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Le hoazin huppé (Opisthocomus hoazin)

Le hoazin huppé (Opisthocomus hoazin)

Avec sa huppe à la punk et son air effarouché, il a tout pour vous surprendre. C’est le hoazin huppé (Opisthocomus hoazin), un oiseau pour le moins bizarre que l’on rencontre dans le bassin de l’Orénoque, au Venezuela, ainsi que dans celui de l’Amazone, de la Colombie à la Bolivie, en passant par les Guyanes.

Répartition géographique du hoazin (Opisthocornus_hoazin)

Répartition géographique du hoazin

J’ai eu la chance de l’observer et le photographier au cours de l’une de mes escapades dans les Llanos, les vastes plaines qui parcourent le Venezuela d’est en ouest. C’était à Rabanal, une petite communauté proche d’Elorza, en Apure.

Bruits étranges

J’ai d’abord été attiré par des bruits étranges provenant de la lisière de la forêt. Les cris rauques ressemblaient plus à ceux d’un mammifère que d’un oiseau. Je me suis prudemment approché, pour découvrir –avec surprise– qu’il s’agissait de chenchenas, comme on les nomme localement.

Lors d’un séjour précédent, j’avais déjà eu l’occasion de les observer, encore que bien imparfaitement. C’est à peine si j’avais pu distinguer, parmi les branchages, des oiseaux ressemblant à des poules. Un vol maladroit (comme celui des poules, justement) leur avait permis de se réfugier de l’autre côté du cours d’eau, puis de disparaître.

Cette fois, par contre, les hoazins se sont offerts à moi sans complexe. Le terrain était ouvert. Depuis ma position de l’autre côté de l’étang, j’ai donc pu observer pendant plusieurs minutes ces étranges oiseaux que l’on dit préhistoriques.

Deux caractéristiques très spéciales

Jeune hoazin avec ses griffes

Jeune hoazin avec ses griffes alaires

Mis à part son apparence facilement reconnaissable, le hoazin a deux caractéristiques très spéciales : d’une part, il possède un système digestif unique chez les oiseaux, formé par un jabot particulier qui fonctionne à la manière du rumen des ruminants. Cela lui permet, grâce à une fermentation bactérienne, de réduire en morceaux les matières végétales qu’il consomme. Il est ainsi le seul animal à sang chaud qui ne soit pas un mammifère à présenter un tel système de digestion de la cellulose.

L’autre caractéristique concerne les oisillons : ceux-ci possèdent une main munie de deux doigts griffus à chaque aile, appelées griffes alaires. Cela les aide à s’agripper aux branches et à grimper aux arbres. Une fois qu’ils peuvent voler, les jeunes hoazins perdent peu à peu leurs griffes, qui s’atrophient.

Chaînon manquant ?

Reconstitution d'archéoptérix

Reconstitution d'archéoptérix

La présence de ces griffes amène inévitablement à faire des comparaisons avec les fossiles d’archéoptéryx, les ancêtres préhistoriques des oiseaux actuels. Aussi a-t-on avancé l’hypothèse que l’hoazin serait un sorte de chaînon manquant entre les oiseaux modernes et les dinosaures. D’où la qualification commune d’« oiseau préhistorique » dont il est l’objet.

Toutefois, rien n’est prouvé à ce sujet. Les débats font rage entre spécialistes, qui ne s’accordent même pas sur la position taxinomique de l’oiseau. On l’a longtemps cru proche des coucous ou des gallinacés, mais récemment des analyses d’ADN ont détruit cette hypothèse, ce qui a conduit à créer pour lui seul un nouvel ordre, celui des Opisthocomiformes. Aucune espèce ne lui est proche, si bien qu’il appartient également à une famille qui lui est propre, les Opisthocomidae.

Le mystère reste donc entier sur ce punk de la forêt. Que cela ne nous empêche pas de l’admirer dans toute sa splendeur.

