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Ivian Sarcos

La belle

Les années se suivent et se ressemblent. Encore une Vénézuélienne au sommet ! Elle est la sixième Miss Monde vénézuélienne depuis les débuts du concours. Ajoutez-y six Miss Univers et des dizaines de misses dans des concours de seconde catégorie, et vous aurez une idée de la domination écrasante de la femme vénézuélienne sur la planète de la beauté.

J’avoue que cette miss-ci ne m’a pas tout à fait laissé indifférent. Et je ne parle pas ici de son corps (encore que…), mais de son parcours de vie. Ivian Lunasol Sarcos Colmenares –c’est son nom– est presque un archétype de la femme vénézuélienne, cette lutteuse de tous les instants. Jugez-en.

Dans un internat de bonnes sœurs

Elle naît à Guanare, une petite ville des Llanos sans personnalité particulière. Cadette d’une famille de 13 enfants, elle perd sa mère en 1998, alors qu’elle n’a que huit ans. Neuf mois plus tard, son père meurt dans un accident de circulation. Elle est alors placée sous la tutelle de son frère aîné qui l’envoie à l’internat “Santa María Micaela”, tenu par la congrégation des sœurs du Sacré Cœur de Jésus, dans la ville de San Carlos.

Elle a 14 ans lorsque la mère supérieure du couvent lui propose d’aller en Espagne pour se préparer à être religieuse. Après quelques mois de réflexion, elle refuse. Retournée chez son frère, son bac en poche, elle commence une carrière universitaire en administration d’entreprise, tout en travaillant dans un restaurant de restauration rapide pour payer ses études.

En 2006, à 17 ans, Ivian décide de déménager chez sa sœur dans les vallées du Tuy, près de Caracas, où elle effectue divers travaux d’entretien. Mais c’est désormais la capitale qu’elle vise. Une fois à Caracas, elle effectue d’abord des petits travaux informels, et parvient à s’inscrire à l’Université Centrale, dans la carrière de Relations internationales. Nous sommes en 2008, elle a 19 ans.

Tout s’enchaîne

À la fin de 2009, elle se fait aborder dans la boutique où elle travaille par un « chasseur de beautés », qui lui propose une entrevue avec Osmel Sousa, le créateur et propriétaire de l’Organisation Miss Venezuela. Tout s’enchaîne alors : participation au concours de Miss Venezuela 2010, qu’elle remporte, puis préparation intensive pour le concours de Miss Monde. On connaît la suite.

Entretemps, elle crée au début de 2011 une fondation dénommée Belleza con propósito [La beauté avec un objectif], destinée à venir en aide aux personnes vivant dans un état de pauvreté extrême. L’idée de faire de l’action sociale, assure-t-elle, ne l’a jamais quittée, elle qui est née plutôt au bas de l’échelle.

Parcours exemplaire, trop exemplaire, pourrait-on dire. Un vrai conte de fées. À tel point qu’une légende dorée s’est déjà créée et diffusée, en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, autour de la nouvelle Miss Monde.

S’en sortir

Ivian Sarcos

L'élégante

Mais encore… Ce parcours-là fait penser à beaucoup de femmes vénézuéliennes, que la vie, au départ, n’a pas vraiment favorisées. C’est à force de lutte, de détermination, qu’elles ont fait leur bout de chemin dans la vie. Elle se sont forgées dans la difficulté, ont affronté une réalité qui ne leur était pas a priori favorable, ont émergé la tête haute, ont gagné. Toutes n’ont pas eu le destin doré d’Ivian, bien entendu, mais beaucoup se sont hissées à un niveau que rien ne laissait prévoir ni espérer.

Cette femme-là, je la décrivais ailleurs : travailleuse, séduisante, élégante, altière, provocante. Même si elle n’est pas une miss, la beauté n’est jamais loin chez cette femme hyperactive qui fait tout pour « s’en sortir », au point d’être souvent dominante -quelle contradiction!- dans cette société de machos. Une société matriarcale de machos, en quelque sorte.

Et pour vous montrer à quoi ressemble cette femme vénézuélienne, revoyez Ivian Sarcos répondre aux questions lors du concours Miss Monde. Quel aplomb ! Je parierais qu’elle a fait la différence et gagné la couronne à ce moment précis. Car de jolis corps, il y en avait beaucoup d’autres sur le plateau. Mais une détermination aussi forte que celle-là, c’était plutôt rare, ce soir-là, à Londres.

