Avec le cuatro, la harpe et les maracas, la bandola constitue l’un des instruments essentiels de la musique traditionnelle vénézuélienne, et tout particulièrement de la musique des Llanos.
Comme nombre d’instruments à cordes, l’ancêtre lointain de la bandola est l’oud babylonien et persan, passé successivement au monde arabe, puis, en même temps que l’avancée de l’Islam, au Maghreb et à l’Andalousie. C’est le laúd espagnol, le luth français.
Le laúd est à l’origine d’une nombreuse famille d’instruments, parmi lesquelles la guitare espagnole, la guitare portugaise et la mandoline européenne. Émigrant en Amérique avec la conquête, ces instruments eurent à leur tour leurs déclinaisons locales, tels que le cuatro vénézuélien, le tres cubain, le charango péruvien et la bandola, que l’on trouve au Venezuela et en Colombie.
Une grande famille
Il existe plusieurs types de bandolas au Venezuela. La plus connue est la bandola llanera (photo), qui possède quatre cordes et se joue avec un plectre fabriqué avec une corne de vache. Popularisée par son grand interprète Anselmo López, elle constitue l’un des instruments emblématiques de la musique llanera.
De leur côté, la bandola central et la bandola oriental possèdent huit cordes, accordées par paires. Mais cette dernière, appelée aussi bandolín, se distingue par une caisse de résonance plus grande et plus profonde.
Autre variante, la bandola guayanesa combine le son de la bandola llanera et de la oriental, obtenant une sonorité proche de celle du tres cubain. Elle est surtout connue grâce au travail de Cheo Hurtado et du groupe Un Solo Pueblo.
Enfin, la bandola andina, la moins connue de toutes, possède de 12 à 16 cordes, groupées en six ordres doubles et triples, ce qui la rapproche de la bandurria espagnole. Plus diffusée en Colombie qu’au Venezuela, elle est utilisée pour interpréter les bambucos et les valses andines.
Petite démonstration
Pour mieux vous situer, rien de tel qu’une petite démonstration. Voici d’abord un pajarillo, thème classique de la musique llanera, interprété à la bandola llanera par Ismael Querales :
Et pour connaître plus à fond les capacités de l’instrument, voici une improvisation (avec ses défauts, mais bien vivante) de Carlos Miguel Meza, également sur la base d’un pajarillo :
Il était une fois un mot quechua déjà utilisé au temps des Incas : yapa, qui veut dire quelque chose comme « ajout, supplément ». Son usage s’est répandu vers le Sud (Bolivie, Chili, Argentine, Paraguay, Uruguay) aussi bien que vers le Nord (Équateur). En arrivant en Colombie et au Venezuela, il s’est transformé en ñapa (prononcer gnapa), modification linguistique fréquente et naturelle.
Au Venezuela, le terme ñapa existe toujours et désigne le petit supplément gratuit qu’un commerçant offre parfois à l’acheteur. On achète un kilo de bananes et le vendeur ajoute, sans les peser, deux bananes : c’est la ñapa.
Dans leur désir forcené d’uniformisation et de rationalisation, les supermarchés ont irrémédiablement tué la ñapa, mais celle-ci est encore de mise lorsqu’on fait ses achats au marché ou chez le petit commerçant du coin. C’est l’aspect humain de l’acte de vendre et d’acheter, comme peut l’être aussi, sous d’autres latitudes, le marchandage.
Jusque chez Mark Twain
L’histoire ne se termine pas là. Le mot s’est étendu à plusieurs pays des Caraïbes et d’Amérique centrale, jusqu’au Mexique, pour échouer dans le grand port caribéen d’Amérique du Nord, la Nouvelle-Orléans. Là, les Français et les Cajuns (Acadiens) l’ont fait leur, le transformant en gniappe, avec la même signification de petit supplément gratuit.
De là, il passe à la langue anglaise. On le trouve, par exemple, dans la prose de Mark Twain, en 1883, sous la forme lagniappe. Et toujours actuellement, si vous ouvrez un dictionnaire d’anglais américain, vous trouvez ceci :
lagniappe
NOUN: Chiefly Southern Louisiana & Mississippi 1. A small gift presented by a storeowner to a customer with the customer’s purchase. 2. An extra or unexpected gift or benefit.
