Tag Archive: élections


Le mannequin aux seins PIP

Un peu gonflée, vous ne trouvez pas ?

Sont-ce les mannequins en vitrine qui influent sur les femmes ? Ou les femmes qui influent sur les mannequins en vitrine ? Grave question existentielle ! Toujours est-il que depuis quelques années on a pu observer un croissance exponentielle de la taille des seins : de ceux des mannequins, comme le montre maladroitement cette photo prise au travers de la vitre ; et de ceux des femmes, comme je l’expliquais dans un article déjà daté (2007), mais toujours d’actualité, Au pays des seins siliconés.

Une affaire d’État

Le scandale des implants PIP est donc devenu ici pratiquement une affaire d’État dès qu’il a éclaté. Il n’a pas fallu attendre longtemps pour que le gouvernement offre aux femmes PIPées la possibilité de se faire retirer gratuitement les implants dans le service public de santé. Coup de maître que cette réaction rapide et décidée, qui flirtait avec l’acte de propagande !

Il a fallu attendre à peine plus pour qu’une centaine de vénézuéliennes réunies en association annoncent leur intention de se retourner légalement contre la société française Poly Implant Prothèse (PIP) et ses distributeurs au Venezuela. Ce qu’elles exigent, ce n’est pas seulement le retrait de leurs prothèses mammaires, mais encore leur remplacement gratuit. Rien de plus logique : il serait tout de même triste que ces plantureuses poitrines se réduisent du jour au lendemain en peau de chagrin ! La bataille promet d’être rude.

Mine de rien, les prothèses PIP concernent au Venezuela quelque 30.000 femmes. Un record pour un pays qui compte 14 millions de femmes (2,1 pour 1000), à comparer avec le Brésil voisin, où l’on dénombre seulement 25.000 prothèses PIP  pour 100 millions de femmes (0,25 pour 1000). Cela veut dire que lorsque vous vous baladez dans les rues du Venezuela, 2 femmes sur 1000 que vous croisez sont porteuses d’implants PIP (sans parler des autres marques). Effarant !

La coqueluche

Un mannequin –d’un autre type– qui ne s’encombre pas de toutes ces basses considérations (car ce ne sont sans doute pas des implants PIP qu’elle a), c’est Diosa Canales, chanteuse, provocatrice et coqueluche actuelle des hommes au Venezuela et bien au-delà. Dans un tweet de début d’année, elle fait part d’un des ses projets pour 2012 : inviter à dîner le candidat qui sortira vainqueur aux élections présidentielles d’octobre au Venezuela.

Tweet de Diosa Canales

Le tweet de Diosa Canales

Et, précise-t-elle, elle viendra nue au rendez-vous ! Il faut dire qu’elle a des arguments de poids, dont on peut supposer qu’ils auront pour effet d’attiser la lutte électorale d’ici au jour du scrutin ! Et ne venez pas me dire que les dés sont PIPés. Jugez-en vous-mêmes :

Diosa Canales

Voulez-vous dîner avec moi ce soir ?

Crèche de l'opposition vénézuélienne

Les candidats de l'opposition réunis dans la crèche

En ce début d’année, n’hésitons pas à faire dans le futile (quoique révélateur).

À peine vous avais-je parlé, dans un article précédent, de la controverse à propos d’une crèche chaviste installée en plein cœur de Caracas, que l’opposition a donné la réponse du berger à la bergère (ou plutôt, dans ce cas, de la bergère au berger). La Patilla, un site web animé par Alberto Federico Ravell, ex-directeur de la chaîne de télévision d’opposition Globovisión, publie une image non piquée des vers :  six personnes souriantes entourent le petit Jésus dans une crèche décorée aux couleurs nationales (à remarquer : il s’agit du drapeau à huit étoiles, tel qu’il a été modifié en 2006 à la demande de Hugo Chávez).

Qui sont ces gens?  Parbleu ! Ce sont les six candidats aux élections primaires que la Mesa de la Unidad Democrática (MUD, coalition de partis d’opposition) organisera le 12 février prochain pour désigner le candidat présidentiel d’union, futur adversaire de Hugo Chávez. De gauche à droite : Diego Arria, Leopoldo López, Henrique Capriles Radonski, Pablo Medina, María Corina Machado et Pablo Pérez (pour en savoir plus sur chacun d’eux, n’hésitez pas à cliquer).

