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Auguste Morisot sur l'Orénoque

Auguste Morisot (debout, au centre) et l'équipage sur l'Orénoque. Rancho Cabirima, 6 décembre 1886 (photo de Jean Chaffanjon)

Auguste Morisot est presqu’un mystère. Il n’a pas la chance d’avoir sa biographie sur Wikipedia, c’est tout dire… et l’on n’obtient que quelques renseignements sur sa vie au hasard du Net.

Au Venezuela, c’est à peine si on savait de lui qu’il avait participé à l’expédition que l’explorateur Jean Chaffanjon entreprit sur l’Orénoque en 1886-1887. En France, on retient surtout son œuvre d’artiste et de décorateur. Mais éclipsé par l’autre Morisot, Berthe, et se tenant volontairement à l’écart des salons, il est cantonné dans la catégorie des “petits maîtres”.

Auguste Morisot naît à Seurre, en Bourgogne, le 12 avril 1857, dans une famille d’origine modeste. Sa jeunesse n’est guère très heureuse. Très tôt orphelin de père, maltraité par son beau-père, il est confié à une tante. Avec son frère aîné, il monte très jeune à Paris, où il est engagé dans un atelier qui travaille la soie. Pendant quelques mois, il voyage aussi en Angleterre, où il apprend la langue.

Pacte d’amour

Portrait d'Auguste Morisot

Portrait d'Auguste Morisot, par son ami Louis Appian, 1887.

Mais Auguste est un artiste dans l’âme. En 1880, à l’âge de 23 ans, il retourne dans sa région, à Lyon, et s’inscrit à la célèbre École des Beaux-Arts de cette ville. Là, il rencontre Henry Page, fils d’un riche industriel qui avait pour coutume d’inviter dans sa riche demeure, chaque dimanche, les artistes et intellectuels de la région. Auguste Morisot participe régulièrement à ces salons improvisés. Il tombe amoureux de la fille aînée des Page, Pauline, et fait avec elle un pacte d’amour qui reste secret. Les conventions de l’époque interdisent en effet la relation entre un jeune homme d’origine modeste et une jeune fille de la bonne société.

Auguste doit donc terminer ses études et grimper dans l’échelle sociale s’il veut être accepté par la famille Page. Une belle occasion se présente en octobre 1885, alors qu’il vient juste de recevoir son diplôme de l’École des Beaux-Arts : l’explorateur lyonnais Jean Chaffanjon est à la recherche d’un jeune dessinateur pour l’accompagner dans son expédition sur l’Orénoque, financée par le ministère de l’Instruction publique et des Beaux-Arts. Pour sélectionner l’accompagnateur, la Chambre de Commerce de Lyon organise un concours doté d’une bourse de 12.000 francs.

Prestige et fortune

Le contrat entre Jean Chaffanjon et Auguste Morisot

Le contrat passé entre Jean Chaffanjon et Auguste Morisot

Auguste et Pauline voient là le moyen d’obtenir rapidement ce qui manquait au jeune homme : le prestige et la fortune. Auguste décide donc de participer au concours et s’entraîne pendant deux mois à dessiner des plantes et des fleurs.  Malheureusement, la Chambre de Commerce, sans donner d’explications, annule le concours. Qu’à cela ne tienne : Auguste prend l’initiative de rencontrer personnellement Jean Chaffanjon et lui offre de l’accompagner comme dessinateur, sans rémunération autre que les frais de voyage et de maintenance. L’explorateur accepte cette offre et le 28 janvier 1886, les deux hommes signent un contrat précisant les conditions de leur collaboration : les publications seront signées conjointement et les bénéfices éventuels de l’expédition sont divisés à parts égales.

Le 6 février, les deux hommes s’embarquent de Saint-Nazaire à destination de la Martinique. Près d’un mois plus tard, ils s’embarquent pour La Guaira, au Venezuela, où ils accostent le 18 mars 1886. L’aventure commence…

(suite)

Source : Diario de Auguste Morisot, 1886-1887. La apasionante exploración de dos franceses a las fuentes del Orinoco, Bogotá, ed. Planeta, 2002.

Cinéma du Venezuela: la Hora Cero

La Hora Cero, de Diego Velasco (2010)

On ne peut pas dire que c’est un “grand cinéma”, comme l’est, actuellement, le cinéma iranien. Mais le cinéma vénézuélien a parcouru son petit bonhomme de chemin depuis que, le 28 janvier 1897 (seulement deux ans après la première projection des frères Lumière en France !) , furent présentés au Théâtre Baralt de Maracaibo les deux premiers films vénézuéliens : Célebre especialista sacando muelas en el Gran Hotel Europa et Muchachos bañándose en la laguna de Maracaibo.

