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Correo del Orinoco

Le premier numéro du "Correo del Orinoco" (27 juin 1818)

Tout régime politique a besoin de symboles forts : Marianne en France, le Mayflower au États-Unis, Guillaume Tell en Suisse, et j’en passe. Dans la République bolivarienne du Venezuela de Hugo Chávez,  on va nécessairement les trouver du côté de Simón Bolívar, héros de l’indépendance du pays et libertador de plusieurs républiques d’Amérique latine.

Tout ce qui touche à Bolívar a donc une valeur spéciale dans le pays. Aussi n’est-il pas étonnant que lorsqu’il s’est agi de trouver un titre pour le nouveau quotidien « officiel » appelé à être le porte-parole du gouvernement, on ait choisi celui de Correo del Orinoco [Courrier de l'Orénoque], celui-même d’une publication qui a joué un rôle fondateur dans l’histoire du Venezuela.

En effet, le Correo del Orinoco fut fondé par Simón Bolívar à la suite de ses succès dans la campagne de Guyane, épisode important de la guerre d’indépendance. « Envoyez-moi d’une façon ou d’une autre une imprimerie, qui sera aussi utile que les munitions » écrivait-il en septembre 1817 à Fernando Peñalver, qui se trouvait à Trinidad pour, précisément, assurer la fourniture d’armes aux patriotes. L’objectif de Bolívar était de mettre su pied une publication qui contrerait l’influence de la royaliste Gaceta de Caracas. Un mois plus tard, en octobre 1817, arrivait à Angostura –l’actuelle Ciudad Bolívar– à bord de la goélette María, un petit atelier typographique en provenance de la Jamaïque.

Périodicité hebdomadaire

C’est donc à Angostura, capitale de la province de Guyane, qu’est publié, le 27 juin 1818, le premier numéro du Correo del Orinoco. Il comprend quatre pages et est imprimé sur une machine mue par la force des bras.  Son premier article est un bulletin de l’état-major de l’armée de libération, signé par Francisco de Paula Santander, futur opposant politique de Simón Bolívar. Le premier directeur de la publication est Francisco Antonio Zea.

Le Correo del Orinoco avait une périodicité hebdomadaire et paraissait tous les samedis. Au total, 133 numéros ont été publiés jusqu’en 1822, dont cinq extraordinaires, à l’occasion d’importantes victoires militaires, comme celles de Boyacá et Carabobo. Le périodique des patriotes a publié un grand nombre de décrets, de lois, de bulletins militaires, de lettres et de proclamations. Parmi celles-ci, le célèbre discours d’Angostura, prononcé par Simón Bolívar devant le Congrès en février 1819. Il publiait aussi des avis sur l’entrée et la sortie des navires, des anecdotes diverses et même des poèmes. D’une manière générale, il informait sur les succès militaires et politiques de la construction de la République de Colombie, ou Grande Colombie.

Très tôt, le Le Correo del Orinoco s’internationalise. Le 8 août 1818 est publiée une première édition bilingue, comprenant notamment un article sur la route de navigation sur l’Orénoque, destiné à faciliter l’arrivée à Angostura de navires étrangers alliés. La publication a également repris des articles de la presse étrangère en français et en anglais. Son dernier numéro fut publié le 23 mars 1822.

Le nouveau Correo del Orinoco

Premier numéro du nouveau « Correo del Orinoco »

L’artillerie de la pensée

187 ans plus tard, le Correo del Orinoco renaît de ses cendres, sous l’impulsion d’un certain Hugo Chávez. Le 30 août 2009, il revient dans les kiosques du Venezuela dans sa nouvelle formule : un quotidien de format tabloïde et d’une vingtaine de pages, dont le sous-titre évoque les « munitions » dont parlait Simón Bolívar dans sa lettre à Peñalver : La artillería del pensamiento [L'artillerie de la pensée]. Son contenu est évidemment proche de la ligne gouvernementale (il publie notamment Las líneas de Chávez). Toutefois,  comme tout quotidien qui se respecte, il comprend aussi des sections sportives et culturelles moins politisées. Grâce aux subsides dont il bénéficie, son prix est trois fois moindre que celui de ses concurrents : il se pose ainsi en journal populaire.