Aah, cela tombe bien : il n’y a parmi eux qu’une seule représentante de la gent féminine !  La présence de plusieurs femmes aurait posé de sérieux problèmes pour recréer la scène de la nativité…

La Patilla n’en est pas restée là dans le pastiche : quelques jours plus tard, le site publiait une autre scène de nativité, que je ne résiste pas non plus à partager avec vous.

Hugo Chávez et Fidel Castro dans la crèche

Un surprenant petit Jésus et un agneau tout rouge!

Hugo Chávez à son retour d'un contrôle médical à Cuba

Hugo Chávez à son retour d'un contrôle médical à Cuba

Retour de vacances. Replongée dans le Venezuela du 21e siècle. L’an dernier, à cette même date, j’avais pu vous parler des nouvelles que vous aviez manquées durant mon absence :  une nouvelle Miss Univers vénézuélienne, une nouvelle loi sur l’éducation, Hugo Chávez au festival de Venise, les nouvelles mamours de Hugo Chávez et du roi Juan Carlos, et j’en passe…

Cette année, rien. Il ne s’est rien passé. Ou plutôt il ne s’est passé qu’une chose : on glose et on glose et on glose sur la maladie de Hugo Chávez. Et Hugo Chávez glose et glose et glose sur son rétablissement. Ce fut le feuilleton de l’été, c’est encore celui de l’automne, et –j’en mets ma main au feu– ce sera celui de l’hiver…

Plus secret, plus discret

Pour le président, il s’agit de ne pas perdre pied, lui qui avait habitué son petit monde (jusqu’à ses adversaires) à être omniprésent, tel un dieu de l’Olympe hyperactif, que ce soit sur le terrain, à la télé, à la radio ou ailleurs.  Son traitement contre le cancer et son long rétablissement l’empêchent désormais de se démener autant. Il a donc choisi une nouvelle stratégie : le voici qui apparaît, tel un dieu encore –mais plus secret, plus discret– au moment où on l’attend le moins.

L’autre jour, c’était en plein milieu d’une manifestation officielle qui réunissait des sportifs, transmise en direct par la télévision d’État. Un appel téléphonique totalement inattendu interrompt le cours de la cérémonie.

« C’est le fantôme qui vous parle ! » Le public s’agite, les ministres sourient, on applaudit.

« Le fantôme de Miraflores! [le palais présidentiel] », continue la voix grave. Tout le monde sait déjà que c’est le président qui parle. On perçoit même, derrière la voix grave, une cacophonie de coqs et de perroquets, comme pour signifier que Hugo Chávez téléphone bien depuis le jardin du palais, où on l’imagine se remettre de sa dernière chimiothérapie.

N’importe où, n’importe quand

Le « fantôme » peut ainsi apparaître n’importe où, n’importe quand, par voie téléphonique ou par vidéo, pour haranguer ses partisans ou se moquer de ses adversaires. Et il ne rate jamais l’occasion pour répéter qu’il sera bel et bien candidat aux élections présidentielles d’octobre 2012.

Ce ne sont plus les discours marathons à la télévision auxquels il nous avait habitués depuis 12 ans. Il s’agit maintenant pour le président de montrer sa présence, dans la mesure de ses capacités physiques et de ce qu’autorisent ses médecins. Car il suffit qu’il soit absent des écrans ou des ondes pendant deux jours pour que les rumeurs les plus folles commencent à courir. L’hermétisme officiel n’aide évidemment pas.

« Que veux-tu que je te dises ? Que je te montre la tumeur et que je t’explique de quelle sorte de tumeur il s’agit ? C’est ce que tu veux pour alimenter le côté morbide ? Eh bien, je ne vais pas vous satisfaire », répliqua-t-il tout de go alors qu’on lui demandait pour la xième fois de révéler les détails de sa maladie. Celle-ci est un secret d’État, comme l’est du reste l’état de santé de Fidel Castro.

Spirale

Ce silence et ce mystère ont déclenché une spirale d’hypothèses qui vont depuis un cancer de la prostate, du colon ou de la vessie jusqu’à de bizarres sarcomes musculaires, en passant par des métastases dans des organes vitaux, un état terminal, une anémie grave ou des déficiences rénales irréversibles. À l’inverse, d’aucuns affirment que cette maladie n’est qu’une vulgaire ruse destinée à gagner des votes. En effet, la popularité du président n’a cessé de remonter depuis l’annonce de sa maladie, pour atteindre à nouveau les 60 %.

