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Le mannequin aux seins PIP

Un peu gonflée, vous ne trouvez pas ?

Sont-ce les mannequins en vitrine qui influent sur les femmes ? Ou les femmes qui influent sur les mannequins en vitrine ? Grave question existentielle ! Toujours est-il que depuis quelques années on a pu observer un croissance exponentielle de la taille des seins : de ceux des mannequins, comme le montre maladroitement cette photo prise au travers de la vitre ; et de ceux des femmes, comme je l’expliquais dans un article déjà daté (2007), mais toujours d’actualité, Au pays des seins siliconés.

Une affaire d’État

Le scandale des implants PIP est donc devenu ici pratiquement une affaire d’État dès qu’il a éclaté. Il n’a pas fallu attendre longtemps pour que le gouvernement offre aux femmes PIPées la possibilité de se faire retirer gratuitement les implants dans le service public de santé. Coup de maître que cette réaction rapide et décidée, qui flirtait avec l’acte de propagande !

Il a fallu attendre à peine plus pour qu’une centaine de vénézuéliennes réunies en association annoncent leur intention de se retourner légalement contre la société française Poly Implant Prothèse (PIP) et ses distributeurs au Venezuela. Ce qu’elles exigent, ce n’est pas seulement le retrait de leurs prothèses mammaires, mais encore leur remplacement gratuit. Rien de plus logique : il serait tout de même triste que ces plantureuses poitrines se réduisent du jour au lendemain en peau de chagrin ! La bataille promet d’être rude.

Mine de rien, les prothèses PIP concernent au Venezuela quelque 30.000 femmes. Un record pour un pays qui compte 14 millions de femmes (2,1 pour 1000), à comparer avec le Brésil voisin, où l’on dénombre seulement 25.000 prothèses PIP  pour 100 millions de femmes (0,25 pour 1000). Cela veut dire que lorsque vous vous baladez dans les rues du Venezuela, 2 femmes sur 1000 que vous croisez sont porteuses d’implants PIP (sans parler des autres marques). Effarant !

La coqueluche

Un mannequin –d’un autre type– qui ne s’encombre pas de toutes ces basses considérations (car ce ne sont sans doute pas des implants PIP qu’elle a), c’est Diosa Canales, chanteuse, provocatrice et coqueluche actuelle des hommes au Venezuela et bien au-delà. Dans un tweet de début d’année, elle fait part d’un des ses projets pour 2012 : inviter à dîner le candidat qui sortira vainqueur aux élections présidentielles d’octobre au Venezuela.

Tweet de Diosa Canales

Le tweet de Diosa Canales

Et, précise-t-elle, elle viendra nue au rendez-vous ! Il faut dire qu’elle a des arguments de poids, dont on peut supposer qu’ils auront pour effet d’attiser la lutte électorale d’ici au jour du scrutin ! Et ne venez pas me dire que les dés sont PIPés. Jugez-en vous-mêmes :

Diosa Canales

Voulez-vous dîner avec moi ce soir ?

Ivian Sarcos

La belle

Les années se suivent et se ressemblent. Encore une Vénézuélienne au sommet ! Elle est la sixième Miss Monde vénézuélienne depuis les débuts du concours. Ajoutez-y six Miss Univers et des dizaines de misses dans des concours de seconde catégorie, et vous aurez une idée de la domination écrasante de la femme vénézuélienne sur la planète de la beauté.

J’avoue que cette miss-ci ne m’a pas tout à fait laissé indifférent. Et je ne parle pas ici de son corps (encore que…), mais de son parcours de vie. Ivian Lunasol Sarcos Colmenares –c’est son nom– est presque un archétype de la femme vénézuélienne, cette lutteuse de tous les instants. Jugez-en.

Dans un internat de bonnes sœurs

Elle naît à Guanare, une petite ville des Llanos sans personnalité particulière. Cadette d’une famille de 13 enfants, elle perd sa mère en 1998, alors qu’elle n’a que huit ans. Neuf mois plus tard, son père meurt dans un accident de circulation. Elle est alors placée sous la tutelle de son frère aîné qui l’envoie à l’internat “Santa María Micaela”, tenu par la congrégation des sœurs du Sacré Cœur de Jésus, dans la ville de San Carlos.

Elle a 14 ans lorsque la mère supérieure du couvent lui propose d’aller en Espagne pour se préparer à être religieuse. Après quelques mois de réflexion, elle refuse. Retournée chez son frère, son bac en poche, elle commence une carrière universitaire en administration d’entreprise, tout en travaillant dans un restaurant de restauration rapide pour payer ses études.