Dans son ouvrage Buenas y malas palabras (Monte Ávila editores), le linguiste vénézuélien Ángel Rosenblat se demande pourquoi ce mot a eu autant de succès, ayant été adopté aussi rapidement et aussi universellement du Sud au Nord des Amériques. Selon lui, c’est parce que la yapa/ñapa/gniappe est une institution profondément américaine, qui reflète la vision du monde des premiers habitants de ces terres, les Amérindiens. La ñapa serait ainsi une institution d’origine magique : celui qui reçoit de l’argent rend un petit cadeau en espèces, pour s’attirer les bonnes grâces divines et se laver du « péché » de commercer.
Le prestige du cadeau
Angel Rosenblat dresse par ailleurs un parallèle entre la ñapa et le potlach, une autre institution des Indiens d’Amérique du Nord qui consiste à s’échanger des cadeaux entre clans. Pour lui, ces deux institutions relèvent du même esprit et témoignent du peu de prestige, en terre d’Amérique, de la vente, en comparaison avec l’énorme prestige du cadeau.
Qu’en 2008, la ñapa soit toujours appliquée dans les petits magasins de village et de barrio [quartier pauvre] montre à quel point de vieilles modalités de l’esprit amérindien subsistent dans la vie quotidienne. Il est d’ailleurs révélateur que, d’une façon générale, le Vénézuélien, même en affaires, répugne à parler d’argent, comme si cela le gênait aux entournures. Il a en effet toujours tendance à remettre la question du coût ou du prix à plus tard.
Par contre, il n’a aucune difficulté à donner une ñapa, et encore moins à en réclamer une!
Dans les Andes vénézuéliennes, Noël ne se termine pas le 25 décembre, ni même le 6 janvier, fête des rois. Une tradition bien enracinée prolonge le temps de Noël jusqu’au 2 février, jour de la vierge de la Chandeleur : c’est la paradura del Niño, terme que l’on pourrait traduire par « Élévation de l’Enfant Jésus ».
Expression parfaite de la profonde religiosité populaire de la région andine, la paradura se célèbre entre le 1er janvier et le 2 février dans toutes les familles catholiques, qu’elles soient rurales ou urbaines, riches ou pauvres, et même dans les institutions publiques ou privées –écoles, universités, banques, entreprises…
C’est cependant dans les régions rurales qu’elle conserve sa signification la plus profonde et la plus authentique. J’ai eu la chance de participer ce week-end à une paradura dans une communauté éloignée de la région du páramo : plus exactement à la Toma Alta, dernière communauté (quelques familles seulement) avant la montagne désertique, à 3700 mètres d’altitude.
Mais en quoi consiste donc une paradura, cette « élévation de Jésus »? Il s’agit de la célébration de l’enfant Jésus qui se met debout, qui marche, qui devient adulte… Ce symbole fort pour toute maman –son enfant se met debout– est ici appliqué à la divinité représentée par ce Christ enfant. Aidé par un parrain et une marraine choisis pour l’occasion, voici l’enfant-dieu qui se lève devant la communauté réunie, au son de prières incantatoires, de cantiques, de chants exprimant tout à la fois l’humilité, la joie et l’espérance.
Le rituel est fermement établi : tous, petits et grands, se réunissent autour de la crèche, spécialement illuminée pour l’occasion. Ensuite, le rosaire est chanté, entonné par le rezandero (réciteur) et aussitôt repris par le chœur. Puis commence un long chant accompagné de violon, de cuatro, de guitare, un chant répétitif dont les strophes célèbrent l’enfant Jésus et sa mère, tout en décrivant l’action en cours : les parrains s’agenouillent devant la crèche, saisissent l’enfant et le placent dans un tissu de soie.
Au bout d’un moment, commence une procession dans la maison, puis à l’extérieur, aux alentours, à la lueur des bougies. La procession revient ensuite devant la crèche. C’est alors que les parrains baisent l’enfant, puis le présentent aux participants, qui le baisent à leur tour. Finalement, les parrains replacent l’enfant dans la crèche, debout et non couché. Moment de recueillement et d’extrême dévotion.
Pendant que les cantiques et prières continuent, entonnés par les hommes, les femmes commencent à s’affairer à la cuisine pour préparer ce qui sera bientôt offert à tous les participants : un morceau de bizcochuelo (un gâteau très léger) accompagné d’un vin de banane sucré. De leur côté, les musiciens commencent à interpréter des pièces musicales populaires et la célébration prend alors un tour plus festif. Mais contrairement aux fêtes habituelles, on ne danse pas, car ce serait considéré comme un manque de respect pour l’enfant Jésus.
