Tag Archive: Jean Chaffanjon


Auguste Morisot, Ciudad Bolivar

Auguste Morisot, Le Bolívar dans le port de Ciudad Bolívar, 1886

Première partie de l’article

Deuxième partie de l’article

Auguste Morisot est de retour en France en avril 1887,  après son périple de quatorze mois au Venezuela comme accompagnateur de l’explorateur Jean Chaffanjon. Le voyage l’a marqué, les tropiques l’ont transformé.

Ainsi en témoigne son journal, dans lequel on le voit passer peu à peu du scepticisme de son adolescence à une espèce de mysticisme. La petitesse de l’homme confronté à l’aspect grandiose de la nature lui fait écrire que « l’imagination humaine reste confondue devant tant de mystérieuse grandeur ». Le panthéisme n’est pas loin : la forêt et ses habitants lui semblent « jouir d’une vie lumineuse, supérieure, divine même ». Lors de la veillée de Noël du 24 décembre 1886, passée dans un dénuement extrême sur les rives de l’Orénoque, Auguste Morisot retrouve la foi simple de son enfance, comme il l’explique dans un témoignage postérieur : « j’en vis toute la sereine beauté, toute la divine grandeur ». Cependant, ce n’est que bien plus tard, en 1912, qu’il s’identifiera explicitement avec la foi chrétienne.

Un retour difficile

Auguste Morisot, Nuit dans la forêt

Auguste Morisot, Nuit dans la forêt

Son retour en France est difficile : sans argent, il place toutes ses espérances dans l’inclusion  de ses dessins et illustrations dans les publications que Jean Chaffanjon fera de son expédition. Mais la déception est amère. Revenu à Paris en juin 1887, Chaffanjon exclut Auguste Morisot des honneurs, des conférences et des publications. Pire encore : lorsqu’en 1889, Jean Chaffanjon publie son compte-rendu de voyage dans la revue Le Tour du monde, il n’utilise pas les dessins de son compagnon de voyage, mais fait appel à d’autres dessinateurs qui se basent sur des photos pour illustrer le texte. Auguste Morisot, déçu et amer, ne reverra Jean Chaffanjon qu’une seule fois, en 1890 à Paris.

Entre-temps, en novembre 1887, Morisot a décroché un poste de professeur de dessin à l’École régionale de Vaise. En 1888, le Ministère de l’instruction publique et des beaux-arts le nomme officier de l’Académie pour sa participation à l’expédition de l’Orénoque. Respecté et admiré, doté d’un emploi stable, il grimpe peu à peu dans l’échelle sociale. En juillet 1889, il réalise son plus cher désir : il se marie avec sa bien-aimée Pauline, qui l’avait accompagné en pensée tout au long de son voyage en Amérique. Le couple restera uni jusqu’à la mort d’Auguste Morisot, en 1951 à Bruxelles, à l’âge de 94 ans.

Une inspiration spiritualiste

Professionnellement, Auguste Morisot gravit peu à peu les échelons : en 1892, il est nommé professeur à l’École municipale de dessin de Lyon ; en 1895, il obtient le poste de professeur de dessin décoratif à a prestigieuse École des Beaux-Arts de Lyon. Il alterne sa tâche d’enseignant avec sa propre production artistique. Il touche ainsi à la peinture, au dessin, à la gravure, à la photographie, au vitrail, au design d’intérieur, à la conception de meubles et d’objets utilitaires,… Il tâte même à l’architecture, concevant jusque dans leurs plus petits détails plusieurs maisons de maître.

Auguste Morisot, la becquée,1904

La Becquée (1904), projet de vitrail

Son style oscille entre deux époques : l’impressionnisme et l’art déco, dont il serait, selon certains, l’un des précurseurs. Quelle que soit la discipline, son inspiration reste spiritualiste, imprégnée de cette force intérieure qu’il a pour la première fois ressenti dans les forêts de l’Orénoque. Mais il ne fait partie d’aucune école, d’aucun groupe, d’aucune chapelle.

