Tag Archive: Chavez


Lingots d'or La nouvelle a fait la une des journaux ces derniers jours : Hugo Chávez a décidé de nationaliser l’exploration et l’extraction d’or au Venezuela et de rapatrier l’or vénézuélien placé à l’étranger. Voilà deux mesures qui ne sont pas passées inaperçues, car l’une et l’autre concernent  l’or, un métal qui apparaît de plus en plus une valeur refuge par les temps de crise qui courent.

La première mesure a surtout pour objectif de contrôler la production nationale d’or. Deux entreprises se partagent le marché officiel : l’une russo-canadienne, Rusoro Mining (qui a détrôné, le gouvernement aidant, la canadienne Cristallex), l’autre cubaine, Geominsal, actuellement en phase d’exploration. Mais ce n’est là que le haut de l’iceberg :  l’essentiel de la production se fait de manière illégale et échappe au contrôle du gouvernement. Plus de 100 tonnes d’or sortiraient annuellement du pays en contrebande. C’est cette fuite que le gouvernement cherche à combattre par la nationalisation. Ce ne sera guère facile étant donné la dispersion des mines illégales dans le vaste territoire de l’état Bolívar et la puissance des réseaux de corruption qui permettent la sortie illégale de l’or. Sans compter l’aspect social : les mineurs sont le plus souvent des aventuriers d’extraction modeste, les fameux garimpeiros, ou même des indigènes de l’ethnie pemon.

Spectaculaire

La seconde mesure est plus spectaculaire : il s’agit de rapatrier dans les coffres de la Banque nationale du Venezuela les centaines de tonnes que le Venezuela a placé à l’étranger. On parle de 211,35 tonnes d’or stockées à l’étranger pour un montant de 11 milliards de dollars, dont 80% se trouvent au Royaume-Uni, principalement dans la Bank of England.

Cette mesure inhabituelle a marqué les esprits, tant au Venezuela qu’à l’étranger. Mais à quoi répond-elle ?

L’argumentaire officiel est le suivant : face à la détérioration de la situation économique mondiale (qui est analysée par Hugo Chávez comme une crise du capitalisme), il vaut mieux avoir ses réserves chez soi que dans des coffres situés à l’étranger, qui plus est dans les capitales de la finance internationale. Il s’agit donc d’une mesure essentiellement nationaliste visant a protéger les avoirs de la nation face au risque d’effondrement économique mondial.

Mais la vraie raison semble se trouver ailleurs : il s’agirait d’une mesure préventive visant à éviter un gel éventuel des avoirs vénézuéliens à l’étranger. Sur ce point, les évènements de Libye ont servi d’avertissement on ne peut plus clair : avec l’assentiment de l’ONU, les puissances occidentales ont pu sans difficulté geler l’ensemble des avoirs de la Libye de Kaddhafi placés dans leurs banques. Circonstance aggravante : à peine Tripoli a-t-elle été prise par les rebelles, ces avoir ont été en partie libérés pour être remis au Conseil national de transition. Hugo Chávez n’a eu aucune peine à faire le parallèle : son pouvoir se trouvant depuis belle lurette dans le collimateur des États-Unis, qui sait si, dans des circonstances données (et provoquées), les puissances occidentales ne pourraient pas reproduire un scénario identique pour le Venezuela, un pays d’autant plus attractif qu’il possède les plus grandes réserves de pétrole du monde ?

Scénario possible

Droit d'ingérence ou impérialisme humanitaire ?

Droit d'ingérence ou impérialisme humanitaire ?

Pour Hugo Chávez, un tel scénario est loin d’être exclu alors qu’il se produit depuis la fin de la guerre froide un délitement du droit international en faveur des interventions dites  « humanitaires », Celles-ci sont maintenant justifiées par un droit d’ingérence fondé sur la récente reconnaissance du « devoir des États de protéger les populations civiles ». Ces nouveaux concepts de droit international étant à géométrie variable, ils sont susceptibles d’être appliqués selon les intérêts des grandes puissances représentées au Conseil de sécurité. Loin d’être fixés, ils permettent pratiquement tout et n’importe quoi, y compris de donner un appui militaire à une faction rebelle contre un dirigeant qui dérange, ainsi qu’on l’a vu en Libye. Aussi certains vont-ils  jusqu’à parler d’« impérialisme humanitaire ».

Face à ce danger qui pèse sur le pays, le rapatriement de l’or est donc essentiellement une mesure préventive pour le gouvernement Chávez, comme l’est également la récente décision de transférer les réserves internationales du Venezuela (quelque 6,2 milliards de dollars en liquide ou en bons échangeables conservés dans des établissements bancaires suisse, britannique, français et américains) vers des institutions de pays «amis» comme la Chine, la Russie ou le Brésil.

