"Pataruco", un harpiste vétéran sur la place Bolívar d'Elorza
Je viens de passer une semaine à Elorza, dans les Llanos d’Apure, et je voudrais partager avec vous cette ambiance unique au Venezuela.
En effet, à Elorza plus qu’ailleurs, la musique et la danse font partie de la vie quotidienne des petits et des grands : la musique llanera, bien entendu, et cette danse particulière appelée joropo qui cumule influences européenne et indigène. Ce n’est pas pour rien que la petite ville (quelques milliers d’habitants seulement) s’attribue sans fausse honte le titre de capitale folklorique du Venezuela.
Le week-end dernier, c’était la Feria Agropecuaria [Fête agricole], l’une des trois fêtes qui ponctuent l’année à Elorza. Moins importante que la Feria del Pescao [Fête du poisson], en octobre, et surtout que la Fête patronale de San José, le 19 mars, elle n’en est pas moins intéressante. Sans grandes vedettes, c’est la population elle-même qui s’y exprime le plus librement du monde par la danse et le chant et partage avec ses invités venus des quatre coins des llanos vénézuéliens.
La fête a débuté sur la place Bolívar. Un groupe de musiciens (dont le harpiste “Pataruco”) et une troupe d’enfants de 3 à 12 ans sont venus danser le joropo. Pas de doute, la relève est assurée !
Le soir, c’est dans le Parque ferial [Parc des fêtes], au milieu de senteurs mélangées de bière et de vaches, que les festivités ont continué. Les fanatiques se sont livrés à leur sport favori : les toros coleados. Le jeu consiste pour les cavaliers à poursuivre un taureau et à le culbuter en le saisissant par la queue. Une variante locale de rodéo, en quelque sorte (les llaneros ayant plus d’une affinité avec les cow-boys nord-américains).
Pendant ce temps, à quelques encablures, sous un abri sommaire construit à l’aide de branches et de feuilles de palmier entrecroisées, prenait forme un spectacle à moitié improvisé (et parfois totalement improvisé, ce qui faisait son charme) : à nouveau, musique et danse étaient au rendez-vous.
Mais le meilleur était à venir. Les esprits s’échauffant, les chanteurs commencèrent à se succéder autour du groupe musical le plus simple et le plus traditionnel qui soit : harpe, cuatro et maracas. L’apothéose, ce soir-là, fut un extraordinaire contrapunteo entre un adolescent et un enfant.
Ce n’étaient là que quelques instants de cette fête qui a duré jusqu’aux petites heures. Un petit apéritif qui, je l’espère, vous aura ouvert l’appétit…
Si j’en juge par les retombées de ce blog, pas mal de lecteurs s’intéressent à la musique vénézuélienne. Les articles sur les instruments de musique spécifiques du pays, notamment le cuatro, figurent parmi les plus consultés. Il y a déjà longtemps, pour répondre à la demande de ceux qui voulaient découvrir la musique qui se joue par ici, j’avais conseillé un CD qui pouvait servir d’introduction aux musiques du Venezuela. Ce n’est sans doute pas assez, puisque nombreux sont les lecteurs qui en redemandent !
Un site web pourra combler les plus exigeants : il s’agit de VenezuelaDemo, une initiative promotionnelle mise en place par le groupe indépendant ELG4 et soutenue par le ministère de la Communication et de l’Information du Venezuela.
Un CD par mois
VenezuelaDemo met en ligne chaque mois un CD virtuel contenant une sélection multigenres de musiques vénézuéliennes. Cela peut aller de la musique traditionnelle jusqu’au hip hop, en passant par le rock, le jazz, la musique académique et le reggae. Bref, un éventail de tout ce qui se produit actuellement au Venezuela en matière de musiques populaires, ainsi que quelques musiques savantes.
Huascar Barradas, fusionneur de musiques
De mois en mois, il s’est ainsi constitué ainsi un catalogue musical de la production discographique vénézuélienne, réalisée autant dans le pays qu’à l’étranger. Le catalogue comprend à ce jour 34 volumes et regroupe près de 700 pièces musicales de tous genres.