En 1933, retiré de toute activité professionnelle, il s’installe à Bruxelles, où il fera sa dernière exposition en 1949.

Jamais loin de l’Orénoque

Auguste Morisot, Paysage

Auguste Morisot, Paysage

Le Venezuela ne le quitta jamais.  Tout au long de sa vie, il continuera à se documenter sur le pays. Il assiste à des conférences sur l’Amérique du Sud et fréquente les sections tropicales des jardins botaniques. Infatigable, il tente depuis son retour de publier le journal rédigé durant son périple, dont il rédigea plusieurs versions. En 1938, il en propose la publication à l’ambassade du Venezuela à Bruxelles, à laquelle il remet 37 dessins. Il fait une donation d’autres objets au Musée royal d’Afrique Centrale et au roi Léopold III de Belgique lui-même. Toutes ces démarches se révèlent infructueuses.

En 1939, il fait la connaissance de l’explorateur belge Robert de Wavrin, avec qui il se lie d’amitié. De Wavrin, qui avait remonté l’Orénoque jusqu’aux rapides Guaharibos, était de ceux qui considéraient que l’annonce de la découverte de la source du fleuve par Jean Chaffanjon était frauduleuse. Il préparait une seconde exploration, espérant, lui, atteindre les vraies sources. À l’âge de 82 ans, Auguste Morisot aida à tracer la logistique de l’expédition. Il fut même question qu’il accompagne De Wavrin, car il était possible, maintenant, de se rendre en avion jusqu’à La Esmeralda, à quelques centaines de kilomètres seulement de la source présumée. Mais la guerre mondiale éclata et ce rêve ne put se réaliser.

 Diario de Auguste Morisot, 1886-1887. La apasionante exploración de dos franceses a las fuentes del Orinoco

Le journal d'Auguste Morisot

Une publication posthume

Le journal d’Auguste Morisot ne fut finalement publié qu’en 2002, en langue espagnole, grâce au concours de la Fondation Cisneros, qui finança la recherche, la traduction et l’édition. En parallèle, la fondation publia un autre ouvrage dédié à la production artistique et scientifique d’Auguste Morisot durant son voyage sur l’Orénoque : plusieurs dizaines de dessins, peintures et photos retraçant ce qui, en 1886-1887, était une véritable épopée.

Une épopée qui, comme nous l’avons vu, a littéralement transformé et façonné la vie de celui qui l’avait vécu.

Sources :

Amanecer en el cerro Yapacana

Amanecer en el cerro Yapacana (Amazonas)

Première partie de l’article

À peine débarqué au Venezuela, Auguste Morisot est fasciné par  l’exubérance des Tropiques. Les couleurs, les odeurs, le climat, les types humains, les paysages, tout le surprend dans ce nouveau monde qui s’offre à lui. Bien que son travail en tant que dessinateur officiel de l’expédition l’oblige à dessiner uniquement des fleurs et des animaux, il dessine sans relâche portraits, paysages et scènes de la vie quotidienne. Parallèlement, il tient un journal dans lequel il décrit scrupuleusement tous les détails de son expérience tropicale.

Un tel enthousiasme lui vaut même les quolibets de Jean Chaffanjon, un homme au caractère plus réservé, dont c’était le second voyage sur ces terres tropicales. Du reste, les deux hommes, dont les personnalités sont très différentes, définissent très tôt leur relation : il y aura bien collaboration entre eux, mais non une véritable amitié. Tout au long des quatorze mois que durera l’expédition (dont neuf mois passés dans des conditions très difficiles), ils maintiendront leurs distances, n’arrivant même pas à se tutoyer.

Par contre, la présence de Pauline est constante dans les pensées de Morisot, ainsi que dans ses lettres et dans son journal. Après tout, c’est pour elle qu’il s’est embarqué dans pareille aventure. Elle restera, dissimulée derrière les dessins et les mots, le troisième personnage de l’expédition.

