Tag Archive: beauté


Dans la vitrine

Les petites filles...

Les petites filles...

J’ai beau avoir passé de nombreuses années de ma vie au Venezuela, ce pays ne cessera jamais de m’étonner. Jusqu’où ira-t-il?

Je déambulais hier dans le centre de Mérida, lorsque je fus attiré par un attroupement devant les vitrines d’un magasin de vêtements. Surprise et consternation! Des petites filles -les plus jeunes devaient avoir 4 ou 5 ans- étaient en train de se trémousser devant un public admiratif. Des mannequins vivants revêtus des vêtements et accessoires vendus dans le magasin.

Visiblement, elles aimaient ça. Il a suffi que je dégaine mon appareil photo pour qu’elles prennent des poses quasi professionnelles -faux sourire y compris. De petites miss en puissance.

J’ai déjà écrit un billet sur les concours de beauté pour enfants qui s’organisent ça et là dans le pays. Dans la récente émission Faut pas rêver consacrée au Venezuela, un mini-reportage illustrait également la fièvre qui accompagne les concours de petites miss dans les écoles. Toutefois, même s’ils peuvent être considérés néfastes pour de jeunes enfants, ces concours ont lieu dans des cadres fermés, selon des règles bien établies. Avec les vitrines, on fait un pas de plus : on expose les petites filles aux yeux de tous, sans cadre régulateur. Le quelconque passant devient alors voyeur par le simple fait de déambuler par là. Question : que se passe-t-il dans les têtes des uns (admirateurs) et des autres (admirées) en cet instant de rencontre?

Course folle à la beauté

On pourrait épiloguer sans fin sur le phénomène. Reconnaissons qu’il est avant tout culturel : toute gamine vénézuélienne qui se respecte rêve d’être un jour miss, et pour cause : les médias -la télévision en tête- lui en mettent plein la vue de ces miss qui réussissent, véritables princesses des temps modernes. La pauvreté (mais pas seulement elle) accentue le phénomène : être miss, c’est monter dans l’échelle sociale, c’est avoir une chance de réussite. À la limite, tout cela serait normal si les parents n’en remettaient pas une couche, et une grosse. Fiers de leur progéniture, ils désirent ardemment que leurs enfants deviennent « quelqu’un ». Il suffit que leur gamine de deux ans manifeste une coquetterie spéciale pour qu’elle soit immédiatement poussée à la développer à l’extrême. On en fera une miss! On la maquillera, on la déguisera, on l’accompagnera dans cette course folle à la beauté. Et on n’hésitera pas, le cas échéant, à la placer dans une vitrine! Terrible programme!

Quel mauvais service est ainsi rendu aux enfants, sans le savoir. Quel mal leur est fait, en les dirigeant aveuglément vers les valeurs les plus superflues et les plus superficielles. Et quelle lourde responsabilité assument donc les parents envers leurs enfants, sans qu’ils en soient bien conscients.

Ainsi va la vie, ainsi va l’éthique dans ce Venezuela trop souvent absorbé par le futile, trop sensible aux paillettes, surtout si elles viennent du Nord.

En d’autres lieux, ce sont d’autres types de femmes que l’on rencontre derrière les vitrines. La différence entre les deux n’est peut-être pas aussi grande qu’il n’y paraît.

... et les ados

... et les ados

Suivre les courbes

Dayana Mendoza

Dayana Mendoza

Voilà. On en a une de plus. C’est la cinquième, me dit-on. La cinquième Miss Univers vénézuélienne. La jolie s’appelle cette fois Dayana Mendoza. Dayana comme la princesse Diana, prononcé à l’anglaise, écrit à l’espagnole.

Dire que l’on croyait que l’industrie de la beauté féminine se trouvait en chute libre au Venezuela! Depuis que ces merveilleux concours existent, le Venezuela avait produit rien de moins que cinq Miss Monde et cinq Miss Univers -pas mal pour un pays qui n’était connu que pour son pétrole, et encore… Mais la dernière victoire remontait à 1996, lorsqu’Alicia Machado remporta le Miss Univers. Autant dire que ces douze longues et interminables années furent une véritable traversée du désert. De quoi désespérer tout un peuple!

La victoire de Dayana Mendoza tombe donc à point nommé. Certaines mauvaises langues commençaient à jeter la pierre sur le chavisme. À cause de son (mauvais) goût pour l’égalitarisme et de sa pratique du nivellement par le bas, celui-ci aurait en quelque sorte enlaidi les filles! Rien de tout cela : Dayana vient nous dire qu’elles sont plus belles, plus gaillardes et plus provocantes que jamais. Ouf! Chávez est sauf. Ira-t-il jusqu’à recevoir mademoiselle Mendoza dans son palais de Miraflores? Je suis sûr qu’il ne dirait pas non.

Que dire de Dayana Mendoza? Qu’elle a sa page (déjà mise à jour) dans Wikipedia. Qu’elle fut mannequin pour l’agence Elite et a défilé pour Versace et Roberto Cavalli. Qu’elle fut victime en 2007 d’un enlèvement, expérience bien vénézuélienne qui lui a permis, dit-elle, de garder tout son calme face au jury de Miss Univers! Qu’elle n’hésite pas à philosopher en affirmant que « les hommes pensent que la manière la plus rapide d’aller à un point est d’y aller tout droit. Les femmes savent que la manière la plus rapide d’aller à un point est de suivre les courbes ».