Il faudra cependant attendre 1916 pour que Enrique Zimmerman réalise le premier long métrage de fiction dont on ait connaissance : La Dama de las Cayenas o pasión y muerte de Margarita Gutiérrez. Huit ans plus tard, en 1925, on filme La Trepadora, adaptation du roman homonyme de Rómulo Gallegos, qui paraît la même année À la fin des années 20, le cinéma vénézuélien connaît un regain de popularité, et profite de l’installation de laboratoires nationaux, à Maracay, et de studios à Barquisimeto.

Premier film sonore

Après quelques tentatives en 1934 avec La Venus de Nácar, le premier film sonore sort en 1938 : c’est le court métrage Taboga, suivi la même année par le long métrage El Rompimiento, de Antonio Delgado Gómez.

À la fin des années 30, Rómulo Gallegos crée les studios Ávila à Caracas et au début des années 40, Guillermo Villegas Blanco fonde l’entreprise Bolívar Films, toujours en activité de nos jours. Celle-ci établit des alliances avec des maisons de production mexicaines et argentines. Ces coproductions marquent le début du cinéma industriel dans le pays. Le film le plus connu de cette époque est La Balandra Isabel llegó esta tarde, de Carlos Hugo Christensen, qui remporta le prix à la meilleure photographie au Festival de Cannes de 1951.

Araya, de Margot Benacerraf

Araya, de Margot Benacerraf

En 1959, le documentaire Araya de Margot Benacerraf partage avec Hiroshima, Mon Amour de Alain Resnais (excusez du peu !) le prix de la Critique au Festival de Cannes. C’est la plus haute reconnaissance obtenue par le cinéma vénézuélien jusqu’à ce jour.

Les années 70 se caractérisent par l’apparition d’un cinéma à contenu social. C’est le Nuevo Cine Venezolano, qui connaît un boom en 1973, avec le film Cuando quiero llorar, no lloro de Mauricio Walerstein, basé sur le roman de Miguel Otero Silva, qui connaît un succès public sans précédent. Dans la même veine, sont produits les films de Román Chalbaud (El pez que fuma) et Clemente de la Cerda (Soy un Delincuente).

Ce courant continue dans les années 80 avec des films comme Macu, la mujer del policía de Solveig Hoogesteijn et Homicidio Culposo de César Bolívar. Le cinéma vénézuélien rencontre alors le succès auprès du public national, avec des films tels que La graduación de un delincuente, Macho y hembra, Ya-Koo, Oriana, El atentado et Más allá del silencio. Mais la crise financière que connaît le pays met un frein à cette expansion.

Deux genres principaux

Dans les années 90, deux films se détachent et obtiennent plusieurs prix internationaux : Jericó de Luis Alberto Lamata et Disparen a Matar de Carlos Azpúrua. En 1994, est promulguée la Loi de cinématographie nationale, qui établit la création du Centre national autonome de cinématographie. Dans les premières années, la production reste faible : retenons surtout le film Sicario (1995). Mais à terme, la loi offre un socle plus solide au développement du cinéma national.

Zamora, de Román Chalbaud

Zamora, de Román Chalbaud

Dans les années 2000, deux genres monopolisent la majorité des productions vénézuéliennes : le film historique, avec deux films sur le précurseur de l’indépendance Francisco de Miranda, un film sur le révolutionnaire du 19e siècle Ezequiel Zamora, un autre sur le Caracazo , la révolte populaire de 1989 (ces deux derniers de Román Chalbaud) ; et le film d’action et de violence, dont le meilleur représentant est Secuestro Express de  Jonathan Jakubowicz, qui fut distribuée mondialement par Miramax. La création d’une société de production gouvernementale, la Villa del Cine, favorise les tournages à contenu patriotique, politique et social, tandis que la situation d’insécurité du pays inspire des films ultra-violents, sur fonds de délinquance et de drogue.

On en est là : un cinéma qui aurait avantage à améliorer ses techniques (surtout le son, souvent déficient), à opter pour des scénarios plus créatifs et à s’affirmer au travers d’un langage propre, qui ferait sa marque. En attendant, on se contentera de ce bon cinéma national, qui a peu de chances, tel quel, de percer, sauf exception, à l’international.

