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Hugo Chavez et Simon Bolivar

Sous l'œil de Bolívar...

Spectacle inhabituel à la télévision vénézuélienne la semaine dernière : l’exhumation des restes de Simón Bolívar depuis le Panthéon national. Moment de gloire pour certains, profanation pour d’autres : une fois de plus, les Vénézuéliens se sont divisés en deux blocs antagonistes et irréconciliables.

L’opération avait été commandée par Hugo Chávez lui-même. Qu’est-ce donc qui a poussé le président à faire exhumer le corps du Libertador, 179 ans après sa mort? Pour tout dire, cela fait un bon bout de temps que Hugo Chávez avait cette intention. À plusieurs reprises, il a lancé l’idée que Bolívar a été assassiné. Dans un discours de décembre 2007, il émettait publiquement des doutes sur l’authenticité des restes qui se trouvaient au Panthéon et demandait leur exhumation pour les analyser avec les outils scientifiques du 21e siècle. Mais on en était resté là.

Mort lente ou assassinat?

Hugo Chavez et Simon Bolivar

Une relation particulière

Ce qui a précipité les choses, c’est une recherche récente menée par le docteur Paul Auwaerter, un médecin spécialiste en maladies infectieuses de l’Université Johns Hopkins. Sur base de la littérature décrivant les symptômes qui ont précédé la mort de Simón Bolívar, le Dr Auwaerter est d’avis que le Libertador n’est pas mort de tuberculose -comme l’affirme l’histoire officielle- mais bien d’ingestion d’arsenic.

Le chercheur penche plutôt pour l’hypothèse d’une mort lente naturelle (l’arsenic en petites doses existant à l’état naturel et étant par ailleurs utilisé comme curatif par la médecine de l’époque), mais il n’écarte pas tout à fait pour autant la possibilité d’une mort par empoisonnement. Il conclut en disant qu’une exhumation du corps et une analyse des tissus et des cheveux pourraient apporter des éclaircissements sur les causes réelles de la mort du Libertador.

Équipe muldidisciplinaire

L’occasion était trop belle pour Hugo Chávez. Au Venezuela, une équipe scientifique et technique, formée d’historiens, de médecins légistes et de spécialistes en ADN, a été mise sur pied. L’opération d’exhumation s’est déroulée dans la nuit du 15 au 16 juillet : ouverture du catafalque, prélèvement d’échantillons pour mener des tests aux rayons X et d’ADN, tomographie du crâne afin de réaliser une reconstruction faciale de Bolívar, etc.

À une heure du matin, Hugo Chávez commente sur Twitter :

Hola mis amigos! Que momentos tan impresionantes hemos vivido esta noche!! Hemos visto los restos del Gran Bolívar! [Salut mes amis! Quels moments impressionnants nous avons vécu cette nuit!! Nous avons vu les restes du Grand Bolívar!]

Puis :

Confieso que hemos llorado, hemos jurado. Les digo: tiene que ser Bolivar ese esqueleto glorioso, pues puede sentirse su llamarada. [Je confesse que nous avons pleuré, que nous avons juré. Je vous le dis: ce doit bien être Bolívar ce glorieux squelette, car on peut sentir sa flamme.]

Parallèle historique

Hugo Chavez et Simon Bolivar

Une certaine vision de Bolívar

Les résultats de l’exhumation seront rendus publics et un documentaire sera réalisé. Il reste à espérer que prévaudront les évidences scientifiques sur les pressentiments d’Hugo Chávez.

Car cela conviendrait sans doute au président bolivarien de trouver en Bolívar un héros victime d’assassinat, un martyr de la cause latino-américaine. Cela tracerait un furieux parallèle historique entre son modèle source d’inspiration et sa propre personne, alors que, selon ses propres dires, lui aussi est constamment menacé d’assassinat. De quoi l’assimiler au héros et au martyr, cette figure toujours populaire parmi les foules.

Présence de la mort

Au fond et au bout de tout cela, il y a la mort : le culte à la mort, qui n’est jamais loin de la vie en Amérique latine. Cette sorte de flirt constant avec la grande faucheuse, auquel la politique elle-même ne semble pas pouvoir échapper.

Exhumation, arsenic, assassinat, martyr : tout, dans cette histoire, ramène à la mort. Jusqu’au slogan en vigueur dans la république bolivarienne d’Hugo Chávez, qui fut prononcé à maintes reprises durant la macabre opération : Patria socialista o muerte!