Miss au Venezuela

Des miss parfaitement formatées

Faites un sondage autour de vous. Le commun des mortels connaît généralement le Venezuela pour trois choses : son pétrole, son président et la beauté de ses femmes. Trois « monuments » (chacun dans son genre) auxquels il vaut mieux ne pas trop toucher, au risque de se faire bahuter.

Edward Ellis et Flor Salcedo se proposent cependant de s’attaquer à l’un de ceux-ci dans un documentaire qu’ils projettent de réaliser. Intitulé Miss : Women, Culture and Venezuela’s Beauty Industry, le film s’attaquera à ce qui est un tabou au Venezuela : analyser d’un point de vue social et culturel les effets que l’industrie multimillionnaire de la beauté a sur la vie des femmes ordinaires.

Dans les écoles maternelles

J’en ai déjà parlé par ailleurs : la beauté est au Venezuela un véritable projet national. À un moment ou l’autre de leur vie, les petites filles rêvent de devenir une miss. Ici, les concours de beauté commencent dès l’âge de cinq ans dans les écoles maternelles ! Ils continueront tout au long du parcours scolaire, université y compris. Ajoutez-y les concours dans des milieux aussi variés que les centres commerciaux, les villages, les bidonvilles, les quartiers chics, les clubs de vacances, les plages et vous aurez une idée de l’extension du phénomène. Tout endroit où les gens se rencontrent est tout simplement prétexte à l’organisation d’un concours de beauté.

Le dispositif (car c’en est un) culmine avec l’organisation Miss Venezuela, qui, au bout de la chaîne, sélectionne les meilleures et, moyennant paiement sonnant et trébuchant, se propose de les former comme des miss professionnelles. Celles qui se soumettront sans roncher à la discipline de fer de l’école auront peut-être la chance d’être les futures Miss Venezuela, Monde ou Univers.

Autre facette du phénomène : il n’est pas rare que des pères fiers de leur progéniture féminine paient à leur fille des implants mammaires comme cadeau d’anniversaire pour leurs 15 ans (il s’agit d’une fête traditionnelle qui marque rituellement le passage à la féminitude en Amérique latine). Le cas échéant, les banques locales sont prêtes à accorder des prêts pour la réalisation d’une chirurgie plastique, étant entendu que les femmes devraient avoir un avenir professionnel et économique mieux assuré si elles bénéficient d’une poitrine plantureuse !

Explorer l’arrière-cour

Le film d’Edward Ellis et Flor Salcedo veut aller au-delà de ce que l’on sait déjà et explorer l’arrière-cour de cette vaste industrie de la beauté. En cherchant par exemple à comprendre quelles sont les forces qui meuvent cette industrie et quelles sont les conséquences sociales de cette obsession nationale pour la beauté.

Violence domestique

Des dizaines de milliers de cas de violence domestique au Venezuela

Les auteurs projettent ainsi de suivre et d’observer les vies de jeunes filles et de jeunes femmes qui sont partie prenante de ce monde plein de glamour, espérant ainsi découvrir leurs motivations, leurs désirs et leurs peurs. La marchandisation de la femme sera aussi mise en parallèle avec les indices élevés de violence domestique qui caractérisent le pays et le peu d’appui apporté aux femmes ayant été victime d’abus : le Venezuela a beau avoir obtenu six couronnes de Miss Univers, il ne possède que deux abris pour femmes victimes de violence, pour des dizaines de milliers d’abus de tous ordres !

Le documentaire promet donc de nous dévoiler quelques vérités cachées sur la femme vénézuélienne, et des vérités qui ne sont pas spécialement glamour. La bande de lancement du film (ci-dessous) reprend en les survolant ces différents points. Avec des images de jolies dames, bien entendu, ponctuées de scènes moins glamour et de quelques énormités, telles celle du directeur de l’organisation Miss Venezuela déclarant sans ambages que « toutes les féministes sont laides » !

http://www.kickstarter.com/projects/2008601179/miss-women-culture-and-venezuelas-beauty-industry/widget/video.html

Le film n’est malheureusement pas encore produit. Ses réalisateurs cherchent par tous les moyens un financement. Si vous voulez les aider, sachez qu’ils ont inscrit leur projet sur Kickstarter, une plateforme en ligne qui permet de financer des projets créatifs. On peut faire des dons à partir de 1 dollar…  Et avec 1000 dollars ou plus, vous deviendrez producteur exécutif !