[Texte inspiré de l'article Cine de Venezuela, dans le Wikipedia en espagnol]

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On peut trouver sur Youtube plusieurs long métrages vénézuéliens en version intégrale (je ne sais si c’est légal ou non, mais ils sont là jusqu’à nouvel ordre). Ils sont bien entendu en espagnol. En voici quelques-uns :

[Mise à jour du 14-09-2011 : La plupart des films ont déjà été retirés de Youtube, pour atteinte aux droits d'auteurs. Les auteurs resteront donc dans l'oubli, sans doute non par volontè propre, mais par celle des producteurs :-(  Pitoyable!]

La Balandra Isabel llegó esta tarde, de Carlos Hugo Christensen (1949)

Caín adolescente, de Román Chalbaud (1959)

Canción mansa para un pueblo bravo, de Giancarlo Carrer (1976)

El pez que fuma, de Román Chalbaud (1977)

Soy un delincuente, de Clemente de la Cerda (1977)

Carmen, la que contaba 16 años, de Roman Chalbaud (1978)

País portátil, de Iván Feo y Antonio Llerandi (1979)

Compañero de viaje, de Clemente de la Cerda (1979)

Ya Koo, de Franco Rubartelli (1984)

Macho y hembra, de Mauricio Walerstein (1984)

Díles que no me maten, de Freddy Siso (1985)

Oriana, de Fina Torres (1985)

En Sabana Grande siempre es de día, de Manuel de Pedro (1988)

Jericó, de Luis Alberto Lamata (1990)

Amaneció de golpe, de Carlos Azpúrua (1998)

Manuela Saenz, la libertadora del Libertador, de Diego Rísquez (2000)

Fritz Melbye, par Camille Pissarro

Portrait de Fritz Melbye, par Camille Pissarro

En dehors de son pays d’origine, le Danemark, Fritz Melbye n’est guère connu. On sait surtout de lui qu’il fut l’ami et le mentor de Camille Pissarro, peintre français précurseur de l’impressionnisme. Tous deux ont vécu ensemble au Venezuela entre 1852 et 1854, puis se sont revus quelques années plus tard à Paris.

Leur amitié avait commencé par une rencontre fortuite sur les quais de la petite île de Saint-Thomas, dans les Caraïbes, qui appartenait alors au Danemark (depuis, elle fait partie des Îles Vierges et appartient aux États-Unis). Fritz Melbye revenait de son premier voyage au Venezuela. Camille Pissarro, de quatre ans son cadet, était venu dessiner, comme à son habitude, des scènes du port de Saint-Thomas. Il avait alors 22 ans.

Le voyage à Caracas

Camille Pissarro, Atelier à Caracas

Camille Pissarro, L'atelier à Caracas, 1852.

Lorsque, quelque temps plus tard, Fritz Melbye prépare un nouveau voyage au Venezuela, il invite Camille Pissarro à l’accompagner. Les deux hommes accostent à La Guaira, sur la côte vénézuélienne, en novembre 1852.  La beauté des environs les incitent à s’y installer quelques semaines pour capter et dessiner les paysages marins. À la fin du mois de décembre, ils montent à Caracas, qui était alors une petite ville de quelque 40.000 habitants, située au cœur d’une vallée luxuriante.

Tous deux s’installent dans une grosse maison du centre, où ils établissent leur atelier. Fritz Melbye prend soin d’annoncer son arrivée dans les journaux locaux, offrant ses services pour réaliser paysages et portraits. Peu fortunés, les deux amis doivent en effet vendre quelques-unes de leurs œuvres pour pouvoir payer le loyer et la nourriture.

À l’intérieur du pays

Alors que Pissarro passe le reste de son séjour à Caracas, Fritz Melbye s’aventure à l’intérieur du pays : à San Juan de los Morros, dans les Llanos et une nouvelle fois à La Guaira. En août 1854, Camille Pissarro retourne seul à Saint-Thomas, tandis que Fritz Melbye se rend à nouveau dans les Llanos. Il reste au Venezuela jusqu’en 1856. Les deux amis se retrouvent quelque temps plus tard à Paris, où Anton Melbye, le frère de Fritz, peintre lui aussi, avait installé son atelier.

Chacun suit alors son destin. Camille Pissarro devient le grand peintre que l’on connaît. Fritz Melbye continue de voyager, aux États-Unis d’abord, puis au Japon et en Chine. C’est dans ce dernier pays, à Shanghai, qu’il meurt en 1869, à l’âge de 43 ans.

Dessin sur le vif

Fritz Melbye a d’abord peint des marines, qu’il réalisait dans la tradition familiale que lui avait enseignée son frère aîné Anton. Mais il s’orienta très vite vers le paysage et les scènes rurales. Son départ du Danemark pour Saint-Thomas, en 1849, répondait à cette recherche de l’exotisme et de la lumière tropicale. Ses voyages au Venezuela achevèrent de l’orienter dans cette voie réaliste et naturaliste, quelquefois empreinte d’un certain romantisme.