L’objectif du nouveau Correo del Orinoco est clair : faire front à la guerre médiatique que pratiquent assidument les grands quotidiens privés du pays, El Nacional et El Universal en tête, secondés par les agences de presse internationales et la plus grande partie de la presse étrangère. Tâche particulièrement difficile et ingrate, qui s’avère être une bataille de David contre Goliath.

Qu’à cela ne tienne : comme celui de Simón Bolívar, le Correo del Orinoco de Chávez a senti la nécessité de s’internationaliser. À partir du 4 février prochain sortira chaque vendredi une édition hebdomadaire en langue anglaise, sous la direction de l’avocate et activiste bien connue Eva Golinger. Un numéro 0 est déjà paru comme encarté dans le journal en langue espagnole du 22 janvier 2009. Sont projetées des versions en langue portugaise, en créole et même en wayuunaiki (la langue de la communauté indienne wayuu, qui comprend quelque 500.000 personnes vivant entre la Colombie et le Venezuela).

Le Correo del Orinoco n’est sans doute pas le meilleur journal du monde. Mais toute personne intéressée par le Venezuela contemporain devrait le consulter. On y trouve des informations qu’on ne trouve nulle part ailleurs et on y reçoit un point de vue qui n’est pas celui des médias dominants. Le tout enrobé dans une présentation pratique et agréable.

Même les opposants politiques, oserais-je dire, auraient tout intérêt à le lire régulièrement. Forts du point de vue opposé au leur, ils pourront peut-être ainsi développer un discours politique plus consistant et plus intelligent contre le personnage qui les empêche de dormir…

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> Télécharger le Correo del Orinoco, édition du 22-01-2009 (en espagnol)
> Télécharger le Correo del Orinoco international, numéro 0 du 22-01-2009 (en anglais)

Pour le retour de la chaîne TV5 Monde dans la programmation de DirecTV en Amérique latine

Coup dur pour les francophones et francophiles du Venezuela et d’Amérique latine : le 1er janvier 2010, DirecTV, le plus important service de télévision par satellite dans plusieurs pays d’Amérique latine, a retiré la chaîne francophone TV5 Monde de sa programmation, sans la moindre justification ni avis préalable.

Pour les francophones qui résident en Amérique latine, TV5 représente un lien important avec leur pays et leur culture d’origine. Pouvoir, sur une même chaîne, regarder les journaux télévisés de France, de Belgique, du Canada et de Suisse représente un réel privilège. Sans compter les autres émissions d’information, les films, les séries, les variétés, les jeux.. Au total, une programmation tous publics plutôt intelligente.

Pour les Latino-américains francophiles (ils sont encore nombreux, quoiqu’on dise), TV5 est une fenêtre importante sur la culture qu’ils apprécient et qu’ils défendent. Et pour tous ceux qui apprennent le français en Amérique latine, c’est une possibilité d’apprentissage et de perfectionnement.

Ce large public –même s’il est moins large que les fans de CNN ou de Disney TV– a le droit de bénéficier d’au moins une chaîne en langue française parmi les dizaines de chaînes diffusées par DirecTV, qui comprennent une ou plusieurs chaînes en anglais, en portugais, en allemand, en arabe, en chinois, notamment.

Réagir

Il n’y a plus, maintenant, de chaîne en langue française sur DirecTV en Amérique latine. J’ai donc décidé de réagir.

J’ai d’abord créé un groupe dans Facebook : Pour le retour de TV5 dans la programmation de DirecTV en Amérique latine, histoire de nous informer mutuellement sur la situation dans les différents pays concernés. Pour l’instant, on sait que l’Argentine, l’Uruguay et le Venezuela sont touchés par la mesure de DirecTV, mais on ne connaît pas la raison officielle de la suppression de TV5, l’entreprise ne donnant aucune explication (du moins ici).

J’ai ensuite créé une pétition en ligne, également intitulée Pour le retour de TV5 dans la programmation de DirecTV en Amérique latine.