Contre les éléments

Le 2 avril 1886, les deux français quittent Caracas pour Ciudad Bolívar, la grande ville sur l’Orénoque. C’est de là qu’ils comptent remonter le fleuve jusqu’à sa source. Mais trouver une embarcation n’est pas facile : l’approche de la saison des pluies et les risques de l’entreprise font reculer plus d’un capitaine. Ils resteront deux mois dans la ville, mettant à profit cette longue période d’attente pour récolter et dessiner des spécimens de la flore et de la faune.

Finalement, le 11 juin, les deux hommes parviennent à quitter la ville sur une embarcation qui doit remonter l’Orénoque avec des marchandises jusqu’à la petite localité de Caicara. De là, ils trouvent, non sans difficulté, une autre embarcation qui accepte de les emmener à San Fernando de Atabapo, dans le Haut-Orénoque. Le voyage n’est pas de tout repos : ils doivent lutter contre les éléments : le mauvais temps, les vents contraires, les rapides d’Atures et Maipures, sans compter les vols et les désertions de plusieurs membres de l’équipage… Tous deux souffrent de fréquentes attaques de malaria. Auguste Morisot est gravement touché, à tel point que la rumeur de sa mort parvient jusqu’en Europe, causant la consternation parmi sa famille et ses amis.

Le plus dur reste à faire

Le 17 octobre, l’expédition arrive à San Fernando de Atabapo. Ils ont mis quatre mois pour effectuer un trajet qui se fait en un mois et demi en saison sèche. Le plus dur reste à faire : continuer à remonter le fleuve dans une région jusqu’alors à peine explorée. Le 4 novembre, ils reprennent l’expédition sur une autre embarcation, plus petite, et avec un nouvel équipage. À nouveau, ils doivent affronter la faim, les désertions, l’hostilité et les mutineries de l’équipage.

Finalement, le 15 décembre, il franchissent les rapides Guaharibos et installent leur campement à Peñascal. Plus haut, les nombreux rochers interdisent le passage de leur embarcation. Jean Chaffanjon demande à Morisot de rester là, pour surveiller le bâteau et les équipement, tandis que lui s’embarque sur une curiara (pirogue) accompagné de deux personnes. Trois jours plus tard, l’explorateur revient, en assurant, triomphant, qu’il a découvert les sources de l’Orénoque. On saura plus tard qu’il n’en était rien…

Expédition de Jean Chaffanjon au Venezuela  1886 1887

Itinéraire de l'expédition de Jean Chaffanjon au Venezuela, 1886-1887

Le retour est beaucoup plus rapide : le 10 avril 1887, ils sont de retour à Ciudad Bolívar, au terme d’une expédition qui aura duré neuf mois. Là, les deux français se séparent : Jean Chaffanjon reste deux mois de plus dans la ville, tandis qu’Auguste Morisot s’embarque immédiatement vers la France. Trois semaines plus tard, il arrive à Lyon, via Marseille.

Des centaines de dessins

Que rapporte-t-il de cette expédition ? Des centaines de dessins qui illustrent de main de maître son extraordinaire aventure :  des scènes de la vie quotidienne –avec une particulière attention pour les diverses populations indiennes rencontrées–, des portraits, des paysages, des images de l’expédition elle-même, des dessins plus scientifiques illustrant la faune et la flore… En tout, prés d’un millier de pièces qui viennent nous donner une idée vivante de ce qu’était le Venezuela de cette époque, en particulier le long de cet énorme fleuve qu’est l’Orénoque.

Voici une courte sélection de dessins qu’il a rapportés de son voyage sur l’Orénoque (Cliquez sur une image pour voir le carrousel) :

La vie d’Auguste Morisot ne se termine pas avec son retour en France. Il n’a alors que 30 ans, il vivra jusqu’à l’âge de 90 ans ! Mais on peut affirmer sans crainte de se tromper que les quatorze mois passés au Venezuela auront été décisifs dans sa vie, tant sur le plan professionnel que sur le plan personnel. L’Orénoque aura même eu le pouvoir de transformer l’homme sur le plan spirituel. Cette autre histoire fera l’objet du prochain chapitre.