Il est difficile de rester insensible face à une dévotion d’une telle profondeur. À tout moment, on a l’impression que les participants vivent une histoire, ou plutôt se créent leur propre histoire aux côtés de l’enfant Jésus et de la Vierge Marie. La paradura apparaît ainsi comme un théâtre vécu, dans lequel grands-parents, parents et enfants réunis partagent, à leur manière, leur foi. Elle est aussi l’expression d’une vie communautaire réelle et intense, sans doute nécessaire lorsque l’on vit, relativement isolé du monde, à plus de 3500 mètres d’altitude, dans une région extrêmement belle, mais aussi extrêmement ingrate.
Un belle leçon de vie, en tout cas, pour nous tous –croyants ou non– qui avons l’habitude de nous nourrir de futilités sans fin…
De passage il y a quelques jours à El Rincón, un hameau des Pueblos del Sur de l’État de Mérida, près de Canaguá, je me suis trouvé face à face avec cette barrière improvisée. Deux enfants tenaient fermement en main une branche d’arbre avec laquelle ils barraient la route, peu décidés à me laisser passer. Sur le bord du chemin, installée sur une chaise, une poupée grandeur nature représentant un vieil homme…
Le vieil homme s’appelle Año viejo [Vieille année] et on le rencontre à cette époque de l’année dans beaucoup de familles andines, spécialement dans les villages, mais aussi dans les quartiers populaires des villes. Il fait en effet partie des (nombreuses) traditions de fin d’année dans les Andes vénézuéliennes.
Año viejo est fabriqué chaque année au mois de décembre par les enfants du voisinage. Ils utilisent pour cela des vieux vêtements, des chaussures usagées, des chiffons en tous genres, qu’ils rempliront de paille et de poudre… Côté accessoires, la créativité est souvent au rendez-vous, mais la bouteille, tellement représentative, fait rarement défaut.
Le 31 décembre à minuit, après les habituelles embrassades, Año viejo est brûlé en communauté, dans une sorte de cérémonie rituelle : adieu à l’année passée et bienvenue à l’année qui commence! Comme pour dire : « À nouveau, tout recommence, tous les espoirs sont permis! » Pétards et feux d’artifice accompagnent généralement ce sacrifice spectaculaire qui est avant tout une marque d’espérance.
Et les enfants qui font barrage sur la route, me direz-vous? Les jours qui précèdent le 31 décembre, ils quémandent simplement aux passants une menue aumône. Celle-ci leur permettra d’acheter quelques pétards, qui viendront ajouter quelques émotions supplémentaires lorsqu’Año viejo sera sacrifié.
Je vous souhaite à toutes et tous, chères lectrices et chers lecteurs, le meilleur pour 2008!
Je vous parlais dans un billet précédent de villancicos, aguinaldos, parrandas et gaitas. Késeksa? Ce sont les musiques traditionnelles de Noël au Venezuela. Comme quoi, il n’y a pas que la salsa… Les Vénézuéliens, comme la plupart des Latino-Américains, ont la grande chance de connaître et d’apprécier encore leurs musiques traditionnelles, de les danser, de les chanter, de les partager.
Or, interpréter les musiques traditionnelles, c’est aussi, précisément, se créer des moments privilégiés pour l’échange. Et quel meilleur moment pour échanger que la période de Noël? Même si celle-ci est, ici comme ailleurs, un grand moment de consommation collective (le socialisme du XXIe siècle n’y retrouve pas ses petits…), elle est aussi, par excellence, le moment de partager en famille.
Réunis en famille (regroupant le plus souvent trois générations), les Vénézuéliens partagent le pesebre [la crèche], l’arbre de Noël (made in China, voire importé du Canada, si on en a les moyens), les hallacas [plat typique de Noël, une sorte de ragoût de viandes et légumes variés, enveloppé de semoule de maïs et d'une feuille de bananier], le pan de jamón [pain au jambon, olives et raisins de Corynthe], la torta negra [sorte de cake noir], et j’en passe. Tout cela, bien entendu, au rythme des musiques de circonstance. Car, ne l’oublions jamais, la musique est l’ingrédient majeur de toute célébration au Venezuela.