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Jaguar (Panthera onca)

Les grands félins sont partout en danger. Le jaguar (Panthera onca), le seul félin du genre Panthera vivant sur le sol américain, n’échappe pas à la règle. Ce digne représentant du règne animal a été placé depuis 2008 dans la catégorie « quasi menacé » par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). En effet, si la déforestation de son milieu naturel continue au rythme actuel, son aire de répartition risque de se fragmenter, mettant en danger une espèce qui a besoin d’une grande mobilité géographique pour sa reproduction.

Aire de distribution du jaguar

Aire de répartition du jaguar : en vert, distribution actuelle ; en rouge, distribution historique

De fait, cette aire de répartition a déjà diminué de 37 % par rapport à sa distribution historique : on ne le rencontre plus guère aux États-Unis, au nord du Mexique, au Salvador, ainsi que dans une grande frange couvrant l’Uruguay, le nord de l’Argentine et l’est du Brésil. Il a disparu aussi de portions de territoire en Colombie et au Venezuela. Cependant, son aire de répartition actuelle reste considérable : on l’estime à 8,75 millions de kilomètres carrés. Mais les données sont très fragmentaires en ce qui concerne le nombre d’exemplaires existants, les comptages étant peu fiables.

Forêts et llanos

Au Venezuela, les jaguars vivent dans les territoires de forêts et de llanos, soit les trois-quarts de la superficie totale du pays. Ils se nourrissent de proies de petite et grande taille, tels que pécaris, chevreuils, tapirs, tatous, capybaras, vaches, veaux et caïmans.

Des efforts sont faits sur le plan international pour protéger l’espèce. Ainsi, s’est formée sous l’égide de l’Instituto Venezolano de Investigaciones Cientìficas (IVIC) une équipe plurinationale composée de chercheurs vénézuéliens, brésiliens, italiens et polonais. Leur objectif ? Étudier la relation qui existe entre le modèle génétique-spatial des jaguars et les facteurs écologiques, tels que la diversité des habitats, la variété des proies disponibles et les variations climatiques au Venezuela et au nord du Brésil.

Superprédateur

Le jaguar adulte est un superprédateur, c’est-à-dire qu’il se situe au sommet de la chaîne alimentaire et n’est pas lui-même considéré comme une proie dans la nature. D’un point de vue écologique, on considère que si la densité de jaguars, dans un territoire donné, se maintient ou augmente, l’écosystème se trouve hors de danger. Cela se doit au fait que le jaguar est considéré comme une espèce « clé de voûte » : il régule les populations de proies, maintenant l’intégrité de la structure des écosystèmes dans lesquels il vit.

« En étudiant et protégeant les jaguars, nous protégeons toute la nature, qui au Venezuela est spécialement riche et belle. C’est probablement l’un des trésors les plus importants de la planète », commente Wlodzimierz Jedrzejewski, directeur de l’Institut de recherche sur les mammifères de l’Académie des sciences de Pologne, l’un des membres de l’équipe.

L’homme, unique ennemi du jaguar

L’unique ennemi du jaguar, c’est l’homme. Dans les années 1960, plus de 15.000 peaux de jaguars par an étaient tirées de l’Amazonie brésilienne chaque année, ce qui entraîna un fort déclin des populations. Le commerce de peaux se réduisit très fortement lors de la mise en place de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES) en 1973. En théorie, la chasse au jaguar est maintenant interdite dans la plupart des pays latino-américains, dont le Venezuela. Mais il arrive encore que des « animaux à problèmes » soient abattus légalement dans certains pays, sans compter la chasse opérée illégalement par les propriétaires d’élevage pour protéger leurs troupeaux de ce prédateur.

Lorsque les scientifiques connaîtront le nombre et la localisation des jaguars et de leurs proies, ils tenteront de construire un réseau de corridors biologiques permettant la libre circulation des animaux d’un lieu à un autre. En effet, la fragmentation de ses habitats comme conséquence des activités humaines constitue le principal danger pour l’espèce. Le libre déplacement est indispensable à la survie et l’évolution de l’espèce car il permet le flux des gênes à travers la reproduction.