VenezuelaDemo a été conçu à l’origine comme un outil de travail pour programmateurs, présentateurs et journalistes de radio, dans l’objectif d’appuyer la diffusion de musique vénézuélienne à la radio. Les ondes locales sont en effet trop souvent envahies par des musiques venues d’ailleurs, alors que la loi exige qu’au moins 50 % de la programmation musicale soit constitué par des productions nationales.
Par la même occasion, VenezuelaDemo sert à la promotion des artistes nationaux, leur permettant d’accéder à toutes les radios du pays, que celles-ci soient publiques, privées ou communautaires.
Brillants musiciens
Rien n’empêche évidemment le commun des mortels d’écouter cette musique en ligne, ou de la télécharger. Il est donc possible de se constituer un catalogue bien fourni de musiques et chansons du Venezuela et de découvrir la grande diversité des musiques du pays, qu’elles appartiennent au folklore ou soient des compositions actuelles.
L’occasion en vaut la peine : s’il y a une expression artistique dans laquelle le Vénézuélien brille tout particulièrement, c’est bien la musique. Celle-ci est ici presqu’un art de vivre, comme peut l’être la gastronomie en d’autres lieux. Elle fait partie de la vie de tous les jours et permet de socialiser mieux que n’importe quel autre vecteur.
Profitons-en donc allègrement et piochons dans VenezuelaDemo. Voici donc une sélection de pièces musicales que j’y ai trouvées. Il y en a pour tous les goûts. Bonne écoute et bonnes découvertes !
La chorale de jeunes Schola Juvenil du Venezuela est de passage en France cet été.
Son premier concert aura lieu à l’hôtel de ville de Montreuil (Seine-Saint-Denis) le 31 juillet à 18 heures (entrée gratuite). Ce sera une sorte d’avant-première avant sa participation au célèbre festival Choralies de Vaison-la-Romaine (Vaucluse), où la chorale vénézuélienne aura les honneurs de la soirée d’ouverture, le 2 août à 20 heures, dans le cadre exceptionnel du théâtre antique de la ville.
La chorale Schola Juvenil du Venezuela est un ensemble de 45 adolescents, issus pour la plupart de milieux défavorisés. Cette chorale est partie prenante du concept du Sistema qui a permis depuis 1975, dans tout le pays, à plus de 270 .000 enfants sortis des barrios (quartiers pauvres) des grandes villes du pays de recevoir une éducation atypique dans laquelle la musique et le chant sont des antidotes à la violence ordinaire.
Après l’école le matin, les enfants suivent dans un des 270 centres musicaux du Sistema l’apprentissage du chœur d’orchestre. En induisant discipline, travail, écoute des autres et responsabilité, cet apprentissage veut contrecarrer la misère ou la terreur ordinaire de la rue. L’enseignement y est gratuit, la méthode éducative est tout sauf élitiste : il ne s’agit pas tant d’atteindre la perfection technique que d’apprendre à jouer ensemble. À l’exclusion répond l’intégration.
La musique pour surmonter la pauvreté
José Antonio Abreu, le musicien et éducateur à l’ origine du Sistema, a pu écrire : « À l’ origine l’art était fait par une minorité pour une minorité. Puis il a été fait par une minorité pour une majorité. Maintenant, c’est le commencement d’une nouvelle ère, où l’art sera fait par une majorité pour une majorité. » Ou encore : « La pauvreté matérielle peut être vaincue par la richesse spirituelle, qui offre une disposition mentale, des principes éthiques et des instruments intellectuels efficaces pour surmonter la pauvreté ».
Des grands noms, qu’on retrouve dans les orchestres et les chœurs les plus prestigieux, sont issus du Sistema : Maria Guinand, Alberto Grau, Gustavo Dudamel, qui dirige actuellement l’orchestre philharmonique de Los Angeles. Le Sistema, cet incubateur de talents issus des milieux populaires fît dire au directeur de l’Orchestre philharmonique de Berlin que « l’avenir de la musique classique est au Venezuela ».