Ces paris économiques sont sans doute risqués. Il rompent avec l’orthodoxie financière internationale qui veut que les grandes places financières du capitalisme mondial sont les places les plus sûres. Mais il pourraient aussi être visionnaires et préfigurer un monde où la Chine sera dominante et les États-Unis un de ses clients parmi d’autres…

Soutien à Chavez malade

Pa'lante Comandante! (En avant, commandant!)

Nul ne doute, au Venezuela ou ailleurs, que la maladie de Hugo Chávez marque un tournant pour le pays. Quoi qu’il arrive, le cancer dont il souffre crée une nouvelle donne dans le jeu politique vénézuélien. Le temps des incertitudes est arrivé, il ouvre de nouvelles perspectives.

Jugez-en : d’ici quelques semaines, quelques mois (l’incertitude déjà…), Hugo Chávez pourrait reintégrer son poste plus fringant que jamais, en héros capable de tout vaincre, même le cancer. Ou bien pourrait être tout simplement éliminé de la scène politique nationale, laissant un vide immense autour de lui –et pas seulement du côté de ses partisans. Dans les deux cas, c’est une nouvelle dynamique qui s’instaurerait. Dans un cas, la lente dégénérescence du mouvement bolivarien que l’on pressent depuis quelque temps serait enrayée. Dans l’autre, les opposants reprendraient du poil de le bête. Tout s’accélèrerait, dans un sens ou dans l’autre.

Nouvelle dynamique

CHAVEZ-CANCER-SURGERY

Retour triomphal à Caracas

Déjà actuellement, les manifestations de soutien des partisans du président, soudés autour de leur chef, créent une nouvelle dynamique populaire du côté du chavisme : un nouvel élan dans un processus qui en manquait. Chávez théâtralise sa maladie pour remobiliser ses troupes, raille-t-on du côté de l’opposition. Parallèlement, au sommet du pouvoir, une dynamique nouvelle s’enclenche aussi : des mouvements tactiques se produisent, dit-on, au sein de Parti Socialiste Unifié du Venezuela, dans le but de bien se placer dans le cas où s’ouvrirait une ligne de succession.

Les opposants ne sont pas en reste, même si la maladie du président les gêne aux entournures. En effet, il serait pour eux de mauvais goût de se réjouir trop ouvertement de la situation difficile dans laquelle se trouve leur adversaire (tout en ne se privant pas de le faire en privé, toutefois). Pour utiliser un euphémisme, disons qu’ils restent aux aguets de la moindre information qui pourrait provenir de l’entourage politique et médical de Hugo Chávez. Et ils ne lésinent aucunement  dès qu’il s’agit de diffuser de la désinformation à ce sujet.

Le vrai front est ailleurs

Car si la bataille de Chávez contre le cancer est bien réelle, le vrai front est ailleurs : autour de la bataille informative qui se joue à propos de la situation médicale du président.

D’un côté, le président et ses proches adoptent une ligne résolument optimiste, symbolisée par le nouveau slogan Venceremos y viviremos [Nous vaincrons et nous vivrons] qu’utilise maintenant Hugo Chávez à la fin de ses interventions, en lieu et place de Patria, Socialismo o Muerte [Patrie, socialisme ou mort] –un changement révélateur. Quelle autre ligne pourraient-ils d’ailleurs adopter? Il serait pour eux politiquement dangereux d’agrandir la brèche qu’a déjà ouverte l’annonce de la maladie du président.

Roger Noriega

Roger Noriega

En face, les adversaires tentent de décrypter les messages subliminaux qui permettraient de déceler le degré de gravité de la maladie, et donc d’établir une stratégie en fonction des faibles signaux reçus. Leurs mentors, faut-il le dire, se trouvent aux États-Unis, du côté de la droite dure. Et notamment autour de Roger Noriega, qui fut ambassadeur des États-Unis devant l’OEA et sous-secrétaire d’État aux affaires de l’hémisphère occidental sous George W. Bush. Proche de ce dernier, le groupe Interamerican Security Watch affiche ouvertement sur son site web une page intitulée Chavez Health Watch. En bonne place y figure une vidéo dans laquelle Roger Noriega affirme que « les jours de Hugo Chávez sont comptés » et fait ses recommandations à l’opposition (en anglais et en espagnol). Ces informations-là, vraies ou fausses, sont amplement reprises dans la presse nationale d’opposition. Elles font partie du jeu politique actuel, qui voit deux adversaires s’affronter à coup d’informations et de désinformations sur la santé du président, sans trop savoir vers quoi ils se dirigent.

