Tag Archive: autochtones


Pumé Capuruchanos de Mata de Totumo (Apure, Venezuela)

Pumé Capuruchanos de Mata de Totumo

Cela fait deux semaines que je vous en parle : les voici enfin, les Capuruchanos ! Pour tout dire, moi aussi, j’ai poussé ce cri lorsque je suis arrivé dans la première communauté de Capuruchanos.  En effet, ce n’est qu’au dernier moment que j’ai eu la certitude de les rencontrer. Certes, leurs communautés ne se trouvent pas très loin de Boca Tronador (voir article précédent) : à une ou deux heures de piste seulement.

Mais il suffit d’une grosse averse pour rendre le chemin impraticable. Or, il avait plu le matin… Nous avons tout de même pris le risque. Nous étions accompagnés de quelques Pumé de Boca Tronador, qui devaient nous guider et nous servir d’interprètes. Malgré un embourbement épique, nous avons réussi à rejoindre, en l’espace de deux jours, trois communautés de Capuruchanos : Raicero, La Coroba et Mata de Totumo. (Comme vous pouvez le remarquer, ce sont les toponymes espagnols qui sont couramment employés pour désigner ces communautés.)

Isolés plusieurs mois par an

médano de Apure (Venezuela)

La savane des Llanos

Où vivent-il donc exactement, ces Capuruchanos (appelés aussi chu khonome, en langue pumé) ? Dans la savane des Llanos d’Apure, entre les ríos Capanaparo et Cinaruco. Sortez vos atlas ou regardez cette carte pour mieux vous situer.

Le fait d’être établis en pleine savane, et non le long des cours d’eau, est précisément ce qui différencie les Capuruchanos des autres Pumé : plusieurs mois par an, en saison des pluies, de mai à novembre, ils vivent complètement isolés entourés de zones inondées.  Par contre, les Pumé dont le village côtoie une rivière, comme Boca Tronador, restent en contact constant avec le reste du monde :  par voie terrestre durant la saison sèche, par voie fluviale durant la saison des pluies. Ils reçoivent aussi, comme nous l’avons vu, les bénéfices de l’éducation et autres services publics.

Semi-nomades

Bien que faisant partie de l’ethnie Pumé, les Capuruchanos ont un mode de vie bien différent des Pumé des rivières. Mieux adaptés au milieu de la savane, ils pratiquent l’agriculture à une moindre échelle et s’alimentent plutôt de la chasse, de la pêche et de la cueillette. Cela les amène à parcourir de longues distances dans la savane, où ils établissent des campements temporaires durant la période sèche. Aussi peut-on les considérer comme semi-nomades. Leurs établissements, peu structurés, ne sont pas permanents.

Famille de Capuruchanos

Famille de Capuruchanos devant leur maison

À la différence des villages pumé situés le long des cours d’eau, les communautés de Capuruchanos sont dépourvues de tout service public : elles n’ont ni école, ni dispensaire, ni électricité. Les maisons restent traditionnelles : construits sur une structure de bois, de larges toits de palme tombent presque jusqu’au sol. Il n’y a pas de murs (parfois une tôle ondulée, arrivée là on ne sait comment, en fait office). L’intérieur se résume à quelques hamacs et un minimum de biens personnels. Le foyer est généralement situé à l’extérieur. Seules quelques maisons, celles du capitán ou du chaman, sont faites de bahareque (technique de construction traditionnelle qui permet d’élever des murs en entrelaçant des branches, que l’on recouvre ensuite de terre argileuse).

En l’absence d’école, les Capuruchanos parlent uniquement la langue pumé. Seuls les quelques hommes qui ont eu l’occasion de travailler comme salarié dans un fundo (ferme) voisin connaissent quelques mots d’espagnol. Cela n’empêche, ils nous ont reçus chaleureusement, très heureux semble-t-il de recevoir de la visite, ce qui ne doit pas être très courant. À La Coroba, ils ont poussé la gentillesse jusqu’à demander à deux de nos compagnes d’être les marraines de nouveaux-nés, leur donnant ainsi leur prénom. Aussi y a-t-il maintenant une Carla et une Lila dans cette petite communauté d’une quinzaine de familles.