Formation de scientifiques populaires

Des expéditions ont déjà été effectuées dans la Sierra de Imataca (entre l’état de Bolívar et le delta de l’Orénoque), au Hato Piñero (dans l’état de Cojedes) et dans la région de Yutajé, en Amazonie.

Le projet ne serait pas complet sans ses deux composantes sociales : un volet de vulgarisation, qui prévoit le tournage de documentaires et l’édition de livres sur les jaguars ; et un volet éducatif qui comprend aussi bien la formation de spécialistes universitaires de haut niveau que des interventions dans les écoles primaires et secondaires et la formation de scientifiques populaires au sein des populations rurales et indigènes des régions concernées.

Crocodile de l’Orénoque (Crocodylus intermedius)

Crocodile de l’Orénoque (Crocodylus intermedius)

Le Venezuela est l’une des rares régions au monde, avec la Colombie, l’Équateur, l’Amérique centrale et le sud de la Floride, où coexistent crocodiles et caïmans. On y rencontre aussi bien le crocodile de l’Orénoque (Crocodylus intermedius) que le caïman à lunettes (Caiman crocodilus). On y trouve aussi le crocodile américain (Crocodylus acutus), le caïman nain de Cuvier (Paleosuchus palpebrosus) et le caïman de Schneider (Paleosuchus trigonatus).

Dans le parler local, il y a cependant confusion entre les crocodiles (une sous-famille des Crocodylidae)  et les caïmans (une sous-famille des Alligatoridae), puisque le crocodile de l’Orénoque est appelé ici par erreur caiman del Orinoco. Le caïman à lunettes, lui, est appelé babo. Certes, crocodiles et caïmans font tous partie de l’ordre des Crocodilia, mais il existe des différences significatives entre les deux genres (la taxonomie complète -et complexe- des Crocodilia se trouve ici. Voyez aussi cette présentation plus illustrée des espèces de Crocodilia).

Quelles sont ces différences ?

  • Les caïmans (et les alligators, qui font partie de la même famille) ont une tête plus large et plus courte, et leur museau est plus obtus.
  • Les dents des caïmans ne ressortent pas lorsqu’ils ferment leur gueule.
  • Les caïmans ne possèdent pas la bordure irrégulière visible sur les pattes et les pieds arrière du crocodile, et les palmes entre les orteils des pattes arrière ne dépassent pas la moitié des intervalles.
  • Les caïmans supportent mal la salinité et préfèrent nettement l’eau douce, tandis que les crocodiles peuvent tolérer l’eau salée, possédant des glandes spécialisées dans la filtration du sel.
  • Les crocodiles ont une tête en forme de V, les alligators en forme de U.
  • Les crocodiles ont un museau plus étroit, avec des yeux plus en avant.
  • Les crocodiles ont plutôt des yeux verts et les caïmans des yeux bruns.
  • La mâchoire des crocodiles est beaucoup plus étroite, servant à déchirer les proies. En revanche, celle des caïmans, plus large, est faite pour broyer les os. (Source : Wikipedia)

Énorme, mais fragile

Examinez l’exemplaire de la photo ci-dessus : avec son museau effilé, en forme de V, c’est bel et bien un crocodile, malgré son nom local de caiman del Orinoco. Son aire d’extension est limitée -fait unique au monde- à un seul bassin, celui de l’Orénoque. Elle recouvre essentiellement les Llanos du Venezuela et de Colombie. Suivant la classification de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), l’espèce se trouve en danger critique d’extinction. Il n’en resterait plus que 250 à 2500 exemplaires dans le monde, selon les estimations. En Colombie, on ne le trouve que dans le bassin de la rivière Meta (une cinquantaine d’exemplaires), et au Venezuela dans l’Orénoque et ses affluents (plusieurs centaines d’exemplaires). Il est également représenté dans quelques zoos (dont le World Aquarium de Dallas qui en possède 35).

