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arepera mobile

L'"arepera mobile" sur la place Bolívar de Mérida

Quel oubli ! Je ne vous ai encore parlé que très transversalement de l’arepa, nourriture de base du Vénézuélien. C’était à l’occasion du cinquantenaire de la Harina P.A.N., la farine précuite qui est à la base de l’aliment-roi du Venezuela.

arepa reina pepiada

La délicieuse "Reina pepiada"

L’arepa est une petite galette de maïs, de forme ronde, qui sert de pain quotidien au Vénézuélien, spécialement aux repas du matin et du soir. À demi-ouverte (tel un pain pita), on peut la fourrer de toutes sortes d’ingrédients : mortadelle, jambon, fromage, viande éméchée, salade de thon ou saucisse hot-dog pour les plus simples ; œufs de caille, roti de porc, salade de poulpe ou de crevettes pour les plus sophistiqués. Et n’oublions pas la reine des arepas, la délicieuse Reina pepiada, fourrée d’une salade de poulet, avocat et petits légumes, symbole même de la vénézolanité.

Les arepas se fabriquent et se consomment dans tous les foyers vénézuéliens, toutes classes sociales confondues. On peut se les procurer aussi dans les areperas, des snacks spécialisés dans ce type d’alimentation.

Promesses non tenues

Face à un aliment qui résume à lui tout seul le peuple vénézuélien, le chavisme ne pouvait évidemment pas rester indifférent. En 2009, il crée les Areperas socialistas, une chaîne d’alimentation rapide qui vend l’arepa à un prix largement inférieur à celui des areperas commerciales. L’objectif premier de la manœuvre est de lutter contre la politique de prix élevés et la spéculation qui font rage dans le secteur de la restauration (où le prix d’une arepa varie entre 15 et 25 Bs., contre 7 Bs. dans une Arepera socialista), et d’utiliser comme matières premières le maïs et les huiles produites dans les fermes nationalisées ou de production collective. Belle idée.

Hugo Chávez en  una arepera socialista

Hugo Chávez savoure une arepa socialista

Seulement voilà, l’entreprise socialiste n’a pas tout à fait marché comme prévu : faute d’approvisionnement régulier, les Areperas socialistas ont été obligées de fermer temporairement, si bien que leur fonctionnement a été intermittent. De plus, la législation du travail n’y est pas toujours respectée et plusieurs vols par des employés ont également été signalés. Bref, comme souvent dans les initiatives gouvernementales, la bonne gestion ne se trouvait pas au rendez-vous. Les areperas socialistas n’ont donc pas tenu toutes leurs promesses.

Un camion tout neuf

Dans la petite ville où je vis (Mérida, 300.000 habitants), aucune arepera socialista ne s’était implantée. Quelle ne fut pas ma surprise, il y a quelques jours, de découvrir installée sur la place Bolívar, en plein cœur de la ville, une arepera mobile (photo ci-dessus). Suivant les instructions de Chávez lui-même (qui ne trouve pas judicieux d’accoler le mot socialisme à toutes les initiatives gouvernementales), le mot socialista a été remplacé par celui de Venezuela. Voilà donc la Arepera Venezuela Móvil, un camion spécialement adapté pour offrir au passant un service de petite restauration : 7,50 Bs. pour une arepa, 10 Bs. avec un jus de fruits.

À l'intérieur de l'arepera movil

Un intérieur impeccable

Renseignements pris, le camion tout neuf venait d’arriver à Mérida et en était à ses premiers essais. À l’intérieur, tout était impeccable. Trois jeunes filles s’affairaient au service, sous la supervision d’un homme qui devait sans doute faire office de gestionnaire (les rôles sont respectés…). Dehors, la file n’était pas très longue. Quelques personnes mangeaient leur arepa sur la place aux alentours.

L’initiative est originale, mais on peut tout de même se poser des questions sur sa praticité et fonctionnalité. Car, par définition, une arepera mobile se déplace. Comment savoir où elle se trouve ? À moins qu’elle n’ait une programmation bien établie (ce qu’elle semble ne pas avoir jusqu’à présent), on voit mal comment elle serait utile à la population. C’est seulement par un heureux hasard qu’on risquerait de la rencontrer sur son chemin. Pas très fonctionnel.