Soyons donc femmes et suivons les courbes. La photo ci-dessus nous y aidera.

Les miss de Canaguá

Je faisais allusion dans un précédent billet à la folie pour les concours de beauté qui régnait au Venezuela. Les villages les plus isolés, les quartiers les plus deshérités, les écoles les plus minuscules se doivent absolument d’organiser leur concours et d’élire leur miss. Être l’heureuse élue de ces mini-concours permet de rêver à une carrière dans le monde de la beauté, à une ascension, d’échelon en échelon, jusqu’à la consécration finale : devenir Miss Venezuela! devenir Miss Monde! Les candidates sont nombreuses à s’illusionner, tandis que les élues, faut-il le dire, se comptent sur les doigts d’une main.

Étant récemment de passage à Canaguá, village situé à quatre heures de route de la ville la plus proche, Mérida, je suis tombé sur les beaux restes des festivités locales, qui venaient de se dérouler peu auparavant : les affiches des quatre candidates au titre de Miss Canaguá. Elles étaient épinglées sur le mur d’un « restaurant » (lisez « débit de boisson »), appelé très judicieusement Rancho Alegre, sur la place Bolívar.

Tandis que je photographiais les jolies épinglées, le propriétaire du lieu me suggéra de me rendre plutôt au lycée : « Là, vous pourriez les photographier pour de vrai! ». Ce qui l’animait, c’était sans doute l’espoir que je fasse la promotion des miss du village dans la capitale, voire à l’étranger! Et l’illusion de voir l’une des filles de Canaguá gravir les échelons et quitter son village pour un avenir plus radieux.

Ah oui… pour la petite histoire, c’est la candidate Julia, dite La Negra, qui a été élue Miss Canaguá. Ce fut un excellent choix, ma foi…

Dénudées, mais pas trop

Bellas VenezolanasUn blogue intitulé Bellas Venezolanas. Voilà bien le condensé de la vision dominante qu’ont de la femme presque tous les Vénézuéliens, ainsi que, malheureusement, bon nombre de Vénézuéliennes. Sous-titre du blogue : Un Tributo a la belleza de la Mujer Venezolana. ¡La Belleza no sólo es física! (traduction : Un hommage à la beauté de la femme vénézuélienne. La beauté n’est pas que physique!).

La beauté n’est peut-être pas uniquement physique, mais reconnaissons que les photos du site sont, elles, très « physiques » : le blogue n’est qu’un défilé de photos de beautés généralement plutôt dénudées, agrémentées d’un mini-commentaire tout à fait quelconque sur chacune d’elles.

L’auteur de cette compilation n’a pas eu a chercher loin pour alimenter son blogue. La plupart des photos proviennent de publications vénézuéliennes, que ce soient des quotidiens, des magazines, des sites web, des publicités ou les calendriers de la brasserie Polar. C’est qu’une telle image de la femme fait partie du quotidien dans ce pays où la beauté féminine est chantée dès le plus jeune âge. Ouvrez la télévision et vous tomberez sur un concours de beauté pour fillettes de huit ans! Chaque village, chaque quartier, chaque école couronne annuellement sa reine de beauté. En haut de la pyramide, le concours Miss Venezuela, véritable institution nationale, parvient à réunir tout un peuple le temps d’une soirée.

Mine de rien, derrière la façade, le site véhicule plusieurs idées reçues sur la femme vénézuélienne :

  • Les Vénézuéliennes sont les plus belles femmes du monde
  • Elles ne sont pas seulement belles, elles sont aussi autre chose (travailleuses, créatives, le soutien de la famille, etc.)
  • Glorifions-les en exhibant leur beauté physique

Dénudée, mais pas tropBeauté dénudée, mais pas trop : la photo doit pouvoir être vue par tout le monde, y compris par les enfants, car elle a une fonction « formatrice » : assurer tous azimuts la reproduction de ces idées reçues sur la femme vénézuélienne, en imprégner la société jusque dans ses derniers recoins. Petits garçons/petites filles, adolescents/adolescentes, hommes/femmes, même combat en faveur des belles vénézuéliennes!

De cette façon, le machisme (car, vous l’aurez deviné, c’est de cela qu’il s’agit) n’est pas le seul apanage des hommes, il devient l’affaire de tous et de toutes… et a donc un bel avenir devant lui.

PS : Signe des temps, le même auteur publie aussi un blogue intitulé Hot Bellas Venezolanas, dans lequel les beautés, parfois les mêmes, apparaissent encore plus dénudées. Généralement, elles montrent le haut, ce qui reste « inconvenant » pour beaucoup de Vénézuéliens et de Vénézuéliennes. Quelquefois, elles vont jusqu’à découvrir le bas, ce qui est bien plus inconvenant encore. Comme l’indique son auteur dans une mise en garde adressée aux mineurs, son contenu est borderline, limite. Il témoigne certes d’une évolution des mœurs au Venezuela, mais ne peut (encore) jouer de rôle « formateur », comme le font les photos du blogue original Bellas Venezolanas et des grands médias vénézuéliens.

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