Category: Traditionnel


Pumé Capuruchanos de Mata de Totumo (Apure, Venezuela)

Pumé Capuruchanos de Mata de Totumo

Cela fait deux semaines que je vous en parle : les voici enfin, les Capuruchanos ! Pour tout dire, moi aussi, j’ai poussé ce cri lorsque je suis arrivé dans la première communauté de Capuruchanos.  En effet, ce n’est qu’au dernier moment que j’ai eu la certitude de les rencontrer. Certes, leurs communautés ne se trouvent pas très loin de Boca Tronador (voir article précédent) : à une ou deux heures de piste seulement.

Mais il suffit d’une grosse averse pour rendre le chemin impraticable. Or, il avait plu le matin… Nous avons tout de même pris le risque. Nous étions accompagnés de quelques Pumé de Boca Tronador, qui devaient nous guider et nous servir d’interprètes. Malgré un embourbement épique, nous avons réussi à rejoindre, en l’espace de deux jours, trois communautés de Capuruchanos : Raicero, La Coroba et Mata de Totumo. (Comme vous pouvez le remarquer, ce sont les toponymes espagnols qui sont couramment employés pour désigner ces communautés.)

Isolés plusieurs mois par an

médano de Apure (Venezuela)

La savane des Llanos

Où vivent-il donc exactement, ces Capuruchanos (appelés aussi chu khonome, en langue pumé) ? Dans la savane des Llanos d’Apure, entre les ríos Capanaparo et Cinaruco. Sortez vos atlas ou regardez cette carte pour mieux vous situer.

Le fait d’être établis en pleine savane, et non le long des cours d’eau, est précisément ce qui différencie les Capuruchanos des autres Pumé : plusieurs mois par an, en saison des pluies, de mai à novembre, ils vivent complètement isolés entourés de zones inondées.  Par contre, les Pumé dont le village côtoie une rivière, comme Boca Tronador, restent en contact constant avec le reste du monde :  par voie terrestre durant la saison sèche, par voie fluviale durant la saison des pluies. Ils reçoivent aussi, comme nous l’avons vu, les bénéfices de l’éducation et autres services publics.

Semi-nomades

Bien que faisant partie de l’ethnie Pumé, les Capuruchanos ont un mode de vie bien différent des Pumé des rivières. Mieux adaptés au milieu de la savane, ils pratiquent l’agriculture à une moindre échelle et s’alimentent plutôt de la chasse, de la pêche et de la cueillette. Cela les amène à parcourir de longues distances dans la savane, où ils établissent des campements temporaires durant la période sèche. Aussi peut-on les considérer comme semi-nomades. Leurs établissements, peu structurés, ne sont pas permanents.

Famille de Capuruchanos

Famille de Capuruchanos devant leur maison

À la différence des villages pumé situés le long des cours d’eau, les communautés de Capuruchanos sont dépourvues de tout service public : elles n’ont ni école, ni dispensaire, ni électricité. Les maisons restent traditionnelles : construits sur une structure de bois, de larges toits de palme tombent presque jusqu’au sol. Il n’y a pas de murs (parfois une tôle ondulée, arrivée là on ne sait comment, en fait office). L’intérieur se résume à quelques hamacs et un minimum de biens personnels. Le foyer est généralement situé à l’extérieur. Seules quelques maisons, celles du capitán ou du chaman, sont faites de bahareque (technique de construction traditionnelle qui permet d’élever des murs en entrelaçant des branches, que l’on recouvre ensuite de terre argileuse).

En l’absence d’école, les Capuruchanos parlent uniquement la langue pumé. Seuls les quelques hommes qui ont eu l’occasion de travailler comme salarié dans un fundo (ferme) voisin connaissent quelques mots d’espagnol. Cela n’empêche, ils nous ont reçus chaleureusement, très heureux semble-t-il de recevoir de la visite, ce qui ne doit pas être très courant. À La Coroba, ils ont poussé la gentillesse jusqu’à demander à deux de nos compagnes d’être les marraines de nouveaux-nés, leur donnant ainsi leur prénom. Aussi y a-t-il maintenant une Carla et une Lila dans cette petite communauté d’une quinzaine de familles.

Politique erronée

La tronçonneuse

Un cours express de tronçonneuse

Avons-nous participé au phénomène d’acculturation ? Sans doute, malgré nous et malgré toutes les précautions prises (deux anthropologues nous accompagnaient). C’est inévitable. Nous n’étions cependant pas les premiers à passer par là. Le gouvernement, en particulier, a rejoint ces communautés éloignées depuis un certain temps. À tel point qu’à La Coroba a été créé un conseil communal (groupe de base destiné à mettre en place la démocratie participative dans le pays). Celui-ci venait de recevoir du ministère un financement qui a permis à la communauté d’acquérir des chevaux et du bétail, ainsi que deux… tronçonneuses ! Seulement voilà : personne dans le village ne savait se servir de ces engins !