Politique erronée

La tronçonneuse

Un cours express de tronçonneuse

Avons-nous participé au phénomène d’acculturation ? Sans doute, malgré nous et malgré toutes les précautions prises (deux anthropologues nous accompagnaient). C’est inévitable. Nous n’étions cependant pas les premiers à passer par là. Le gouvernement, en particulier, a rejoint ces communautés éloignées depuis un certain temps. À tel point qu’à La Coroba a été créé un conseil communal (groupe de base destiné à mettre en place la démocratie participative dans le pays). Celui-ci venait de recevoir du ministère un financement qui a permis à la communauté d’acquérir des chevaux et du bétail, ainsi que deux… tronçonneuses ! Seulement voilà : personne dans le village ne savait se servir de ces engins !

On se trouve une fois de plus en face d’une politique néfaste : au nom du sacro-saint “développement”, on incite les Capuruchanos, qui n’ont jamais été des éleveurs, à se lancer dans cette activité totalement étrangère à leur mode de vie et à s’équiper d’outils modernes (et dangereux de surcroît) dont ils ne savent que faire. Échec assuré et financement perdu !

En lieu et place de cette politique erronée, il eut été plus utile (et moins onéreux) de réapprendre par exemple aux Capuruchanos un art qu’ils ont perdu au fil des générations : la poterie. Cela leur aurait permis de disposer d’ustensiles utilitaires adaptés à leur milieu au lieu de quémander des casseroles chinoises ou des seaux en plastique qui ne résistent pas à l’usage rustique qu’ils en font.

Acculturé

La préparation de la yuca

La préparation de la yuca (manioc)

De ce voyage extraordinaire à la rencontre des Capuruchanos, je retiens l’image d’un peuple extrêmement accueillant, simple, fier. Au début, désireux de les respecter jusque dans leur personne, je me retenais de les photographier, ou alors je les prenais à la sauvette, sans qu’ils s’en rendent compte. Ils m’ont cependant découvert ! Je leur ai alors montré les quelques photos que j’avais déjà prises. Éclats de rire ! Ils se sont pris au jeu et m’ont demandé de les prendre en portrait. Un échange réel et joyeux s’est alors produit. Avec le geste, et en l’absence de communication verbale, ce sont les images qui nous ont servi de moyen de communication et de partage.

Je suis revenu de ce voyage tout ébouriffé. Moi aussi, je peux dire que j’ai été acculturé : les Capuruchanos, dans leur éloignement, leur solitude, leur dénuement, m’ont appris à voir autrement le monde. Grâce à eux, j’ai pu toucher les racines mêmes de la vie.

Reportage photo sur les Capuruchanos

Le Riecito à Boca Tronador

Le Riecito à Boca Tronador

L’occasion était trop belle : on m’invitait à une expédition au fin fond des Llanos, à la rencontre des Capuruchanos. Les Capuruchanos, j’en avais vaguement entendu parler : ce sont des communautés indigènes qui vivent à l’écart de la dénommée civilisation et pratiquent encore le nomadisme. Voilà pour la description sommaire que j’en avais. Mais je voulais en savoir plus. Je me suis donc embarqué dans l’aventure.

Pour rencontrer les Capuchuranos, c’est bel et bien d’une expédition qu’il s’agit. Depuis Elorza, la dernière (petite) ville de la région, il faut faire de longues heures de pistes plus ou moins embourbées, traverser la rivière Capanaparo sur une barge de fortune, puis franchir le Riecito –moins profond, mais quand même– dans son véhicule, au risque de rester bloqué au milieu du gué… ou de ne pouvoir revenir si les eaux viennent à monter ! À la tombée du jour, on arrive enfin à Boca Tronador, un village Pumé situé au bord de la rivière. Ce sera notre camp de base pour les jours qui suivent. On s’y installe pour la nuit.

Bouillon du culture

Le village Pumé de Boca Tronador

Le village de Boca Tronador

Boca Tronador, c’est une communauté de plusieurs centaines d’autochtones Pumé. Ses habitants vivent dans de petites maisons distribuées ça et là dans la clairière, à proximité du Riecito. Les murs sont en bahareque (technique de construction traditionnelle faite d’une structure de branches entrecroisées, puis tapissées de terre) tandis que les toits sont en tôle ondulée. Ce matériau moderne a été offert par la municipalité pour améliorer la salubrité des habitations, les toits traditionnels en palme de moriche étant un milieu de vie pour de nombreux insectes et un bouillon de culture pour les maladies qu’ils propagent.