En suspens

Le maître-mot reste donc l’incertitude : subitement, le temps s’est mis en suspens dans le Venezuela bolivarien. Mais tout pourrait s’accélérer d’un moment à l’autre. Chavisme et opposition vont devoir désormais jouer avec cette nouvelle réalité.

Hugo Chávez t-shirt casquette

Hugo Chávez sous toutes ses formes : au choix...

Tu l’aimes ou tu le hais ? Je parle de Hugo Chávez, bien entendu, de qui d’autre ? Car ce n’est pas qu’on l’apprécie, on l’aime. Et ce n’est pas qu’on le déteste, on le hait.

Ainsi va le Venezuela : divisé en deux groupes antagonistes, irréconciliables. Deux groupes qui ne se parlent pas. Pire : ne se comprennent pas. Les sondages les placent à égalité presque complète : 50 % – 50 %.

Ainsi va la politique dans ce pays : elle est une question d’amour ou de haine, et très subsidiairement une question de réflexion logique ou de raison. La récente révélation de l’état de santé de Hugo Chávez en a encore donné une preuve sans égale : manifestations d’amour inconditionnel d’une part, haine sans le moindre égard pour la souffrance d’une personne d’autre part.

“Hugo Chavez”, cela se vend

I Love Hugo Chávez

Je l'aime

Les marchands du temple ont tôt fait de profiter de cette dichotomie amour/haine, qui , avec un personnage aussi pétulant que Hugo Chávez, a un potentiel commercial sans égal.  D’autant plus que l’amour-haine s’étend bien au-delà des frontières du Venezuela : parmi les Vénézuéliens vivant à l’étranger, bien entendu (chez qui la haine l’emporte généralement sur l’amour), mais aussi parmi tous ceux qui, dans nos pays occidentaux, ont une quelconque opinion sur Chávez et le chavisme (et chez eux aussi, la haine est plutôt forte, influencée qu’elle est par l’image peu reluisante de Chávez que donnent massivement les médias conventionnels).

Hugo Sucks

Je le hais

Car “Hugo Chavez”, cela se vend, et bien. Prenez par exemple Zazzle, un site marchand qui permet au commun des mortels de concevoir des produits personnalisés et de les vendre en ligne. Sur ce site, tapez “Hugo Chavez” et vous obtenez pas moins de 274 objets dédiés au personnage!

Les T-shirts se taillent la part du lion, comme de juste, mais on trouve aussi des casquettes, des porte-clés, des cravates, des baskets, des tasses, des adhésifs, des étuis pour iPhone, des tapis de souris,  des pins, des posters, des tabliers, des sacs, etc., tous allusifs d’une manière ou d’une autre au président du Venezuela. Ces bricoles se vendent à des prix qui ne sont pas vraiment donnés.

Équipés de ces gadgets, vous pourrez alors arborer à tous vents votre amour ou votre haine du personnage. Mais vous montrerez aussi que vous n’avez pas un esprit très critique et que vous vous contentez d’aimer ou de haïr. Un peu court, vous ne trouvez pas ?

timbres - drapeaux du Venezuelatimbres - drapeaux du Venezuela (1821-2006)

Le Venezuela, comme beaucoup de pays d’Amérique latine, fête cette année le 200e anniversaire de sa déclaration d’indépendance. C’était le 5 juillet 1811 : profitant de la déconfiture de la couronne d’Espagne suite à l’invasion napoléonienne de la péninsule, les représentants de sept provinces appartenant à la Capitanía General de Venezuela, signent l’Acte de la déclaration d’indépendance et établissent une nouvelle nation basée sur les principes républicains.

Il faudra encore dix années ans d’une guerre interminable (1811-1821) et la transition par la Grande Colombie (1821-1831) pour que le Venezuela devienne enfin une république indépendante. Trente ans plus tard, le pays traversera encore une guerre civile dite Guerra Federal (1859-1863). Il connaîtra encore de nombreuses vicissitudes politiques au long des 19e et 20e siècles, jusqu’à nos jours.

Symbole fort

Cette histoire mouvementée se reflète dans la collection de drapeaux qu’a connus le pays depuis le début de sa lutte pour l’indépendance, à la fin du 18e siècle. On sait que le drapeau est à la fois signe de ralliement pour les combattants et symbole fort d’une nation. Au fil des luttes politiques qui furent les siennes, le Venezuela en a usé et abusé : pas moins de vingt drapeaux en 200 ans d’histoire !