Question musique de Noël, on n’entendra pas autant Douce nuit ou Jingle Bells que ces villancicos, aguinaldos, parrandas et gaitas dont je vous parlais plus haut. Pour vous donner une idée de cette ambiance un peu folle, rien de tel que de décrire ces genres musicaux et surtout, les écouter et les voir. Voici.
Le villancico
Il s’agit de la première forme d’expression musicale de Noël que l’on connaisse au Venezuela. Au XVIe siècle, les Espagnols apportèrent sur le continent américain des compositions qui louangeaient la naissance de Jésus, destinées à être interprétées essentiellement par des chorales religieuses. S’inspirant de ce genre, les habitants du Venezuela ont créé de nouvelles représentations musicales, avec des paroles et des sonorités propres au métissage qui les identifiait. Sur un rythme simple et uniforme, sans refrain, ces cantiques de Noël possèdent une seule strophe, que les choristes répètent à volonté ou a satiété… Le cuatro [petite guitare à quatre cordes], la tambora (sorte de tambour grave), le tiple [guitare aigüe], le bandolín [instrument de la famille du luth] et la charrasca [instrument de percussion a rainures frottées] sont quelques-uns des instruments utilisés pour son interprétation. Voici un villancico interprété à l’ancienne par le groupe Camarita.
Les aguinaldos
Ce sont les chants typiques de Noël au Venezuela. Les paroles font allusion à des épisodes de la naissance de Jésus : l’annonce de l’ange Gabriel, le voyage de Marie et Joseph à Bethléem, l’arrivée de l’enfant, l’adoration des bergers, les offrandes des rois mages, etc. Les vers de ces mélodies sont en général d’extension libre et leur interprétation se caractérise par la présence d’une refrain entre les strophes. Les instruments utilisés varient de région à région, mais les plus utilisés sont le violon, le cuatro, le tambour, le furruco, la bandola, la charrasca, la pandereta [tambourin] et le triangle. Je vous propose d’écouter un aguinaldo très connu, Corre Caballito, interprété ici par Juan Carlos Salazar.
La Parranda
La parranda est le genre musical qui exprime le mieux le sentiment de joie qui anime les Vénézuéliens durant la période de Noël. Les paroles traitent de personnages populaires et de situations de la vie quotidienne dont on se souvient avec plaisir et sympathie en cette fin d’année. Le cuatro, la guitare, la tambora, le furruco, le chapero, le chineco, les maracas et le tres [guitare à six cordes groupées par deux] sont les instruments avec lesquels on l’interprète généralement. Chantée en groupe, la parranda fait intervenir divers solistes accompagnés par un chœur qui s’ingénie à improviser des réparties. Son rythme contagieux témoigne d’une influence marquée des genres et des chants indiens et africains. Pour vous illustrer tout cela, voici une parranda de l’île Margarita interprétée par l’ensemble Aguinaldos y punto.
La Gaita
La gaita est originaire du Zulia, la région de Maracaibo, dans la partie occidentale du pays. Comme beaucoup de manifestations culturelles du Venezuela, elle nait de la fusion de chants et rituels indiens, européens et africains et est donc une expression du métissage qui a fait le pays. En fonction de ses caractéristiques musicales, des instruments utilisés et de la région et la date où on l’interprète, on peut distinguer divers types de gaita : la gaita de furro, la gaita perijanera, la gaita de tambora et la gaita de Santa Lucía. Les thèmes traités dans ces chansons sont extrêmement variés. Ils vont de chants dédiés à la Chinita, la vierge régionale du Zulia, jusqu’à des chansons d’amour, des chants cocasses ou même des chansons socialement engagées. Toujours joyeuse et entrainante, la gaita est maintenant diffusée bien au-delà de sa région d’origine. Depuis de nombreuses années, elle s’identifie comme l’une des manifestations de Noël les plus caractéristiques dans le Venezuela tout entier. Écoutez la gaita intitulée Vivo y muero interprétée par Los Gaiteritos.
Même si la gaita est un peu plus délurée, toutes ces interprétations peuvent vous paraître quelque peu guindées. Je vous l’accorde, mais je vous réserve pour la fin une parranda familiale dans toute sa splendeur. C’est moins académique, mais cela déborde de vécu! Vous pénètrerez ainsi, subrepticement, au cœur même du Venezuela, là où vous n’auriez jamais pensé parvenir!
Joyeux Noël à tous –en entonnant une parranda, bien sûr!