C’est l’une des plus grandes espèces du genre Crocodylus. Il peut atteindre 5 à 6 mètres de long et peser 380 kilos. Paradoxalement, il est relativement fragile : dans l’année qui suit leur naissance, les jeunes crocodiles de l’Orénoque sont souvent la proie de prédateurs carnivores, tels que les caïmans à lunettes eux-mêmes, les lézards tupinambis ou tégus, les anacondas ou les urubus noirs. La mortalité des nouveaux-nés, en milieu naturel, peut atteindre 80 pour cent. Mais c’est surtout la surchasse, dans les années 1920 à 1960, qui a eu des effets dévastateurs sur la survie de l’espèce. Comme celles d’autres crocodiles, sa peau était en effet très recherchée pour la maroquinerie.

Le crocodile de l’Orénoque n’a reçu un statut de protection que dans les années 1970. Il fait maintenant l’objet de programmes d’élevage en captivité, visant à sa réintroduction dans son habitat naturel. Mais la destruction de cet habitat, sous l’effet de la modernisation agricole et de la contamination des eaux, ainsi que la commercialisation illégale de jeunes exemplaires comme animaux de compagnie (!), n’augurent rien de bon pour la survie de l’espèce.

Grande adaptabilité

Caïman à lunettes (Caiman crocodilus)

Caïman à lunettes

Les caïmans à lunettes (Caiman crocodilus) se portent mieux. Ils abondent littéralement dans toutes les étendues d’eau des Llanos, qui ne manquent guère. Ils ne mesurent au maximum que 2,5 mètres, la plupart ne dépassant pas les 2 mètres. Aucune comparaison avec le crocodile de l’Orénoque, qui lui peut atteindre trois fois plus.

Bizarrement, le petit prospère plus que le grand. C’est qu’il fait preuve d’une très grande adaptabilité. Ainsi, la construction de routes, paradoxalement, a favorisé sa reproduction, en lui offrant un habitat nouveau : les nombreux bassins artificiels qui se sont formés à la suite de l’extraction des terres de remblai. Il n’est donc pas rare de les rencontrer se prélassant au soleil le long des axes routiers des Llanos.

En période de sécheresse, les caïmans se concentrent dans les rares points d’eau permanents qui subsistent. Face à la disette qui le menace durant cette saison, il est capable de jeûner durant de longues périodes -mais il est aussi capable de cannibalisme, si besoin est.

Le caïman à lunettes est également élevé en captivité, cette fois non pour sa réintroduction en milieu naturel, mais bien pour la consommation humaine. Sa chair (en particulier sa queue) est en effet appréciée des habitants des Llanos. Pour éviter la surconsommation, le caïman à lunettes fait l’objet d’une protection spéciale. Il existe depuis 1982 un Programa de aprovechamiento racional de la baba (Caiman crocodilus) [Programme d'exploitation rationnelle du Caiman crocodilus] qui permet de sacrifier et consommer annuellement de 50.000 à 70.000 individus. Cela ne veut pas dire qu’on ne le chasse pas illégalement, dans un territoire où les contrôles systématiques sont impossibles. Mais sa survie en tant qu’espèce n’est en tout cas nullement en danger.

Respect et protection

Caïman à lunettes à l'affût

Caïman à lunettes à l'affût

Crocodile ou caïmans, peu importe finalement s’il sont l’un ou l’autre (sauf pour les scientifiques, bien évidemment). Tous font partie de ces animaux qui terrorisent et fascinent à la fois l’humain. Ils ont été les vedettes -sans le savoir- de nombreux films et de multiples chansons. Ils participent de mythologies diverses de par le monde. Ils touchent parfois au sacré.

En ce sens ce sont des animaux « humains », qui méritent, autant que n’importe quels autres jugés moins dépradateurs, respect et protection.

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