On se trouve une fois de plus en face d’une politique néfaste : au nom du sacro-saint “développement”, on incite les Capuruchanos, qui n’ont jamais été des éleveurs, à se lancer dans cette activité totalement étrangère à leur mode de vie et à s’équiper d’outils modernes (et dangereux de surcroît) dont ils ne savent que faire. Échec assuré et financement perdu !

En lieu et place de cette politique erronée, il eut été plus utile (et moins onéreux) de réapprendre par exemple aux Capuruchanos un art qu’ils ont perdu au fil des générations : la poterie. Cela leur aurait permis de disposer d’ustensiles utilitaires adaptés à leur milieu au lieu de quémander des casseroles chinoises ou des seaux en plastique qui ne résistent pas à l’usage rustique qu’ils en font.

Acculturé

La préparation de la yuca

La préparation de la yuca (manioc)

De ce voyage extraordinaire à la rencontre des Capuruchanos, je retiens l’image d’un peuple extrêmement accueillant, simple, fier. Au début, désireux de les respecter jusque dans leur personne, je me retenais de les photographier, ou alors je les prenais à la sauvette, sans qu’ils s’en rendent compte. Ils m’ont cependant découvert ! Je leur ai alors montré les quelques photos que j’avais déjà prises. Éclats de rire ! Ils se sont pris au jeu et m’ont demandé de les prendre en portrait. Un échange réel et joyeux s’est alors produit. Avec le geste, et en l’absence de communication verbale, ce sont les images qui nous ont servi de moyen de communication et de partage.

Je suis revenu de ce voyage tout ébouriffé. Moi aussi, je peux dire que j’ai été acculturé : les Capuruchanos, dans leur éloignement, leur solitude, leur dénuement, m’ont appris à voir autrement le monde. Grâce à eux, j’ai pu toucher les racines mêmes de la vie.

Reportage photo sur les Capuruchanos

Le Riecito à Boca Tronador

Le Riecito à Boca Tronador

L’occasion était trop belle : on m’invitait à une expédition au fin fond des Llanos, à la rencontre des Capuruchanos. Les Capuruchanos, j’en avais vaguement entendu parler : ce sont des communautés indigènes qui vivent à l’écart de la dénommée civilisation et pratiquent encore le nomadisme. Voilà pour la description sommaire que j’en avais. Mais je voulais en savoir plus. Je me suis donc embarqué dans l’aventure.

Pour rencontrer les Capuchuranos, c’est bel et bien d’une expédition qu’il s’agit. Depuis Elorza, la dernière (petite) ville de la région, il faut faire de longues heures de pistes plus ou moins embourbées, traverser la rivière Capanaparo sur une barge de fortune, puis franchir le Riecito –moins profond, mais quand même– dans son véhicule, au risque de rester bloqué au milieu du gué… ou de ne pouvoir revenir si les eaux viennent à monter ! À la tombée du jour, on arrive enfin à Boca Tronador, un village Pumé situé au bord de la rivière. Ce sera notre camp de base pour les jours qui suivent. On s’y installe pour la nuit.

Bouillon du culture

Le village Pumé de Boca Tronador

Le village de Boca Tronador

Boca Tronador, c’est une communauté de plusieurs centaines d’autochtones Pumé. Ses habitants vivent dans de petites maisons distribuées ça et là dans la clairière, à proximité du Riecito. Les murs sont en bahareque (technique de construction traditionnelle faite d’une structure de branches entrecroisées, puis tapissées de terre) tandis que les toits sont en tôle ondulée. Ce matériau moderne a été offert par la municipalité pour améliorer la salubrité des habitations, les toits traditionnels en palme de moriche étant un milieu de vie pour de nombreux insectes et un bouillon de culture pour les maladies qu’ils propagent.

Comme une dizaine d’autres communautés Pumé, Boca Tronador entretient des contacts réguliers avec les autorités locales, régionales et nationales. En particulier, le village reçoit des aides alimentaires de la municipalité. Il bénéficie d’un éclairage public alimenté par un groupe électrogène (même si celui-ci ne fonctionnait pas lors de notre passage) et possède une école primaire et un lycée, dans lesquels des enseignants pumé et criollos (blancs) dispensent un enseignement bilingue et interculturel. Comme dans les autres établissements du pays, les élèves utilisent un ordinateur portable du programme Canaima, ce qui ne manque pas d’étonner en un lieu aussi improbable.

Structures greffées

Même si le gouvernement est actif dans nombre de villages Pumé, les structures de pouvoir traditionnelles –le “capitaine” et le chaman– y restent bien vivantes. S’y sont toutefois greffées des structures nouvelles, tels les conseils communaux et les “missions” gouvernementales, ce qui a pour effet de complexifier les relations au sein du groupe.