Comme une dizaine d’autres communautés Pumé, Boca Tronador entretient des contacts réguliers avec les autorités locales, régionales et nationales. En particulier, le village reçoit des aides alimentaires de la municipalité. Il bénéficie d’un éclairage public alimenté par un groupe électrogène (même si celui-ci ne fonctionnait pas lors de notre passage) et possède une école primaire et un lycée, dans lesquels des enseignants pumé et criollos (blancs) dispensent un enseignement bilingue et interculturel. Comme dans les autres établissements du pays, les élèves utilisent un ordinateur portable du programme Canaima, ce qui ne manque pas d’étonner en un lieu aussi improbable.

Structures greffées

Même si le gouvernement est actif dans nombre de villages Pumé, les structures de pouvoir traditionnelles –le “capitaine” et le chaman– y restent bien vivantes. S’y sont toutefois greffées des structures nouvelles, tels les conseils communaux et les “missions” gouvernementales, ce qui a pour effet de complexifier les relations au sein du groupe.

Enfants Pumé avec leur ordinateur Canaima

Enfants Pumé avec leur ordinateur Canaima

Beaucoup de Pumés de Boca Tronador connaissent l’espagnol, mais tous, adultes et enfants, continuent à parler leur langue, qui a pour caractéristique de n’appartenir à aucun groupe linguistique connu. Les femmes, en général, refusent de parler espagnol, assurant ainsi la pérennité de la langue pumé. Par ailleurs, les croyances et les rituels traditionnels restent bien présents, comme nous avons pu le constater en assistant à un tonhé, une cérémonie nocturne qui consistait, au moyen de chants et de danses, à faire descendre les esprits pour obtenir la guérison d’une personne malade.

Au nombre de 8 à 10.000 au Venezuela, les Pumé ne sont pas à proprement parler en voie de disparition, malgré l’inévitable phénomène d’acculturation qui les menace. Leur culture reste relativement vivace. Ils ont pourtant souffert les pires exactions depuis le 17e siècle, époque à laquelle les Espagnols ont commencé à coloniser leur territoire. Ce territoire –qui n’a jamais été délimité officiellement– s’est à présent réduit comme peau de chagrin, au fur et à mesure de son appropriation par les fundos et hatos (respectivement petites et grandes propriétés terriennes). Divisé et parcellisé, sa superficie actuelle ne suffit plus à la subsistance de la population Pumé, qui vit traditionnellement de pêche, de chasse et de récollection. Ces activités nécessitent en effet de grandes extensions. De plus, la concurrence des chasseurs et pêcheurs criollos, qui ont souvent des arrières-pensées commerciales, a eu pour effet de diminuer considérablement la ressource.

Dépendante et assistée

Conséquence : la population Pumé est de plus en plus dépendante et assistée. Elle a besoin de l’aide alimentaire fournie par les organismes officiels pour assurer sa subsistance. Dans la foulée, ce sont ses habitudes alimentaires qui changent profondément : les produits industriels –comme la farine de maïs précuite ou les pâtes– se substituent au casabe traditionnel, une galette faite de yuca (manioc), comme base de leur alimentation. Sans parler des boissons gazeuses et autres sucreries dont adultes autant qu’enfants sont très friands.

Artisanat de jais (azabache)

Artisanat de jais

Les autorités gouvernementales tentent de mettre un terme à cette situation d’assistanat en faisant la promotion d’activités productives. En vain, car ce qui est proposé, c’est la conversion du mode de vie traditionnel vers des activités totalement étrangères à la culture pumé : l’élevage et la production horticole. Il existe une certaine résistance, ou tout au moins une passivité, de la population Pumé, surtout parmi les anciens, vis-à-vis de l’introduction de telles activités. Parallèlement, des activités traditionnelles ont disparu, comme le travail de la poterie, ou ont perdu beaucoup de leur sens, comme l’artisanat à base d’azabache (le jais, matériau fossile) ou de moriche, une fibre issue du palmier Mauritia flexuosa.

Une économie monétaire s’est peu à peu installée dans les villages qui se trouvent en contact avec le monde extérieur, tels que Boca Tronador. Les jeunes hommes Pumé vont travailler dans les exploitations agricoles voisines et en ramènent de l’argent. Quelques artisans parviennent à vendre leur production hors de leur communauté. Certaines personnes reçoivent des aides provenant des “missions” gouvernementales.