Figurez-vous que ce matin encore, j’ai été réveillé par une symphonie de pétards! Il devait être cinq heures du matin. Il ne s’agissait pas, cette fois, de réveiller le bon peuple pour aller voter (voir mon billet précédent Petit matin référendaire). Non, aujourd’hui, le motif du tintamarre était religieux : annoncer à tous que la misa de aguinaldos allait commencer.
Ancrées dans la tradition vénézuélienne depuis des siècles, les messes d’aguinaldos se célèbrent pendant la neuvaine qui précède Noël, soit du 16 au 24 décembre. Ce sont des messes bien particulières : elles ont lieu nécessairement à l’aube et s’accompagnent toujours de chants de circonstance, aguinaldos et villancicos, dont l’origine remonte à la Renaissance espagnole. Il s’agit donc d’une espèce de rite de préparation aux réjouissances de Noël, célébration particulièrement chère au cœur des Vénézuéliens.
Privilège
À l’origine, les messes qui précédaient Noël se caractérisaient par leur sobriété. Mais un tel recueillement correspondait mal au sens inné de la fête qui anime les Vénézuéliens. Aussi le Saint-Siège leur a-t-il concédé le privilège d’inclure des villancicos et des aguinaldos dans la cérémonie.
C’est ainsi que le cuatro (petite guitare à 4 cordes), le tambour, les maracas, le furruco (instrument de percussion à friction) et la pandereta (tambourin) sont entrés dans les églises vénézuéliennes bien avant le concile Vatican II.
La fête commence avant la messe, avec les inévitables pétards. Elle continue pendant la cérémonie, avec les aguinaldos. Mais elle ne s’arrête pas avec le Ite missa est : une fois la messe terminée, il est fréquent que les participants se réunissent autour d’une table pour un repas communautaire. C’est alors l’occasion d’entonner d’autres chants, tout spécialement les entraînantes parrandas ou même les gaitas plus profanes.
Rouleau compresseur
La fête et le bruit, donc, dominent largement cette manifestation matinale. La messe d’aguinaldos est devenue, avec le temps, un fait plus social que religieux. Il est vrai que, collectivement, les Vénézuéliens –comme la plupart des Caribéens– aiment la fête et le bruit. Le principe en est simple : plus il y a de FÊTE, plus il y a de BRUIT, plus il y a aussi de VIE!
Quant à ceux –ils existent– qui voudraient échapper au tintamarre et préfèreraient le silence à cette agitation matinale, tant pis pour eux. Le rouleau compresseur du conformisme social et religieux n’a pas la moindre pitié pour ces pauvres marginaux!
Il n’est pas rare qu’une personne cherchant des informations sur le cuatro, petite guitare vénézuélienne à quatre cordes, arrive sur venezueLATINA. Et pour cause : j’y ai rédigé il y a quelque temps déjà un article complet sur le cuatro –sans aucun doute le plus vénézuélien des instruments. On m’a même demandé si je connaissais des professeurs de cuatro à Paris! Malheureusement, j’ai dû répondre négativement… (Par contre, j’en connais à Montréal, avis aux intéressés.)
Je viens de tomber sur deux blogues qui feront la joie des fanas de cuatro, qui sont apparemment de plus en plus nombreux en terres francophones. Le premier blogue s’intitule tout simplement El cuatro venezolano. On y trouve les accords de nombreuses pièces traditionnelles vénézuéliennes, et on peut y écouter, en prime, l’enregistrement audio du morceau choisi. Qui dit mieux? On trouve donc ici tout ce qu’il faut pour se transformer en cuatrista, pour autant que l’on possède une certaine pratique de la guitare et une bonne oreille musicale. Bravo à Edgar León, l’initiateur du site!
Le second blogue, c’est Cambur Pintón, dans lequel Adrian joint l’image au son. Il se filme en train d’interpréter au cuatro certaines pièces du folklore vénézuélien, publie des vidéos de cuatristas glanées sur Youtube, et projette même de créer un cours vidéo de cuatro pour débutants. Voici d’ailleurs une première leçon de joropo :
Le résultat est encore imparfait certes, mais le côté amateur lui donne aussi tout son charme. En tout cas, l’idée est excellente et n’attend qu’à être améliorée.
Une dernière précision : les deux blogues mentionnés sont rédigés en espagnol. Leur contenu musical permet cependant de sauter allègrement par dessus la barrière de la langue. Ne boudez donc pas votre plaisir!