Enfants Pumé avec leur ordinateur Canaima

Enfants Pumé avec leur ordinateur Canaima

Beaucoup de Pumés de Boca Tronador connaissent l’espagnol, mais tous, adultes et enfants, continuent à parler leur langue, qui a pour caractéristique de n’appartenir à aucun groupe linguistique connu. Les femmes, en général, refusent de parler espagnol, assurant ainsi la pérennité de la langue pumé. Par ailleurs, les croyances et les rituels traditionnels restent bien présents, comme nous avons pu le constater en assistant à un tonhé, une cérémonie nocturne qui consistait, au moyen de chants et de danses, à faire descendre les esprits pour obtenir la guérison d’une personne malade.

Au nombre de 8 à 10.000 au Venezuela, les Pumé ne sont pas à proprement parler en voie de disparition, malgré l’inévitable phénomène d’acculturation qui les menace. Leur culture reste relativement vivace. Ils ont pourtant souffert les pires exactions depuis le 17e siècle, époque à laquelle les Espagnols ont commencé à coloniser leur territoire. Ce territoire –qui n’a jamais été délimité officiellement– s’est à présent réduit comme peau de chagrin, au fur et à mesure de son appropriation par les fundos et hatos (respectivement petites et grandes propriétés terriennes). Divisé et parcellisé, sa superficie actuelle ne suffit plus à la subsistance de la population Pumé, qui vit traditionnellement de pêche, de chasse et de récollection. Ces activités nécessitent en effet de grandes extensions. De plus, la concurrence des chasseurs et pêcheurs criollos, qui ont souvent des arrières-pensées commerciales, a eu pour effet de diminuer considérablement la ressource.

Dépendante et assistée

Conséquence : la population Pumé est de plus en plus dépendante et assistée. Elle a besoin de l’aide alimentaire fournie par les organismes officiels pour assurer sa subsistance. Dans la foulée, ce sont ses habitudes alimentaires qui changent profondément : les produits industriels –comme la farine de maïs précuite ou les pâtes– se substituent au casabe traditionnel, une galette faite de yuca (manioc), comme base de leur alimentation. Sans parler des boissons gazeuses et autres sucreries dont adultes autant qu’enfants sont très friands.

Artisanat de jais (azabache)

Artisanat de jais

Les autorités gouvernementales tentent de mettre un terme à cette situation d’assistanat en faisant la promotion d’activités productives. En vain, car ce qui est proposé, c’est la conversion du mode de vie traditionnel vers des activités totalement étrangères à la culture pumé : l’élevage et la production horticole. Il existe une certaine résistance, ou tout au moins une passivité, de la population Pumé, surtout parmi les anciens, vis-à-vis de l’introduction de telles activités. Parallèlement, des activités traditionnelles ont disparu, comme le travail de la poterie, ou ont perdu beaucoup de leur sens, comme l’artisanat à base d’azabache (le jais, matériau fossile) ou de moriche, une fibre issue du palmier Mauritia flexuosa.

Une économie monétaire s’est peu à peu installée dans les villages qui se trouvent en contact avec le monde extérieur, tels que Boca Tronador. Les jeunes hommes Pumé vont travailler dans les exploitations agricoles voisines et en ramènent de l’argent. Quelques artisans parviennent à vendre leur production hors de leur communauté. Certaines personnes reçoivent des aides provenant des “missions” gouvernementales.

Incompréhension réciproque

En définitive, l’impression qui prédomine, c’est celle d’une incompréhension réciproque. D’une part, les autorités gouvernementales, même si elles sont animées de bonnes intentions, n’ont ni les capacités ni la formation suffisantes pour définir une politique respectueuse de la culture autochtone. Plutôt que de chercher conseil auprès de personnes spécialement formées, comme les anthropologues, elles improvisent des politiques qui se révèlent peu adaptées. D’autre part, les Pumé, de plus en plus désorientés par rapport à la “modernité” et ses mirages, ne sont pas capables de définir clairement leurs aspirations.

On se trouve donc, impotent, en face d’un drame indicible : la triste dégénérescence d’une culture, sans que se dessinent clairement des voies pour la sauver ou la protéger.

Reportage photo sur l’école de Boca Tronador

Prochain billet : Les Capuruchanos, enfin !

paysan andin (Venezuela)

Un paysan andin du Venezuela dans son champ de pommes de terre

Depuis la publication des Lettres persanes par Montesquieu, on sait combien est précieux le regard des autres sur sa propre société. Telle est la réflexion que je me faisais à la lecture d’un ouvrage qui s’attache à faire le “portrait d’une société paysanne dans les Andes du Venezuela”. C’est que ce livre –dont le titre principal est Apprivoiser la montagne– n’a pas été écrit par un Vénézuélien, mais par une française, Pascale de Robert.

Pascale, je l’ai connue lorsqu’elle étudiait l’écologie tropicale à l’Université des Andes de Mérida. J’ai même quelquefois parcouru la montagne avec elle. C’était au début des années 1990. À son retour en France, elle s’est lancée dans une thèse en anthropologie sociale à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS) de Paris. C’est de ce travail qu’est issu son livre consacré à la société paysanne des Andes vénézuéliennes, publié en 2001 par l’Institut de recherche pour le développement (IRD).