Stefania Fernandez, miss univers 2009

Stefania Fernández, Miss Univers 2009, arbore le drapeau vénézuélien à sept étoiles lors de l'édition 2010 du concours

Au Venezuela, les concours de beauté sont presque une affaire d’État. Voyez ce qui s’est produit lors de l’édition 2010 de Miss Univers, organisé le 23 août dernier à Las Vegas et remporté par la mexicaine Jimena Navarrete.

Passons d’abord sur ce que disent d’aucuns, ici au Venezuela : la candidate vénézuélienne Marelisa Gibson, pourtant l’une des grandes favorites du concours, a été proprement écartée du podium, car il était éthiquement impossible de couronner une miss vénézuélienne pour une troisième année consécutive. Ce ne sont là, faut-il le dire, que misérables potins de forums Internet…

En fait, le véritable incident est passé inaperçu aux yeux de la planète, excepté au Venezuela –toujours prompt à s’échauffer politiquement dès que la moindre occasion se présente. Et le scandale est venu non pas de la candidate 2010, mais de Miss Univers 2009, la Vénézuélienne Stefania Fernández. Ne voilà-t-il que lors de son défilé d’adieu à la couronne, elle sort comme par enchantement un drapeau vénézuélien, l’agite fébrilement et s’offre même le luxe de verser une douce larme sur le tissu tricolore.

Une sombre affaire d’étoiles

Il n’y a là rien que du beau, du touchant, de l’émouvant, pas vrai ? Oui, sauf que le drapeau vénézuélien qu’elle arborait n’était pas l’actuel : il ne comportait que sept étoiles, et non huit. Une petite étoile qui fait toute la différence : en effet, le drapeau à sept étoiles est celui de la 4e République, celui à huit étoiles est celui de la république bolivarienne instaurée par Hugo Chávez. Pour explication : les sept étoiles représentent les sept provinces qui formèrent la Confédération américaine du Venezuela et se déclarèrent libres et indépendantes le 5 juillet 1811. Récemment, le 9 mars 2006, l’Assemblée nationale a approuvé l’inclusion d’une huitième étoile, en représentation de la province de Guayana, comme l’avait décrété Simón Bolívar dans un décret de novembre 1817.  Pour beaucoup dans l’opposition, le drapeau à huit étoiles est devenu le « drapeau de Chávez ». C’est à peine s’ils le respectent.

Il n’en fallait pas plus pour lancer une controverse nationale à la suite du geste de Stefania Fernández, un geste qui n’est sans doute pas entièrement dû au hasard. En deux temps trois mouvements, la miss est devenue une courageuse héroïne pour les uns,  une infâme scélérate pour les autres. À un mois d’élections cruciales pour élire les députés à l’Assemblée nationale, cet incident mineur en apparence avait tout pour attiser les tensions dans une société déjà complètement polarisée. D’où son instrumentalisation rapide tant par les politiques que par la presse, people ou non.

Robe rouge

Stefania Fernández, Miss Univers 2009

La robe rouge tant décriée

Le plus amusant de l’histoire, c’est qu’il y a tout juste un an, lors de son élection de Miss Univers, la même Stefania Fernández avait été soupçonnée de chavisme, simplement parce que sa robe de gala était rouge ! Peu après son sacre, Hugo Chávez en personne lui avait donné son appui en tant qu’ambassadrice du Venezuela à l’étranger. C’en était trop : elle devenait automatiquement une miss roja rojita, comme on désigne ici les partisans de Chávez.

Lors de sa sortie d’adieu à Miss Univers 2010, a-t-elle voulu se dédouaner de cette empreinte lourde à porter ? Peut-être, mais allez donc savoir ce qui se passe dans la tête d’une Miss Univers, après un an de règne, de voyages et de rencontres aux quatre coins du monde…

Qu’importe, finalement. L’incident illustre plutôt la piètre qualité du débat politique qui se déroule au Venezuela. C’est ici simplissime : tu es rouge ou t’es pas rouge. Si t’as une chemise rouge, c’est que t’es rouge. Si tu comptes pas bien les étoiles du drapeau, c’est que t’es pas rouge… Tu regardes Globovisión [la chaîne de télévision d'opposition] ? T’es pas rouge non plus. Pasqu’y faut regarder Venezolana de Televisión [la chaîne de télévision officielle] pour être rouge… T’achètes au supermarché Bicentenario [récemment nationalisé par Chávez]? T’es rouge ! T’as pas de compte au Banco Venezuela [banque nationalisée] ? T’es vraiment pas rouge !