Camille Pissarro apprit beaucoup de Fritz Melbye, en particulier le dessin sur le vif, en pleine nature. Fritz Melbye était en effet de ces peintres voyageurs qui considéraient essentiel de capter directement les atmosphères des lieux. Aussi passait-il le plus clair de son temps à chercher les endroits idéaux pour peindre un paysage ou une scène quotidienne. Une fois fixé sur le l’endroit, il effectuait un croquis au crayon, notant soigneusement les couleurs. Le soir, à la lueur des bougies, il faisait le dessin définitif et quelquefois lui appliquait les couleurs. Le jeune Pissarro suivait assidument les traces de son professeur. Certains de leurs travaux étaient si semblables qu’il était difficile de savoir qui en était l’auteur.

En guise d’illustration, voici quelques œuvres réalisées par Fritz Melbye durant ses séjours au Venezuela.

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>> Voir aussi l’article Camille Pissarro : un jeune peintre à Caracas

musica venezolana

Si j’en juge par les retombées de ce blog, pas mal de lecteurs s’intéressent à la musique vénézuélienne. Les articles sur les instruments de musique spécifiques du pays, notamment le cuatro, figurent parmi les plus consultés. Il y a déjà longtemps, pour répondre à la demande de ceux qui voulaient découvrir la musique qui se joue par ici, j’avais conseillé un CD qui pouvait servir d’introduction aux musiques du Venezuela. Ce n’est sans doute pas assez, puisque nombreux sont les lecteurs qui en redemandent !

Un site web pourra combler les plus exigeants : il s’agit de VenezuelaDemo, une initiative promotionnelle mise en place par le groupe indépendant ELG4 et soutenue par le ministère de la Communication et de l’Information du Venezuela.

Un CD par mois

VenezuelaDemo met en ligne chaque mois un CD virtuel contenant une sélection multigenres de musiques vénézuéliennes. Cela peut aller de la musique traditionnelle jusqu’au hip hop, en passant par le rock, le jazz, la musique académique et le reggae. Bref, un éventail de tout ce qui se produit actuellement au Venezuela en matière de musiques populaires, ainsi que quelques musiques savantes.

Huascar Barradas

Huascar Barradas, fusionneur de musiques

De mois en mois, il s’est ainsi constitué ainsi un catalogue musical de la production discographique vénézuélienne, réalisée autant dans le pays qu’à l’étranger. Le catalogue comprend à ce jour 34 volumes et regroupe près de 700 pièces musicales de tous genres.

VenezuelaDemo a été conçu à l’origine comme un outil de travail pour programmateurs, présentateurs et journalistes de radio, dans l’objectif d’appuyer la diffusion de musique vénézuélienne à la radio. Les ondes locales sont en effet trop souvent envahies par des musiques venues d’ailleurs, alors que la loi exige qu’au moins 50 % de la programmation musicale soit constitué par des productions nationales.

Par la même occasion, VenezuelaDemo sert à la promotion des artistes nationaux, leur permettant d’accéder à toutes les radios du pays, que celles-ci soient publiques, privées ou communautaires.

Brillants musiciens

Rien n’empêche évidemment le commun des mortels d’écouter cette musique en ligne, ou de la télécharger. Il est donc possible de se constituer un catalogue bien fourni de musiques et chansons du Venezuela et de découvrir la grande diversité des musiques du pays, qu’elles appartiennent au folklore ou soient des compositions actuelles.

L’occasion en vaut la peine : s’il y a une expression artistique dans laquelle le Vénézuélien brille tout particulièrement, c’est bien la musique. Celle-ci est ici presqu’un art de vivre, comme peut l’être la gastronomie en d’autres lieux. Elle fait partie de la vie de tous les jours et permet de socialiser mieux que n’importe quel autre vecteur.

Profitons-en donc allègrement et piochons dans VenezuelaDemo. Voici donc une sélection de pièces musicales que j’y ai trouvées. Il y en a pour tous les goûts. Bonne écoute et bonnes découvertes !

