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Les Recettes oubliées des Andes vénézuéliennes

Les Recettes oubliées des Andes vénézuéliennes : c’est le titre d’un livre bilingue français-espagnol qui vient de paraître… à Montréal ! Le lieu d’édition pourrait paraître étrange pour un ouvrage aussi spécialisé. En fait, la production de ce livre grand format a une histoire qui mérite d’être contée.

Il était une fois un professeur du Colegio Universitario Hotel Escuela de los Andes Venezolanos [Collège universitaire Hôtel-École des Andes vénézuéliennes], situé à Mérida. Il s’appelle Gamal El Fakih, il est Vénézuélien, né de mère vénézuélienne et de père arabe. Un jour, avec ses étudiants, il décide de faire une recherche sur la cuisine traditionnelle des Andes vénézuéliennes. Comme il n’existait aucune bibliographie sur le sujet, la seule solution était donc de travailler directement sur le terrain.

Les recettes oubliées des Andes vénézuéliennes

Une grand-mère

Voilà donc le professeur et ses étudiants partis arpenter les villages les plus éloignés (et les plus authentiques) de la région pour y interviewer les grands-mères. Le but est de recueillir un maximum de recettes anciennes, dont un grand nombre ont disparu des cuisines actuelles. Les grands-mères, d’abord méfiantes, se prêtent au jeu. Le projet prend forme. Ce véritable travail ethnographique donnera lieu à une première publication en 1999, financée par l’Hôtel-École et la Corporation de tourisme de Mérida.

Années de bourlingage

Dix ans plus tard, Gamal El-Fakih se trouve à Montréal, où il occupe le poste de directeur adjoint de l’Institut de Tourisme et d’Hôtellerie du Québec (ITHQ). Entre-temps, il a bourlingué d’hôtel de luxe en hôtel de luxe –en Arabie saoudite, au Qatar, à Tobago, à Antigua– avant de finalement s’installer au Canada, où il continue de travailler dans l’hôtellerie. Il décide alors de se lancer dans un projet qui le taraude depuis quelques années : une nouvelle édition du livre sur les recettes oubliées.

Il se met au travail. Il s’agit d’abord de revoir les recettes une par une, afin de les réécrire en indiquant des quantités pour chacun des ingrédients. En effet, traditionnellement, la transmission des recettes se faisait de mère en fille, oralement et par l’expérience. Les grands-mères interrogées ne s’embarrassaient pas avec les quantités exactes, donnant seulement des approximations. C’est ce qu’avaient recueilli les étudiants et ce qui avait été publié dans la première édition. Utilisant ses talents de cuisinier, Gamal a donc refait nombre de recettes afin de pouvoir les présenter selon les normes reconnues dans les livres de cuisine.

Les illustrations

Les recettes oubliées des Andes vénézuéliennes

Une cuisine traditionnelle

Pour les illustrations, comment faire ? Photographier chaque plat eût été une entreprise gigantesque et coûteuse. Mais un jour, Gamal est tombé sur la collection de photos que je maintiens sur Flickr, dont un grand nombre ont été prises dans les Andes vénézuéliennes. Il en a apprécié le style et la facture. Plutôt que d’illustrer les recettes par des photos de plats, pourquoi ne pas illustrer plutôt la région, ses gens, ses villages, ses paysages, ses maisons, ses cuisines ? Gamal (qui me connaissait, pour avoir fréquenté l’Alliance française de Mérida au temps où j’en étais le directeur) m’a alors contacté pour me demander l’autorisation de publier mes photos dans l’ouvrage qu’il préparait. Réponse positive, bien entendu.

Je me suis donc associé au projet : sélection et édition des photos, relecture des textes français (qui avaient été traduits par Marie-Rose Pérez, l’actuelle directrice de l’Alliance française de Mérida), etc. Le tout a été envoyé à une équipe de graphistes, qui a fait un excellent travail, puis à une imprimerie, tout aussi excellente.