L’opposition, elle, émet des doutes sur la supposée récupération du président. « C’est un magicien, il a eu des conseillers extraordinaires pour dissimuler la vérité, dévier l’attention, diffuser des contre-informations. Mais je crois que, finalement, celui qui a le plus de doutes est le président lui-même », écrit Nelson Bocaranda, un journaliste d’opposition, dans sa page Runrun.

Élément-clé

Un candidat malade ou pas malade ?

Un candidat malade ou pas malade ?

Personne n’en doute : la perception que chacun aura sur l’état de santé du président sera un élément-clé dans l’élection présidentielle de 2012. Si Chávez apparaît physiquement affaibli, l’électorat pourrait se détourner de lui pour choisir un leader plus dynamique. Par contre, s’il gagne sa lutte contre le cancer, cela renforcerait son aura d’invincibilité et augmenterait ses chances à l’élection.

« Si Chávez se rétablit, il sera le favori à l’élection, bien qu’il ne soit pas blindé », écrit Luis Vicente León, de la maison de sondages Datanálisis. « Mais s’il doit se lancer dans la campagne en étant malade, il l’aura difficile, d’autant plus que le candidat de l’opposition, quel qu’il soit, pourra faire montre de ce qu’il pourrait ne plus avoir : la jeunesse, l’énergie et l’avenir. »

En attendant, les rumeurs se multiplient. À celles sur la santé du président s’ajoutent les constantes élucubrations sur son éventuel successeur, sur de soi-disant divisions au sein des forces armées, sur un schisme qui minerait le parti gouvernemental ou sur la grande peur de la bourgeoisie : la défense armée de la révolution, en cas de crise. « Tout cela n’est qu’une manœuvre de l’opposition pour générer le chaos, une tentative de diminuer l’appui qu’a le président, en semant le doute sur sa capacité à continuer à gouverner », répondent en chœur les alliés du président.

Les indignés ?

Bref, après quelques semaines passées outre-Atlantique, me revoilà donc en plein Venezuela, dans ce pays du non-débat. Cela me change des interminables primaires socialistes en France ou de la (plus interminable encore) constitution d’un gouvernement en Belgique. Et cela me change aussi des « indignés » qui fleurissent aux quatre coins du globe.

Les indignés ? Tiens, il semble bien que le Venezuela soit le seul pays au monde où il n’y en ait pas un seul ! Et pour cause : la maladie de Chávez emporte toute pensée sur son passage –et le fantôme de Miraflores veille, comme toujours.

PS :  Mensonge ! Ce n’est pas vrai qu’il ne s’est rien passé ces dernières semaines au Venezuela. La pays a connu au moins deux évènements majeurs : 1. Le Venezuela a battu l’Argentine 1-0 (je vous parle de football), c’est l’euphorie nationale et 2. Blackberry a eu de sérieux problèmes de serveur, c’est le désastre national.

Source : América Economía

Combat de coqs

combat de coqs

Un combat acharné

Élections législatives au Venezuela ce dimanche 26 septembre. La lutte risque d’être acharnée entre les partisans de Hugo Chávez et les opposants de tous bords. L’enjeu ?  Tout d’abord compter les forces en présence.

En effet, on sent depuis quelques mois que l’appui à Hugo Chávez a faibli, y compris parmi ses propres troupes, et ce tant dans les bidonvilles urbains que dans les zones rurales. Ce qui ne veut pas dire que l’opposition a nécessairement grandi. C’est en effet plutôt le scepticisme qui a gagné du terrain… Ces élections constituent donc une excellente occasion pour  permettre à chaque camp de compter ses forces, dans la perspective de l’élection présidentielle de 2012, à laquelle Hugo Chávez est déjà candidat déclaré.

Au-delà du simple comptage des forces en présence, l’enjeu consiste pour le président à conserver une majorité des deux-tiers à l’Assemblée, afin de pouvoir continuer son action et faire passer de nouvelles réformes destinées à « approfondir la révolution bolivarienne ».

Sondages peu crédibles

Faisons peu de cas des sondages, peu crédibles et instrumentalisés par les forces politiques en présence. Certains donnent Chávez gagnant avec 52 % des voix, d’autres le voient perdant la majorité absolue. Le tout se jouerait donc dans un mouchoir de poche. Mais sont rarement sondés ceux qui appuient Chávez du fond de leur bidonville ou de leur campagne profonde.