Traditionnel

Pasacalle, La guasa (folklore, recop.: Vicente Emilio Sojo; genre : guasa, 2003)


Cristóbal Jiménez, El último coplero (musique : folklore; paroles : Cristóbal Jiménez; genre : joropo, 2004)


Cheo Hurtado

Cheo Hurtado, virtuose du cuatro

Cheo Hurtado y José Archila, Periquera (Folklore; genre : joropo/periquera, 1998)


Vasallos del Sol, Tamborero (Musique : Jesús Rondón, folklore; paroles : Ángel Palacios, Jesús Rondón; genre : Golpe de tambor, 2004)


Golperos de Don Pío, Si acaso la vieres (musique: folklore, paroles: Pío Rafael Alvarado: genre: golpe larense, 2002)


Aquiles Báez, Mañana tuyera (comp. : Aquiles Báez, genre : joropo central’ 2003)


Cecilia Todd, Los grifiñafitos, (comp.: Henri Martínez, genre : golpe larense, 2000)


Fusion

Huáscar Barradas y Maracaibo, Habanera de la ópera Carmen (comp. : George Bizet, version Huáscar Barradas; genre : fusión, 2004)


Alexis Cárdenas Trío, Fou rire (comp. : Richard Galliano; genre: valse musette/joropo, 2005)


Cristóbal Soto, Por estos rincones (comp. : C. Soto; genre: valse)


Musiques caribéennes

Orlando Poleo, Publicidad gratuita (comp. O. Poleo; genre : salsa, 2001)


La Descarga Criolla, Una sola bandera (comp. : Dimas Pedrosa; genre : salsa, 2005)


Sonero Clásico del Caribe, Aunque tu mami no quiera (comp. : Luis Martínez Griñán; genre : son, 2006)


Los Melódicos, Besitos del corazón, (comp. : D. D.; genre : bomba de Porto Rico, 2007)


Jazz

Leo Blanco

Leo Blanco, un pianiste raffiné

Gerry Weil, Caballito frenao (comp.: Gerry Weil; genre : jazz vénézuélien, 1999)


Pablo Gil, Tambor p’Alfredo (comp. Pablo Gil; genre : jazz vénézuélien, 2004)


Leo Blanco World Jazz Ensemble, Golpeao (comp. : Leo Blanco; genre : jazz vénézuélien, 2004)


Bajo Sospecha, La danza del gallo patuleco (comp. : Johann Espinoza; genre : jazz vénézuélien, 2007)


Rock

Desorden Público, Luna verde (comp. : Horacio Blanco, genre : rock/reggae, 2004)


La Puta Eléctrica, Victoria (comp. : Norton Pérez; genre : rock, 2005)


Ska

papa shanty

Papa Shanty, au croisement du reggae, du ska et du hip hop

PapaShanty SoundSystem, Celebración (comp.: PapaShanty; genre : ska / hip hop, 2005)


Hip-hop

Zro, Better (comp.: “Zro” Belandria; genre: hip-hop, 2005)


Reggaeton

Tazajo Tamboo, No te quiere (N. Gutiérrez, L. Oporto y C. Tález; genre : Reggaetón, 2005)


Musiques anciennes

Musica Reservata, Cuncti Simus Concanentes (genre : virelai)


Ana María Hernández, Galliard (comp. : John Dowland; genre : gaillarde, 2001)


Zamora, film de Roman Chalbaud

Une scène de « Zamora », film de Román Chalbaud (2009)

L’édition 2010 du Festival de Cannes se termine. Les palmes de tous acabits sont attribuées. Bravo.

Il n’y a pourtant pas que les palmes. C’est du moins ce que doivent se dire les participants vénézuéliens au festival, qui ont été plus que discrets cette année. Il est vrai que la cinématographie vénézuélienne ne se distingue généralement pas par son extrême originalité. Même s’ils participent régulièrement à des festivals, peu de films vénézuéliens ont connu une carrière internationale, les derniers en date étant Secuestro Express (2005) et Cyrano Fernández (2007).

Et pour cause : les thèmes sont le plus souvent redondants (la violence, la marginalité), les scénarios s’avèrent plutôt pauvres, les acteurs ont tous les tics des telenovelas, la technique est quelquefois déficiente et les moyens sont limités. Difficile avec cela de faire du grand cinéma, comme peut l’être (pour prendre l’exemple d’un pays aux dimensions comparables) le cinéma iranien.

Présence limitée

libertador morales

Libertador Morales, d'Efterpi Charalambidis

D’où cette présence limitée au Festival de Cannes. Cette année, deux long-métrages vénézuéliens produits en 2009 ont été projetés à Cannes, dans une quelconque section du festival (bien que non identifiée dans le programme officiel) : Zamora, de Román Chalbaud, et Libertador Morales, El Justiciero, d’Efterpi Charalambidis.