Une édition vénézuélienne?

Le résultat est un très bel ouvrage, qui a été baptisé au mois de juillet dernier à Montréal. Faute de commanditaires publics ou privés intéressés par un thème aussi spécialisé, le livre a été édité à compte d’auteur. Mais il est la meilleure carte de visite pour promouvoir et préparer une nouvelle édition vénézuélienne, en langue espagnole uniquement. Des contacts ont déjà été pris dans ce sens. Il serait juste et logique que les Vénézuéliens –et les Andins en particulier– puissent profiter à leur tour d’un ouvrage qui met en valeur une partie significative de leur patrimoine.

Les recettes oubliées des Andes vénézuéliennes

Le planteur de pommes de terre

En attendant, le livre Les Recettes oubliées des Andes vénézuéliennes a son site web trilingue, en français, anglais et espagnol. On peut se le procurer dans plusieurs librairies de Montréal, Québec et Sherbrooke. Ceux qui ne peuvent se rendre là-bas peuvent l’acheter en ligne. On cherche également des distributeurs dans d’autres pays. Si vous êtes intéressés, contactez directement Gamal El Fakih.

Pour en savoir plus

Je pressens que l’article vous a mis l’eau à la bouche… Vous en voulez plus?

  • Écoutez l’interview de Gamal El Fakih réalisée par Radio-Canada International dans laquelle il explique en détail le processus de collecte des recettes

  • Consultez le dossier réalisé par Cyberpresse sur le livre Les Recettes oubliées
  • Écoutez l’une des grands-mères,  Mme Mercedes Muñoz de Rodríguez, interpréter la chanson traditionnelle La cocina [La cuisine]
  • Voyez d’autres vidéos en relation avec le livre
  • Inscrivez-vous au groupe Facebook Las Recetas Olvidadas (en espagnol)
Le pic Bolívar

Le pic Bolívar vu depuis Mérida

Le pic Bolívar est le plus haut sommet du Venezuela. Il est situé dans la Sierra Nevada de Mérida, qui constitue la partie la plus septentrionale de la très longue cordillère des Andes. Jusque là, pas de discussion. Mais quelle est son altitude au juste? C’est ici que commence le débat.

Pour la plupart des mortels, le pic Bolívar culmine à 5007 mètres d’altitude. Ainsi en attestent de nombreuses publications et sites web qui reprennent cette altitude. La plupart des cartes mentionnent aussi ce beau chiffre presque rond de 5007. Il est vrai que durant de longues années telle fut l’altitude officielle du pic Bolívar.

Remise en cause

pico_bolivarCependant, depuis quelques années, cette altitude est remise en cause. En 1992, les scientifiques Heinz Saler de l’Institut für Anwendungen der Geodaesie im Bauwesen de l’université de Stuttgart et Carlos Abad du Centro de Investigaciones de Astronomía de Venezuela déterminèrent, au moyen d’un système de positionnement global (GPS), que l’altitude du pic était de 4980,8 m avec une marge d’erreur de ± 0,8 m.

Ce résultat n’a cependant pas été validé officiellement par l’Instituto Geográfico de Venezuela Simón Bolívar (IGVSB), parce que l’antenne du récepteur GPS n’avait pas été placée sur la cime et parce que l’on n’avait pas utilisé un modèle de géoïde appropié pour faire les calculs. Il n’en reste pas moins que le résultat obtenu suggérait que l’altitude officielle du pic, à 5007 m, était erronée.

En 2002, des chercheurs de l’Instituto Geográfico de Venezuela Simón Bolívar (IGVSB) et de plusieurs universités vénézuéliennes organisent une nouvelle mission scientifique pour calculer l’altitude de plusieurs sommets des Andes vénézuéliennes. Pour le pic Bolívar, ils arrivent aux résultats suivants : 4980,31 ±0,22 m (altitude ellipsoïdale selon le World Geodetic System 1984) et 4978,43 ±0,42 m (altitude orthométrique). C’est cette dernière mesure qui sera adoptée comme altitude officielle par l’IGVSB.