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Images de l’exhumation du corps de Simón Bolívar, sur fond d’hymne national :

Lire aussi :

El amor, la muerte

Eros, Thanatos. Les voici une fois de plus réunis en un seul lieu. Et quel lieu! Un dépôt d’immondices sauvage, comme il en abonde par ici, en bordure d’une petite route menant aux Pueblos del Sur.

Passant par là l’autre jour, j’ai dû freiner sec pour en croire mes pupilles. Oui, c’est bien un cercueil en bonne et due forme qui se trouve là! Un de ces cercueils « modernes » en métal imitation bois. Il semble complet et en bon état, avec couvercle et tout. Non sans quelque crainte, je m’approche pour l’examiner de plus près : ouf, il est vide! Mais comment et pourquoi ce grand objet inutilisé est-il arrivé là? Le mystère reste et restera entier…

Attiré et fasciné par la boîte morbide, je n’avais pas remarqué, au premier abord, le soutien-gorge suspendu au fil de fer barbelé. il était, lui, en moins bon état, éreinté par le temps passé là. Mais la même question se posait : pourquoi et comment cette pièce intime avait-elle atterri dans un endroit aussi repoussant?

Sur cette rencontre fortuite entre un objet de mort et un objet d’amour (ou tout au moins de sexe), on peut imaginer des dizaines d’histoires, toutes plus ou moins nauséabondes. Je les laisse à votre imagination.

De mon côté, je me lance dans la rédaction d’un polar haletant, dont l’action se déroulera, bien entendu, au Venezuela. Exotisme garanti.

El general en su laberinto Je suis sans doute le dernier à l’avoir lu. Toujours est-il que je viens de terminer la lecture du roman El general en su laberinto [Le général dans son labyrinthe] que publia en 1989 Gabriel García Márquez.

Dans ce récit de caractère historique, le grand écrivain colombien raconte les derniers mois de la vie de Simón Bolívar, le Libertador de l’Amérique latine.

Roman dramatique, déchirant, historiquement très bien documenté, qui nous fait descendre le río Magdalena, au cœur de la Colombie, en compagnie du héros déchu et des ses derniers fidèles. À ses côtés, nous errons de ville en ville, de hacienda en hacienda, jusqu’à Santa Marta, terme final de la vie de celui qui, quelques années ou quelques mois auparavant, était encore adulé par les foules . Une longue et lente descente aux enfers, jusqu’à la mort inéluctable, attendue dès le début du récit.

De sa main de maître, García Márquez nous fait partager dans la souffrance les derniers moments du général. Au fur et à mesure que l’on tourne les pages, un mythe tombe, tandis qu’un homme se révèle, un humain comme vous et moi : c’est là tout le talent de García Márquez de faire descendre Bolívar de sa statue pour en faire un vivant. Je ne peux que vous recommander de lire ou relire ce roman, qui est aussi un exceptionnel cours d’histoire.

J’en étais aux dernières pages de ce funeste labyrinthe lorsque, partout –à la télévision, sur Internet, jusque dans la presse bien pensante, catholique de surcroît– on s’empara de l’histoire d’une jeune femme qui, il n’y a pas si longtemps, fut également une héroïne des foules : Britney Spears. Et de nous rabâcher les oreilles, de nous en mettre plein les yeux avec la déchéance de la pop star, son enfermement dans une clinique psychiatrique, les coups donnés à son fils, sa nouvelle relation, et même un jeu macabre qui consiste à parier sur sa mort prochaine. Descente aux enfers là aussi, mais en mode téléréalité.

Le philosophe qui dort en moi (heureusement qu’il dort d’ailleurs…) s’est aussitôt mis en branle : n’existe-t-il pas un parallèle, sinon entre ces deux destins, du moins entre l’effet qu’ils produisent sur les foules : une espèce d’attraction fatale pour le héros qui tombe, pour le mythe qui trébuche ; un désir forcené de rendre à nouveau humain celui ou celle qui ne l’était plus tout à fait. Humain jusqu’à la déchéance, jusqu’à la mort.

Britney SpearsJe vous laisse sur cette réflexion inachevée. Vous la continuerez. Pour ce faire, plutôt que d’écouter le dernier disque de Britney Spears –ou pire, de perdre votre temps à lire toutes les conneries qui s’écrivent et se publient à son sujet– lisez, s’il vous plait, Le général dans son labyrinthe.

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