En 2006, à 17 ans, Ivian décide de déménager chez sa sœur dans les vallées du Tuy, près de Caracas, où elle effectue divers travaux d’entretien. Mais c’est désormais la capitale qu’elle vise. Une fois à Caracas, elle effectue d’abord des petits travaux informels, et parvient à s’inscrire à l’Université Centrale, dans la carrière de Relations internationales. Nous sommes en 2008, elle a 19 ans.

Tout s’enchaîne

À la fin de 2009, elle se fait aborder dans la boutique où elle travaille par un « chasseur de beautés », qui lui propose une entrevue avec Osmel Sousa, le créateur et propriétaire de l’Organisation Miss Venezuela. Tout s’enchaîne alors : participation au concours de Miss Venezuela 2010, qu’elle remporte, puis préparation intensive pour le concours de Miss Monde. On connaît la suite.

Entretemps, elle crée au début de 2011 une fondation dénommée Belleza con propósito [La beauté avec un objectif], destinée à venir en aide aux personnes vivant dans un état de pauvreté extrême. L’idée de faire de l’action sociale, assure-t-elle, ne l’a jamais quittée, elle qui est née plutôt au bas de l’échelle.

Parcours exemplaire, trop exemplaire, pourrait-on dire. Un vrai conte de fées. À tel point qu’une légende dorée s’est déjà créée et diffusée, en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, autour de la nouvelle Miss Monde.

S’en sortir

Ivian Sarcos

L'élégante

Mais encore… Ce parcours-là fait penser à beaucoup de femmes vénézuéliennes, que la vie, au départ, n’a pas vraiment favorisées. C’est à force de lutte, de détermination, qu’elles ont fait leur bout de chemin dans la vie. Elle se sont forgées dans la difficulté, ont affronté une réalité qui ne leur était pas a priori favorable, ont émergé la tête haute, ont gagné. Toutes n’ont pas eu le destin doré d’Ivian, bien entendu, mais beaucoup se sont hissées à un niveau que rien ne laissait prévoir ni espérer.

Cette femme-là, je la décrivais ailleurs : travailleuse, séduisante, élégante, altière, provocante. Même si elle n’est pas une miss, la beauté n’est jamais loin chez cette femme hyperactive qui fait tout pour « s’en sortir », au point d’être souvent dominante -quelle contradiction!- dans cette société de machos. Une société matriarcale de machos, en quelque sorte.

Et pour vous montrer à quoi ressemble cette femme vénézuélienne, revoyez Ivian Sarcos répondre aux questions lors du concours Miss Monde. Quel aplomb ! Je parierais qu’elle a fait la différence et gagné la couronne à ce moment précis. Car de jolis corps, il y en avait beaucoup d’autres sur le plateau. Mais une détermination aussi forte que celle-là, c’était plutôt rare, ce soir-là, à Londres.

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Par un mystère dont l’espagnol parlé au Venezuela (et en Colombie) a le secret, on appelle ici blumer la petite culotte féminine. Il s’agit probablement d’une adaptation locale de l’anglais bloomer, qui désigne une culotte bouffante. Cela dit, le blumer national n’a rien de bouffant.  La mode aidant, il serait plutôt, par les temps qui courent, moulant et string.

Bizarrement, il existe un autre mot vénézuélien, volontiers utilisé dans le langage quotidien, pour désigner le même objet : pantaleta. Mais ce dernier, plus familier, semble inconvenant pour le langage commercial. C’est donc uniformément le mot blumer qui est utilisé pour nommer les boutiques spécialisées en lingerie féminine.

Blumer par ci, blumer par là

C’est ainsi que fleurissent dans les villes vénézuéliennes des magasins dont le nom décline à l’infini le mot blumer : El Imperio del Blumer, El Universo del Blumer, El Palacio del Blumer, El Castillo del Blumer, El Templo del Blumer, La Moda del Blumer, Mega Blumer, etc. (voir photos ci-dessus). En français, cela donnerait : L’Empire de la petite culotte, L’Univers de la petite culotte, Le Palace de la petite culotte, Le Château de la petite culotte, Le Temple de la petite culotte. La Mode de la petite culotte, Méga petite culotte). Et encore, je ne cite que les magasins que j’ai pu identifier dans un périmètre de trois blocs sur deux dans le centre-ville de Mérida, la petite ville de 300.000 habitants où je vis. Imaginez ce que doit être la débauche de créativité pour nommer de tels magasins dans une ville comme Caracas !