Opération publicitaire ?

La délicieuse arepa

Une arepa bien savoureuse

On a donc l’impression qu’il s’agit plutôt d’une nouvelle opération publicitaire, destinée à montrer la présence du gouvernement çà et là, au fur et à mesure de ses nécessités de promotion. Un telle mobilité sera bien utile en cette période pré-électorale. Elle n’aura cependant que des effets très marginaux sur le coût de l’alimentation du Vénézuélien. L’autre avantage de la mobilité, c’est que, en cas de rupture des approvisionnements en farine de maïs ou autres ingrédients, il suffira de ne pas faire circuler le camion. Plus simple et plus discret que de fermer un établissement fixe.

Au final, l’aventure des areperas socialistas devenues areperas Venezuela s’apparente à bien des initiatives du gouvernement : une bonne idée et de bonnes intentions au départ,  mais aussi une incapacité de gestion une fois que l’idée doit passer au stade de la réalité. Et pour cause : les administrateurs et gestionnaires qui doivent mettre le projet en route manquent généralement de formation. En outre, ils peuvent être idéologiquement obtus, ou, au contraire, être dépourvus de principes moraux élevés, ce qui, dans les deux cas, n’arrange évidemment pas les choses… Du côté des travailleurs, le manque de formation, de conscience et d’engagement est également patent. De ce côté-là, c’est plutôt l’opportunisme et l’égoïsme qui prévalent.

Bonnes intentions

Conclusion : les bonnes intentions ne suffisent pas. Et il ne suffit pas d’accoler çà et là l’adjectif “socialiste” pour faire du socialisme. Le chaemin est beaucoup plus long et plus ardu. Le socialisme du XXIe siècle, phénomène marginal dans un monde presqu’uniformément capitaliste, a encore beaucoup à apprendre pour entreprendre la transition au socialisme, si tant est que le “socialisme dans un seul pays” ou “dans un petit groupe de pays” soit vraiment possible et viable.

Harina PAN fête ses 50 ans
Harina PAN fête ses 50 ans

Demandez à un Vénézuélien quel est le mets le plus vénézuélien. Il vous répondra invariablement : l’arepa. Et demandez-lui quel est le produit le plus vénézuélien. il vous répondra plus que certainement : la Harina PAN. Les deux sont liés, puisque la farine de maïs précuite de marque Harina P.A.N. sert à élaborer l’arepa, cette petite galette qui sert de pain quotidien aux Vénézuéliens, toutes classes sociales confondues.

Le produit industriel, élaboré par Empresas Polar, le géant agro-alimentaire du pays, fête cette année ses 50 ans, mais l’arepa est bien plus ancienne. Elle remonte aux origines précolombiennes du pays, lorsque le maïs régnait en maître dans la diète des habitants, ici comme dans le reste de l’Amérique. Le conquérant espagnol a eu beau tenter d’implanter le blé, rien n’y fit : le maïs reste la céréale privilégiée du pays, au point de constituer l’ingrédient principal des quatre mets de base du Venezuela : la cachapa (sorte de crêpe), la empanada (espèce de chausson salé fourré de viande), le sancocho (pot-au-feu à base de maïs et de viandes) et bien entendu l’arepa, la galette qui fait office de pain.

Sur le point de disparaître

Cette dernière a pourtant été sur le point de disparaître, car sa préparation traditionnelle exigeait beaucoup de travail. Il fallait égrener le maïs, le cuire, puis le piler afin d’obtenir une pâte à la consistance voulue. Jusque dans les années 1950, les femmes se dédiaient presqu’entièrement au foyer et avaient le temps de consacrer tout le temps nécessaire à la cuisine. Mais avec l’entrée progressive de la femme sur le marché du travail, il n’était plus question de passer autant de temps dans la cuisine. L’arepa semblait presque condamnée.