Incompréhension réciproque

En définitive, l’impression qui prédomine, c’est celle d’une incompréhension réciproque. D’une part, les autorités gouvernementales, même si elles sont animées de bonnes intentions, n’ont ni les capacités ni la formation suffisantes pour définir une politique respectueuse de la culture autochtone. Plutôt que de chercher conseil auprès de personnes spécialement formées, comme les anthropologues, elles improvisent des politiques qui se révèlent peu adaptées. D’autre part, les Pumé, de plus en plus désorientés par rapport à la “modernité” et ses mirages, ne sont pas capables de définir clairement leurs aspirations.

On se trouve donc, impotent, en face d’un drame indicible : la triste dégénérescence d’une culture, sans que se dessinent clairement des voies pour la sauver ou la protéger.

Reportage photo sur l’école de Boca Tronador

Prochain billet : Les Capuruchanos, enfin !

Expédition dans les Llanos

Expédition dans les Llanos

J’ai été plutôt absent du blog ces derniers temps. Mais j’ai un billet d’excuse : je suis allé à deux reprises dans les Llanos au cours des dernières semaines. J’ai même eu l’occasion de faire une expédition dans des terres peu explorées, près du río Cinaruco. C’est là que vivent plusieurs communautés Pumé dites capuruchanos. Ces communautés vivent isolées à longueur d’année dans la savane, et n’ont que des contacts restreints avec le monde occidental. Il n’est en effet possible d’y accéder qu’en période sèche.

Inutile de vous dire que ce n’était pas l’endroit rêvé pour écrire un article de blog. J’ai plutôt fait des centaines de photos, que je suis à présent en train d’éditer et de classer. Je vous en offre quelques-unes en avant-première, histoire de vous faire patienter. Je recommande de les voir en plein écran.

Et ne désespérez pas : mon prochain article sera en effet consacré plus que probablement à ma rencontre toute particulière avec les capuruchanos.

Le choc des regards

Femmes Pumé (état Apure, Venezuela)

Femmes Pumé de la communauté d'Alcornocal (état Apure)

Mes pérégrinations professionnelles m’amènent à entrer en contact avec des communautés indiennes (amérindiennes, autochtones, appelez-les comme vous voulez) vivant au Venezuela.

À chaque fois, c’est la même question qui surgit : que pensent-ils de moi, de nous? Pourquoi me regardent-ils « comme ça » ? Qu’y a-t-il donc au fond de ces regards ? De ces regards qui semblent à la fois vides (d’expression ?) et pleins (de ressentiments ?).

On a beau dire, on a beau faire, c’est la gêne qui dans ces circonstances prédomine toujours chez moi. Serait-ce la fameuse culpabilité de l’homme blanc qui me taraude ? Serait-ce l’effet du poids incommensurable de 500 ans de drames infligés par mes supposés ancêtres aux habitants du lieu ? Je n’en suis pas certain. Après tout, je sais -et ils savent aussi- que je n’y suis pour rien. Les regards, pourtant, restent de marbre, continuent à peser lourdement sur l’atmosphère.

Je ne crois pas à l’accusation qu’ils pourraient me faire, je ne crois pas à la culpabilité que je pourrais ressentir. Ces regards-là (et le mien aussi sans doute), s’ils expriment quelque chose, c’est bien l’incompréhension. L’incompréhension entre deux mondes qui se côtoient et ne se sont pas choisis. Deux mondes qui se partagent maintenant, forcément, les mêmes terres. Mais deux mondes qui se trouvent aussi aux antipodes l’un de l’autre : l’un est profondément matériel, matérialiste, tandis que l’autre est spirituel ; l’un est entreprenant, conquérant, tandis que l’autre est contemplatif ; l’un est pressé, stressé, tandis que l’autre laisse courir le temps.

Nous sommes en présence de deux Weltanschauung (conceptions du monde, pour parler français) qui ont le plus grand mal à coexister. C’est le choc des cultures le plus radical qui soit. Comme s’il y avait deux mondes, le leur et le mien. Et comme si ces deux mondes étaient faits pour ne jamais se comprendre. Ni se rencontrer vraiment.

Langues en danger au Venezuela

Langues en danger au Venezuela

L’UNESCO vient de publier l’édition 2009 de son Atlas des langues en danger dans le monde dont la version interactive est disponible gratuitement en ligne. Nouveauté cette année : les langues sont classées en six catégories, définies d’après un rapport portant sur leur vitalité et le risque de disparition. Ce rapport établit en effet six degrés de vitalité / risque de disparition des langues, en fonction de neuf facteurs différents, dont le plus remarquable est celui de la transmission de la langue d’une génération à l’autre.