Comme pour rappeler ce long cheminement, la poste vénézuélienne a édité en 2009 deux feuillets de dix timbres représentant les drapeaux qu’a connus le pays depuis sa formation (ci-dessus). Dans un but de divulgation, les bords de feuille fournissent une information précise sur les dates d’introduction des drapeaux dans l’histoire constitutionnelle du Venezuela. On parcourt ainsi, mine de rien, deux siècles de luttes et transformations politiques dans le pays.

Les couleurs de Miranda

Francisco de Miranda par M. Tovar y Tovar

Le premier drapeau recensé, de 1797, correspond au mouvement émancipateur de la fin du 18e siècle, dont les leaders furent Manuel Gual et José Marìa España. Viennent ensuite les drapeaux conçus par Francisco de Miranda, précurseur de l’indépendance et mentor de Simón Bolivar. C’est Miranda qui se trouve à l’origine des drapeaux de la future république : le drapeau de 1800 (qui restera à l’état de projet) introduit les trois bandes horizontales égales qui caractérisent aujourd’hui encore le drapeau vénézuélien. Elles sont alors noires, rouges et jaunes, pour symboliser les trois origines ethniques du Venezuela. Le drapeau de 1806 (qui sera implanté au Venezuela lors d’une expédition de Miranda près de Coro) introduit, lui, les trois couleurs jaune, bleu et rouge.

Sur le choix de ces couleurs, on a beaucoup glosé. Miranda lui-même explique que c’est le poète allemand Goethe qui lui aurait expliqué la théorie des couleurs primaires et l’aurait incité à choisir ces couleurs pures pour son projet émancipateur. La petite histoire –une sorte de buzz avant la lettre– ajoute que Miranda, personnage mondain qui fréquenta tout qui comptait dans l’Europe de la fin du 18e siècle, choisit ces couleurs à la suite de sa relation amoureuse avec l’impératrice Catherine II de Russie : le jaune pour la blondeur de sa chevelure, le bleu pour la couleur de ses yeux et le rouge pour l’intensité de ses lèvres !

Modifications de détail, mais symboliques

Quoi qu’il en soit, ces trois couleurs seront celles de tous les drapeaux qui suivront. Entre 1819 et 1830, les drapeaux de la Grande Colombie, une entité politique dont fit partie le Venezuela, se caractérisent par la largeur inégale des trois bandes de couleurs. C’est toujours le cas des drapeaux actuels de la Colombie et de l’Équateur, les deux autres territoires qui conformaient cette Grande Colombie.

Le drapeau vénézuélien retrouve ses trois bandes de largeur égale en 1836, pour ne plus les perdre. Les changements ultérieurs ne toucheront plus que des détails –souvent symboliques : le nombre et la disposition des étoiles, ou encore les armoiries.

Vers la gauche

Armoiries du Venezuela

Les nouvelles armoiries du Venezuela (2006)

La dernière modification date de 2006 et correspond au changement de nom officiel du pays, comme marque de la « révolution » que veut imprimer au pays Hugo Chávez : la République du Venezuela devient République bolivarienne du Venezuela. Dans la foulée, les symboles patriotiques sont modifiés. Sur les armoiries du pays, le cheval galope désormais vers la gauche et non vers la droite, histoire de bien signifier la nouvelle destination du pays… Le drapeau, lui, reçoit une huitième étoile, qui symbolise la huitième province s’étant ralliée à l’indépendance, la Guyana. En 1817, Simón Bolívar avait décrété l’adjonction de cette huitième étoile, comme le montrent les deux drapeaux datés de cette année-là. Hugo Chávez a voulu renouer avec son illustre prédécesseur et inspirateur en ajoutant lui aussi cette étoile.

Le nouveau drapeau ne fait évidemment pas l’unanimité. Les opposants actuels continuent d’arborer fièrement le drapeau antérieur, à sept étoiles, en guise de réfutation de l’actuel gouvernement. On se rappellera l’incident créé l’année dernière par la Miss Univers Stefania Fernández lorsqu’elle sortit subrepticement le drapeau à sept étoiles devant toutes les télévisions du monde. Une petite gueguerre sur fond d’étendards…

La longue épopée historique et politique du Venezuela, symbolisée par cette série de vingt drapeaux, s’arrête pour l’instant ici. Qui osera maintenant parier sur ce que sera le prochain drapeau du Venezuela ?

Le cardinal Velazco signe l'acte d'autoproclamation du gouvernement Carmona (12 avril 2002)

Le cardinal Velasco signe l'acte d'autoproclamation du gouvernement Carmona (12 avril 2002)

Alors que les nouvelles sur l’état de santé du président Chávez continuent de monopoliser tous les esprits, une intéressante information est passée inaperçue dans la presse nationale et internationale. Il est vrai qu’elle émane des câbles de WikiLeaks, ce qui n’est déjà plus « à la mode » ces temps-ci.