Micro-société andine

Pascale de Robert, Apprivoiser la montagneCe n’est que maintenant que je lis Apprivoiser la montagne et je suis ébahi. Il s’agit sans aucun doute du meilleur ouvrage sur le sujet, toutes langues confondues. Il fallait ce regard étranger et ce sens de la précision pour arriver aussi loin dans la description et l’explication d’une micro-société andine comme l’est celle d’Apure, dernier village au fin fond de la vallée du río Nuestra Señora. Des auteurs vénézuéliens s’étaient bien dédiés à l’étude de la paysannerie andine, mais la plupart l’avaient fait en privilégiant un unique aspect : celui des mythes et croyances. Rares, au contraire, étaient ceux qui s’étaient attachés à décrire et comprendre la vie quotidienne du petit paysan : ses techniques culturales, son alimentation, ses relations familiales, son habitation, etc.

Avec Pascale de Robert, tout y passe : les pratiques et stratégies agricoles, la sociabilité, les parentés, les rites, les mythes,… , le tout placé dans un cadre à la fois temporel (historique) et spatial (géographique). Pour ce faire, elle a choisi une communauté unique dans les Andes vénézuéliennes : la seule qui continue à vivre du blé, une culture qui fut florissante dans toute la région de Mérida durant la colonie, mais fut peu à peu abandonnée. En Apure, petite communauté de quelques dizaines d’âmes, la vie continue au contraire à tourner autour du blé, à tel point que les habitants s’y qualifient de gens du blé.

Repenser nos relations

Moi qui travaille au quotidien avec des communautés paysannes proches de la région étudiée, j’ai dévoré le livre de Pascale, qui m’a apporté beaucoup pour comprendre et interpréter le petit geste, le petit mot, le sous-entendu ou même le silence de tel ou tel paysan que je rencontre. Au-delà (et c’est là son objectif principal), l’ouvrage montre les rapports complexes qu’une société tisse avec son milieu naturel, que ce soit sur le plan technique ou sur le plan symbolique. En ce sens, ce livre rare sur les paysans d’Apure nous invite, mine de rien, à repenser nos propres relations avec la nature.

Livre rare, parce que les Andes vénézuéliennes en général ont été très peu étudiées. Qui sait d’ailleurs que  la cordillère des Andes court jusqu’au Venezuela ? Le commun des mortels la situe au Pérou, en Bolivie ou en Équateur, l’étend parfois jusqu’au Chili ou en Argentine au sud, jusqu’en Colombie au nord. Les Andes vénézuéliennes font donc office de petit poucet des études andines, d’où l’intérêt évident du livre de Pascale de Robert… ainsi que d’un autre ouvrage, que je vous présente maintenant.

Rayé de la carte

Persistent Peasants, Miguel MontoyaCelui-là est écrit par un Vénézuélien, Miguel Montoya Díaz, mais il s’agit également d’un regard (en partie) extérieur, car l’auteur, chercheur à l’Université de Stockholm, ne vit plus au Venezuela depuis longtemps. Son ouvrage, écrit en anglais, s’intitule Persistent Peasants. Smallholders, State Agencies and Involuntary Migration in Western Venezuela.

Le livre traite des stratégies suivies par les paysans andins de la région de Potosí, dont le village a été inondé et rayé de la carte à la suite de la construction d’un barrage hydroélectrique. Indemnisés par l’État (sur des bases pas toujours très justes), les petits paysans ont dû émigrer et recommencer leur vie ailleurs. Ce beau sujet permet également de décrire la mentalité du paysan andin, ici confronté à une question vitale : la perte de sa terre.

De très belles pages sont consacrées à nous montrer le paysan dans sa vie quotidienne, laquelle se trouve ici en rapport constant avec les Llanos, les grandes plaines du Sud. Cette région constituera d’ailleurs la principale destination d’émigration de la plupart des habitants de Potosí.

Soyons clairs : s’agissant d’adaptation de thèses universitaires, aucun de ces deux livres ne se lit “comme un roman”. Mais si vous avez un quelconque intérêt pour les modes de vie de la paysannerie des Andes vénézuéliennes, ou de la paysannerie tout court, ou si les études anthropologiques vous passionnent, je vous invite à les lire.

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compañero de viaje, Orlando Araujo

Le livre libéré

Il y a quelque temps je lisais sur Médiapart un article sur le bookcrossing, appelé aussi en français “passe-livre” ou “livre-échangisme”. Késeksa ? Bookcrossing, c’est avant tout un site web qui fait la promotion du livre “libéré”, c’est-à-dire du livre que vous abandonnez librement dans la nature en espérant qu’il passera à d’autres mains. Moyennant certain protocole, vous pouvez alors faire le suivi du voyage de votre livre de lecteur en lecteur… pour autant que ces derniers jouent le jeu et s’inscrivent sur le site.