Les six catégories sont les suivantes :

Niveau de vitalité Transmission de la langue d’une génération à l’autre
sûre la langue est parlée par toutes les générations ; la transmission intergénérationnelle est ininterrompue
>> non inclues dans l’Atlas
vulnérable la plupart des enfants parlent la langue, mais elle peut être restreinte à certains domaines (p.e. la maison)
en danger les enfants n’apprennent plus la langue comme langue maternelle à la maison
sérieusement en danger la langue est parlée par les grands-parents ; alors que la génération des parents peut la comprendre, ils ne la parlent pas entre eux ou avec les enfants
en situation critique les locuteurs les plus jeunes sont les grands-parents et leurs ascendants, et ils ne parlent la langue que partiellement et peu fréquemment
éteinte il ne reste plus de locuteurs
>> l’Atlas contient les références des langues éteintes depuis les années 1950

Et au Venezuela?

Référons-nous maintenant au Venezuela. La carte ci-dessus (dont vous trouverez une version interactive en choisissant “Venezuela” dans le formulaire de l’Atlas de l’UNESCO)  indique que 34 langues y sont en danger. Le foyer de la plupart d’entre elles est situé dans le sud du pays, formé par l’Amazonie et la Guyane vénézuélienne. Quelques-unes sont également parlées dans des pays limitrophes, en l’occurrence la Colombie, le Brésil et la Guyana.

Si on les classe selon les critères de l’UNESCO, on obtient le tableau suivant :

Vitalité Nom de
la langue
Nombre
de locuteurs

Akawaio 5800, dont 811 au Venezuela (parlé aussi au Brésil et en Guyana)

Añu 20

Baniva 500

Baníwa do
Içana
5811 (parlé aussi au Brésil et en Colombie)

Baré Non disponible

Cuiba 2445 (parlé aussi en Colombie)

Guajiro 318.500 (parlé aussi en Colombie)

Hodi 600

Kari’ña 11.000

Kurripako 10.000 (parlé aussi en Colombie)

Lokono 1750 dont 248 au Venezuela (parlé aussi en Guyana)

Mako 345

Nheengatu / Yeral 2000 (parlé aussi au Brésil)

Ninam 100 (parlé aussi au Brésil)

Panare 3000

Pemon 20.000 (parlé aussi au Brésil)

Pémono 1

Piapoko 4500 (parlé aussi en Colombie)

Piaroa 11.000 (parlé aussi en Colombie)

Puinave 7377 (parlé aussi en Colombie)

Pume 5000

Sáliba 2000, dont 79 au Venezuela (parlé aussi en Colombie)

Sanema 393 (parlé aussi au Brésil)

Sapé 50

Sikuani 34.614 (parlé aussi en Colombie)

Tunebo 7231 (parlé aussi en Colombie)

Uruak 19

Wanai 0

Warao 25.000

Warekena 500 (parlé aussi au Brésil)

Yanomami 4000 (parlé aussi au Brésil)

Yawarana 300

Yecuana 5000 (parlé aussi au Brésil)

Yukpa 3000 (parlé aussi en Colombie)

Dix langues se trouvent donc en situation critique, cinq sont sérieusement en danger, sept sont en danger et douze sont vulnérables. Toutes sont des langues parlées par des autochtones, ceux-là qui, grâce à l’isolement et/ou à la résistance, ont pu résister depuis cinq siècles au rouleau compresseur qu’est la culture occidentale.

Avancées de la Constitution

La Constitution du Venezuela indique dans son article 9 que « la langue officielle [du pays] est le Castillan, les langues indigènes sont aussi d’utilisation officielle pour les peuples indigènes et doivent être respectées dans tout le territoire de la République, afin de constituer le patrimoine culturel de la Nation et de l’humanité. » Par ailleurs tout le chapitre 8 est consacré aux droits des peuples indigènes. Tellement rare que cela vaut la peine de citer le texte intégralement :

Article 119. L’Etat reconnaît l’existence des peuples et communautés indigènes, leur organisation sociale, politique et économique, leurs cultures, us et coutumes, langues et religions comme leur habitat et droits coutumiers, les terres ancestrales que traditionnellement ils occupent, nécessaires pour développer et garantir leur mode de vie. Il est du ressort de l’Exécutif National, avec la participation des peuples indigènes, de délimiter et de garantir la propriété collective de leurs terres, lesquelles seront inaliénables, imprescriptibles et in-transférables en accord avec le contenu de la présente Constitution et de la loi.

