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Stefania Fernandez, miss univers 2009

Stefania Fernández, Miss Univers 2009, arbore le drapeau vénézuélien à sept étoiles lors de l'édition 2010 du concours

Au Venezuela, les concours de beauté sont presque une affaire d’État. Voyez ce qui s’est produit lors de l’édition 2010 de Miss Univers, organisé le 23 août dernier à Las Vegas et remporté par la mexicaine Jimena Navarrete.

Passons d’abord sur ce que disent d’aucuns, ici au Venezuela : la candidate vénézuélienne Marelisa Gibson, pourtant l’une des grandes favorites du concours, a été proprement écartée du podium, car il était éthiquement impossible de couronner une miss vénézuélienne pour une troisième année consécutive. Ce ne sont là, faut-il le dire, que misérables potins de forums Internet…

En fait, le véritable incident est passé inaperçu aux yeux de la planète, excepté au Venezuela –toujours prompt à s’échauffer politiquement dès que la moindre occasion se présente. Et le scandale est venu non pas de la candidate 2010, mais de Miss Univers 2009, la Vénézuélienne Stefania Fernández. Ne voilà-t-il que lors de son défilé d’adieu à la couronne, elle sort comme par enchantement un drapeau vénézuélien, l’agite fébrilement et s’offre même le luxe de verser une douce larme sur le tissu tricolore.

Une sombre affaire d’étoiles

Il n’y a là rien que du beau, du touchant, de l’émouvant, pas vrai ? Oui, sauf que le drapeau vénézuélien qu’elle arborait n’était pas l’actuel : il ne comportait que sept étoiles, et non huit. Une petite étoile qui fait toute la différence : en effet, le drapeau à sept étoiles est celui de la 4e République, celui à huit étoiles est celui de la république bolivarienne instaurée par Hugo Chávez. Pour explication : les sept étoiles représentent les sept provinces qui formèrent la Confédération américaine du Venezuela et se déclarèrent libres et indépendantes le 5 juillet 1811. Récemment, le 9 mars 2006, l’Assemblée nationale a approuvé l’inclusion d’une huitième étoile, en représentation de la province de Guayana, comme l’avait décrété Simón Bolívar dans un décret de novembre 1817.  Pour beaucoup dans l’opposition, le drapeau à huit étoiles est devenu le « drapeau de Chávez ». C’est à peine s’ils le respectent.

Il n’en fallait pas plus pour lancer une controverse nationale à la suite du geste de Stefania Fernández, un geste qui n’est sans doute pas entièrement dû au hasard. En deux temps trois mouvements, la miss est devenue une courageuse héroïne pour les uns,  une infâme scélérate pour les autres. À un mois d’élections cruciales pour élire les députés à l’Assemblée nationale, cet incident mineur en apparence avait tout pour attiser les tensions dans une société déjà complètement polarisée. D’où son instrumentalisation rapide tant par les politiques que par la presse, people ou non.

Robe rouge

Stefania Fernández, Miss Univers 2009

La robe rouge tant décriée

Le plus amusant de l’histoire, c’est qu’il y a tout juste un an, lors de son élection de Miss Univers, la même Stefania Fernández avait été soupçonnée de chavisme, simplement parce que sa robe de gala était rouge ! Peu après son sacre, Hugo Chávez en personne lui avait donné son appui en tant qu’ambassadrice du Venezuela à l’étranger. C’en était trop : elle devenait automatiquement une miss roja rojita, comme on désigne ici les partisans de Chávez.

Lors de sa sortie d’adieu à Miss Univers 2010, a-t-elle voulu se dédouaner de cette empreinte lourde à porter ? Peut-être, mais allez donc savoir ce qui se passe dans la tête d’une Miss Univers, après un an de règne, de voyages et de rencontres aux quatre coins du monde…

Qu’importe, finalement. L’incident illustre plutôt la piètre qualité du débat politique qui se déroule au Venezuela. C’est ici simplissime : tu es rouge ou t’es pas rouge. Si t’as une chemise rouge, c’est que t’es rouge. Si tu comptes pas bien les étoiles du drapeau, c’est que t’es pas rouge… Tu regardes Globovisión [la chaîne de télévision d'opposition] ? T’es pas rouge non plus. Pasqu’y faut regarder Venezolana de Televisión [la chaîne de télévision officielle] pour être rouge… T’achètes au supermarché Bicentenario [récemment nationalisé par Chávez]? T’es rouge ! T’as pas de compte au Banco Venezuela [banque nationalisée] ? T’es vraiment pas rouge !

Pas de doute : à voir aussi rouge, il y en a beaucoup qui s’approchent dangereusement du degré zéro de la politique !

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En prime : les adieux de Stefania Fernández lors du concours Miss Venezuela 2010, drapeau en main !

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Dayana Mendoza

Dayana Mendoza

Voilà. On en a une de plus. C’est la cinquième, me dit-on. La cinquième Miss Univers vénézuélienne. La jolie s’appelle cette fois Dayana Mendoza. Dayana comme la princesse Diana, prononcé à l’anglaise, écrit à l’espagnole.

Dire que l’on croyait que l’industrie de la beauté féminine se trouvait en chute libre au Venezuela! Depuis que ces merveilleux concours existent, le Venezuela avait produit rien de moins que cinq Miss Monde et cinq Miss Univers -pas mal pour un pays qui n’était connu que pour son pétrole, et encore… Mais la dernière victoire remontait à 1996, lorsqu’Alicia Machado remporta le Miss Univers. Autant dire que ces douze longues et interminables années furent une véritable traversée du désert. De quoi désespérer tout un peuple!

La victoire de Dayana Mendoza tombe donc à point nommé. Certaines mauvaises langues commençaient à jeter la pierre sur le chavisme. À cause de son (mauvais) goût pour l’égalitarisme et de sa pratique du nivellement par le bas, celui-ci aurait en quelque sorte enlaidi les filles! Rien de tout cela : Dayana vient nous dire qu’elles sont plus belles, plus gaillardes et plus provocantes que jamais. Ouf! Chávez est sauf. Ira-t-il jusqu’à recevoir mademoiselle Mendoza dans son palais de Miraflores? Je suis sûr qu’il ne dirait pas non.

Que dire de Dayana Mendoza? Qu’elle a sa page (déjà mise à jour) dans Wikipedia. Qu’elle fut mannequin pour l’agence Elite et a défilé pour Versace et Roberto Cavalli. Qu’elle fut victime en 2007 d’un enlèvement, expérience bien vénézuélienne qui lui a permis, dit-elle, de garder tout son calme face au jury de Miss Univers! Qu’elle n’hésite pas à philosopher en affirmant que « les hommes pensent que la manière la plus rapide d’aller à un point est d’y aller tout droit. Les femmes savent que la manière la plus rapide d’aller à un point est de suivre les courbes ».

Soyons donc femmes et suivons les courbes. La photo ci-dessus nous y aidera.

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