Dans ces boutiques au nom improbable, on vend non seulement des petites culottes féminines, mais encore toutes les pièces de lingerie féminine, du haut comme du bas, et même des sous-vêtements masculins. Dans certaines, cela va jusqu’aux bas et chaussettes. Mais c’est le blumer qui reste leur dénominateur commun.

Gourmandise corporelle

Reliés par le terme blumer qui figure dans leur dénomination, ces magasins forment ainsi une sorte de chaîne sémantique, à défaut d’être une chaîne commerciale. Mais ils ont un autre point en commun : 90 % des vêtements qu’ils vendent sont fabriqués en Colombie. Rien d’exceptionnel à cela, si l’on sait que les Colombiens sont passés maîtres dans la confection de lingerie féminine, n’hésitant pas, au passage, à copier les modèles des grandes maisons européennes. Il est donc normal que les fabricants colombiens exportent en masse vers le pays voisin, dont la gent féminine est particulièrement friande de ces petites gourmandises corporelles.

De là à s’appuyer sur les Colombiens vivant au Venezuela pour créer localement des boutiques, puis à former pratiquement des franchises, il n’y a qu’un pas, vite réalisé. En quelques années, les boutiques se sont donc multipliées comme des petits pains. Elles se comptent maintenant par dizaines dans toute ville vénézuélienne qui se respecte.

Commerce florissant

Il faut dire que l’industrie colombienne de la confection féminine a trouvé ici un marché tout à fait mirobolant : lorsque la beauté féminine est élevée au rang de valeur nationale, il est normal que le commerce de la lingerie soit particulièrement florissant et que la consommation de dessous féminins soit extrêmement dynamique, quelle que soit d’ailleurs la classe sociale.

Car, que l’on se s’y trompe pas : les magasins de blumers s’adressent à une clientèle populaire, trop contente de trouver dans ces boutiques des pièces à très bon prix, qui rivalisent en variété, coupe et couleurs avec les plus grandes marques. Pour un faible coût, cette clientèle se paie ainsi le chic de pouvoir participer au grand jeu de la séduction à armes (presque) égales avec les riches.

En établissant ainsi son “empire” commercial dans les villes vénézuéliennes, le blumer s’est mis, pourrait-on dire, au service de l’ascension sociale à laquelle aspirent, consciemment ou inconsciemment, tous les Vénézuéliens : la petite culotte comme outil de démocratisation, en quelque sorte…

Play Boy Venezuela, octobre 2010

Les dernières avancées de la cartographie numérique ne permettent plus d’en douter : le Venezuela est le pays sexuellement idéal. Jugez-en, mesdames, voici la carte mondiale de la taille des pénis en érection (basée sur des études scientifiques, non mais!) :

Carte mondiale de la grandeur des pénis

Et pour vous, messieurs, la carte mondiale des bonnets de soutien-gorge (un peu moins scientifique, les sources n’étant pas citées, désolé !) :

Carte mondiale de la grandeur des seins

Examinez attentivement :  le Venezuela (et sa voisine la Colombie, soyons grand prince) figurent en tête dans la catégorie pénis (de 16,10 à 17,93 cm) et en très bonne place dans la catégorie seins (bonnet D). Procédez maintenant au croisement des données (cela mériterait une nouvelle carte…) : Le Venezuela et la Colombie caracolent allègrement en tête du palmarès intégré. En effet, les pays dont les femmes ont les plus gros seins –Russie et pays scandinaves– ne peuvent concurrencer les deux pays latino-américains en matière de pénis. Le paradis sexuel, s’il existe, se trouve donc bel et bien dans ces deux pays du nord de l’Amérique du Sud !

Gros instruments

Vous me direz qu’il ne suffit pas d’avoir de gros instruments, il faut encore savoir en jouer, et vous avez raison. Les Vénézuéliens et les Vénézuéliennes sont-ils de bons musiciens ? Il en ont la réputation, au propre et au sexuel. Au propre je peux en attester ; au sexuel, je serai plus réservé, étant donné les tabous qui courent encore ici dans pas mal de têtes, la religion aidant. En effet, même s’il est peu pratiqué de façon formelle, le catholicisme –espagnol de surcroît– a imprégné les esprits et imposé ses règles morales, par dessus la liberté sexuelle dont faisaient preuve la plupart des ancêtres indigènes.