Sources :

Auguste Morisot sur l'Orénoque

Auguste Morisot (debout, au centre) et l'équipage sur l'Orénoque. Rancho Cabirima, 6 décembre 1886 (photo de Jean Chaffanjon)

Auguste Morisot est presqu’un mystère. Il n’a pas la chance d’avoir sa biographie sur Wikipedia, c’est tout dire… et l’on n’obtient que quelques renseignements sur sa vie au hasard du Net.

Au Venezuela, c’est à peine si on savait de lui qu’il avait participé à l’expédition que l’explorateur Jean Chaffanjon entreprit sur l’Orénoque en 1886-1887. En France, on retient surtout son œuvre d’artiste et de décorateur. Mais éclipsé par l’autre Morisot, Berthe, et se tenant volontairement à l’écart des salons, il est cantonné dans la catégorie des “petits maîtres”.

Auguste Morisot naît à Seurre, en Bourgogne, le 12 avril 1857, dans une famille d’origine modeste. Sa jeunesse n’est guère très heureuse. Très tôt orphelin de père, maltraité par son beau-père, il est confié à une tante. Avec son frère aîné, il monte très jeune à Paris, où il est engagé dans un atelier qui travaille la soie. Pendant quelques mois, il voyage aussi en Angleterre, où il apprend la langue.

Pacte d’amour

Portrait d'Auguste Morisot

Portrait d'Auguste Morisot, par son ami Louis Appian, 1887.

Mais Auguste est un artiste dans l’âme. En 1880, à l’âge de 23 ans, il retourne dans sa région, à Lyon, et s’inscrit à la célèbre École des Beaux-Arts de cette ville. Là, il rencontre Henry Page, fils d’un riche industriel qui avait pour coutume d’inviter dans sa riche demeure, chaque dimanche, les artistes et intellectuels de la région. Auguste Morisot participe régulièrement à ces salons improvisés. Il tombe amoureux de la fille aînée des Page, Pauline, et fait avec elle un pacte d’amour qui reste secret. Les conventions de l’époque interdisent en effet la relation entre un jeune homme d’origine modeste et une jeune fille de la bonne société.

Auguste doit donc terminer ses études et grimper dans l’échelle sociale s’il veut être accepté par la famille Page. Une belle occasion se présente en octobre 1885, alors qu’il vient juste de recevoir son diplôme de l’École des Beaux-Arts : l’explorateur lyonnais Jean Chaffanjon est à la recherche d’un jeune dessinateur pour l’accompagner dans son expédition sur l’Orénoque, financée par le ministère de l’Instruction publique et des Beaux-Arts. Pour sélectionner l’accompagnateur, la Chambre de Commerce de Lyon organise un concours doté d’une bourse de 12.000 francs.

Prestige et fortune

Le contrat entre Jean Chaffanjon et Auguste Morisot

Le contrat passé entre Jean Chaffanjon et Auguste Morisot

Auguste et Pauline voient là le moyen d’obtenir rapidement ce qui manquait au jeune homme : le prestige et la fortune. Auguste décide donc de participer au concours et s’entraîne pendant deux mois à dessiner des plantes et des fleurs.  Malheureusement, la Chambre de Commerce, sans donner d’explications, annule le concours. Qu’à cela ne tienne : Auguste prend l’initiative de rencontrer personnellement Jean Chaffanjon et lui offre de l’accompagner comme dessinateur, sans rémunération autre que les frais de voyage et de maintenance. L’explorateur accepte cette offre et le 28 janvier 1886, les deux hommes signent un contrat précisant les conditions de leur collaboration : les publications seront signées conjointement et les bénéfices éventuels de l’expédition sont divisés à parts égales.

Le 6 février, les deux hommes s’embarquent de Saint-Nazaire à destination de la Martinique. Près d’un mois plus tard, ils s’embarquent pour La Guaira, au Venezuela, où ils accostent le 18 mars 1886. L’aventure commence…

(suite)

Source : Diario de Auguste Morisot, 1886-1887. La apasionante exploración de dos franceses a las fuentes del Orinoco, Bogotá, ed. Planeta, 2002.