Pas de doute : à voir aussi rouge, il y en a beaucoup qui s’approchent dangereusement du degré zéro de la politique !

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En prime : les adieux de Stefania Fernández lors du concours Miss Venezuela 2010, drapeau en main !

Les candidates d'Acequias

Première pose pour les candidates d'Acequias

Au lendemain de l’élection de Stefanía Fernández au titre de Miss Univers, un journaliste du site Les Observateurs de France24 m’envoie un message électronique pour me demander si je connais une miss, même locale, qui pourrait témoigner de son expérience. Et il me pose la question : pourquoi le Venezuela a-t-il gagné autant de concours de beauté ?

Étant en vacances, je n’ai pu que le renvoyer à la multitude d’articles qui essaient de répondre à cette question ô combien énigmatique. Quelques jours plus tard, un article était effectivement publié sur le site web des Observateurs sous le titre Pourquoi Miss Univers est-elle si souvent vénézuélienne ? L’article en question ne répond pas du tout à la question, concentrant le débat essentiellement autour du thème de la chirurgie esthétique.

La chirurgie esthétique, même si elle joue un rôle dans l’affaire, n’explique tout de même pas tout, car les miss vénézuéliennes ne sont évidemment pas les seules à avoir pensé à se refabriquer. Le vrai secret se trouve plutôt, à mon sens, dans la relation même des Vénézuéliennes et Vénézuéliens avec la beauté féminine et, par conséquent, avec les concours de beauté.

Les candidates d’Acequias

La route d'Acequias

La route cahoteuse d'Acequias

Voici une petite histoire vécue, qui illustre parfaitement cet état de choses.

Quelques jours avant la fête patronale d’Acequias, un minuscule village de quelques centaines d’habitants perché dans les Andes, à deux heures de la ville de Mérida par une route de terre franchement cahoteuse, j’ai eu le privilège de conduire à la ville les quatre candidates au titre de « reine du village ». Car au Venezuela, pays républicain, il y a des reines partout : dans les écoles (même maternelles !), dans les lycées, à l’université, dans les villes et villages, et j’en passe. Il serait donc tout bonnement impensable qu’Acequias n’ait pas la sienne. Dans quelques jours, l’une des candidates devait être élue reine du village par un jury qui comprendrait (sans doute) les quelques « personnalités » locales.

À la question de savoir pourquoi elles étaient si jeunes, la réponse a fusé : « Il n’y a pas de filles plus grandes au village, elles partent étudier ailleurs ». En effet, Acequias est si petit qu’il ne possède pas de lycée. Du coup, les candidates qui se présentent sont les plus âgées de celles qui vivent encore au village. Toutes étudient en dernière année d’école primaire et n’ont que 11 ou 12 ans.

Le lendemain, les jeunes candidates devaient se présenter à la presse régionale, qui n’allait évidemment pas se priver de prendre leur photo et de la diffuser à tout vent.  Cette perspective les rendait quelque peu nerveuses et les excitait à la fois. Pour les mettre en confiance, je leur ai proposé une petite séance de photographie, dont vous voyez l’un des résultats ci-dessus.

Comme les footballeurs brésiliens

Miss Venezuela 2009

Miss Venezuela 2009

C’est là le premier échelon des Miss Venezuela et Miss Univers : la base populaire. Un échelon essentiel, car il permet un ample recrutement, puis une sélection d’échelon en échelon : du village à la ville, de la ville à la région, de la région au pays, du pays à l’univers. C’est comme les footballeurs brésiliens, en quelque sorte.

D’autre part, l’élection d’une reine jusque dans le dernier petit bled des Andes illustre bien l’acceptation –mieux que cela : le support, l’engouement– de la population en général pour les concours de beauté. Les deux éléments de base sont donc réunis : facilité de recrutement, appui populaire.

Exploitation de la femme objet ? Cette bizarre idée n’effleure personne ici, ni les hommes (bien sûr), ni même les femmes. Au contraire, la beauté féminine est une valeur positive partagée et assumée par tous. Ce n’est pas pour rien que l’élection de Miss Venezuela est l’émission de télévision la plus populaire de toute l’année. Chacun ou presque participe à cette grande fête sans honte ni arrière-pensée. Vue de cette manière, la beauté féminine devient quasiment, pourrait-on dire, un « projet national ». Projet sur lequel surfe habilement, ajoutons-le, l’organisation Miss Venezuela, elle-même partie intégrante du groupe Cisneros, le groupe médiatique le plus puissant du pays et l’un des plus puissants d’Amérique latine. Avec une telle machine, les conditions sont donc données.