Au travers de ces câbles, on apprend que le pape Jean-Paul II avait ordonné aux prêtres du Venezuela de ne pas participer aux tentatives de faire tomber le président Hugo Chávez, il y a maintenant presque dix ans. Mais la hiérarchie catholique, stimulée par l’administration Bush, n’a aucunement tenu compte de cette directive et a délibérément choisi de désobéir au pape. C’est ce que révèlent des documents secrets du Département d’État recueillis par WikiLeaks et analysés par El Nuevo Herald, le quotidien en langue espagnole de Miami.

Inquiétude

« Le Saint-Siège manifeste de l’inquiétude face aux perspectives de violence civile au Venezuela dans les prochains mois. Le pape lui-même a demandé avec insistance aux évêques vénézuéliens de “congeler” l’activisme politique et d’encourager en revanche le dialogue », indique un câble de Jim Nicholson, alors ambassadeur des États-Unis au Vatican, envoyé le 19 novembre 2002 au Département d’État.

Dans ce document, Nicholson fait part de réunions tenues avec celui qui était alors directeur des affaires caribéennes du Saint-Siège, Giorgio Lingua. Ce dernier manifeste sa crainte que la violence ne s’empare rapidement du Venezuela, précisant que le pape a ordonné aux évêques de chercher à établir un dialogue avec Chávez. Le président du Venezuella, de son côté, n’a pas manqué de faire monter la tension en déclarant que l’Église catholique était un « cancer de la société vénézuélienne ».

Comme on le sait, le message du pape fut amplement ignoré. Le câble de Nicholson continue : « Lingua, en souriant, pensait que le message du pape “pourrait ne pas avoir été capté”. Il reconnut que le cardinal et archevêque de Caracas Antonio Ignacio Velasco García se trouvait peut-être très proche des putschistes ». Nicholson commente : « L’activisme soutenu du clergé vénézuélien, malgré la prudence du pape, ne nous surprend pas. »

Bénédiction au coup d’État

On sait en effet que le cardinal Velasco García participa à la cérémonie de prise de possession de Pedro Carmona au palais présidentiel de Miraflores le 12 avril 2002 (photo ci-dessus). En agissant ainsi, il donnait la bénédiction de l’Église au coup d’État de Carmona et annihilait tout espoir de réconciliation avec Hugo Chávez, qui revint au pouvoir deux jours plus tard.

« Le Saint-Siège craint une réaction négative [de Chávez] au fait que le cardinal archevêque de Caracas, Velasco García, a signé un document lors de la prise de possession, le samedi, de l’usurpateur Carmona », écrit encore Nicholson dans un câble du 22 novembre 2002, dans lequel il relate une réunion qu’il a eu avec l’archevêque Jean-Louis Tauran, qui occupait un poste équivalent à celui de premier ministre du Vatican.

De fait, les relations entre Chávez et l’Église n’ont cessé de se détériorer, y compris après la mort du cardinal Velasco, le 6 juillet 2003. Le président déclara même en 2008, dans un discours commémoratif des évènements de 2002, qu’ « il retrouverait en enfer le cardinal Velasco ».

Un autre câble confidentiel, daté du 19 octobre 2004, fait état d’une analyse du cardinal vénézuélien José Castillo Lara, qui avait occupé plusieurs postes à responsabilité au sein du Vatican et était alors retraité. Le cardinal considérait que Chávez disposait maintenant de l’avantage et que l’Église serait « moins agressive que les années précédentes vis-à-vis du gouvernement du Venezuela ». Il ne croyait pas cependant que tous les évêques l’accepteraient : « Le cardinal n’écartait pas l’hypothèse que des évêques, agissant individuellement, pourraient être plus actifs aux côté des groupes d’opposition », signale le câble.

Détail révélateur : étant donné que le gouvernement vénézuélien, en vertu d’un accord de 1964, a un pouvoir de veto sur la nomination des évêques, le Vatican n’a pas nommé de successeur au cardinal Velasco avant 2006, soit après la mort du pape Jean-Paul II.

Au plus bas

Presque dix ans après le coup d’État manqué, les relations entre l’Église et le gouvernement restent au plus bas. Et pour cause : les câbles dévoilés par WikiLeaks ne font que confirmer par le détail ce que l’on savait déjà : la hiérarchie de l’Église catholique non seulement est alignée sur l’opposition, mais encore fait presque fonction de parti politique dans le débat vénézuélien.