La journée a commencé très tôt pour les chavistes : dès trois heures du matin, des pétards ont retenti dans les différents quartiers et un clairon tout ce qu’il y a de plus militaire a même sonné la charge! Il s’agissait de mobiliser les troupes pour qu’elles fassent acte de présence aux différentes tables électorales et n’oublient pas d’aller voter.

Car l’un des principaux écueils de ces élections, pour les chavistes, serait l’abstention à un scrutin qui ne met pas directement en jeu la personne du président et  pourrait être considéré comme secondaire. Cela laisserait la voie libre à l’opposition, cette fois fortement motivée. Il y a cinq ans, prétextant une fraude massive, cette dernière avait boycotté le scrutin. Elle s’en mord toujours les doigts : cette grave erreur avait permis à Chávez de gouverner pendant cinq ans sans la moindre opposition à l’Assemblée nationale.

Interpréter les résultats

Comment faudra-t-il interpréter les résultats?

  • Dans un premier temps, il faudra voir si Hugo Chávez conserve la majorité absolue des suffrages (plus de 50 %). C’est le chiffre-clé permettant de mesurer le degré de popularité du président, qui s’est mis en avant dans la campagne. Dans ce sens, ces élections apparaissent comme un plébiscite, en quelque sorte.
  • En deuxième lieu, il faudra voir si, en terme de sièges, les partisans de Chávez conservent une majorité des deux-tiers à l’Assemblée. Même avec un peu plus de 50 % des suffrages exprimés en faveur du chavisme, cela pourrait être le cas, grâce à une loi électorale et un redécoupage des circonscriptions favorables au gouvernement actuel. Revers de la médaille : si le chavisme obtient une majorité de sièges mais moins de voix que l’opposition, il serait irrémédiablement affaibli, car sa domination à l’assemblée pourrait être considérée comme illégitime. Ce serait là le pire des résultats pour lui.
  • Enfin, il faudra estimer les résultats en fonction du taux général d’abstention. Moins celui-ci sera élevé, plus les résultats seront considérés comme légitimes, tant pour le chavisme que pour l’opposition. Mais il est évident que le président a plus besoin que ses opposants de votes exprimés en sa faveur, s’il désire confirmer sa position de force à l’approche des élections présidentielles de 2012.

Vœux pieux

Mesurer la popularité de Chávez

Mesurer la popularité de Chávez (photo: Carlos García, Reuters)

Le retour de l’opposition à l’Assemblée nationale est en tout cas assuré. Peu importe les résultats, ce sera la grande nouveauté à l’issue du scrutin. Certains pensent que cela va handicaper le chavisme, habitué à gouverner seul depuis cinq ans. Je pense exactement le contraire : face à une opposition que l’on espère cohérente et structurée (rien n’est moins sûr, cependant, tant les disparités sont criantes entre les partis qui la forment), le chavisme sera tenu de mieux se définir idéologiquement (lui aussi est très dispersé) et devra revoir ses actions pour plus d’efficacité et de cohérence. L’approfondissement du processus de transformation sociale et la reconquête de ceux qui se sont éloignés du mouvement sont à ce prix.

À l’issue de ces élections, on ose ingénument espérer que s’instaure un véritable débat politique en lieu et place des injures manichéennes qui sont (malheureusement) le lot de tous les jours dans ce pays profondément divisé en deux camps irréconciliables.

Se parler, s’écouter, argumenter…, tout simplement ! Vœux pieux, probablement : c’est sans doute beaucoup demander à des hommes politiques habitués à la négation de l’autre et plus aptes à se lancer dans un combat de coqs –jusqu’à la mort de l’adversaire, si possible– qu’à participer à un débat constructif et contradictoire.

Stefania Fernandez, miss univers 2009

Stefania Fernández, Miss Univers 2009, arbore le drapeau vénézuélien à sept étoiles lors de l'édition 2010 du concours

Au Venezuela, les concours de beauté sont presque une affaire d’État. Voyez ce qui s’est produit lors de l’édition 2010 de Miss Univers, organisé le 23 août dernier à Las Vegas et remporté par la mexicaine Jimena Navarrete.