Rêver d’être quelqu’un

Reines du Venezuela

Reines du Venezuela

Les concours de beauté ne sont donc pas que nez redessinés, hanches retravaillées ou seins siliconés. Avec sa verve habituelle, Gaël analyse la question dans son Journal de bord sous le titre Miss Univers, évidemment ! :

Pourquoi tant de couronnes ?! Simple : Miss France et Miss Venezuela ne jouent pas dans la même cour.

Y’a une sacrée différence entre une jeune fille recrutée dans une discothèque pourrie au fin fond de la Creuse et une jeune fille qui, depuis qu’elle a 4 ans, a toujours rêvé d’être quelqu’un grâce à un concours de beauté.

Y’a une sacrée différence entre les deux Comité de Miss : Geneviève de Fontenay cherche un caractère pétillant, une jeune fille pas trop gogol, une beauté naturelle… “Un esprit sain dans un corps sain” en quelque sorte. Osmel Sousa (le Geneviève d’ici), lui, envoie les gamines de 15 ans se faire refaire les seins, raboter les hanches, refaire le menton, les paumettes et le nez pour ensuite leur assener un violent “et seulement ensuite, on pourra reparler de tes chances de participer“.

Y’a enfin une sacrée différence entre la perception des concours de beauté par le public. En France je suis pas certain qu’une jeune candidate malheureuse mette sur son CV: “J’ai participé à l’élection de miss France, où j’ai fini 12ème. Ce fut une expérience enrichissante et j’y ai beaucoup appris. De même, être miss Pays d’Albigeois m’a beaucoup aidé à développer mes qualités de leader et à m’affirmer dans mon métier…” !! En revanche ici énormément de gamines courent après les couronnes de beauté et en font un fier résumé sur le CV: “Miss Centre Commercial La Cascada 2008 à Maturín, Miss Feria Orinokia 2009, Miss Syndicat des Médecins 2008, 1ère Dauphine de Miss Anzoategui 2008. Ces expériences m’ont permises de rencontrer plein de gens intéressants, d’apprendre à avoir des relations commerciales avec les patrons d’entreprises, je me suis constitué un carnet d’adresse intéressant et par conséquent je suis la plus indiquée pour être votre future directrice commerciale“.

Un véritable projet national, je vous dis. Et ce n’est pas le socialisme du XXIe siècle qui va changer cette donnée sociologique de base. Car tout le monde ici crie d’une seule voix, ou presque : « Touche pas à ma miss ! ».

Stefania Fernández, tout un univers

Stefania Fernández, tout un univers !

Après de longues semaines d’absence de ce blogue (vacances obligent), me voici de retour. Avec un tout beau chiffre : venezueLATINA vient de franchir la barre fatidique des 100.000 visiteurs, ce qui, sur tout blogue qui se respecte, mérite festivités et autofélicitations.

Je n’irai pas jusque là. Le constat que j’avais fait lors des 50.000 visiteurs reste fondamentalement le même et mon article d’il y a presque deux ans Au pays des seins siliconés continue à caracoler largement en tête du hit parade du blogue (6746 vues contre 3873 pour son second). Conclusion : l’intérêt pour les seins siliconés ne tarit décidément pas de par le monde !

Pour ce retour, m’inspirant du Charlie Hebdo de la grande époque qui proposait systématiquement “Les couvertures que vous avez manquées”, je vous ai concocté un petit pot-pourri sur le thème “Les billets que vous avez manqués”. Voyons voir.

Y’a plus de suspense dans l’Univers!

La belle du jour

La belle du jour

Le 23 août, la vénézuélienne Dayana Mendoza, Miss Univers 2008, couronne la vénézuélienne Stefania Fernández Miss Univers 2009. Les années se suivent et se ressemblent. Le suspense est mort. Et pour ceux qui en douteraient encore, crise ou pas, l’usine vénézuélienne à fabriquer des misses continue à fonctionner à plein rendement. Comme le dit Gael dans son blogue : « Alors pourquoi tant de couronnes ?! Simple: Miss France et Miss Venezuela ne jouent pas dans la même cour. Y’a une sacrée différence entre une jeune fille recrutée dans une discothèque pourrie au fin fond de la Creuse et une jeune fille qui, depuis qu’elle a 4 ans, a toujours rêvé d’être quelqu’un grâce à un concours de beauté. » Petit frisson de fierté supplémentaire : Stefania vient de Mérida, la ville où j’habite. Elle est la preuve vivante que l’on peut conquérir l’univers depuis ce petit coin des Andes !