Les exemples abondent. Ainsi, en 2005, Mgr Baltazar Porras Cardozo, archevêque de Mérida et président à l’époque de la Conférence épiscopale vénézuélienne, aurait demandé au gouvernement des États-Unis d’être plus explicite dans sa condamnation du gouvernement de Hugo Chávez, comme le révèle un autre câble dévoilé par WikiLeaks.  Sur un plan moins diplomatique, en 2006, dans une homélie tenue en pleine messe, le cardinal José Castillo Lara a demandé de « prier avec ferveur la Vierge Marie pour qu’elle sauve le Venezuela » qui vivait l’une des situations les plus graves de son histoire.

En 2011, la hiérarchie catholique continue à favoriser l’affrontement politique plutôt que la recherche du dialogue. Depuis belle lurette, elle a choisi son camp : celui du conservatisme et de l’opposition à Chávez. Comme on l’a vu, même la plus grande autorité de l’Église, le pape Jean-Paul II lui-même, n’a rien pu faire, à l’époque, contre cette relation incestueuse entre élites politiques, économiques et religieuses.

Il est vrai que l’Église catholique vénézuélienne a trouvé en Chávez son plus grand concurrent auprès des pauvres, qui forment sa principale « clientèle »… Décidément, c’était bien mieux avant…

Une pincée de buzz

Shakira

La jolie Shakira

venezueLATINA vient de franchir le cap des 200.000 visiteurs depuis son premier article en janvier 2007. Pas de quoi se pavaner, Google reçoit autant de visiteurs en 5 minutes ! Malgré tout, pour fêter cela allègrement, on va s’offrir un moment de légèreté, sous la forme de quelques buzz qui ont secoué dernièrement le Venezuela.

La guitare rouge de Shakira

Guitare dédicacée par Shakira

La guitare rouge dédicacée

Le 14 mai dernier, Andrés Izarra, ministre de la Communication, annonçait dans un tweet que Shakira avait offert une guitare rouge dédicacée à Hugo Chávez. Démenti de la chanteuse colombienne : elle avait bel et bien offert six guitares lors de son dernier passage à Caracas, mais ne savait pas que l’une d’elles avait été remise au président du Venezuela.

En fait, il semblerait que ce soient les organisateurs du concert qui, après coup, l’aient fait parvenir à Hugo Chávez. Le service de presse de Shakira a envoyé ce communiqué : « Nous venons d’être informés que l’une des guitares a été envoyée au palais d’Hugo Chávez. Nous espérons que le geste de Shakira contribue à l’unité des citoyens colombiens et vénézuéliens. »

À l’occasion de la dernière visite de Shakira à Caracas, en mars dernier, Hugo Chávez avait manifesté le désir de rencontrer la chanteuse, qui a créé la Fondation Pies Descalzos pour venir en aide aux enfants défavorisés. Mais l’emploi du temps très chargé du président ne lui avait pas permis de rencontrer la jolie colombienne. Il a en tout cas remercié la chanteuse pour la guitare : « Hier soir, je me suis entraîné, j’ai cherché les connexions, parce que c’est une guitare électrique, je ne suis pas habitué », a-t-il déclaré.

Hugo Chávez danse avec Keiko Fujimori

Hugo Chávez danse avec Keiko Fujimori

Danse des canards pour présidents en goguette

Le site péruvien La Mula déterre une vieille photo sur laquelle on découvre un Hugo Chávez pratiquant la danse des canards avec Keiko Fujimori, fille de l’ex-président du Pérou Alberto Fujimori et actuelle candidate à la présidence de ce pays. La photo aurait été prise le 15 juin 2000, lors d’un sommet du Groupe de Río qui réunissait les chefs d’État latino-américains à Carthagène, en Colombie.

Alberto Fujimori, alors président du Pérou, y était venu avec sa fille Keiko. Le soir, après leur journée de travail ponctuée par de nombreuses réunions, les chefs d’État se détendaient, ne dédaignant pas un petit pas de danse. Il est amusant de voir Hugo Chávez, alors président depuis un peu plus d’un an, danser dans une attitude raide aux côtés de la jeune Keiko, devenue entretemps femme d’affaires et représentante de la droite aux élections péruviennes. Une danseuse plus avant, on reconnaît aussi Alfonso Portillo, qui venait d’être élu président du Guatemala et se trouve actuellement emprisonné pour délit de corruption et malversation de fonds.