J’ai trouvé l’idée intéressante et je me suis mis à fouiner sur Bookcrossing.com. Lorsque j’ai atterri sur la page mentionnant les pays où il y avait des livres “libérés”, je me suis aperçu qu’il n’y en avait aucun au Venezuela (mais plus de 7000 en Allemagne, 5000 aux États-Unis et… 495 en France). Je me suis pris au jeu et j’ai décidé sur le champ d’inscrire le Venezuela sur la carte mondiale du bookcrossing.

J’ai donc choisi un livre de ma bibliothèque et je l’ai préparé pour une libération. Il faut d’abord s’inscrire sur le site, enregistrer le livre et obtenir pour celui-ci un BCID, c’est-à-dire un numéro unique qui permettra d’en faire le suivi. Il faut ensuite créer et imprimer une étiquette qui explique le principe du bookcrossing et donne des instructions à celui qui trouvera le livre. Cette étiquette une fois collée sur la page de garde, le livre pourra être libéré.

Où libérer ?

Encore faut-il savoir dans quel lieu le libérer. Théoriquement, c’est n’importe où : dans un parc, dans un bus ou un métro, dans un café ou un restaurant… En pratique, il vaut mieux mettre toutes les chances de son côté pour que le livre se diffuse réellement. Dans un pays où relativement peu de personnes lisent des livres, comme le Venezuela, c’est d’autant plus nécessaire.

Pour lâcher mon livre, j’ai donc choisi un lieu public, mais relativement intime, où se concentrent des lecteurs potentiels. Il s’agit de la Finca San Javier, une ferme proche de Mérida, qui vend des produits naturels et biologiques à un public déjà conscientisé et plutôt intellectuel, des professeurs universitaires pour la plupart. Si je l’avais libéré dans un autobus local, le livre aurait plus que certainement terminé à la poubelle, tout simplement.

Cela fait une semaine que je l’ai libéré, et toujours rien… Laissons tout de même à l’heureux emprunteur le temps de le feuilleter et, espérons-le, de le lire.

Compagnon de voyage

Orlando Araujo

Orlando Araujo

Et maintenant, la question qui brûle toutes les lèvres : quel livre ai-je donc libéré ? Pour mon premier essai, j’ai opté pour un ouvrage pas trop volumineux, composée de courts récits qui peuvent être lus indépendamment les uns des autres. Il s’agit de Compañero de viaje [Compagnon de voyage] de l’écrivain vénézuélien Orlando Araujo (1928-1987). Un titre prédestiné pour un livre destiné à voyager…

Orlando Araujo est né à Calderas, un village du piémont andin de Barinas. Calderas est à Orlando Araujo ce que Macondo est à Gabriel García Márquez. C’est dans ce microcosme rural que se déroulent les histoires de Compañero de viaje, dans la lignée du réalisme magique cher à nombre d’auteurs latino-américains. Les récits s’y entrelacent, jusqu’à décrire la vie quotidienne du village, empreinte de peurs, de croyances, de religiosité.

La visite de monseigneur

Telle cette courte histoire qui relate la visite de l’archevêque de Mérida à Calderas, que je résume ici :

Après un voyage de plusieurs jours, Monseigneur arrive dans le village à dos de mulet, accompagné de sa suite. Depuis des semaines, le prêtre du village avait préparé ses ouailles à cette importante visite apostolique. Il leur avait demandé d’offrir quelque chose à l’archevêque : qui une partie de sa récolte, qui des œufs, qui une poule, qui un cochon, et pour les plus riches un veau ou une vache.Lorsque Monseigneur entre à Calderas, le village est totalement décoré aux couleurs papales jaune et blanche. L’ambiance est au recueillement, mais aussi à la fête. Après un repos bien mérité, l’archevêque célèbre la messe et fait des confirmations. Les paysans lui donnent les présents qu’ils ont apportés, qui s’accumulent dans la maison du curé.

Cependant, l’archevêque ne peut raisonnablement emporter avec lui tous ces cadeaux. Aussi, un marché est organisé, qui permet aux villageois eux-mêmes de racheter les cadeaux, les transformant ainsi en argent. Les plus riches rachètent le plus souvent leur vache ou leur porc, y ajoutent le plus souvent des animaux offerts par les plus pauvres. De leur côté, les petits paysans, qui vivent de manière autarcique en dehors de toute économie monétaire, ne peuvent rien racheter…

Le lendemain, Monseigneur reprend sa route vers un autre village, emportant les dons en argent récoltés grâce au marché. Moralité non dite : la visite de l’archevêque a enrichi les riches et appauvri les pauvres !