Le premier, réalisé par le doyen des cinéastes vénézuéliens, est une fresque historique relatant la lutte d’Ezequiel Zamora, qui prit la tête d’une révolte paysanne égalitariste au milieu du 19e siècle. Le second est l’histoire d’un mototaxista (un taximan à moto) dans le Caracas contemporain. L’un et l’autre ont été produits par la Fondation Villa del Cine, la nouvelle structure de production cinématographique mise en place par le gouvernement de Hugo Chávez.

Du côté des courts-métrages, la production Martes 13, de Domingo Olavarría, a été sélectionnée pour être projetée dans l’espace professionnel Short Film Corner.

Enfin, Lucía, long métrage en préparation de Rubén Sierra Salles, a été l’invité officiel de Cinéfondation, institution dont l’objectif est d’appuyer les jeunes cinéastes. Le jeune réalisateur vénézuélien, qui avait déjà reçu une bourse du Fonds d’aide au développement du scénario dans le cadre du Festival international de cinéma d’Amiens, a participé à l’Atelier du Festival de Cannes.

Téléfilm explosif

Ilich Ramírez Sánchez, dit "Carlos"

Ilich Ramírez Sánchez, dit "Carlos"

Mais le Vénézuélien qui a le plus fait parler de lui dans le festival de cette année ne se trouvait pas à Cannes. Il était plutôt emprisonné à la maison centrale de Poissy ! Il s’agit ni plus ni moins d’Ilich Ramírez Sánchez, alias Carlos ou Le Chacal, le fameux terroriste international qui défraya la chronique dans les années 1970 et 1980. Le 19 mai était en effet projeté au Festival, hors compétition, Carlos, le (télé)film explosif d’Olivier Assayas : une fresque de plus de cinq heures produite pour la télévision, -ce qui en soi provoqua déjà des remous dans un festival qui se targue de promouvoir le pur cinéma.

Cependant, la vraie controverse n’était pas là : elle se trouvait du côté d’Ilich Ramírez Sánchez, dit Carlos, qui, depuis sa prison, envoya le film aux gémonies. Sur la base du scénario, qu’il a lu, il affirme ne pas se reconnaître du tout dans le personnage présenté à l’écran : « Ce personnage n’a pas de rapport avec moi. On découvre un alcoolique drogué qui ne passe son temps qu’à tuer des gens et à se payer des femmes. On nous présente des attaques commandos complètement ridicules… Jamais les choses ne se font comme ça. Ce qui est présenté s’oppose à toutes les règles de combat ».

Dans la foulée, Carlos dénonce plusieurs inexactitudes historiques dans le scénario : la fameuse prise d’otages de l’Opep à Vienne en 1975 ne lui aurait pas été commanditée par l’ex-président irakien Saddam Hussein, comme le présente le film, mais par le dirigeant libyen Mouammar Kadhafi. D’autre part, Carlos affirme qu’il n’a jamais rencontré en 1978 le chef du KGB, Iouri Andropov, qui, selon le scénario du film d’Olivier Assayas, lui aurait donné comme mission de tuer le président égyptien Anouar el-Sadate.

Edgar Ramírez dans "Carlos", d'Olivier Assayas

Edgar Ramírez dans "Carlos", d'Olivier Assayas

Comme on peut le voir, Ilich Ramírez n’est pas content du film, même s’il n’en a vu que les « extraits diffusés à la télévision ». Il a même écrit une lettre pleine de pathos à celui qui interprète son personnage dans le film. Celui-ci, ironie du sort, est également Vénézuélien et s’appelle aussi Ramírez ! Il s’agit d’Edgar Ramírez, un acteur que l’on avait déjà vu dans Cyrano Fernández, où il tenait avec brio le rôle principal. Interpelé, l’acteur ne répondra pas à son homonyme emprisonné…

Tout cela, finalement, ce n’est que du buzz pour faire monter la tension autour du film d’Olivier Assayas. Comme il se doit, la presse, plus people que sérieuse, s’est emparée du sujet en allant interviewer dans sa prison le personnage mythique qu’est Carlos, histoire de réveiller les vieilles peurs qui dorment en nous… et de nous faire aller voir le film.

Les Vénézuéliens à Cannes, c’était donc cela : les quelques représentants officiels présents sont restés dans l’ombre la plus profonde, tandis qu’est sorti de son trou celui qu’on n’attendait plus, Carlos en chair et en os. Il est vrai qu’il est l’un de ces personnages mythiques qui font encore trembler dans les chaumières de France, de Navarre et d’ailleurs. Beau sujet de film, donc.