Alors, que vous viviez en Amérique latine ou que vous n’y viviez pas, que vous aimiez TV5 ou que vous ne l’aimiez pas, je pense que ça vaut la peine de donner un petit coup de pouce pour défendre la présence francophone dans le continent latino-américain. Je vous invite donc à vous faire membre du groupe Facebook (si vous utilisez Facebook) et à signer la pétition en ligne :

Pour le retour de TV5 Monde sur DirecTV en Amérique latine

Les francophones et francophiles de par ici vous en seront reconnaissants.

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>> Lire  le communiqué de TV5 Monde : Suppression de TV5MONDE de l’offre DIRECTV (en français)
>> Leer el comunicado de TV5 Monde : Supresión de TV5MONDE en DIRECTV (en español)

Le chavisme pour les nuls : c’est ainsi que s’intitule le premier des quatre volets que l’émission “Sur les docks” consacre au Venezuela sur les ondes de France-Culture. Alexandre Héraud et Yvon Croizier en sont les maîtres d’œuvre.

Au travers d’un abécédaire qui –si l’on en juge par les extraits cités çà et là– ne sera pas piqué des vers, on y passera en revue les bonheurs, heurs et malheurs du chavisme, du « A » d’Alegria (joie) ou d’Autoritarisme au « T » de Tristesse, en passant par le « C » de Caudillisme, ou encore celui de Cambio (changement). Sans concession, ce premier volet cherche à donner un éclairage original –quoiqu’imparfait– sur la complexité de ce qui se produit réellement au Venezuela par les temps qui courent.

Divers éclairages

Intitulée Le Venezuela: voyage au pays de Chávez, l’émission comprend quatre volets de 55 minutes, qui offriront, au travers de multiples interviews, divers éclairages sur le processus socio-politique en cours au Venezuela. Elle sera diffusée sur France-Culture du lundi 30 novembre au jeudi 3 décembre, de 17 h à 17 h 55, heure française (soit de 11h30 à 12h25, heure vénézuélienne).

Mais laissons Alexandre Héraud présenter lui-même en détail l’émission qu’il a produite, nous expliquer sa démarche et nous donner, par la même occasion, ses impressions du Venezuela :

Les quatre volets sont les suivants [Note : j'ai ajouté les podcasts après la diffusion des émissions] :

  • Le chavisme pour les nuls – Abécédaire du chavisme (lundi 30 novembre 2009)

  • L'équipe de "Sur les docks" à Caracas

    L'équipe de "Sur les docks" à Caracas

  • Mais qui est donc Lina Ron ? Portrait d’une révolutionnaire en armes (mardi 1er décembre 2009)

  • 23 de Enero, Caracas : une ballade révolutionnaire (mercredi 2 décembre 2009)

  • Attention Monsieur Branger ! (jeudi 3 décembre 2009)

En prime, voici un petit montage photographique-artistique sur le Venezuela réalisé par Alexandre Héraud lui-même :

Hugo Chávez dans son émission "Aló Presidente"

Hugo Chávez dans son émission "Aló Presidente"

Même ses adversaires politiques, lorsqu’ils ne sont pas de mauvaise foi, le reconnaissent : Hugo Chávez est un grand communicateur. S’il irrite, ce n’est pas parce qu’il est mauvais, mais parce qu’il est trop bon! Ses ennemis ont peine à le concurrencer sur ce terrain-là, et cela les met en rogne. Car en politique, être un bon communicateur fait gagner des votes, des centaines de milliers de votes.

La carrière de communicateur d’Hugo Chávez a débuté publiquement au matin d’un certain 4 février 1992, dans une circonstance très spéciale.

Face à l’échec du coup d’État qu’il dirigeait, Hugo Chávez demande à ses compagnons d’armes de se rendre. Il le fait avec un aplomb et une confiance en soi remarquable, assumant personnellement la responsabilité entière de ce qui s’est produit. En moins d’une minute, il fait devant les caméras du pays une prestation mémorable. Beaucoup retiendront de ces quelques paroles deux petits mots : por ahora (pour le moment), par lesquels il laissait entendre qu’il avait certes perdu une bataille, mais pas la guerre. Bref, grâce à ce don presqu’inné pour la communication, le vaincu du jour se transforme pratiquement en vainqueur.