Vous me direz (et vous aurez encore raison) que la grandeur des instruments sexuels n’est pas le critère le plus important d’une sexualité épanouie. Bien vu. Sur ce point-là, effectivement, les Vénézuéliens ont encore beaucoup de chemin à faire. Le machisme ambiant détruit la grande majorité des relations –sexuelles et affectives– avant qu’elles n’aient le temps d’être matures. Les femmes sont les premières à en souffrir, bien entendu, mais la société dans son ensemble également, avec sa pléthore de familles monoparentales gérées par la seule mère.

Conclusion : très amusantes, les cartes ; très beau, le paradis sexuel théorique qu’elles définissent. Mais descendons sur terre, et surtout ne mesurons ni les pénis ni les seins, ils n’ont pas besoin d’être hénaurmes pour faire le bonheur !

Miss au Venezuela

Des miss parfaitement formatées

Faites un sondage autour de vous. Le commun des mortels connaît généralement le Venezuela pour trois choses : son pétrole, son président et la beauté de ses femmes. Trois « monuments » (chacun dans son genre) auxquels il vaut mieux ne pas trop toucher, au risque de se faire bahuter.

Edward Ellis et Flor Salcedo se proposent cependant de s’attaquer à l’un de ceux-ci dans un documentaire qu’ils projettent de réaliser. Intitulé Miss : Women, Culture and Venezuela’s Beauty Industry, le film s’attaquera à ce qui est un tabou au Venezuela : analyser d’un point de vue social et culturel les effets que l’industrie multimillionnaire de la beauté a sur la vie des femmes ordinaires.

Dans les écoles maternelles

J’en ai déjà parlé par ailleurs : la beauté est au Venezuela un véritable projet national. À un moment ou l’autre de leur vie, les petites filles rêvent de devenir une miss. Ici, les concours de beauté commencent dès l’âge de cinq ans dans les écoles maternelles ! Ils continueront tout au long du parcours scolaire, université y compris. Ajoutez-y les concours dans des milieux aussi variés que les centres commerciaux, les villages, les bidonvilles, les quartiers chics, les clubs de vacances, les plages et vous aurez une idée de l’extension du phénomène. Tout endroit où les gens se rencontrent est tout simplement prétexte à l’organisation d’un concours de beauté.

Le dispositif (car c’en est un) culmine avec l’organisation Miss Venezuela, qui, au bout de la chaîne, sélectionne les meilleures et, moyennant paiement sonnant et trébuchant, se propose de les former comme des miss professionnelles. Celles qui se soumettront sans roncher à la discipline de fer de l’école auront peut-être la chance d’être les futures Miss Venezuela, Monde ou Univers.

Autre facette du phénomène : il n’est pas rare que des pères fiers de leur progéniture féminine paient à leur fille des implants mammaires comme cadeau d’anniversaire pour leurs 15 ans (il s’agit d’une fête traditionnelle qui marque rituellement le passage à la féminitude en Amérique latine). Le cas échéant, les banques locales sont prêtes à accorder des prêts pour la réalisation d’une chirurgie plastique, étant entendu que les femmes devraient avoir un avenir professionnel et économique mieux assuré si elles bénéficient d’une poitrine plantureuse !

Explorer l’arrière-cour

Le film d’Edward Ellis et Flor Salcedo veut aller au-delà de ce que l’on sait déjà et explorer l’arrière-cour de cette vaste industrie de la beauté. En cherchant par exemple à comprendre quelles sont les forces qui meuvent cette industrie et quelles sont les conséquences sociales de cette obsession nationale pour la beauté.

Violence domestique

Des dizaines de milliers de cas de violence domestique au Venezuela

Les auteurs projettent ainsi de suivre et d’observer les vies de jeunes filles et de jeunes femmes qui sont partie prenante de ce monde plein de glamour, espérant ainsi découvrir leurs motivations, leurs désirs et leurs peurs. La marchandisation de la femme sera aussi mise en parallèle avec les indices élevés de violence domestique qui caractérisent le pays et le peu d’appui apporté aux femmes ayant été victime d’abus : le Venezuela a beau avoir obtenu six couronnes de Miss Univers, il ne possède que deux abris pour femmes victimes de violence, pour des dizaines de milliers d’abus de tous ordres !

