans les travers de la politique politicienne. En novembre 2008, les élections municipales se soldent par la victoire à Caracas d’Antonio Ledezma, personnalité de l’opposition, qui ne s’était pas privé de faire campagne en faveur du retour des corridas dans la vénérable enceinte. Réponse du berger à la bergère : dès le lendemain de l’élection, l’administration sortante transfère la responsabilité du lieu à la mairie du Libertador, restée, elle, aux mains de l’officialisme.

Guerre déclarée

Depuis lors, la guerre est déclarée sur ce sujet (et de nombreux autres) entre administrations municipales du Libertador et du Grand Caracas. Le président Chávez lui-même intervient : « Le Nuevo Circo est un espace pour le peuple et continuera à l’être », déclare-t-il le 8 mars. Dernier épisode : le 21 avril dernier, les conseillers municipaux de Libertador proclament Caracas « ville anti-taurine », éliminant la possibilité de toute corrida de taureaux sur son territoire.

nuevocircodecaracasJusqu’à nouvel ordre, le Nuevo Circo restera donc un lieu culturel. Il est actuellement administré par le Núcleo Endógeno Artístico Nuevo Circo. Quelque 250 artistes y travaillent et offrent des ateliers de théâtre, de yoga, de danse, de percussion, d’initiation musicale pour enfants et d’arts plastiques. Les artistes de rue y sont particulièrement actifs, donnant au lieu une raison d’être qui correspond à son nom : Nuevo Circo (Nouveau cirque). En effet, le cirque, en tant qu’activité favorisant le développement social, supplante maintenant la corrida.

Caracas est ainsi devenue la deuxième ville anti-taurine du pays (après Carrizal) et la cinquième du continent américain. Elle est aussi la première capitale au monde à se déclarer opposée à la corrida. Ce sont les taureaux qui sont contents!

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