Producteur et animateur

Arrivé au pouvoir, Hugo Chávez a tout loisir de mettre à profit ses qualités de communicateur. Il ne s’en prive pas, utilisant tous les moyens à sa portée. Pour la télévision, le média le plus populaire, il crée sa propre émission hebdomadaire, Aló Presidente, dont il est à la fois le producteur et l’animateur. Chaque dimanche, en direct depuis un lieu différent du pays (et parfois de l’étranger), il tient le micro et l’écran pendant plusieurs heures pour traiter des sujets les plus divers. À la radio, les nombreuses cadenas (diffusion en chaîne obligatoire pour toutes les radios du pays) viennent régulièrement perturber les programmations normales. Dans la presse écrite, il tient une espèce de blogue, Las Líneas de Chávez, publié dans plus d’une vingtaine de publications nationales et régionales et repris sur Internet.

Bref, l’homme est omniprésent dans les médias, cherchant à contrebalancer ainsi la machine anti-Chávez des médias dominants –laquelle est plus omniprésente encore, faut-il le préciser? S’il irrite ses opposants, il charme ses partisans, utilisant un langage à leur portée –leur langage– pour leur dire des choses qu’ils n’ont pas l’habitude d’entendre.

L’instit

Chávez se transforme ainsi en un véritable professeur, ou mieux, un instituteur –c’est-à-dire une sorte de guide complice dont on respecte non seulement l’enseignement, mais aussi l’attitude. En d’autres termes, il dépasse le simple savoir pour arriver à l’être. Et là se trouve sans doute le secret de son indéniable succès auprès des millions de laissés-pour-compte de la Venezuela pré-Chávez : paysans, ouvriers, marginaux aux petits emplois précaires, etc.

Cela nous vaut quelques « leçons » à la fois simples et profondes –une mixture pas vraiment facile à obtenir. Des leçons destinées en priorité à ces laissés-pour-compte qui, grâce à l’effort de pédagogie populaire de leur président, se sentent enfin devenir « quelqu’un ». Mais des leçons que ne devraient pas négliger pour autant (comme ils le font trop souvent) les gens « cultes », les élites, car elles véhiculent des valeurs sociales universelles qui devraient être internalisées par tous : solidarité, respect, fraternité, ouverture à l’autre…

Voici quelques exemples, sous-titrés en français, de ces interventions opportunes d’Hugo Chávez (remercions au passage Librepenseur007 qui les publie sur Dailymotion) :

Sur la morale et l’éthique sociale (juin 2009):

Sur la liberté d’expression (interview au festival de cinéma de Venise le 6 septembre 2009):

Sur les classes sociales et la relation de la bourgeoisie avec la démocratie et l’éducation (Aló Presidente du 13 septembre 2009):

Il est plutôt étonnant, n’est-ce pas, d’entendre un président parler de la sorte ? Combien voudrait-on que d’autres suivent l’exemple et soient également des « instituteurs » au service de leur peuple.

Stefania Fernández, tout un univers

Stefania Fernández, tout un univers !

Après de longues semaines d’absence de ce blogue (vacances obligent), me voici de retour. Avec un tout beau chiffre : venezueLATINA vient de franchir la barre fatidique des 100.000 visiteurs, ce qui, sur tout blogue qui se respecte, mérite festivités et autofélicitations.

Je n’irai pas jusque là. Le constat que j’avais fait lors des 50.000 visiteurs reste fondamentalement le même et mon article d’il y a presque deux ans Au pays des seins siliconés continue à caracoler largement en tête du hit parade du blogue (6746 vues contre 3873 pour son second). Conclusion : l’intérêt pour les seins siliconés ne tarit décidément pas de par le monde !

Pour ce retour, m’inspirant du Charlie Hebdo de la grande époque qui proposait systématiquement “Les couvertures que vous avez manquées”, je vous ai concocté un petit pot-pourri sur le thème “Les billets que vous avez manqués”. Voyons voir.