Variations

Agustín Codazzi

Agustín Codazzi

L’altitude du pic Bolívar aura donc connu des variations au cours des siècles. Les premières estimations avaient été faites par Agustín Codazzi en 1840 (4850 m) et Wilhelm Sievers en 1886 (4700 m), mais leurs calculs furent faits sur la base d’estimations visuelles à partir de sommets proches.

La première mesure véritablement scientifique fut faite en 1907, alors que la montagne s’appelait encore pico La Columna. Une commission militaire détermina alors, au moyen de méthodes topographiques indirectes, que la montagne mesurait 5002 mètres. Cette altitude fut confirmée par Alfredo Jahn en 1912, qui combina des observations barométriques avec une triangulation géodésique faite depuis la ville de Mérida.

En 1928, toujours sur la base de méthodes indirectes tels que calculs mathématiques et trigonométriques (le sommet du pic ne fut atteint qu’en 1935), on obtient le chiffre de 5007 mètres. Les mauvaises langues prétendent cependant que le gouvernement de l’époque, celui de Juan Vicente Gómez, tenait à tout prix, pour une question de prestige national, à ce que le sommet le plus élevé du pays culmine a plus de 5000 mètres…

Un mythique 5000 mètres

pico_bolivar_sommetToujours est-il que ces 5007 mètres ont été depuis lors la référence nationale et internationale. La plupart des cartes et des manuels scolaires continuent à citer ce chiffre, et c’est encore celui que la plupart des Vénézuéliens connaissent. Ce que l’on sait moins, c’est que, en 1956, les plans originaux de la construction du téléphérique de Mérida, qui n’ont été rendus publics que bien plus tard, assignaient déjà au pic Bolívar une altitude de 4976 m, soit bien en dessous de l’altitude officielle.

Voici donc les 5007 mètres rabaissés au rang de mythe. Le désir d’avoir un 5000 à portée de vue est-il donc plus fort que la réalité scientifique ?

PicoBolivar

L'abattoir démoli à El Molino

L'abattoir en démolition à El Molino

La semaine de l’amour est terminée. Et, je peux vous le dire, l’amour ne se porte pas trop mal au Venezuela. Ou tout au moins le sexe. Une petite anecdote glanée lors de mon récent passage par El Molino, un minuscule village des Andes vénézuéliennes, vient, si besoin en était, le confirmer.

On démolit l’abattoir de El Molino (photo). Le bâtiment se trouvait à l’une des sorties du village, une sortie plutôt discrète puisqu’il s’agissait de l’ancien chemin vers Capurí, qui n’est plus guère utilisé depuis la construction de la route asphaltée. C’était une construction tout à fait sommaire : quatre murs et un toit. Cela suffisait pour y sacrifier de temps en temps un animal, dont la viande était vendue dans l’unique boucherie du village.

La raison de la démolition? Le manque d’hygiène? La trop grande proximité du village? Les cris de la bête qui dérangeaient les voisins? Vous n’y êtes pas. Ce sont d’autres cris qui dérangeaient les voisins : les soupirs et ahanements de jeunes couples qui s’y livraient, dit-on, à des jeux interdits. L’abattoir était en effet devenu, prétendent les moralistes du village, le lieu de rencontre de couples en mal d’amour ou en désir de sexe. Et les moralistes ont gagné : ils ont obtenu des autorités que l’on démolisse purement et simplement le lieu du crime.