Lors de ses concerts en France, la chorale Schola Juvenil du Venezuela offrira un florilège de musique latino-américaine contemporaine et de musique populaire. Au programme également, l’Ave Maria de Monteverdi.
À ne pas manquer pour découvrir l’énorme talent des jeunes choristes vénézuéliens !
L’ensemble Schola Juvenil:
L’ensemble Schola Juvenil interprète Pata Pata, de Myriam Makeba:
Un instrument nouveau a fait irruption sur la scène mondiale à l’occasion de la Coupe du monde de football qui se déroule actuellement en Afrique du Sud: la vuvuzela. Cette corne en plastique –une descendante probable de la corne kudu traditionnelle–, assourdit de son bourdonnement incessant joueurs, arbitres, sélectionneurs et même téléspectateurs. À tel point que les chaînes de télévision ont dû trouver une parade technique pour atténuer cet entêtant bruit de fond. Si le Mondial 2010 doit apporter quelque chose à la culture du foot, ce sera bien la vuvuzela!
Bizarrement, il est courant de la voir écrite erronément vuvuzuela (143.000 résultats sur Google, contre tout de même 6.880.000 résultats pour vuvuzela). La raison ? Une assonance avec Venezuela, sans aucun doute. Et là, je dois intervenir…
Pollution sonore
Haut en couleurs!
Cette dérivation n’est pas si idiote, finalement : si la vuvuzela n’avait pas été inventée par les Sud-Africains, elle l’aurait été sans aucun doute par les Vénézuéliens ! Car question de bruit, ici, on s’y connaît. La pollution sonore est omniprésente, jour et nuit, nuit et jour.
Tiens, rien qu’aujourd’hui, mon immeuble a été pollué pendant des heures par des coups de marteau venus d’on ne sait où. Il y a trois jours, c’est l’alarme d’une voiture qui, en pleine nuit, se déclenchait automatiquement toutes les demi-heures! Et je ne parle pas ici de la musique à plein tube dans les transports publics, des batailles pour la domination sonore dans les parcs et sur les plages (chaque groupe rivalisant par la puissance de ses haut-parleurs) ou même dans les rues commerçantes (les commerces faisant de même). Cela tient presque de la philosophie : en effet, pour le Vénézuélien moyen, le bruit c’est la vie, tandis que le silence, c’est déjà, en quelque sorte, l’antichambre de la mort, excusez du peu.
La vuvuzela est donc une véritable aubaine pour un peuple qui se nourrit de bruit comme pas deux. On peut donc s’attendre à ce que la corne en plastique rencontre le plus grand succès dans les stades du Venezuela, tant elle correspond parfaitement à l’idiosyncrasie locale. Pour l’instant, les fanatiques vénézuéliens s’en tiennent à la trompette en plastique. Mais celle-ci ne fait décidément pas le poids face à la vuvuzela, dont la puissance peut atteindre 127 décibels!
De là à prédire une prochaine commercialisation massive de la vuvuzela dans le pays, il n’y a qu’un pas. Fabriquée en plastique –un matériau bon marché dans un pays pétrolier comme le Venezuela–, la vuvuzela a un rapport prix/bruit absolument imbattable! Il y a donc fort à parier que l’industrie nationale du plastique, déjà passablement prospère, y verra une bonne occasion de diversifier sa production et de s’enrichir à bon compte.
Instrument de culture
Pedro Espi-Sanchis
Un autre domaine dans lequel le Venezuela pourrait amplement tirer profit du vuvuzela, c’est la culture. Si les Vénézuéliens ont su faire des maracas, ce petit objet aux sonorités apparemment limitées, un instrument de musique à part entière, il n’y a aucune raison qu’il ne puissent faire de même avec la vuvuzela. Sa fondamentale en si bémol ne peut être un obstacle à la créativité musicale intrinsèque du Vénézuélien.