Je n’ai malheureusement pas le style d’Orlando Araujo pour vous raconter cette histoire édifiante, qui n’est d’ailleurs pas tellement éloignée des rapports sociaux qui existent toujours actuellement dans les zones rurales. La psychologie paysanne y est particulièrement bien décrite. Mais lisez donc le livre : avec un peu de chance, grâce à Bookcrossing, il passera près de chez vous…

Et si vous n’avez pas la patience d’attendre, en voici le texte intégral en espagnol (pour autant que je sache, il n’existe pas de traduction française). Le récit de la visite de l’archevêque s’intitule Cordero de Dios et se trouve à la page 61.

crèche traditionnelle à Chacantá (Pueblos del Sur)

Une crèche traditionnelle à Chacantá (Pueblos del Sur de l'état de Mérida)

La crèche de Noël est une tradition essentiellement européenne. Ses origines remontent apparemment au XIIe siècle, lorsque Saint François d’Assise réalisa dans la forêt de Creccio, en Italie, une représentation de la scène de la naissance de Jésus. Cette représentation allégorique se propagea ensuite dans la chrétienté, avec ses variantes, produit de la créativité et des ressources de chaque région.

L’Église a favorisé la réalisation de ces représentations, ainsi que son installation dans les temples et lieux publics, en tant qu’exaltation de la dévotion populaire. A commencé alors dans la plupart des pays d’Europe une production artisanale des personnages principaux de la nativité, ainsi que la reproduction de la scène dans les peintures des grands maîtres.

Consolidation de la foi

Dans la plupart des pays d’Amérique, elle a bien entendu été introduite lors du processus de colonisation et d’évangélisation. La représentation imagée était censée participer à la consolidation de la foi chrétienne dans ces contrées “payennes”.

Au Venezuela, le témoignage le plus ancien de l’existence de crèches de Noël remonte à 1832 : un texte d’époque fait mention de la coutume, dans les Andes vénézuéliennes, d’utiliser des plantes aromatiques pour la décoration de la crèche. De nos jours, cette coutume est encore largement répandue dans la région andine, où il n’est pas rare, dans les familles traditionnelles, de réserver une pièce entière de la maison à l’installation de la crèche. Cette place de choix témoigne, tant aux yeux des invités que des visiteurs impromptus, de la foi profonde qui anime la famille.

Caisses en carton

Généralement, la structure de la crèche est constituée de caisses en carton placées dans un coin de la pièce et recouverte de tissus et de papier coloré, afin de représenter le relief montagneux de la région. Des mousses naturelles (maintenant interdites, pour des raisons écologiques, mais toujours utilisées sous le manteau) simulent la végétation.

L’espace central de cette énorme crèche est réservé aux personnages principaux de la scène de la nativité : Marie, Joseph, l’enfant Jésus, l’âne et le bœuf. Traditionnellement, le jeu de ces personnages était réalisé en bois, peint ou recouvert de tissus. Mais il est devenu de plus en plus fréquent d’utiliser des personnages en céramique ou en plâtre achetés dans le commerce.

Le reste de l’arrangement est le produit de la créativité du groupe familial, qui disposera à son gré les personnages secondaires (les bergers et les rois mages), des animaux, des arbres, des sentiers, des lacs, des cours d’eau… Le plus souvent les proportions ne sont pas réelles et il est commun d’y adjoindre toutes sortes d’ornementations : plantes, fleurs, figurines et jouets d’enfants. Une autre tradition consiste à semer des grains de maïs ou d’orge et d’utiliser les jeunes pousses comme ornements.

Jusqu’au 24 décembre à minuit, l’enfant Jésus est absent de la scène, ou bien est recouvert d’un tissu. C’est à cet instant précis qu’on le découvre au milieu de la joie familiale. Des présents placés devant la crèche sont ouverts et la famille entame en chœur les prières et chants propres à Noël. La crèche de Noël et les traditions qui l’entourent représentent donc une manifestation réelle d’art populaire.

Régression et acculturation

Mais ces coutumes, faut-il le dire, sont en régression. Les familles se trouvent de plus en plus dispersées, l’acculturation fait rage (l’arbre de Noël, le père Noël, l’échange de cadeaux…) et la religiosité elle-même est en perte de vitesse.

Chávez dans la crèche

Hugo Chávez, Bolívar et consorts dans la crèche

La crèche n’a pas disparu, mais dans beaucoup de cas, elle a perdu son sens original. Ainsi, récemment, on a beaucoup glosé sur une crèche installée au Parque Central de Caracas, dans laquelle le personnage de Hugo Chávez apparaissait au cœur de la scène de la nativité. Le président était encore accompagné de Simón Bolívar, le Libertador ; d’Ali Primera, un chanteur engagé des années 70 ; et d’autres personnages faisant partie de la geste du chavisme.