Carlos écrit à Hugo Chávez

Ilich Ramírez Sánchez, dit "Carlos"

Ilich Ramírez Sánchez, dit "Carlos"

Circule depuis peu sur le Net une lettre ouverte de Carlos à Hugo Chávez, Dans cette missive, Ilich Ramírez Sánchez, dit Carlos, citoyen vénézuélien, se plaint au président du Venezuela du peu d’appui qu’il reçoit des services consulaires de son pays. Ayant été victime d’une agression en février dernier, « notre ambassade à Paris n’a rien fait, dit-il, à part bloquer complètement la moindre assistance pour ma défense. Déjà, en 2008, à la suite d’une autre agression, les diplomates vénézuéliens avaient “disparu” pendant presque six mois. » Après une digression sur la situation en Libye, Carlos demande à Hugo Chávez d’intervenir face à la « trahison de certains diplomates et politiciens vénézuéliens » qui « préparent leur futur exil doré après la “mort de Chávez” ».

L’authenticité de la lettre n’est pas prouvée. À remarquer qu’elle a été publiée initialement par le Parti Anti-Sioniste, fondé par Dieudonné en 2009 et étiqueté d’extrême-droite. Pour la petite histoire, ajoutons que le très controversé Dieudonné a rencontré le président Chávez en 2006 à Damas, déclarant qu’à ses yeux, « Hugo Chávez est le chef de la résistance mondiale à l’impérialisme américain ».

Carlos, Dieudonné, Chávez (et Ahmadinejad n’est pas loin…) : bizarres accointances, au nom de l’antisionisme. Hugo Chávez aurait tout intérêt à bien choisir ses amis et supporters, histoire de ne pas embarrasser inutilement ses vrais amis…

___________________

C’étaient donc les buzz de la semaine. Mis en perspective, ils ne sont pas si anodins que cela et reflètent certains aspects cachés et non officiels de la politique vénézuélienne. À vous de lire entre les lignes pour les déchiffrer.

Drapeau du Venezuela

Il existe sur Facebook un groupe intitulé La Venezuela que queremos todos [Le Venezuela que nous voulons tous]. En font partie des Vénézuéliens « moyens » opposés à Chávez. Des personnes sans prétention qui expriment là leur vision du Venezuela idéal. À travers leurs interventions, simples et spontanées, se dessine un portrait sociologique de l’antichaviste commun. Écoutons-les parler :

  • Je voudrais que mon pays soit celui qu’il était il y a vingt ans, où il n’y avait pas autant de haine, autant de laisser-aller, où nous croyions à un avenir meilleur, avec des libertés pour parler de n’importe quoi, et non pas le pays qu’il est devenu.
  • Le Venezuela que nous voulons tous fut un pays où tous étaient égaux, où tous étaient frères depuis le “guajiro” [paysan] jusqu’au “norteño” [celui du Nord], comme le dit la chanson et ajoutons-y l’énorme quantité d’étrangers  qui y vivaient. Nous étions heureux, italiens, espagnols, africains, latino-américains, etc. Nous aimions la cuisine vénézuélienne, la musique, la belle vie à la vénézuélienne. Simplement nous étions heureux de vivre et de partager l’abondance d’un pays aussi beau et de la ville du printemps éternel, on ne parlait pas d’intégration, on ne parlait pas de religion, car nous étions tous intégrés. Nous étions tellement intégrés qu’on pouvait nous voir dans n’importe quelle “arepera” [restaurant populaire qui sert des "arepas"], “cachapera” [restaurant populaire qui sert des "cachapas"], restaurant italien, espagnol ou portugais. Nous parlions des mêmes sujets que les Vénézuéliens et nous dansions lorsque le Venezuela que nous voulons gagnait un concours de beauté ou une compétition sportive, et nous pleurions aussi lorsqu’il nous fallait partager une tragédie (coulée de terre, etc.).
  • C’est le Venezuela des amis sans distinction de classes sociales, où étaient nombreux les bonnes gens.
  • Le Venezuela que nous voulons tous est le Venezuela d’il y a vingt ans. Un Venezuela chargé de promesses et d’espoir pour les étrangers qui venaient y vivre.

Profonde nostalgie

Ces quatre témoignages (il y en a beaucoup d’autres du même acabit) sont révélateurs d’une profonde nostalgie du Venezuela d’avant Chávez. Les photos, les liens, les vidéos qui sont publiés sur la page décuplent encore cette nostalgie : il n’y en a que pour les chanteurs populaires des années 1980-1990, les films ou les souvenirs de cette époque. Les vidéos montrent un Venezuela touristique, fait de plages au sable blanc, de montagnes vierges, de miss Venezuela souriantes, et je passe le plus nunuche (ou le plus inquiétant, comme certaine nostalgie de la dictature de Marcos Pérez Jiménez, dans les années 1950).