Morale et libertinage

Crime? Mettons-nous à la place des jeunes couples en question. Ils vivent dans une société où la morale est reine (il faut sauver les apparences), mais où le libertinage est la règle. Un pays où les passions se vivent à fleur de peau et où le sexe en est l’expression la plus directe. En effet, le sexe –camouflé au mieux en amour– est partout. Pas seulement à la télé, dans ces interminables telenovelas qui, si elles dissimulent l’acte, ne parlent en fait que de ça. Pas seulement dans les pubs toutes aussi aguichantes les unes que les autres. Pas seulement sur les plages, généralement très déshabillées (quoique jamais nues –la moralité je vous dis). Pas seulement non plus dans l’urbanité ou la modernité. Non, il est littéralement partout. Même dans les villages andins réputés constituer la réserve morale du pays. Même dans le passé supposé être plus prude que notre présent.

Ainsi, dans ce même village de El Molino, on me raconte qu’auparavant les jeunes couples se rencontraient dans les champs d’arvejas (une variété de pois). C’est qu’on décortiquait cette légumineuse sur le lieu même de la récolte pour en recueillir la graine comestible. Les gousses étaient alors amoncelées sur place en d’énormes montagnes bien moelleuses.

C’était là le lieu privilégié des amours d’antan, bien à l’écart du village. Les amoureux s’enfouissaient dans la montagne végétale pour s’y rencontrer en toute quiétude. Parfois, racontent les plus impertinents, plusieurs couples y officiaient en même temps et il se produisait, volontairement ou involontairement, l’un ou l’autre échange de partenaire… On n’a décidément rien inventé.

Substitution

Malheureusement pour la jeunesse actuelle, on ne cultive presque plus d’arvejas à El Molino. Les cultures commerciales de la pomme de terre, du poivron et du apio criollo (Arracacia xanthorrhiza) ont remplacé cette légumineuse qui constituait pourtant l’une des bases de l”alimentation dans les Andes.

Pour le meilleur ou pour le pire, l’abattoir du village a donc servi de lieu de substitution. Reconnaissons que le romantisme y a beaucoup perdu! Dans le passé, un amoureux pouvait dire à sa belle : « Mon amour, on va à la récolte des petits pois? ».  C’est tout de même plus engageant que d’inviter sa petite amie en lui disant : « Mon cœur, on va à l’abattoir? »

Adios, Año viejo!

Año viejo en Canaguá

De passage il y a quelques jours à El Rincón, un hameau des Pueblos del Sur de l’État de Mérida, près de Canaguá, je me suis trouvé face à face avec cette barrière improvisée. Deux enfants tenaient fermement en main une branche d’arbre avec laquelle ils barraient la route, peu décidés à me laisser passer. Sur le bord du chemin, installée sur une chaise, une poupée grandeur nature représentant un vieil homme…

Le vieil homme s’appelle Año viejo [Vieille année] et on le rencontre à cette époque de l’année dans beaucoup de familles andines, spécialement dans les villages, mais aussi dans les quartiers populaires des villes. Il fait en effet partie des (nombreuses) traditions de fin d’année dans les Andes vénézuéliennes.

Año viejoAño viejo est fabriqué chaque année au mois de décembre par les enfants du voisinage. Ils utilisent pour cela des vieux vêtements, des chaussures usagées, des chiffons en tous genres, qu’ils rempliront de paille et de poudre… Côté accessoires, la créativité est souvent au rendez-vous, mais la bouteille, tellement représentative, fait rarement défaut.

Le 31 décembre à minuit, après les habituelles embrassades, Año viejo est brûlé en communauté, dans une sorte de cérémonie rituelle : adieu à l’année passée et bienvenue à l’année qui commence! Comme pour dire : « À nouveau, tout recommence, tous les espoirs sont permis! » Pétards et feux d’artifice accompagnent généralement ce sacrifice spectaculaire qui est avant tout une marque d’espérance.

Et les enfants qui font barrage sur la route, me direz-vous? Les jours qui précèdent le 31 décembre, ils quémandent simplement aux passants une menue aumône. Celle-ci leur permettra d’acheter quelques pétards, qui viendront ajouter quelques émotions supplémentaires lorsqu’Año viejo sera sacrifié.

Je vous souhaite à toutes et tous, chères lectrices et chers lecteurs, le meilleur pour 2008!

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