Passons d’abord sur ce que disent d’aucuns, ici au Venezuela : la candidate vénézuélienne Marelisa Gibson, pourtant l’une des grandes favorites du concours, a été proprement écartée du podium, car il était éthiquement impossible de couronner une miss vénézuélienne pour une troisième année consécutive. Ce ne sont là, faut-il le dire, que misérables potins de forums Internet…

En fait, le véritable incident est passé inaperçu aux yeux de la planète, excepté au Venezuela –toujours prompt à s’échauffer politiquement dès que la moindre occasion se présente. Et le scandale est venu non pas de la candidate 2010, mais de Miss Univers 2009, la Vénézuélienne Stefania Fernández. Ne voilà-t-il que lors de son défilé d’adieu à la couronne, elle sort comme par enchantement un drapeau vénézuélien, l’agite fébrilement et s’offre même le luxe de verser une douce larme sur le tissu tricolore.

Une sombre affaire d’étoiles

Il n’y a là rien que du beau, du touchant, de l’émouvant, pas vrai ? Oui, sauf que le drapeau vénézuélien qu’elle arborait n’était pas l’actuel : il ne comportait que sept étoiles, et non huit. Une petite étoile qui fait toute la différence : en effet, le drapeau à sept étoiles est celui de la 4e République, celui à huit étoiles est celui de la république bolivarienne instaurée par Hugo Chávez. Pour explication : les sept étoiles représentent les sept provinces qui formèrent la Confédération américaine du Venezuela et se déclarèrent libres et indépendantes le 5 juillet 1811. Récemment, le 9 mars 2006, l’Assemblée nationale a approuvé l’inclusion d’une huitième étoile, en représentation de la province de Guayana, comme l’avait décrété Simón Bolívar dans un décret de novembre 1817.  Pour beaucoup dans l’opposition, le drapeau à huit étoiles est devenu le « drapeau de Chávez ». C’est à peine s’ils le respectent.

Il n’en fallait pas plus pour lancer une controverse nationale à la suite du geste de Stefania Fernández, un geste qui n’est sans doute pas entièrement dû au hasard. En deux temps trois mouvements, la miss est devenue une courageuse héroïne pour les uns,  une infâme scélérate pour les autres. À un mois d’élections cruciales pour élire les députés à l’Assemblée nationale, cet incident mineur en apparence avait tout pour attiser les tensions dans une société déjà complètement polarisée. D’où son instrumentalisation rapide tant par les politiques que par la presse, people ou non.

Robe rouge

Stefania Fernández, Miss Univers 2009

La robe rouge tant décriée

Le plus amusant de l’histoire, c’est qu’il y a tout juste un an, lors de son élection de Miss Univers, la même Stefania Fernández avait été soupçonnée de chavisme, simplement parce que sa robe de gala était rouge ! Peu après son sacre, Hugo Chávez en personne lui avait donné son appui en tant qu’ambassadrice du Venezuela à l’étranger. C’en était trop : elle devenait automatiquement une miss roja rojita, comme on désigne ici les partisans de Chávez.

Lors de sa sortie d’adieu à Miss Univers 2010, a-t-elle voulu se dédouaner de cette empreinte lourde à porter ? Peut-être, mais allez donc savoir ce qui se passe dans la tête d’une Miss Univers, après un an de règne, de voyages et de rencontres aux quatre coins du monde…

Qu’importe, finalement. L’incident illustre plutôt la piètre qualité du débat politique qui se déroule au Venezuela. C’est ici simplissime : tu es rouge ou t’es pas rouge. Si t’as une chemise rouge, c’est que t’es rouge. Si tu comptes pas bien les étoiles du drapeau, c’est que t’es pas rouge… Tu regardes Globovisión [la chaîne de télévision d'opposition] ? T’es pas rouge non plus. Pasqu’y faut regarder Venezolana de Televisión [la chaîne de télévision officielle] pour être rouge… T’achètes au supermarché Bicentenario [récemment nationalisé par Chávez]? T’es rouge ! T’as pas de compte au Banco Venezuela [banque nationalisée] ? T’es vraiment pas rouge !

Pas de doute : à voir aussi rouge, il y en a beaucoup qui s’approchent dangereusement du degré zéro de la politique !

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En prime : les adieux de Stefania Fernández lors du concours Miss Venezuela 2010, drapeau en main !

En rouge, les chavistes; en bleu l'opposition

La nouvelle carte politique du Venezuela : le chavisme en rouge, l'opposition en bleu (avec les pourcentages des vainqueurs et des vaincus)

Au sortir des urnes de ces élections régionales, tout le monde il est content.