Les Sud-Africains eux-mêmes ont tracé la voie. Un Vuvuzela Orchestra existe bel et bien, qui parvient à mettre en valeur la pauvre palette sonore de l’instrument. Curieusement, cet orchestre a été mis sur pied par un espagnol, Pedro Espi-Sanchis, spécialiste des musiques traditionnelles sud-africaines, qui considère que la vuvuzela permet de renouer avec les racines musicales du pays. Mais à quoi ressemble donc un concert de vuvuzelas ? Voici :
Le Vuvuzela Orchestra interprète ici, dans une chorégraphie artistique, Shosholoza, chant traditionnel des travailleurs noirs, devenu ensuite un des symboles de la lutte contre l’apartheid, puis hymne sportif, qui a été interprété notamment par Ladysmith Black Mambazo (de loin la meilleure version), Peter Gabriel et Helmut Lotti !
Sur scène, le Vuvuzela Orchestra est nettement plus spontané :
Bon, je l’accorde, c’est un peu sommaire, mais les musiciens vénézuéliens feront mille fois mieux, j’en suis sûr. Je vois (ou plutôt j’entends) très bien les vuvuzelas accompagner les musiques noires de la côte centrale du Venezuela ou du sud du lac de Maracaibo.
Vuvuzela et politique
Soufflez fort !
Enfin, il y a un troisième domaine où la vuvuzela a un avenir tout tracé au Venezuela : la politique! On imagine sans peine les grands rassemblements politiques, qu’ils soient du gouvernement ou de l’opposition, animés par des dizaines de milliers de trompes en plastique! La totale ! On imagine tout aussi aisément la classe moyenne manifester son mécontentement en troquant la traditionnelle casserole pour la vuvuzela, plus performante. Ainsi, les opposants pourraient jouer de la vuvuzela pendant les interventions de Hugo Chávez à la télévision (là, il leur faudra du souffle! Pour leur faciliter la tâche, il pourront toujours jouer de la vuvuzela virtuelle ou encore brancher en boucle la radio vuvuzula.fm).
Sport, culture, politique : voici donc trois domaines dans lesquels la vuvuzela a toutes ses chances d’être adoptée et bonifiée au Venezuela. Mais si de telles prédictions se vérifient, il n’y aura alors plus de doute : la vuvuzela deviendra bel et bien la vuvuzuela!
Imaginez deux personnes en train de se dire vertement leurs quatre vérités, mais en chantant : c’est le contrapunteo, l’un des genres les plus excitants de la musique des Llanos du Venezuela et de Colombie.
Dans le contrapunteo, deux individus s’affrontent sur un fond musical de style llanero (harpe, cuatro, maracas, basse ou contrebasse). La musique, ici, n’est que prétexte. Elle n’est là que pour donner un rythme soutenu à l’improvisation de coplas (strophes) par les deux chanteurs (appelés ici copleros).
Se disputer en chantant
Le contrapunteo est une sorte de combat que se livrent de strophe en strophe deux ou plusieurs chanteurs. Bien qu’il soit le plus souvent totalement improvisé, il a aussi ses règles : le thème, libre dans certains cas, est parfois imposé. Le genre contrapunteo peut revêtir plusieurs formes : il est dit de pie forzado lorsque les chanteurs doivent terminer chaque strophe par le même vers. Il est appelé encadenado [enchaîné] lorsque le dernier vers d’une strophe doit être repris par l’autre chanteur comme premier vers de la strophe suivante.
Une autre règle concerne la rime des vers : on oblige les copleros à utiliser une terminaison spécifique, par exemple en -a, en -ao, en -anca, en -ansa, en -ato, en -azo, en -ante, en -ero, en -ia, en -ido, en -ino, … –certaines rimes étant bien entendu plus difficiles que d’autres.
Vivacité d’esprit
Ces contraintes obligent les chanteurs à faire preuve d’une grande vivacité d’esprit et de beaucoup de créativité. Car ils doivent en outre donner un sens à leur improvisation, répondre du tac au tac à ce qu’a dit l’adversaire. Certains se feront volontiers agressifs, d’autres joueront plutôt sur la subtilité, d’autres encore sur l’humour.