La nouvelle loi sur l’éducation fait couler plus d’encre qu’il n’en faut !

Une école vénézuélienne

Une école vénézuélienne

Situation tendue et manifestations en tous sens dans le pays à propos de la nouvelle loi sur l’éducation qui a été adoptée le 14 août par le congrès vénézuélien. Il n’y a pas de quoi fouetter un chat, cependant. Comme le signale Jean-Jacques Kourliandsky, chargé de recherche à l’Institut de relations internationales et stratégiques, “la loi sur l’éducation adoptée par le Venezuela est une loi laïque“. Mais c’en est trop pour les opposants qui y voient avant tout l’interdiction de la religion à l’école, ô horreur! La perspective d’une éducation non élitiste telle que proposée par la loi perturbe également les élites, bien évidemment. Jean-Jacques Kourliandsky explique : « Il y a de la part de certaines élites traditionnelles du Venezuela comme dans d’autres régions de l’Amérique latine une suspicion à l’égard de tous ceux qui veulent donner une impulsion plus sociale à la politique. Pour tout gouvernement qui souhaite gérer le pays à l’européenne, il y a une accusation immédiate de totalitarisme, de communisme. » Comme d’habitude, c’est la boursouflure du langage, dans les deux camps, qui s’impose. Avec les risques de dérapage que cela implique. Pour remettre quelques pendules à l’heure sur la nouvelle loi, lisez l’article Mr. Langellier prend un aller simple pour le pays des soviets, par Thierry Deronne et consorts.

La guerre des médias continue de plus belle

Titre percutant pour article dégradant

Titre percutant, article dégradant

Selon Martine Gozlan (qui titre hardiment Hugo Chávez vire –vraiment– autocrate dans Marianne), le gouvernement vénézuélien a fermé une trentaine de radios.  En fait, la CONATEL –le CSA vénézuélien– a révoqué légalement des concessions périmées ou acquises frauduleusement et compte attribuer les fréquences à des radios communautaires. Dans L’Express, Axel Gilden n’est pas en reste : « Le Venezuela est devenu, sous Chávez, une autocratie gérée comme une hacienda. La pauvreté n’a pas reculé. La criminalité a explosé. Les emprisonnements politiques arbitraires se multiplient. Les atteintes à la liberté d’informer sont devenues la norme. La guérilla “bolivarienne” des Farc (coupable de crimes odieux et d’enlèvements par centaines) compte sur l’appui déclaré du président “bolivarien” ». En trois phrases, tous les poncifs sont là. Bel esprit de synthèse ! Ces exemples confirment que la guerre médiatique n’est pas près de se terminer et devient un véritable enjeu –non seulement au Venezuela, mais jusque dans les plus belles démocraties du monde. Voici quelques textes à lire pour décrypter cette nouvelle guerre contemporaine :

Hugo Chávez fait son cinéma à Venise

À la Mostra de Venise, Oliver Stone présentait son dernier film, South of the Border, un documentaire qui est une sorte de road movie politique sur le renouveau socio-politique en Amérique Latine. Hugo Chávez en est évidemment l’un des protagonistes, aux côtés de sept autres présidents progressistes d’Amérique latine. Ne faisant ni une ni deux, le président vénézuélien a débarqué presque sans avertir à Venise et s’est transformé en star d’un soir, dans un festival par ailleurs réputé pour être le plus politisé de tous. Un reportage du quotidien mexicain El Universal illustre parfaitement l’événement :

Quant au film lui-même, en voici la bande-annonce, qui vous donnera une idée de son contenu :

Hugo Chávez plaisante avec le roi Juan Carlos

« Tiens, tu t’es laissé pousser la barbe comme Fidel Castro ! ». C’est ainsi que Hugo Chávez s’est adressé au roi d’Espagne, lors de l’étape madrilène de son récent tour d’Europe. Après le célèbre ¿Porqué no te callas? [Pourquoi tu ne la fermes pas?] lancé par un Juan Carlos exaspéré à Chávez lors d’un sommet ibéro-américain à Santiago, le moins que l’on puisse dire, c’est que les relations entre les deux hommes se sont améliorées. Et pour cause : la compagnie pétrolière espagnole Repsol vient de découvrir un énorme gisement de gaz au large des côtes vénézuéliennes. Il y a donc de bonnes affaires à développer ensemble. C’est amplement suffisant pour justifier une réconciliation entre le roi et le président. Les milieux d’affaires applaudissent.