L’opposition est contente parce que :

  • elle a remporté trois états supplémentaires par rapport aux précédentes élections régionales
  • elle a remporté les mairies des deux plus grandes villes, Caracas et Maracaibo

Hugo Chávez et le Partido Socialista Unificado de Venezuela (PSUV) sont contents parce que :

  • ils ont remporté 17 états sur 22 et que le Venezuela reste très majoritairement rouge (voir la carte ci-dessus)
  • ils ont augmenté le nombre de voix par rapport au référendum de décembre 2007 : 5,6 millions au lieu de 4 millions
  • ils ont récupéré plusieurs États dont les gouverneurs sortants étaient des dissidents du chavisme

En demi-teinte

Voilà pour la superficie des choses. Cependant, si on gratte un peu, on s’aperçoit :

  • que les cinq états maintenant contrôlés par l’opposition regroupent 40 % de la population du pays
  • que les pourcentages obtenus par les élus chavistes ne sont pas, sauf exception dans deux ou trois états, à proprement parler écrasants
  • que les capitales de certains états « rouges » ont élu un maire de l’opposition (c’est le cas de Mérida, notamment)

Cela nous amène à dire que la victoire chaviste est, pour le moins, en demi-teinte. Le plus préoccupant pour les chavistes est sans doute que les zones urbaines les plus peuplées, y compris certains secteurs réputés pauvres, comme Petare, dans la banlieue de Caracas, sont passés à l’opposition. Le noyau dur du chavisme se trouverait-il désormais dans les régions rurales? Cela a de quoi inquiéter dans un pays depuis longtemps très largement urbanisé.

En effet, le « socialisme bolivarien » était déjà un socialisme sans classe ouvrière. Voici qu’il risque d’être un socialisme sans classes urbaines. Dur dur.

Hugo ChávezLire aussi :
Dieu pris au dépourvu (février 2008)
Le Comandante dans son labyrinthe (avril 2008)
Marc Saint-Upéry

Marc Saint-Upéry

Dans l’attente des résultats des élections régionales au Venezuela, parlons de politique. Mais pas de petite politique électorale. Tentons d’élever un tant soit peu le débat avant l’inexorable tombée des chiffres, dans quelques heures, et avant leur analyse et décryptage, dans les jours qui viennent.

En cette journée d’attente électorale, donc, je suis tombé sur un texte bien intéressant : un entretien avec Marc Saint-Upéry, réalisé par Pablo Stefanoni et Ricardo Bajo, pour l’édition bolivienne du Monde Diplomatique.  Intitulé La crise, l’Amérique latine et les limites du « socialisme du XXIe siècle », l’article nous offre de quoi réfléchir sur les enjeux du moment, dans le monde et en Amérique latine en particulier. Des enjeux qui ne sont pas particulièrement petits, étant donné les incertitudes qui nous assaillent de toutes parts, la crise aidant.

Paradoxes

Marc Saint-Upéry est un journaliste qui réside en Équateur. Auteur de l’ouvrage Le rêve de Bolìvar : le défi des gauches sud-américaines (La Découverte, 2008) et traducteur de plusieurs livres de Michael Moore, Mike Davis, Amartya Sen, Jeremy Rifkin, Robert Fisk et même des Yes Men, il a une vision globale de la situation du capitalisme et des socialismes en ce début de XXIe siècle. Maniant le paradoxe, il offre un éclairage revigorant sur des personnages aussi divers que Sarah Palin et Hugo Chávez. S’il ne mâche pas ses mots quant aux perspectives du dénommé socialisme du XX!e siècle, il ne tombe pas non plus dans le travers contraire, qui serait de déqualifier purement et simplement les politiques du chavisme.

Au long de cet entretien, Marc Saint-Upéry a le mérite d’avancer des hypothèses et explications globales, qui ne manquent pas de surprendre à l’occasion, comme lorsqu’il se dit convaincu que n’importe quelle mesure socio-économique d’envergure prise par les Chinois aura plus d’impact pour l’avenir de l’ensemble de l’humanité que tout ce peuvent dire ou faire les gouvernements de gauche latino-américains.

Voilà donc de quoi remettre à leur juste place certains mythes latino-américains, et réveiller nos neurones!

le rêve de Bolivar > Lire l’entretien La crise, l’Amérique latine et les limites du « socialisme du XXIe siècle
> Acheter l’ouvrage de Marc Saint-Upéry, Le rêve de Bolivar : le défi des gauches sud-américaines chez Amazon
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