C’est ici qu’interviennent l’industriel Lorenzo Mendoza Fleury et son fils Juan Lorenzo Mendoza Quintero, les propriétaires de Remavenca, une entreprise qui produisait des flocons de maïs utilisés dans la fabrication de la bière Polar. Avec les dirigeants de Polar Carlos Roubicek et Marko Markoff, ils étudièrent la possibilité d’utiliser les flocons de maïs pour fabriquer une farine précuite. Finalement, après de multiples essais, ils parvinrent à produire une farine idéale en mélangeant du maïs moulu avec des flocons humides : la Harina P.A.N. était née. On la commercialisa sur le marché vénézuélien à partir du 10 décembre 1960.

La Harina Pan libère la femme

Harina pan

Une présentation presqu'inchangée

Encore fallait-il faire connaître ce nouveau produit destiné à un marché de masse. Beaucoup de femmes se montraient réticentes, car elles ne croyaient pas que la Harina Pan pouvait concurrencer le maïs pilé traditionnel. Une vaste campagne de promotion et marketing fut alors lancée, sous la conduite de Magda Rodríguez. Pour sensibiliser le public au nouveau produit, cette dernière élabora une stratégie consistant à offrir des dégustations publiques dans tout le pays. On organisa ainsi 24 salons de cuisine aux quatre coins du Venezuela. Quelque 400 cuisinières sillonnèrent aussi la géographie nationale avec pour mission de faire connaître le produit et d’enseigner la préparation de la pâte.

Parallèlement, on mit sur pied la stratégie publicitaire, basée à la fois sur l’éducation nutritionnelle et la facilité offerte par le produit. Les slogans les plus utilisés furent El milagro de la Harina Pan [« Le miracle de la Harina Pan ») et Se acabó la piladera [« C'en est fini du pilonnage »]. Ce dernier slogan fut, semble-t-il, particulièrement efficace. Comme Moulinex à la même époque, la Harina Pan libérait la femme !

Un produit « vital »

La stratégie a payé dans le court et le long terme. Le succès fut immédiat. Cinquante ans plus tard, Harina Pan continue a dominer le marché des farines de maïs précuites, avec 72 % de parts, soit 50 millions de kilos de farine produits mensuellement. Mieux, un récent sondage indique que 38 % des Vénézuéliens considèrent que Harina Pan est la marque la plus vénézuélienne, 70 % estiment qu’ils ne pourraient vivre sans elle et plus de 85 % affirment qu’ils n’y renonceront jamais. Un véritable attachement national qui aurait de quoi faire pâlir d’envie n’importe quel industriel…

Le record Guinness de la plus grand arepa

Le record Guinness

Récemment, le cinquantenaire de la déjà vénérable Harina Pan a été célébré en grande pompe, avec un record Guinness à la clé : celui de la plus grande arepa du monde. 230 kilos de farine (soit 632 kilos de pâte) ont été nécessaires pour élaborer une arepa géante de 6 mètres de diamètre et 493,2 kilos. Record pulvérisé ! Lorenzo Mendoza, l’actuel PDG de Empresas Polar, y est allé de son petit cocorico, déclarant qu’il n’y a rien de plus vénézuélien que l’arepa. Disposer ainsi d’un produit véritablement national assure une protection pratiquement imparable contre les attaques dont Empresas Polar a été victime l’année dernière de la part du gouvernement de Hugo Chávez. Autant le rappeler en le criant bien fort !

Succédané

En ces temps d’industrialisation et de modernisation, la Harina Pan a sans doute sauvé l’arepa d’une probable disparition, en offrant une préparation rapide et pratique de la petite galette. Il n’empêche : ce n’est qu’un succédané. Qui n’a pas dégusté une arepa à l’ancienne, faite à base de maïs pilé, n’a qu’une faible idée de ce qu’est la bonté de la cuisine vénézuélienne.

Publicité pour Harina Pan, au début des années 1960 :

Publicité actuelle pour Harina Pan, à l’occasion de ses 50 ans :

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