Y’a plus de suspense dans l’Univers!

La belle du jour

La belle du jour

Le 23 août, la vénézuélienne Dayana Mendoza, Miss Univers 2008, couronne la vénézuélienne Stefania Fernández Miss Univers 2009. Les années se suivent et se ressemblent. Le suspense est mort. Et pour ceux qui en douteraient encore, crise ou pas, l’usine vénézuélienne à fabriquer des misses continue à fonctionner à plein rendement. Comme le dit Gael dans son blogue : « Alors pourquoi tant de couronnes ?! Simple: Miss France et Miss Venezuela ne jouent pas dans la même cour. Y’a une sacrée différence entre une jeune fille recrutée dans une discothèque pourrie au fin fond de la Creuse et une jeune fille qui, depuis qu’elle a 4 ans, a toujours rêvé d’être quelqu’un grâce à un concours de beauté. » Petit frisson de fierté supplémentaire : Stefania vient de Mérida, la ville où j’habite. Elle est la preuve vivante que l’on peut conquérir l’univers depuis ce petit coin des Andes !

La nouvelle loi sur l’éducation fait couler plus d’encre qu’il n’en faut !

Une école vénézuélienne

Une école vénézuélienne

Situation tendue et manifestations en tous sens dans le pays à propos de la nouvelle loi sur l’éducation qui a été adoptée le 14 août par le congrès vénézuélien. Il n’y a pas de quoi fouetter un chat, cependant. Comme le signale Jean-Jacques Kourliandsky, chargé de recherche à l’Institut de relations internationales et stratégiques, “la loi sur l’éducation adoptée par le Venezuela est une loi laïque“. Mais c’en est trop pour les opposants qui y voient avant tout l’interdiction de la religion à l’école, ô horreur! La perspective d’une éducation non élitiste telle que proposée par la loi perturbe également les élites, bien évidemment. Jean-Jacques Kourliandsky explique : « Il y a de la part de certaines élites traditionnelles du Venezuela comme dans d’autres régions de l’Amérique latine une suspicion à l’égard de tous ceux qui veulent donner une impulsion plus sociale à la politique. Pour tout gouvernement qui souhaite gérer le pays à l’européenne, il y a une accusation immédiate de totalitarisme, de communisme. » Comme d’habitude, c’est la boursouflure du langage, dans les deux camps, qui s’impose. Avec les risques de dérapage que cela implique. Pour remettre quelques pendules à l’heure sur la nouvelle loi, lisez l’article Mr. Langellier prend un aller simple pour le pays des soviets, par Thierry Deronne et consorts.

La guerre des médias continue de plus belle

Titre percutant pour article dégradant

Titre percutant, article dégradant

Selon Martine Gozlan (qui titre hardiment Hugo Chávez vire –vraiment– autocrate dans Marianne), le gouvernement vénézuélien a fermé une trentaine de radios.  En fait, la CONATEL –le CSA vénézuélien– a révoqué légalement des concessions périmées ou acquises frauduleusement et compte attribuer les fréquences à des radios communautaires. Dans L’Express, Axel Gilden n’est pas en reste : « Le Venezuela est devenu, sous Chávez, une autocratie gérée comme une hacienda. La pauvreté n’a pas reculé. La criminalité a explosé. Les emprisonnements politiques arbitraires se multiplient. Les atteintes à la liberté d’informer sont devenues la norme. La guérilla “bolivarienne” des Farc (coupable de crimes odieux et d’enlèvements par centaines) compte sur l’appui déclaré du président “bolivarien” ». En trois phrases, tous les poncifs sont là. Bel esprit de synthèse ! Ces exemples confirment que la guerre médiatique n’est pas près de se terminer et devient un véritable enjeu –non seulement au Venezuela, mais jusque dans les plus belles démocraties du monde. Voici quelques textes à lire pour décrypter cette nouvelle guerre contemporaine :