Le documentaire promet donc de nous dévoiler quelques vérités cachées sur la femme vénézuélienne, et des vérités qui ne sont pas spécialement glamour. La bande de lancement du film (ci-dessous) reprend en les survolant ces différents points. Avec des images de jolies dames, bien entendu, ponctuées de scènes moins glamour et de quelques énormités, telles celle du directeur de l’organisation Miss Venezuela déclarant sans ambages que « toutes les féministes sont laides » !

http://www.kickstarter.com/projects/2008601179/miss-women-culture-and-venezuelas-beauty-industry/widget/video.html

Le film n’est malheureusement pas encore produit. Ses réalisateurs cherchent par tous les moyens un financement. Si vous voulez les aider, sachez qu’ils ont inscrit leur projet sur Kickstarter, une plateforme en ligne qui permet de financer des projets créatifs. On peut faire des dons à partir de 1 dollar…  Et avec 1000 dollars ou plus, vous deviendrez producteur exécutif !

seins

Vous saviez déjà que je vis au pays des seins siliconés. Le silicone, c’est une vraie obsession nationale au Venezuela. Même les filles qui ont, ma foi, une bien jolie poitrine, en veulent une plus grosse, au risque de les défigurer à jamais. Allez comprendre…

L’industrie -car c’en est une- de la chirurgie esthétique est en plein essor, et ce n’est pas le chavisme qui va l’arrêter. Le président peut nationaliser les mines d’or, les cimenteries, l’industrie métallurgique, les supermarchés, les compagnies immobilières, que sais-je encore… , il ne nationalisera pas mon corps, ma beauté, mes seins.

La médecine esthétique fait donc feu de tout bois : publicités pleine page dans les journaux, panneaux publicitaires géants dans les villes, cliniques hyper-modernes. Laissons les médecins cubains faire le sale boulot, concentrons-nous sur le rentable, voilà ce que se disent les médecins du cru.

Consultation virtuelle

Dernier avatar : la consultation de chirurgie esthétique sur Internet. C’est ce que propose notamment la Clinica Dempere :

La consultation virtuelle est la forme la plus rapide, la plus complète et la plus sûre d’avoir une consultation en chirurgie plastique et médecine esthétique.

Ne perdez pas votre temps à vous déplacer et à attendre dans le cabinet. Posez vos questions par Internet et envoyez-nous votre photographie.

Suivent les instructions : en premier lieu (bien évidemment), il faut verser le coût de la consultation (200 Bs., soit 45 US$ au taux officiel) à l’un des comptes bancaires indiqués. Ensuite, il faut prendre des photos de son corps et les envoyer à l’adresse de courriel mentionnée. Des instructions précises sont données selon qu’il s’agisse de photos du visage, des seins, du corps ou des cuisses. Enfin, on posera ses questions personnelles sur un formulaire ad hoc.

En prime, la clinique offre une consultation en esthétique dentaire totalement gratuite ! Quant à la facture, elle vous sera envoyée par courrier électronique.

Potiches ambulantes

sein, beauté, corpsCette petite anecdote vous illustrera le stade où nous en sommes ici au Venezuela en matière de beauté féminine : un stade plutôt désolant où des filles naturellement jolies veulent se faire faussement jolies. Le tout poussé par une industrie médiatique qui impose ses diktat en matière de beauté : la moindre présentatrice de nouvelles doit correspondre aux canons de la beauté factice, sans parler des vedettes de telenovelas, véritables potiches ambulantes.

L’industrie médicale n’est pas en reste. Elle s’engouffre à fond dans le créneau, promettant de réparer les soi-disant imperfections de la nature. Elle multiplie publicité et offres sur tous les canaux possibles. Le bouche à oreille entre amies bien informées fait le reste.

Face à cette pression à la fois médiatique, médicale et sociale, il est difficile pour une jeune fille de résister bien longtemps. Elle a toutes les chances d’entrer tôt ou tard dans le circuit bien balisé de la beauté industrielle. Et si, d’aventure, elle ne peut se payer (ou on ne peut lui payer) ces dépenses extravagantes, elle vivra dans une frustration à peine retenue.

Refabriquez-moi ces seins, qui ne sont pas comme il faut. Resculptez-moi ce nez, trop long à mon goût. Rabotez-moi ces fesses, qui sont trop rebondies. Réparez-moi ce corps, que je ne supporte plus.

Rares sont celles qui, à quinze ou vingt ans, échappent à ce rouleau compresseur bien orchestré.

Stefania Fernandez, miss univers 2009

Stefania Fernández, Miss Univers 2009, arbore le drapeau vénézuélien à sept étoiles lors de l'édition 2010 du concours

Au Venezuela, les concours de beauté sont presque une affaire d’État. Voyez ce qui s’est produit lors de l’édition 2010 de Miss Univers, organisé le 23 août dernier à Las Vegas et remporté par la mexicaine Jimena Navarrete.