Aux sources de Jules Verne

Jean Chaffanjon durant son expédition au Venezuela

Jean Chaffanjon durant son expédition au Venezuela

Aah, cette manie de toujours vouloir remonter aux sources! J’avais à peine terminé de rédiger mon billet sur Le superbe Orénoque de Jules Verne (dans lequel le romancier mène son héros à la source du grand fleuve), que j’ai voulu, moi, remonter à la source de Jules Verne, à savoir jusqu’à celui qui fut l’inspirateur de son roman orénoquien : l’explorateur Jean Chaffanjon. Jules Verne ne fait d’ailleurs pas mystère de cette source, à tel point que le héros de son roman se réfère à plusieurs reprises aux textes de Jean Chaffanjon.

Personnellement, j’étais intrigué par le personnage : qui pouvait être ce monsieur qui, en cette fin de XIXe siècle, avait eu l’audace de venir se balader au sud du Venezuela, dans ce vaste territoire amazonien encore largement inconnu et inexploré? Dans ma recherche, j’ai d’abord trouvé une photo de Jean Chaffanjon prise au cours de son expédition vénézuélienne (ci-dessus), puis une autre plus officielle (ci-dessous). Il est toujours bon de pouvoir mettre un visage sur un nom, cela vous place le personnage. J’ai ensuite pu grappiller çà et là quelques éléments de sa biographie.

Deux expéditions au Venezuela

Que sait-on du personnage? Qu’il est né en France en 1854 et mort dans les Indes néerlandaises (l’actuelle Indonésie) en 1913. Qu’à l’âge de 16 ans, pendant la guerre franco-allemande de 1870, il fait partie du groupe de volontaires organisé par Garibaldi, l’unificateur de l’Italie, pour appuyer et défendre la toute jeune république française. Qu’en 1884, il part pour la Martinique et y exerce son métier de professeur d’histoire naturelle. Que l’année suivante, commandité par le ministère de l’Instruction publique, il effectue une première expédition au Venezuela. Au cours de celle-ci, il explore le bassin du rio Caura (où, attaqué par des autochtones, il manque de perdre la vie et s’échappe dans des circonstances rocambolesques), puis remonte l’Orénoque jusqu’à l’embouchure du rio Meta.

Mais ce n’était là que l’apéritif. Mis en bouche par ce premier voyage, il se lance dans une seconde expédition. Un véritable défi : atteindre la source de l’Orénoque, une région presque totalement inconnue où seuls quelques explorateurs –dont Alexander von Humboldt en 1800- s’étaient précédemment risqués. Il prend la route du Haut-Orénoque en 1886. Après avoir vécu des aventures dignes de… Jules Verne, il pense avoir atteint son but : les sources du grand fleuve. Une expédition postérieure, celle dirigée par Alain Gheerbrant en 1950, prouva qu’il n’en fut rien. Il n’en avait pas moins fait avancer les connaissances sur cette région, en décrivant la géographie, la faune, la flore et surtout les populations autochtones rencontrées, faisant œuvre à la fois de naturaliste et d’anthropologue.

Pour ses expéditions dans le Haut-Orénoque, Jean Chaffanjon a reçu en 1888 la médaille d’or de la Société de géographie. Plus tard, il refusa la prestigieuse Légion d’Honneur que voulait lui décerner la France, mais il accepta, par contre, le titre de Caballero del Orden del Libertador que lui décerna le Venezuela.