Hugo Chávez fait son cinéma à Venise

À la Mostra de Venise, Oliver Stone présentait son dernier film, South of the Border, un documentaire qui est une sorte de road movie politique sur le renouveau socio-politique en Amérique Latine. Hugo Chávez en est évidemment l’un des protagonistes, aux côtés de sept autres présidents progressistes d’Amérique latine. Ne faisant ni une ni deux, le président vénézuélien a débarqué presque sans avertir à Venise et s’est transformé en star d’un soir, dans un festival par ailleurs réputé pour être le plus politisé de tous. Un reportage du quotidien mexicain El Universal illustre parfaitement l’événement :

Quant au film lui-même, en voici la bande-annonce, qui vous donnera une idée de son contenu :

Hugo Chávez plaisante avec le roi Juan Carlos

« Tiens, tu t’es laissé pousser la barbe comme Fidel Castro ! ». C’est ainsi que Hugo Chávez s’est adressé au roi d’Espagne, lors de l’étape madrilène de son récent tour d’Europe. Après le célèbre ¿Porqué no te callas? [Pourquoi tu ne la fermes pas?] lancé par un Juan Carlos exaspéré à Chávez lors d’un sommet ibéro-américain à Santiago, le moins que l’on puisse dire, c’est que les relations entre les deux hommes se sont améliorées. Et pour cause : la compagnie pétrolière espagnole Repsol vient de découvrir un énorme gisement de gaz au large des côtes vénézuéliennes. Il y a donc de bonnes affaires à développer ensemble. C’est amplement suffisant pour justifier une réconciliation entre le roi et le président. Les milieux d’affaires applaudissent.

Hugo Chávez (encore lui) déclare son amitié pour Sarkozy

Chavez se confie au Figaro

Chávez se confie au Figaro

Dans une interview exclusive au Figaro publiée le 9 septembre, Hugo Chávez dévoile l’état de ses relations avec la France : « Avec l’ancien président Chirac, j’avais d’excellentes relations sur le plan personnel, mais aussi au niveau politique et économique. Avec le président Sarkozy, nous avons continué. Il est devenu mon ami. C’est un homme étonnant. Un jour, il m’a dit en plaisantant : “Tu es l’ami de Fidel Castro, je suis l’ami de Bush. À nous deux, nous pouvons être les maîtres du monde.” Plus sérieusement, nous sommes de bons amis, nous nous sommes rencontrés plusieurs fois. Il y a un potentiel important de coopération en matière pétrolière. »

Au delà, le président vénézuélien parle dans cette interview de ses relations avec l’Iran (« Je suis effectivement ami avec le président Ahmadinejad. Je suis son allié. Je le remercie d’ailleurs pour les transferts de technologie de l’Iran au Venezuela. Nous avons signé un nouvel accord la semaine dernière à Téhéran. L’Iran a le droit de développer son énergie nucléaire comme le font la France, de nombreux pays et le Venezuela, pourquoi pas »), avec Obama (« À la main tendue de Barack Obama, j’ai offert la mienne. Je lui ai dit, comme je l’avais fait avec George Bush, “je veux être votre ami”. Nous avons parlé et je lui ai offert un beau livre sur l’Amérique latine. Malheureusement, l’arrivée d’Obama a entraîné beaucoup d’espoir, mais peu de changements. (…) Je pense que le président Obama devrait réfléchir à ce que lui a proposé aussi bien le président brésilien Lula que la présidente argentine Kirchner : la mise en place d’un grand plan Marshall en faveur de l’Amérique latine »), du Proche-Orient (« Je reconnais le droit d’Israël à vivre, comme celui de tous les autres pays. Ils ont tous les mêmes droits, y compris le futur État palestinien. Mais Israël doit respecter ce principe d’autodétermination pour les Palestiniens. »).