Le Caracazo

Une scène du "Caracazo" (1989)

Ce Venezuela désiré est un Venezuela consciemment ou inconsciemment magnifié : en effet, il y a vingt ans, bien avant Chávez donc, le pays était déjà traversé de mouvements sociaux forts, comme le fut le Caracazo de 1989. Auparavant, ce fut le temps de la guérilla, urbaine et rurale, si bien que la belle harmonie sociale décrite ne fut jamais telle. Une illusion, un rêve…

Ce que ces bribes nostalgiques révèlent, c’est avant tout une méconnaissance totale, une ignorance-crasse, de ce que fut historiquement et socialement le Venezuela de la “démocratie” :  un pays coupé en deux, géré par une classe politique endogène au nom de certain développement favorable aux grandes familles et à elle-même, avec l’appui d’une classe moyenne recevant des miettes et espérant pouvoir arriver un jour au partage du grand gâteau. De ce pays étaient exclues les majorités, constituées par les pauvres des zones urbaines et la masse paysanne. Socialement, ceux-là n’existaient pas, juste bons qu’ils étaient à servir les maîtres. Politiquement, ils étaient seulement utilisés comme chair à voter lors des scrutins électoraux.

Déchirement

En 1983 (donc bien avant l’arrivée de Hugo Chávez au pouvoir), le philosophe social José Manuel Briceño Guerrero décrivait ainsi la structure socio-politique du Venezuela :

D’une part une grande population métissée, descendante d’esclaves noirs, d’indiens en déroute et de petits blancs, dans des conditions de vie pitoyables, habités par un désir légitime et aveugle de surpassement ; de l’autre, des groupes privilégiés constitués par des descendants de mantuanos [grandes familles créoles de la Colonie], des néo-créoles et des parvenus du caudillisme militaire, qui n’ont jamais senti les autres comme faisant partie de la même patrie, parce que la notion de patrie n’existait pas. Comment aurait-on pu attendre de ces derniers une action créatrice qui aurait mené plus loin que leurs intérêts de groupe conçus avec des yeux de rats ? S’ils avaient été conçus avec des yeux d’aigle et dans un contexte mondial, cela aurait pu les conduire à tenter, pour le moins, la formation d’un État respectable, dont les citoyens auraient pu vivre et non pas uniquement survivre. Il n’en a pas été ainsi ; il n’y a pas eu de bâtisseurs de patrie ni d’hommes d’État.

Le déchirement du Venezuela est ici décrit dans toute sa dimension dramatique. Cette réalité, ni la classe supérieure, ni la classe moyenne qui s’exprime sur la page Facebook, ne l’ont jamais perçue, ignorantes de leur histoire sociale et hypnotisées par une idéologie faussement rassembleuse, selon laquelle au Venezuela il n’existait ni racisme, ni lutte de classes, mais bien une parfaite harmonie sociale.

Sujet social et politique

Barrio de Caracas

"Barrio" de Caracas (photo : Yann Arthus-Bertrand)

Méconnaissance de l’autre donc, de l’habitant des bidonvilles comme du paysan, et plus encore : négation de l’autre, jumelée avec mépris de l’autre voire peur de l’autre. Le tout se transformant en haine de l’autre dès que cet autre s’affirme en sujet social. C’est précisément ce phénomène d’affirmation qui s’est produit, tel un coup de tonnerre, lors du Caracazo de 1989.

Et c’est ce que le chavisme, d’une certaine manière, a instauré : la transformation de l’autre en sujet social et politique, perturbant ainsi l’ordre social jusque là dominant et entraînant la peur, la haine… et la nostalgie de tous ceux qui jusque là avaient nié cet autre. Si le chavisme a apporté quelque chose à la société vénézuélienne, c’est bien cela : l’avènement des classes sociales oubliées au titre de sujet social et politique. Quoi qu’il arrive dorénavant, y compris une défaîte politique future du chavisme, il sera difficile de revenir en arrière, dans un cadre démocratique du moins. Aussi peut-on d’ores et déjà considérer que cela constituera l’apport historique du chavisme au processus social vénézuélien.

Beaucoup de Vénézuéliens ne le comprennent toujours pas et continuent à se vautrer –en vain– dans la nostalgie infinie d’un système exclusif et socialement injuste. Il serait temps qu’ils reconnaissent que tous les Vénézuéliens, y compris les autres, ont le droit d’être des citoyens.

Ce n’est tout de même pas demander beaucoup à des gens qui se targuent d’être de parfaits démocrates…

Un Blog WordPress.com. | Thème : Motion par volcanic.
Suivre

Get every new post delivered to your Inbox.

Joignez-vous à 367 followers