Un récit éclairant

Le récit de ses expéditions a été publié dans l’ouvrage collectif Le Tour du monde – Nouveau journal des voyages, publié sous la direction de Édouard Charton (Hachette, 1888). J’en ai retrouvé le texte et je l’ai mis en ligne pour les petits curieux (cliquez ci-dessous pour lire ou télécharger) :

Expéditions de Jean Chaffanjon au Venezuela (1885-1887)

Pourquoi s’intéresser à d’aussi vieilles choses? Personnellement, J’ai plusieurs raisons :

  • Ces vieux récits me font découvrir un pays que je connais vu par d’autres yeux et surtout à une autre époque. Je ne trouve rien de plus passionnant que de suivre sur le terrain , un siècle plus tard, les traces d’un explorateur ou d’un écrivain et de voir l’évolution qui s’en est suivie.
  • Je suis toujours impressionné par l’audace et le courage de ces explorateurs qui s’aventuraient dans des régions inconnues avec un minimum de commodités. Pour prendre l’exemple de l’expédition de l’Orénoque, comment remontait-on le courant d’un fleuve aussi puissant sans le moindre moteur? Dans cet « enfer vert »,  comment résistait-on aux risques de maladie? Comment traitait-on avec les tribus rencontrées, dont certaines n’avaient jamais vu un homme blanc?
  • Et surtout, surtout, il m’intéresse de connaître les populations et leurs modes de vie, à une époque où le capitalisme n’avait pas encore implanté sa marque dans les esprits. C’est en quelque sorte le grand rêve de l’anthropologue : rencontrer des populations dites « vierges », afin de situer la nôtre dans un contexte élargi qui permet de mieux la comprendre.
  • Enfin, il m’importe de voir et d’analyser comment, précisément, le capitalisme et l’impérialisme (n’ayons pas peur des mots, ils sont ici utilisés dans leur sens scientifique, non militant) étaient en train, au travers de ces explorateurs, de s’approprier le monde. Le XIXe siècle, à cet égard, est le siècle exemplaire de cette expansion. La conquête de nouveaux espaces (et de nouveaux esprits) n’était pas encore polluée par la culpabilité qui nous habite, nous Blancs colonisateurs, depuis la seconde partie du XXe siècle. À cette époque, cette conquête se faisait toujours, de façon presque ingénue, au nom de la science, du progrès, de la civilisation.

Sur ce dernier point, le texte de Jean Chaffanjon est tout à fait éclairant. Au fil des pages, on voit l’explorateur pêcher en utilisant des cartouches de dynamite (shocking!); déterrer un squelette d’Indien, allant jusqu’à profaner un cimetière; « acheter » les Indiens avec des armes, des munitions ou des colifichets! Ces pratiques peu scrupuleuses nous paraissent aujourd’hui totalement déplacées, elles ne l’étaient pas dans la mentalité de l’époque. Ce sont elles qui nous ont permis de garnir nos musées et d’écrire nos beaux articles scientifiques. Ainsi le musée du quai Branly, à Paris, possède 462 objets rapportés du Venezuela par Jean Chaffanjon, dont 142 proviennent de la région de l’Orénoque (pour les découvrir, faites une recherche Chaffanjon, Venezuela et Orénoque dans le catalogue des objets du musée).

L’expédition en images

Enfin, last but not least, Jean Chaffanjon a rapporté de nombreuses photographies de ses voyages d’exploration. Il s’agit là d’un témoignage exceptionnel qui nous fait revivre en images les expéditions et surtout nous montre les populations indiennes. J’en ai retrouvé quelques-unes, que je publie ci-dessous.

Récit de voyage, photos, objets… Voilà de quoi vous permettre de faire une bonne plongée dans le Venezuela du XIXe siècle, accompagné par cet explorateur si représentatif de son époque qu’était Jean Chaffanjon. L’aventure est au bout du chemin. Du vrai. Du vécu. Mieux que du Jules Verne!

Le bateau

L'embarcation de l'expédition

Transport

Embarquement

transport

Transbordement

Franchissement des rapides de Maipure

Franchissement des rapides de Maipure

Les rapides de Vivoral

Les rapides de Vivoral

Expédition

Difficultés de l'expédition

Cimetière piaroa

Cimetière piaroa

Indiens Guahibos

Groupe de femmes et enfants Guahibos

Indiens Guahibos

Groupe d'hommes Guahibos

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