Hugo Chávez (encore lui) déclare son amitié pour Sarkozy

Chavez se confie au Figaro

Chávez se confie au Figaro

Dans une interview exclusive au Figaro publiée le 9 septembre, Hugo Chávez dévoile l’état de ses relations avec la France : « Avec l’ancien président Chirac, j’avais d’excellentes relations sur le plan personnel, mais aussi au niveau politique et économique. Avec le président Sarkozy, nous avons continué. Il est devenu mon ami. C’est un homme étonnant. Un jour, il m’a dit en plaisantant : “Tu es l’ami de Fidel Castro, je suis l’ami de Bush. À nous deux, nous pouvons être les maîtres du monde.” Plus sérieusement, nous sommes de bons amis, nous nous sommes rencontrés plusieurs fois. Il y a un potentiel important de coopération en matière pétrolière. »

Au delà, le président vénézuélien parle dans cette interview de ses relations avec l’Iran (« Je suis effectivement ami avec le président Ahmadinejad. Je suis son allié. Je le remercie d’ailleurs pour les transferts de technologie de l’Iran au Venezuela. Nous avons signé un nouvel accord la semaine dernière à Téhéran. L’Iran a le droit de développer son énergie nucléaire comme le font la France, de nombreux pays et le Venezuela, pourquoi pas »), avec Obama (« À la main tendue de Barack Obama, j’ai offert la mienne. Je lui ai dit, comme je l’avais fait avec George Bush, “je veux être votre ami”. Nous avons parlé et je lui ai offert un beau livre sur l’Amérique latine. Malheureusement, l’arrivée d’Obama a entraîné beaucoup d’espoir, mais peu de changements. (…) Je pense que le président Obama devrait réfléchir à ce que lui a proposé aussi bien le président brésilien Lula que la présidente argentine Kirchner : la mise en place d’un grand plan Marshall en faveur de l’Amérique latine »), du Proche-Orient (« Je reconnais le droit d’Israël à vivre, comme celui de tous les autres pays. Ils ont tous les mêmes droits, y compris le futur État palestinien. Mais Israël doit respecter ce principe d’autodétermination pour les Palestiniens. »).

Hugo Chávez (toujours lui) annonce l’achat de missiles russes “qui ne ratent pas leur cible”

De retour de Russie, où il a rencontré ses compères Medvedev et Poutine –et reconnu, au passage, les républiques d’Ossétie du Sud et d’Abkhazie–, Hugo Chávez relate à son bon peuple, du haut de son balcon du palais de Miraflores, les résultats de son voyage. il annonce en particulier l’achat de missiles russes “qui ne ratent pas leur cible” :

Tout cela est à replacer dans le cadre du réarmement de plusieurs pays d’Amérique Latine et en particulier du droit accordé par la Colombie aux États-Unis d’utiliser six de ses bases militaires. Voici quelques articles récents pour situer cela dans son contexte :

Tout cela nous mène loin de Stefania Fernández par qui j’avais commencé ce billet. Pour clore cette revue sur un ton plus léger, je reviens sur elle avec une photo rétro assez inattendue, qui nous fera peut-être réfléchir sur le concept de beauté :

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Suivre les courbes

Dayana Mendoza

Dayana Mendoza

Voilà. On en a une de plus. C’est la cinquième, me dit-on. La cinquième Miss Univers vénézuélienne. La jolie s’appelle cette fois Dayana Mendoza. Dayana comme la princesse Diana, prononcé à l’anglaise, écrit à l’espagnole.

Dire que l’on croyait que l’industrie de la beauté féminine se trouvait en chute libre au Venezuela! Depuis que ces merveilleux concours existent, le Venezuela avait produit rien de moins que cinq Miss Monde et cinq Miss Univers -pas mal pour un pays qui n’était connu que pour son pétrole, et encore… Mais la dernière victoire remontait à 1996, lorsqu’Alicia Machado remporta le Miss Univers. Autant dire que ces douze longues et interminables années furent une véritable traversée du désert. De quoi désespérer tout un peuple!