Hugo Chávez (toujours lui) annonce l’achat de missiles russes “qui ne ratent pas leur cible”

De retour de Russie, où il a rencontré ses compères Medvedev et Poutine –et reconnu, au passage, les républiques d’Ossétie du Sud et d’Abkhazie–, Hugo Chávez relate à son bon peuple, du haut de son balcon du palais de Miraflores, les résultats de son voyage. il annonce en particulier l’achat de missiles russes “qui ne ratent pas leur cible” :

Tout cela est à replacer dans le cadre du réarmement de plusieurs pays d’Amérique Latine et en particulier du droit accordé par la Colombie aux États-Unis d’utiliser six de ses bases militaires. Voici quelques articles récents pour situer cela dans son contexte :

Tout cela nous mène loin de Stefania Fernández par qui j’avais commencé ce billet. Pour clore cette revue sur un ton plus léger, je reviens sur elle avec une photo rétro assez inattendue, qui nous fera peut-être réfléchir sur le concept de beauté :

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chavez_baseball

Depuis le 22 janvier 2009, un nouveau blogueur a fait son apparition : Hugo Chávez. C’est depuis cette date, en effet, que le virulent président du Venezuela publie religieusement les Líneas de Chávez [Les lignes de Chávez]. Je dis religieusement parce que, à raison d’un article par semaine, il n’a pas manqué un seul rendez-vous avec ses lecteurs depuis le début de cette nouvelle aventure journalistique.

Hugo Chávez suit ainsi son émule Fidel Castro qui, lui, publie depuis plusieurs années une suite de billets intitulée Las reflexiones de Fidel sur Internet. Pour dire vrai, tant les Líneas de Chávez que les Reflexiones de Fidel s’apparentent à des colonnes d’opinion dans un journal. Ni l’un ni l’autre ne sont de vrais blogueurs, car on les lit à sens unique : leurs écrits ne permettent pas l’interaction avec le lecteur, notamment sous forme de commentaires.

Lignes de baseball

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Que peut bien écrire Hugo Chávez dans ses Lignes? Figurez-vous que, comme il le dit lui-même dans le premier billet qu’il a publié, les lignes en question font allusion non seulement aux lignes d’écriture, mais aussi aux lignes du baseball, son sport préféré (qui est aussi celui des Vénézuéliens). C’est dire qu’il n’hésite pas à accrocher le public en écrivant dans le sens du poil. Toutefois, exactement comme dans ses discours, il le fait à sa manière : dans un langage clair, direct, didactique, branché le plus souvent sur l’actualité. Il commente ainsi les faits de la semaine, oriente la pensée, et, en bon pédagogue qu’il est, cite Bolívar, Marx, Roque Dalton ou Raul Castro.

Il n’est pas aussi intellectuel, ni aussi bon analyste que Fidel, mais incontestablement, il touche son public. En ce qui me concerne, je trouve à ses textes, tout de même, un sérieux bémol : ses constantes allusions à sa condition de militaire. Mais, que voulez-vous, l’homme ne se refera pas! Et puis, voyons cela en contexte : l’uniforme reste un facteur de prestige en Amérique latine. Dès lors, pourquoi s’en priver? Par ailleurs, pour ce qui est du style, il faut reconnaître qu’Hugo Chávez écrit plutôt bien, ou en tout cas il a de bons réviseurs !

La colonne de Chávez est reprise par de nombreuses sources, journaux écrits ou sites web. Ce sont vingt-huit journaux vénézuéliens qui publient sa colonne hebdomadaire, dont le plus important est Ultimas Noticias. Mais contrairement à Fidel, qui est traduit en plusieurs langues (dont le français), Hugo n’a pas encore, que je sache, les honneurs de la traduction systématique de sa prose.

Chefs d’État et journalistes

Tout cela s’inscrit dans une tendance qu’a relevée récemment le site web d’information Slate : les chefs d’État se transforment de plus en plus en journalistes, et cela tout spécialement en Amérique latine. C’est ce que depuis quelque temps fait allègrement Hugo Chávez, avec son émission télévisée Aló Presidente et maintenant avec les Líneas de Chávez. Mais il n’est pas le seul : Evo Morales en Bolivie et Rafael Correa en Équateur ont aussi leur émission, de radio pour le premier, de télévision pour le second. Et à l’opposé de l’échiquier politique, même Alvaro Uribe participe à une émission hebdomadaire sur la chaîne publique colombienne.