S’il ne s’agissait encore que de cela ! On pourrait mettre cette entorse à l’orthodoxie religieuse sur le compte de la créativité populaire qui voudrait ainsi rendre hommage à ses héros. Ce ne serait en quelque sorte que la manifestation d’une espèce de syncrétisme politico-religieux qui n’est finalement pas très distant de ce que vivent ici les classes populaires. Après tout, Hugo Chávez se réclame abondamment du christianisme et du “vrai Christ”. Inversement, il n’est pas rare d’entendre de vieilles personnes acquises au chavisme dire que Hugo Chávez est un véritable Christ, et qu’il finira comme ce dernier, crucifié aux mains des marchands du temple (entendez les “oligarques”)…

Publicité gouvernementale

La crèche publicitaire

La crèche et la publicité gouvernementale

Mais ce n’est pas de cette religiosité populaire dont il s’agit dans cette crèche si particulière. Celle-ci n’est autre qu’une publicité en bonne et due forme pour les réalisations gouvernementales. Ainsi en attestent les étiquettes dispersées ça et là reprenant les noms des organismes, missions et ministères les plus significatifs du chavisme. Un téléphérique vient rappeler lourdement que c’est le chavisme qui a mis sur pied ce moyen de transport pour relier la vallée de Caracas à certains quartiers populaires installés sur les collines (initiative dont il n’y a rien à redire, soit dit en passant).

Ce n’est donc pas le même téléphérique que celui qui apparaît ingénument dans certaines crèches de Mérida, lequel est censé représenter le téléphérique le plus long et le plus haut du monde, qui fait la fierté de la ville. Avec la crèche de Caracas, on est dans le domaine de la propagande politique et non plus celui de la représentation populaire. Une différence de taille que n’ont pas pardonnée les opposants au chavisme : c’est une avalanche de critiques qui s’est déversée dans la presse à propos de cette crèche pas comme les autres.

De la crèche traditionnelle, on est passé sans crier gare à la crèche chaviste. Un grand saut qui n’est pas tout à fait innocent.

Harina PAN fête ses 50 ans
Harina PAN fête ses 50 ans

Demandez à un Vénézuélien quel est le mets le plus vénézuélien. Il vous répondra invariablement : l’arepa. Et demandez-lui quel est le produit le plus vénézuélien. il vous répondra plus que certainement : la Harina PAN. Les deux sont liés, puisque la farine de maïs précuite de marque Harina P.A.N. sert à élaborer l’arepa, cette petite galette qui sert de pain quotidien aux Vénézuéliens, toutes classes sociales confondues.

Le produit industriel, élaboré par Empresas Polar, le géant agro-alimentaire du pays, fête cette année ses 50 ans, mais l’arepa est bien plus ancienne. Elle remonte aux origines précolombiennes du pays, lorsque le maïs régnait en maître dans la diète des habitants, ici comme dans le reste de l’Amérique. Le conquérant espagnol a eu beau tenter d’implanter le blé, rien n’y fit : le maïs reste la céréale privilégiée du pays, au point de constituer l’ingrédient principal des quatre mets de base du Venezuela : la cachapa (sorte de crêpe), la empanada (espèce de chausson salé fourré de viande), le sancocho (pot-au-feu à base de maïs et de viandes) et bien entendu l’arepa, la galette qui fait office de pain.

Sur le point de disparaître

Cette dernière a pourtant été sur le point de disparaître, car sa préparation traditionnelle exigeait beaucoup de travail. Il fallait égrener le maïs, le cuire, puis le piler afin d’obtenir une pâte à la consistance voulue. Jusque dans les années 1950, les femmes se dédiaient presqu’entièrement au foyer et avaient le temps de consacrer tout le temps nécessaire à la cuisine. Mais avec l’entrée progressive de la femme sur le marché du travail, il n’était plus question de passer autant de temps dans la cuisine. L’arepa semblait presque condamnée.

C’est ici qu’interviennent l’industriel Lorenzo Mendoza Fleury et son fils Juan Lorenzo Mendoza Quintero, les propriétaires de Remavenca, une entreprise qui produisait des flocons de maïs utilisés dans la fabrication de la bière Polar. Avec les dirigeants de Polar Carlos Roubicek et Marko Markoff, ils étudièrent la possibilité d’utiliser les flocons de maïs pour fabriquer une farine précuite. Finalement, après de multiples essais, ils parvinrent à produire une farine idéale en mélangeant du maïs moulu avec des flocons humides : la Harina P.A.N. était née. On la commercialisa sur le marché vénézuélien à partir du 10 décembre 1960.

La Harina Pan libère la femme

Harina pan

Une présentation presqu'inchangée

Encore fallait-il faire connaître ce nouveau produit destiné à un marché de masse. Beaucoup de femmes se montraient réticentes, car elles ne croyaient pas que la Harina Pan pouvait concurrencer le maïs pilé traditionnel. Une vaste campagne de promotion et marketing fut alors lancée, sous la conduite de Magda Rodríguez. Pour sensibiliser le public au nouveau produit, cette dernière élabora une stratégie consistant à offrir des dégustations publiques dans tout le pays. On organisa ainsi 24 salons de cuisine aux quatre coins du Venezuela. Quelque 400 cuisinières sillonnèrent aussi la géographie nationale avec pour mission de faire connaître le produit et d’enseigner la préparation de la pâte.