Article 120. L’exploitation des ressources naturelles sur le territoire des habitats indigènes par l’Etat se fera sans léser leur intégrité culturelle, sociale et économique, et elle est sujette préalablement à l’information et à la consultation des communautés indigènes concernées. Les bénéfices tirés de cette exploitation par les peuples indigènes sont assujettis
à la Constitution et à la loi.

Article 121. Les peuples indigènes ont le droit de maintenir et de développer leur identité ethnique et culturelle,  vision du monde, valeurs, spiritualité, lieux sacrés et culte. L’État encouragera la valorisation et la diffusion des manifestations culturelles des peuples indigènes, lesquels ont droit à une éducation propre et à un régime éducatif de caractère interculturel et bilingue, répondant à leurs particularités socioculturelles, valeurs et traditions.

Article 122. Les peuples indigènes ont droit à une protection sanitaire qui tiendra compte de leurs pratiques et cultures. L’État reconnaît leur médecine traditionnelle et les thérapies complémentaires, avec obligation de respecter les principes bioéthiques.

Article 123. Les peuples indigènes ont le droit de maintenir et de promouvoir leurs propres pratiques économiques basées sur la réciprocité, la solidarité et les échanges ; leurs activités productives traditionnelles, leur participation à l’économie nationale et à définir leur priorité. Les peuples indigènes ont droit à la formation professionnelle et à participer à l’élaboration, l’exécution et la gestion des programmes spécifiques de formation, services d’assistance technique et financière qui renforcent leurs activités économiques dans le cadre du développement local soutenu.  L’État garantira aux travailleurs et travailleuses appartenant aux peuples indigènes, la jouissance des droits que confère la législation du travail.

Article 124. Est garantie et protégée la propriété intellectuelle collective des connaissances, techniques et innovations des peuples indigènes. Toute activité en relation avec les ressources génétiques et les connaissances associées à ces derniers procureront des bénéfices collectifs. Est interdit le prélèvement des impôts sur ces ressources de connaissances ancestrales.

Article 125. Les peuples indigènes ont droit à la participation politique. L’État garantit la représentation indigène à l’Assemblée Nationale et dans les corps délibérants des institutions fédérales et locales ayant des populations indigènes, conformément à la loi.

Article 126. Les peuples indigènes, avec leurs cultures aux racines ancestrales, font partie de la Nation, de l’Etat et du peuple vénézuélien unique, souverain et indivisible. Conformément à la présente Constitution ils ont le devoir de sauvegarder l’intégrité et la souveraineté nationale.

Le terme peuple ne peut être interprété dans la présente Constitution dans le sens que le définit le droit international.

C’est là une avancée immense, que l’on voudrait voir se répéter ailleurs, sur le plan juridique. Même les enjeux les plus modernes, tels que ceux de la génétique, sont mentionnés dans le texte. Mais cela suffira-t-il?

Attrait de la modernité

Il est clair que les forces sociales sont plus fortes que les textes juridiques. Et les forces sociales, dans le cas qui nous préoccupe, c’est l’attrait de la modernité, l’abandon des activités traditionnelles, l’émigration vers les villes par les jeunes générations autochtones. Avec, à terme, la non-reproduction de leurs cultures et de leurs langues.

Certaines communautés autochtones seront peut-être capables, grâce à leur dynamisme et leur clairvoyance, d’inscrire la modernité (une certaine modernité) dans leur culture, de la faire sienne –à certaines conditions qu’elles tenteront de faire valoir. C’est là sans doute la seule voie de survie, mais elle est étroite. En étant réaliste, on dira que ce ne sera là que retarder de quelques années, au mieux de quelques dizaines d’années, ce qui semble malheureusement inexorable : la disparition de centaines de langues et de cultures par assimilation au modèle dominant.

L’Atlas de l’UNESCO en montre dramatiquement la carte devant nos yeux hébétés.

Un Blog WordPress.com. | Thème : Motion par volcanic.
Suivre

Get every new post delivered to your Inbox.

Joignez-vous à 368 followers