Un contrapunteo peut durer presque indéfiniment, jusqu’à épuisement des adversaires, bien que le plus souvent on impose aux chanteurs une durée déterminée. À la fin, c’est le public qui décide quel est le coplero qui a été le plus convaincant ou le plus créatif. Un vainqueur est proclamé, mais ce n’est pas toujours le cas. De toutes façons, vainqueur ou pas, les deux adversaires finissent toujours par une forte embrassade au sortir de l’épreuve.
Genre littéraire
Le contrapunteo a indéniablement un rapport direct avec la poésie. La copla bien construite devient un véritable genre littéraire qui consiste à exprimer une idée complète en quelques vers improvisés : une sorte de haïku en moins contemplatif, en quelque sorte. Les thèmes les plus récurrents sont le llano en tant que terroir ; la vie quotidienne du llanero, ce cowboy latino-américain ; ainsi que, sujets évidemment incontournables, l’amour et les femmes ! Les meilleurs copleros sont aussi de grands poètes, comme le sont d’ailleurs nombre d’habitants des Llanos, inspirés sans doute par la nature immense qui les entoure.
À l’instar de toutes les musiques improvisées, le contrapunteo est en soi extrêmement excitant, tant pour le chanteur que pour le spectateur. À chaque fois, devant tant de talent et de créativité, on a l’impression de vivre un événement unique qui ne se répètera plus jamais. En d’autres termes, on est convaincu qu’on se trouve, face à ces deux chanteurs, au bon endroit et au bon moment…
C’est sans doute là le secret de l’énorme force d’attraction du contrapunteo, ce chant venu des profondeurs du llano, dont l’art est transmis de génération en génération.
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Pour illustrer ce billet, voici quelques vidéos. Étant donné la teneur du contrapunteo, il est clair que la connaissance de l’espagnol (de l’espagnol du Venezuela, voire de l’espagnol des llanos du Venezuela) est nécessaire pour l’apprécier à sa juste valeur. Une traduction ne ferait que pâle figure à côté de la créativité linguistique de certaines coplas.
Voici d’abord Alcides Padilla et Eimer Escalona dans un contrapunteo encadenado :
Pour ceux qui veulent écouter la suite, c’est ici et ici (plus de 20 minutes de contrapunteo !)
Le contrapunteo n’est pas réservé aux hommes. Voici Dulce María León et La Negra Linares en pleine action :
Il n’y a pas de loups au Venezuela. Mais le pays possède une louve. Une louve qui chante. Qui se fait un plaisir de remettre à leur place les machos du coin. Et qui, dotée d’une poitrine que n’auraient pas dédaignée Romulus et Remus eux-mêmes, utilise son corps comme d’un appât.
Elle s’appelle Scarlett Linares. À elle seule, elle symbolise la nouvelle femme vénézuélienne : libre, entreprenante, féministe à sa manière; mais aussi coquette, provocante… et parfois soumise.
Faux dur
Ses chansons, dans un style llanero modernisé, sont on ne peut plus caractéristiques. Elle y décrit le macho fier comme un paon à l’extérieur, mais vide et lâche à l’intérieur. Un homme aux apparences fortes qui se déglingue une fois qu’il se trouve dans un lit. Un coureur de femelles incapable d’aimer vraiment. Un faux dur qui ne peut assumer sa vie de manière responsable.