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Pour en savoir plus :
> La bande-annonce du film Carlos, d’Olivier Assayas

> L’interview d’Olivier Assayas à propos de son film “Carlos”, dans Le Monde
> La lettre d’Ilich Ramírez Sánchez (“Carlos”) à son homonyme Edgar Ramírez
> Le reportage radio de RTL sur le film Carlos d’Olivier Assayas (avec interview du réalisateur et de Carlos lui-même) :


Sculpture de Jesus Soto

Sculpture de Jesús Soto (photo : Javier Volcán)

Coup sur coup, je tombe sur plusieurs informations concernant des artistes vénézuéliens en Europe, des musiciens pour être plus précis. On sait combien le talent musical est énorme dans ce pays. En voici encore deux illustrations, pour ceux qui auraient encore quelque doute à ce sujet.

Venezuela Crónica

Venezuela Crónica

Venezuela Crónica

Au Festival international de la guitare de Vendôme, dans le Loir-et-Cher, c’est un groupe vénézuélien qui, en compagnie d’un duo argentin, aura les honneurs du concert d’ouverture, le samedi 17 avril à 20h30. Son nom ? Venezuela Crónica. Cet ensemble a été créé par Cristóbal Soto à la fin des années 90. L’objectif premier était de rassembler les musiciens vénézuéliens vivant à Paris autour de leurs musiques traditionnelles et de faire partager au public leurs émotions. La richesse musicale du Venezuela aidant, le succès s’est trouvé au rendez-vous.

Cristóbal Soto

Le fondateur du groupe, Cristóbal Soto, est le fils de l’artiste plasticien Jesús Soto, célèbre pour ses peintures et sculptures géométriques d’art cinétique, mais aussi musicien à ses heures. Au début de sa carrière de musicien, il a été membre de nombreux groupes de musique traditionnelle vénézuélienne et sud-américaine. En 1971 et 1972, il est en France où participe comme musicien, acteur et acrobate au Grand Magic Circus que dirige Jérôme Savary. L’année suivante, il fait du cinéma : il est l’acteur principal du film de Jacques Doillon, Les doigts dans la tête.

Cristobal Soto avec Soledad Bravo en 1979

Cristobal Soto avec Soledad Bravo en 1979

Entre 1974 et 1996, il est de retour à Caracas où il travaille comme accompagnateur en concerts, disques et télévision de grandes figures vénézuéliennes et sud-américaines de la chanson, telles que Soledad Bravo, Mercedes Sosa, Simón Díaz, Cecilia Todd et Serenata Guayanesa. Il fonde plusieurs groupes de musique instrumentale vénézuélienne, comme Gurrufío, Los Anauco, Cañon Contigo et enregistre avec eux de nombreux disques.

En 1996, il revient à Paris où il continue sa carrière musicale : il participe à de nombreux groupes, en crée d’autres, comme Venezuela Crónica, la Fanfare La Tina, Yare, etc. Il joue aussi comme soliste de mandoline, son instrument de prédilection, et interprète aussi bien ses propres compositions que de la musique traditionnelle latino-américaine ou même des pièces baroques comme le Concerto pour deux mandolines de Vivaldi. Il dirige également des ateliers musicaux et est l’un des animateurs principaux des stages de musique vénézuélienne qui ont lieu depuis 2002 dans les Cévennes.

Les Festival de Vendôme vous offre donc une excellente occasion de rencontrer ce musicien prolixe, cette fois à la tête de l’ensemble Venezuela Crónica.

La Passion selon saint Marc

OSVALDO GOLIJOV, La Pasión según San Marcos

OSVALDO GOLIJOV La Pasión según San Marcos

La seconde nouvelle musicale du jour concerne la toute récente parution -chez Deutsche Grammophon, rien de moins- de l’œuvre La Pasión según San Marcos [La passion selon saint Marc] du compositeur argentin Osvaldo Golijov. Cet enregistrement exceptionnel a été réalisé par des musiciens vénézuéliens : les solistes sont Biella Da Costa, Jessica Rivera et Reynaldo González, le chœur est celui de la Schola Cantorum du Venezuela, l’orchestre est formé de membres de l’Orchestre symphonique de la jeunesse du Venezuela Simón Bolívar, le tout sous la direction de María Guinand.

L’œuvre est déconcertante et n’est sans doute pas facile à appréhender. Le critique Jacques Schmitt, sur ResMusica, la décrit de cette manière :

La musique est un mélange de rythmes afro-cubains et d’harmonies classiques modernes, tambourins et trompettes alternent aux chants, un melting-pot de rythmes et de mélodies insolites, mais avec une maîtrise de l’écriture dont témoignent les musiques de film du compositeur. Une passion profane dans les rues d’Argentine, du Venezuela ou de Cuba avec son concert de voix entremêlées. On est ici dans une célébration joyeuse et jubilatoire, sorte de tentative de synthèse des cultures comme Bernstein l’avait déjà envisagé dans sa géniale Messe.