Passons d’abord sur ce que disent d’aucuns, ici au Venezuela : la candidate vénézuélienne Marelisa Gibson, pourtant l’une des grandes favorites du concours, a été proprement écartée du podium, car il était éthiquement impossible de couronner une miss vénézuélienne pour une troisième année consécutive. Ce ne sont là, faut-il le dire, que misérables potins de forums Internet…

En fait, le véritable incident est passé inaperçu aux yeux de la planète, excepté au Venezuela –toujours prompt à s’échauffer politiquement dès que la moindre occasion se présente. Et le scandale est venu non pas de la candidate 2010, mais de Miss Univers 2009, la Vénézuélienne Stefania Fernández. Ne voilà-t-il que lors de son défilé d’adieu à la couronne, elle sort comme par enchantement un drapeau vénézuélien, l’agite fébrilement et s’offre même le luxe de verser une douce larme sur le tissu tricolore.

Une sombre affaire d’étoiles

Il n’y a là rien que du beau, du touchant, de l’émouvant, pas vrai ? Oui, sauf que le drapeau vénézuélien qu’elle arborait n’était pas l’actuel : il ne comportait que sept étoiles, et non huit. Une petite étoile qui fait toute la différence : en effet, le drapeau à sept étoiles est celui de la 4e République, celui à huit étoiles est celui de la république bolivarienne instaurée par Hugo Chávez. Pour explication : les sept étoiles représentent les sept provinces qui formèrent la Confédération américaine du Venezuela et se déclarèrent libres et indépendantes le 5 juillet 1811. Récemment, le 9 mars 2006, l’Assemblée nationale a approuvé l’inclusion d’une huitième étoile, en représentation de la province de Guayana, comme l’avait décrété Simón Bolívar dans un décret de novembre 1817.  Pour beaucoup dans l’opposition, le drapeau à huit étoiles est devenu le « drapeau de Chávez ». C’est à peine s’ils le respectent.

Il n’en fallait pas plus pour lancer une controverse nationale à la suite du geste de Stefania Fernández, un geste qui n’est sans doute pas entièrement dû au hasard. En deux temps trois mouvements, la miss est devenue une courageuse héroïne pour les uns,  une infâme scélérate pour les autres. À un mois d’élections cruciales pour élire les députés à l’Assemblée nationale, cet incident mineur en apparence avait tout pour attiser les tensions dans une société déjà complètement polarisée. D’où son instrumentalisation rapide tant par les politiques que par la presse, people ou non.

Robe rouge

Stefania Fernández, Miss Univers 2009

La robe rouge tant décriée

Le plus amusant de l’histoire, c’est qu’il y a tout juste un an, lors de son élection de Miss Univers, la même Stefania Fernández avait été soupçonnée de chavisme, simplement parce que sa robe de gala était rouge ! Peu après son sacre, Hugo Chávez en personne lui avait donné son appui en tant qu’ambassadrice du Venezuela à l’étranger. C’en était trop : elle devenait automatiquement une miss roja rojita, comme on désigne ici les partisans de Chávez.

Lors de sa sortie d’adieu à Miss Univers 2010, a-t-elle voulu se dédouaner de cette empreinte lourde à porter ? Peut-être, mais allez donc savoir ce qui se passe dans la tête d’une Miss Univers, après un an de règne, de voyages et de rencontres aux quatre coins du monde…

Qu’importe, finalement. L’incident illustre plutôt la piètre qualité du débat politique qui se déroule au Venezuela. C’est ici simplissime : tu es rouge ou t’es pas rouge. Si t’as une chemise rouge, c’est que t’es rouge. Si tu comptes pas bien les étoiles du drapeau, c’est que t’es pas rouge… Tu regardes Globovisión [la chaîne de télévision d'opposition] ? T’es pas rouge non plus. Pasqu’y faut regarder Venezolana de Televisión [la chaîne de télévision officielle] pour être rouge… T’achètes au supermarché Bicentenario [récemment nationalisé par Chávez]? T’es rouge ! T’as pas de compte au Banco Venezuela [banque nationalisée] ? T’es vraiment pas rouge !

Pas de doute : à voir aussi rouge, il y en a beaucoup qui s’approchent dangereusement du degré zéro de la politique !

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En prime : les adieux de Stefania Fernández lors du concours Miss Venezuela 2010, drapeau en main !

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