C’est que dans ce continent, les gens de pouvoir (et spécialement, bien entendu, ceux dont le programme implique un changement, même modéré) soupçonnent  la grande presse, qui se trouve traditionnellement aux mains de grands groupes conservateurs, de ne pas jouer fair-play et de mettre volontiers au rancart son rôle informatif et démocratique. Les exemples abondent de mauvaise foi de la presse vis-à-vis des dirigeants politiques, a fortiori s’ils sont de gauche.

Pour ces derniers, la solution la plus évidente qui s’offre à eux consiste alors à prendre la plume ou à saisir eux-même le micro pour tenter de redresser la barre.

Mais la barre est dure et la tâche est rude, dans cette véritable guerre des médias. Si bien qu’avec leur colonne d’opinion, Hugo Chávez et ses émules pourraient rapidement éprouver, eux aussi, l’angoisse intime et existentielle de tout blogueur : Combien me lisent? L’effort en vaut-il la peine? Suis-je « influent »?

Les élections approchent. Je ne parle pas ici des élections étatsuniennes de ce 4 novembre (qui, à juste titre, passionnent les foules), mais des élections vénézuéliennes du 23 novembre, dont l’enjeu national est également important.

Ce jour-là, il s’agira d’élire les gouverneurs des 23 états et les maires des 335 municipalités du Venezuela. En d’autres termes de renouveler des centaines de postes de décision régionaux et locaux. À une année de la défaite de Chávez lors du référendum sur la réforme de la constitution -qui a montré que le chavisme n’était pas imbattable-, ce sera une bonne occasion de faire le point sur les forces en présence. Et de mesurer, en particulier, l’état de santé du proceso, du chavisme, de la révolution (comme vous voulez l’appeler) un an après sa première défaite électorale. Essoufflement? Récupération? Déception? Renforcement? Allez-y voir clair dans cette grande boîte de Pandore qu’est le Venezuela.

Telenovelas ou analyse?

Durant l’année écoulée, ceux et celles qui suivent d’un peu plus près l’actualité vénézuélienne dans la grande presse auront été abreuvés d’histoires de scandales (la malette d’Antonini Wilson), de révélations exclusives (l’ordinateur de Raúl Reyes) et autres joyeusetés du genre. Tout cela tient plus de la telenovela que de l’analyse. Parce que de l’analyse, que dalle! La portion congrue! Et dans notre belle langue française, encore moins…

Vous voulez un bon résumé et une bonne analyse du Venezuela de 2008 ? Lisez donc ce long mais complet article de Romain Migus, intitulé Les élections du 23 novembre au Venezuela : conclusion électorale d’une année déterminante.

Vous me direz : c’est biaisé, c’est chaviste, c’est militant. Oui, vous avez raison, mille fois raison. Mais un tel texte offre un éclairage du processus socio-politique vénézuélien vu de l’intérieur : il s’inscrit dans quelle logique, le mouvement chaviste? Quels sont ses doutes, ses problèmes, ses interrogations, ses erreurs, ses luttes internes? Cet éclairage-là, vous ne risquez pas de le trouver de sitôt dans les médias traditionnels. Pourtant, le chavisme représente incontestablement plus de la moitié des forces sociales au Venezuela. Alors?

Postmodernisme ambiant

Si vous croyez encore, un tant soit peu, en la possibilité du changement social dans ce monde sens dessus-dessous, si vous avez encore un mince espoir, aussi faible soit-il, dans la capacité du politique, c’est cela aussi qu’il faut lire, et pas seulement suivre aveuglément Le Monde, Libé, Le Point, L’Express, le New York Times, CNN, Yahoo, Google News et les grandes agences d’information de ce monde. Histoire de ne pas se cantonner dans l’événementiel (non dépourvu, soit dit en passant d’arrières-pensées peu avouables). Histoire de ne pas tomber dans l’anodin et le superficiel. Histoire aussi de ne pas succomber in fine au postmodernisme ambiant, qui en arrive à faire des fesses (pour ne prendre qu’un exemple) un élément de vie aussi important que la lutte contre les mille injustices de ce monde.

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