La victoire de Dayana Mendoza tombe donc à point nommé. Certaines mauvaises langues commençaient à jeter la pierre sur le chavisme. À cause de son (mauvais) goût pour l’égalitarisme et de sa pratique du nivellement par le bas, celui-ci aurait en quelque sorte enlaidi les filles! Rien de tout cela : Dayana vient nous dire qu’elles sont plus belles, plus gaillardes et plus provocantes que jamais. Ouf! Chávez est sauf. Ira-t-il jusqu’à recevoir mademoiselle Mendoza dans son palais de Miraflores? Je suis sûr qu’il ne dirait pas non.

Que dire de Dayana Mendoza? Qu’elle a sa page (déjà mise à jour) dans Wikipedia. Qu’elle fut mannequin pour l’agence Elite et a défilé pour Versace et Roberto Cavalli. Qu’elle fut victime en 2007 d’un enlèvement, expérience bien vénézuélienne qui lui a permis, dit-elle, de garder tout son calme face au jury de Miss Univers! Qu’elle n’hésite pas à philosopher en affirmant que « les hommes pensent que la manière la plus rapide d’aller à un point est d’y aller tout droit. Les femmes savent que la manière la plus rapide d’aller à un point est de suivre les courbes ».

Soyons donc femmes et suivons les courbes. La photo ci-dessus nous y aidera.

Affiche du concours Niña Mérida

On parle beaucoup, ces temps-ci, de l’exploitation des enfants en Chine. C’est bien. On parle moins d’un phénomène d’exploitation, certes plus subtil, qui est monnaie courante en Amérique Latine, et singulièrement au Venezuela.

Je veux parler des concours de beauté pour enfants. J’ai déjà mentionné, dans des billets antérieurs (Dénudées mais pas trop et Épinglées au mur), la folie obsessionnelle qui entoure les concours de beauté au Venezuela. En voici une preuve de plus. Il y a quelques jours, a eu lieu à Mérida le concours Niña Mérida, qui réunissait 26 petites filles âgées de 7 à 10 ans venues des quatre coins de la région.

Cela se passe exactement comme pour les « grandes », à l’exception, tout de même, du défilé en bikini. Affiches pour la promotion des candidates (photo ci-dessus); visites protocolaires, y compris à la gobernación (le gouvernement régional –qui cautionne l’événement en l’annonçant sur son site web); défilé le jour J dans la grande salle du centre culturel de la ville; proclamation des résultats; rires et pleurs…

Bien sûr, l’exploitation des fillettes n’est pas aussi physique que dans les usines de briques en Chine (encore que le physique est au centre de la chose). Baignant dans les paillettes et le glamour, l’opération semble a priori moins nocive. Mais est-ce si sûr? Que se passe-t-il dans la tête des fillettes qui participent à ce jeu pervers? Que retiendront-elles de l’expérience? Et –au-delà– que retiendra de l’expérience ce vaste public familial composé en grande partie d’enfants du même âge que les candidates? Sans parler des téléspectateurs de la télévision régionale qui ont droit, les veinards, à la diffusion en direct du concours?

Ce qui est en jeu, c’est toute une image de la petite fille, de la femme, de la société. Et là, cela commence à faire mal. Mine de rien, à travers ces concours (il y en a partout, Mérida n’est pas une exception), ce qui se profile, c’est la sexualisation prématurée de la petite fille et, indirectement, du petit garçon –voyeur en l’occurence, car il n’existe aucun concours équivalent pour lui. C’est aussi la distribution des rôles futurs : « sois belle et souris », pour elle; « regarde et profites-en », pour lui. Merveilleux programme…

Rien d’étonnant après tout : tout cela est à l’image de la société toute entière, qui a intégré de tels modèles depuis belle lurette. Papa, maman, l’adolescent, l’adolescente, les grands-parents, tous sont consentants et participent en définitive de cette comédie. C’est l’école de la vie, en quelque sorte.

Concours Niña MéridaCe qui révolte, c’est précisément qu’il n’y a nulle part, vraiment nulle part, le moindre signe de révolte. C’est ainsi, et c’est bien comme ça. Pour le bonheur des petites filles, pour le bonheur de tous…

Le socialisme du XXIe siècle cher à Hugo Chávez a encore pas mal de pain sur la planche!

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