Le coffret comprend deux CD (enregistrés à Caracas) et un DVD (enregistré en concert au Royal Carré Theatre d’Amsterdam en juin 2008).

Comme vous pouvez le constater, les artistes vénézuéliens se portent donc plutôt bien, même si leurs succès à l’étranger ne sont pas toujours reconnus à leur juste mesure dans le pays. Le vieil adage « Nul n’est prophète… » se vérifie donc une fois de plus.

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L'église d'Aricagua

L'église d'Aricagua

Vous connaissez Aricagua? C’est l’un des Pueblos del Sur de l’État de Mérida, au Venezuela. L’un des plus isolés. Pour parcourir les 85 km qui le séparent de la ville, il faut compter un minimum de quatre heures sur une route des plus spectaculaires, mais aussi des plus risquées. Bref, toute une équipée.

J’étais à Aricagua la semaine dernière. Comme souvent lorsque je visite un village, je suis rentré dans l’église, non en raison d’une spéciale dévotion, mais parce que c’est généralement le bâtiment le plus remarquable du lieu. Et là, illumination! L’église d’Aricagua ne ressemble à aucune autre dans la région. Elle est décorée de fond en comble de couleurs particuièrement lumineuses et arbore d’immenses fresques sur le plafond. Il s’en dégage une atmosphère sans pareille, bien différente des petites églises sombres et dépouillées de la plupart des villages andins.

Splendeur inattendue

Dioban Márquez Carrillo

Dioban Márquez Carrillo

La personne à l’origine de cette splendeur inattendue? Un homme, un peintre. Il s’appelle Dioban Márquez Carrillo. C’est lui qui, depuis mai 2008, a repeint de haut en bas, de bas en haut, l’église d’Aricagua. Le prêtre de l’endroit l’a engagé pour cette tâche immense il y a quatorze mois déjà. Il lui reste à terminer toute la nef gauche. Un travail de titan.

Par chance, Dioban se trouvait à l’œuvre au moment où je visitais les lieux. J’ai donc pu en savoir plus sur ce personnage singulier qui n’a pas hésité à abandonner durant de longs mois son lieu de résidence pour se lancer dans cette folle aventure au fin fond des Andes.

Dioban Márquez Carrillo a étudié à l’école d’art de l’Université des Andes, à Mérida. Fervent admirateur des peintures murales que l’artiste ukrainien Ivan Belski a réalisées dans la cathédrale de Mérida, il a toujours eu un goût particulier pour la peinture religieuse, qui est ainsi  devenue sa spécialité.

Pinceau créatif

À Aricagua, Dioban ne s’est pas contenté de peindre sur le plafond des scènes inspirées de la vie du Christ. Il a aussi décoré la coupole, y alternant scènes religieuses et anges décoratifs. Mais encore, il a peint  tous les murs, tous les plafonds, toutes les colonnes de l’église, leur conférant des textures de marbre, de pierre ou même de ciment ou les décorant de motifs géométriques qui simulent des moulures en trois dimensions. Pas un centimètre carré n’a échappé à son pinceau créatif et appliqué.

Les nièces du curé

Les fresques du plafond apparaissent évidemment comme les œuvres les plus ambitieuses et les plus achevées de ce grand ensemble pictural. Pour les réaliser, il a d’abord travaillé sur papier, avec des modèles vivants à qui il demandait de poser. Ainsi, ce sont des nièces du curé qui ont posé pour représenter la Vierge Marie et Marie-Madeleine ! Pour simuler une tombe sur laquelle quelqu’un était en pleurs, un simple casier de bière a fait l’affaire !

Ensuite, monté sur un échafaudage, à une dizaine de mètres de hauteur, il a transposé les scènes ainsi ébauchées sur l’immense surface du plafond. Il travaillait non pas couché, mais assis, la tête vers le haut. Une position pas vraiment confortable.

Une belle réussite

L’entreprise est une belle réussite. Aricagua possède maintenant l’une des églises les plus lumineuses de la région. Ses vitraux se marient parfaitement avec les tons pastels choisis par Dioban pour donner vie au lieu.

Véritable Michel-Ange des Andes, l’inlassable Dioban aura laissé à Aricagua une œuvre digne, toutes proportions gardées, du grand maître italien.

La coupole

La coupole

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