Écoutons-la interpréter Valiente, une des chansons qui fit son succès :
Tu n’es même pas capable
de donner une minute d’amour
ton orgueil stupide t’a fait croire
que tu es un être supérieur
que tu n’as besoin de rien
ni de personne pour te faire émouvoir
tu penses que tu sais tout de la vie
et tu ne sais pas vivre
tu ne cesses de répéter
sous la menace « c’est moi qui m’en vais »
la porte est ouverte, tu pars ou tu restes
c’est ta décision
tu es de ceux qui croient
que parler fort, c’est avoir raison
tu es un lâche, un pauvre type
sans assurance, un homme de carton
et tu te crois courageux
parce que tu élèves la voix
et me fais taire devant les gens
courageux
et au moment où on t’aime tu veux t’échapper
faux amant ardent
tu te sens courageux
parce que tu racontes à tes amis
de histoires auxquelles tu ne crois même pas
courageux
et les jambes te font trembler
quand une femme te demande ce que tu n’as pas…
Je suis fatiguée de t’entendre répéter
que tu es le meilleur
et toujours tu répètes que tu seras à mes côtés
c’est cela ta chanson
ne me fais pas rire, mets un terme à cette farce
tu es un mauvais acteur et tu ne te rends pas compte
que même pour t’en aller tu manques de courage
et tu te crois courageux
parce que tu élèves la voix
et me fais taire devant les gens
courageux
et au moment où on t’aime tu veux t’échapper
faux amant ardent
tu te sens courageux
parce que tu racontes à tes amis
de histoires auxquelles tu ne crois même pas
courageux
et les jambes te font trembler
quand une femme te demande ce que tu n’as pas
Variation sur le même thème avec En carne viva, la chanson qui l’a véritablement lancée :
Comment as-tu pu croire que je ne vaux rien
Si j’ai le cœur à chair vive
Lâche tu as été, tu n’as pas profité
Des meilleures années de ma vie
Va-t-en immédiatement je ne veux plus te voir
Macho insignifiant
Tu te crois plus homme que tous les autres
Parce que tu as beaucoup de maîtresses
Ne me désigne pas ainsi
Avec ton doigt impitoyable
Ne touche pas la blessure
Que tu m’as ouverte sur le flanc
Oublie-moi pour autant que tu le puisses
Pour autant que tu puisses m’oublier
Moi aussi j’ai connu
Le bon côté des amants
Je ne te l’avais pas commenté
Parce que je ne voulais pas t’humilier
Assez de mensonges
Lui aussi a senti ma chair
J’ai fait ce que tu m’as fait
Ce n’est pas une tricherie
Apprend donc à être un bon amant
Ce thème du macho incompétent, exprimé de façon crue et directe, est récurrent dans les chansons de Scarlett Linares. On pourrait encore citer sa chanson Sinverguenza (« De moi tu t’es beaucoup moqué, aujourd’hui c’est à moi de me moquer de toi ») ou Corazón no sufras más (« Bien que tu les aimes beaucoup, ils ne te paient jamais bien »).
Autant dire qu’avec de telles déclarations à l’emporte-pièce, la chanteuse s’est aussitôt gagné un vaste public féminin (comme on peut le voir dans cette vidéo filmée devant public). En effet, souffrant le machisme au quotidien, ce public s’est trouvé immédiatement représenté par des paroles aussi fortes. Pour une fois, une femme osait dire tout haut ce qu’elles ressentaient tout bas.
Féministe, féminine
Il fallait cependant en faire plus pour rencontrer le succès. Certes, il est bien de se présenter féministe, mais il fallait aussi se faire féminine, pour correspondre pleinement à l’imaginaire vénézuélien. Scarlett Linares s’est donc montrée femme dans toute sa splendeur : séduisante, altière, provocante. Comme peut l’être la femme vénézuélienne, jamais à cours de ressources pour être belle. Et comme l’attend l’homme vénézuélien.
D’où, chez Scarlett Linares, l’usage constant d’un corps particulièrement bien formé, le choix de parures minimales et toujours sexy (ce qui, soit dit en passant, irrite les défenseurs de la musique llanera traditionnelle). En un mot, elle utilise les armes de la séduction dans toute leur amplitude.
On retrouve ici une contradiction de fond, inhérente à la femme vénézuélienne : volontiers féministe en pensée, outrageusement féminine en actes. Scarlett Linares, star fabriquée de toutes pièces, en est la représentation presqu’exacte.
