L’édition 2010 du Festival de Cannes se termine. Les palmes de tous acabits sont attribuées. Bravo.
Il n’y a pourtant pas que les palmes. C’est du moins ce que doivent se dire les participants vénézuéliens au festival, qui ont été plus que discrets cette année. Il est vrai que la cinématographie vénézuélienne ne se distingue généralement pas par son extrême originalité. Même s’ils participent régulièrement à des festivals, peu de films vénézuéliens ont connu une carrière internationale, les derniers en date étant Secuestro Express (2005) et Cyrano Fernández (2007).
Et pour cause : les thèmes sont le plus souvent redondants (la violence, la marginalité), les scénarios s’avèrent plutôt pauvres, les acteurs ont tous les tics des telenovelas, la technique est quelquefois déficiente et les moyens sont limités. Difficile avec cela de faire du grand cinéma, comme peut l’être (pour prendre l’exemple d’un pays aux dimensions comparables) le cinéma iranien.
Présence limitée
D’où cette présence limitée au Festival de Cannes. Cette année, deux long-métrages vénézuéliens produits en 2009 ont été projetés à Cannes, dans une quelconque section du festival (bien que non identifiée dans le programme officiel) : Zamora, de Román Chalbaud, et Libertador Morales, El Justiciero, d’Efterpi Charalambidis.
Le premier, réalisé par le doyen des cinéastes vénézuéliens, est une fresque historique relatant la lutte d’Ezequiel Zamora, qui prit la tête d’une révolte paysanne égalitariste au milieu du 19e siècle. Le second est l’histoire d’un mototaxista (un taximan à moto) dans le Caracas contemporain. L’un et l’autre ont été produits par la Fondation Villa del Cine, la nouvelle structure de production cinématographique mise en place par le gouvernement de Hugo Chávez.
Du côté des courts-métrages, la production Martes 13, de Domingo Olavarría, a été sélectionnée pour être projetée dans l’espace professionnel Short Film Corner.
Enfin, Lucía, long métrage en préparation de Rubén Sierra Salles, a été l’invité officiel de Cinéfondation, institution dont l’objectif est d’appuyer les jeunes cinéastes. Le jeune réalisateur vénézuélien, qui avait déjà reçu une bourse du Fonds d’aide au développement du scénario dans le cadre du Festival international de cinéma d’Amiens, a participé à l’Atelier du Festival de Cannes.
Téléfilm explosif
Mais le Vénézuélien qui a le plus fait parler de lui dans le festival de cette année ne se trouvait pas à Cannes. Il était plutôt emprisonné à la maison centrale de Poissy ! Il s’agit ni plus ni moins d’Ilich Ramírez Sánchez, alias Carlos ou Le Chacal, le fameux terroriste international qui défraya la chronique dans les années 1970 et 1980. Le 19 mai était en effet projeté au Festival, hors compétition, Carlos, le (télé)film explosif d’Olivier Assayas : une fresque de plus de cinq heures produite pour la télévision, -ce qui en soi provoqua déjà des remous dans un festival qui se targue de promouvoir le pur cinéma.
Cependant, la vraie controverse n’était pas là : elle se trouvait du côté d’Ilich Ramírez Sánchez, dit Carlos, qui, depuis sa prison, envoya le film aux gémonies. Sur la base du scénario, qu’il a lu, il affirme ne pas se reconnaître du tout dans le personnage présenté à l’écran : « Ce personnage n’a pas de rapport avec moi. On découvre un alcoolique drogué qui ne passe son temps qu’à tuer des gens et à se payer des femmes. On nous présente des attaques commandos complètement ridicules… Jamais les choses ne se font comme ça. Ce qui est présenté s’oppose à toutes les règles de combat ».
Dans la foulée, Carlos dénonce plusieurs inexactitudes historiques dans le scénario : la fameuse prise d’otages de l’Opep à Vienne en 1975 ne lui aurait pas été commanditée par l’ex-président irakien Saddam Hussein, comme le présente le film, mais par le dirigeant libyen Mouammar Kadhafi. D’autre part, Carlos affirme qu’il n’a jamais rencontré en 1978 le chef du KGB, Iouri Andropov, qui, selon le scénario du film d’Olivier Assayas, lui aurait donné comme mission de tuer le président égyptien Anouar el-Sadate.
Comme on peut le voir, Ilich Ramírez n’est pas content du film, même s’il n’en a vu que les « extraits diffusés à la télévision ». Il a même écrit une lettre pleine de pathos à celui qui interprète son personnage dans le film. Celui-ci, ironie du sort, est également Vénézuélien et s’appelle aussi Ramírez ! Il s’agit d’Edgar Ramírez, un acteur que l’on avait déjà vu dans Cyrano Fernández, où il tenait avec brio le rôle principal. Interpelé, l’acteur ne répondra pas à son homonyme emprisonné…
Tout cela, finalement, ce n’est que du buzz pour faire monter la tension autour du film d’Olivier Assayas. Comme il se doit, la presse, plus people que sérieuse, s’est emparée du sujet en allant interviewer dans sa prison le personnage mythique qu’est Carlos, histoire de réveiller les vieilles peurs qui dorment en nous… et de nous faire aller voir le film.
Les Vénézuéliens à Cannes, c’était donc cela : les quelques représentants officiels présents sont restés dans l’ombre la plus profonde, tandis qu’est sorti de son trou celui qu’on n’attendait plus, Carlos en chair et en os. Il est vrai qu’il est l’un de ces personnages mythiques qui font encore trembler dans les chaumières de France, de Navarre et d’ailleurs. Beau sujet de film, donc.
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Pour en savoir plus :
> La bande-annonce du film Carlos, d’Olivier Assayas
> L’interview d’Olivier Assayas à propos de son film “Carlos”, dans Le Monde
> La lettre d’Ilich Ramírez Sánchez (“Carlos”) à son homonyme Edgar Ramírez
> Le reportage radio de RTL sur le film Carlos d’Olivier Assayas (avec interview du réalisateur et de Carlos lui-même) :





