Parallèlement, on mit sur pied la stratégie publicitaire, basée à la fois sur l’éducation nutritionnelle et la facilité offerte par le produit. Les slogans les plus utilisés furent El milagro de la Harina Pan [« Le miracle de la Harina Pan ») et Se acabó la piladera [« C'en est fini du pilonnage »]. Ce dernier slogan fut, semble-t-il, particulièrement efficace. Comme Moulinex à la même époque, la Harina Pan libérait la femme !

Un produit « vital »

La stratégie a payé dans le court et le long terme. Le succès fut immédiat. Cinquante ans plus tard, Harina Pan continue a dominer le marché des farines de maïs précuites, avec 72 % de parts, soit 50 millions de kilos de farine produits mensuellement. Mieux, un récent sondage indique que 38 % des Vénézuéliens considèrent que Harina Pan est la marque la plus vénézuélienne, 70 % estiment qu’ils ne pourraient vivre sans elle et plus de 85 % affirment qu’ils n’y renonceront jamais. Un véritable attachement national qui aurait de quoi faire pâlir d’envie n’importe quel industriel…

Le record Guinness de la plus grand arepa

Le record Guinness

Récemment, le cinquantenaire de la déjà vénérable Harina Pan a été célébré en grande pompe, avec un record Guinness à la clé : celui de la plus grande arepa du monde. 230 kilos de farine (soit 632 kilos de pâte) ont été nécessaires pour élaborer une arepa géante de 6 mètres de diamètre et 493,2 kilos. Record pulvérisé ! Lorenzo Mendoza, l’actuel PDG de Empresas Polar, y est allé de son petit cocorico, déclarant qu’il n’y a rien de plus vénézuélien que l’arepa. Disposer ainsi d’un produit véritablement national assure une protection pratiquement imparable contre les attaques dont Empresas Polar a été victime l’année dernière de la part du gouvernement de Hugo Chávez. Autant le rappeler en le criant bien fort !

Succédané

En ces temps d’industrialisation et de modernisation, la Harina Pan a sans doute sauvé l’arepa d’une probable disparition, en offrant une préparation rapide et pratique de la petite galette. Il n’empêche : ce n’est qu’un succédané. Qui n’a pas dégusté une arepa à l’ancienne, faite à base de maïs pilé, n’a qu’une faible idée de ce qu’est la bonté de la cuisine vénézuélienne.

Publicité pour Harina Pan, au début des années 1960 :

Publicité actuelle pour Harina Pan, à l’occasion de ses 50 ans :

Pataruco

"Pataruco", un harpiste vétéran sur la place Bolívar d'Elorza

Je viens de passer une semaine à Elorza, dans les Llanos d’Apure, et je voudrais partager avec vous cette ambiance unique au Venezuela.

En effet, à Elorza plus qu’ailleurs, la musique et la danse font partie de la vie quotidienne des petits et des grands : la musique llanera, bien entendu, et cette danse particulière appelée joropo qui cumule influences européenne et indigène. Ce n’est pas pour rien que la petite ville (quelques milliers d’habitants seulement) s’attribue sans fausse honte le titre de capitale folklorique du Venezuela.

Le week-end dernier, c’était la Feria Agropecuaria [Fête agricole], l’une des trois fêtes qui ponctuent l’année à Elorza. Moins importante que la Feria del Pescao [Fête du poisson], en octobre, et surtout que la Fête patronale de San José, le 19 mars, elle n’en est pas moins intéressante. Sans grandes vedettes, c’est la population elle-même qui s’y exprime le plus librement du monde par la danse et le chant et partage avec ses invités venus des quatre coins des llanos vénézuéliens.

La fête a débuté sur la place Bolívar. Un groupe de musiciens (dont le harpiste “Pataruco”) et une troupe d’enfants de 3 à 12 ans sont venus danser le joropo. Pas de doute, la relève est assurée !

Le soir, c’est dans le Parque ferial [Parc des fêtes], au milieu de senteurs mélangées de bière et de vaches, que les festivités ont continué. Les fanatiques se sont livrés à leur sport favori : les toros coleados. Le jeu consiste pour les cavaliers à poursuivre un taureau et à le culbuter en le saisissant par la queue. Une variante locale de rodéo, en quelque sorte (les llaneros ayant plus d’une affinité avec les cow-boys nord-américains).

Pendant ce temps, à quelques encablures, sous un abri sommaire construit à l’aide de branches et de feuilles de palmier entrecroisées, prenait forme un spectacle à moitié improvisé (et parfois totalement improvisé, ce qui faisait son charme) : à nouveau, musique et danse étaient au rendez-vous.

Mais le meilleur était à venir. Les esprits s’échauffant, les chanteurs commencèrent à se succéder autour du groupe musical le plus simple et le plus traditionnel qui soit : harpe, cuatro et maracas. L’apothéose, ce soir-là, fut un extraordinaire contrapunteo entre un adolescent et un enfant.

Ce n’étaient là que quelques instants de cette fête qui a duré jusqu’aux petites heures. Un petit apéritif qui, je l’espère, vous aura ouvert l’appétit…

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