Indécences et grossièretés
Une posture aussi ambiguë prête évidemment le flanc à des interprétations toutes différentes de celles qu’affirme véhiculer la chanteuse. Il suffit de lire les commentaires écrits par des hommes à propos de ses vidéos sur Youtube pour se rendre compte que l’objectif féministe est loin d’être atteint. Les indécences et les grossièretés les plus totales répondent à la provocation.
Sur le plan musical, les chansons de Scarlett Linares ont également fait l’objet de plusieurs répliques masculines. « Ce n’est pas que je sois un mauvais amant, c’est que je n’ai rien dû t’enseigner, tu en savais déjà beaucoup », dit le refrain de la plus célèbre de ces chansons. Sous-entendu : tu n’étais pas vierge.
Il existe en France un fou de musique vénézuélienne. Il s’appelle Gilles Bègue et il anime une émission sur Divergence FM, une radio libre de Montpellier. Pas n’importe quelle émission, puisqu’elle est consacrée exclusivement à la musique vénézuélienne. Il s’agit sans doute d’un cas unique en France. Orinoco –c’est le titre de l’émission en question– est diffusée tous les premiers jeudis du mois à 20 heures –heure française–, soit à 14h30 –heure vénézuélienne–. Elle est ensuite reprise le dimanche suivant aux mêmes heures.
Ce jeudi 7 janvier, l’émission porte sur le tambour du Barlovento et sur le calypso vénézuélien. Pour la présenter, laissons la parole à Gilles Bègue, passionné et grand connaisseur de toutes les musiques vénézuéliennes, depuis les musiques populaires jusqu’au jazz, en passant par la musique académique :
Voyage à Barlovento, berceau du tambour afro-vénézuélien, au travers d’une rencontre avec Carlos Longa, professeur de percussion dans le village de Curiepe, avec qui nous découvrirons le son et les rythmes du tambour vénézuélien à l’état brut, sans artifice ni compromis.
Barlovento, sur la côte centrale du Venezuela , à 3 heures de Caracas, est bordée par une grande baie allongée. C’est un des rares endroits du pays où les vents les alizés, venant de la mer et chargés d’humidité, soufflent perpendiculairement à la côte. D’où ce nom de Barlovento (sous le vent). Les colons espagnols n’ont pas mis longtemps à s’apercevoir de la fertilité des terres et de l’excellente disposition du climat pour une culture intensive du cacao. Ils firent venir des esclaves d’Afrique pour travailler la terre. Après l’abolition de l’esclavage, les travailleurs noirs sont restés dans les plantations, continuant à les travailler. C’est vrai qu’ils n’avaient guère le choix. Barlovento est resté isolé jusqu’en 1920, date à laquelle fut construite la première route en provenance de Caracas. La population, en très grande majorité noire, conserva de fait pendant plusieurs siècles ses danses et ses coutumes .
La seconde partie de l’émission nous conduira à la découverte d’un genre musical encore inabordé en cinq années d’émission : Le « calipso de El Callao ». Musique tirant davantage ses origines de Trinidad et Tobago, elle est souvent chantée dans un idiome propre à cette région du sud de l’état de Bolívar, un patois ou papiamiento mélangé à de l’anglais, du néerlandais et de l’espagnol. Cette musique est très appréciée lors du carnaval. Le rhum et la danse font vite oublier que ce dialecte n’est pas compris par la plupart des vénézuéliens.
Diversité des thèmes
Pour vous donner une idée de la diversité des thèmes présentés dans Orinoco –ainsi que de la diversité des musiques du Venezuela–, voici une liste de sujets traités récemment par Gilles Bègue (cliquez pour écouter le podcast) :
Si vous ratez l’émission en direct sur Divergence-FM, vous pouvez l’écouter en podcast sur le blog musical d’Orinoco à l’adresse http://orinoco-divergence.musicblog.fr/. Les anciennes émissions y figurent aussi.
Gilles Bègue nous en offre donc plein les oreilles ! On l’en remercie !