Category: Sexuel


Le mannequin aux seins PIP

Un peu gonflée, vous ne trouvez pas ?

Sont-ce les mannequins en vitrine qui influent sur les femmes ? Ou les femmes qui influent sur les mannequins en vitrine ? Grave question existentielle ! Toujours est-il que depuis quelques années on a pu observer un croissance exponentielle de la taille des seins : de ceux des mannequins, comme le montre maladroitement cette photo prise au travers de la vitre ; et de ceux des femmes, comme je l’expliquais dans un article déjà daté (2007), mais toujours d’actualité, Au pays des seins siliconés.

Une affaire d’État

Le scandale des implants PIP est donc devenu ici pratiquement une affaire d’État dès qu’il a éclaté. Il n’a pas fallu attendre longtemps pour que le gouvernement offre aux femmes PIPées la possibilité de se faire retirer gratuitement les implants dans le service public de santé. Coup de maître que cette réaction rapide et décidée, qui flirtait avec l’acte de propagande !

Il a fallu attendre à peine plus pour qu’une centaine de vénézuéliennes réunies en association annoncent leur intention de se retourner légalement contre la société française Poly Implant Prothèse (PIP) et ses distributeurs au Venezuela. Ce qu’elles exigent, ce n’est pas seulement le retrait de leurs prothèses mammaires, mais encore leur remplacement gratuit. Rien de plus logique : il serait tout de même triste que ces plantureuses poitrines se réduisent du jour au lendemain en peau de chagrin ! La bataille promet d’être rude.

Mine de rien, les prothèses PIP concernent au Venezuela quelque 30.000 femmes. Un record pour un pays qui compte 14 millions de femmes (2,1 pour 1000), à comparer avec le Brésil voisin, où l’on dénombre seulement 25.000 prothèses PIP  pour 100 millions de femmes (0,25 pour 1000). Cela veut dire que lorsque vous vous baladez dans les rues du Venezuela, 2 femmes sur 1000 que vous croisez sont porteuses d’implants PIP (sans parler des autres marques). Effarant !

La coqueluche

Un mannequin –d’un autre type– qui ne s’encombre pas de toutes ces basses considérations (car ce ne sont sans doute pas des implants PIP qu’elle a), c’est Diosa Canales, chanteuse, provocatrice et coqueluche actuelle des hommes au Venezuela et bien au-delà. Dans un tweet de début d’année, elle fait part d’un des ses projets pour 2012 : inviter à dîner le candidat qui sortira vainqueur aux élections présidentielles d’octobre au Venezuela.

Tweet de Diosa Canales

Le tweet de Diosa Canales

Et, précise-t-elle, elle viendra nue au rendez-vous ! Il faut dire qu’elle a des arguments de poids, dont on peut supposer qu’ils auront pour effet d’attiser la lutte électorale d’ici au jour du scrutin ! Et ne venez pas me dire que les dés sont PIPés. Jugez-en vous-mêmes :

Diosa Canales

Voulez-vous dîner avec moi ce soir ?

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Par un mystère dont l’espagnol parlé au Venezuela (et en Colombie) a le secret, on appelle ici blumer la petite culotte féminine. Il s’agit probablement d’une adaptation locale de l’anglais bloomer, qui désigne une culotte bouffante. Cela dit, le blumer national n’a rien de bouffant.  La mode aidant, il serait plutôt, par les temps qui courent, moulant et string.

Bizarrement, il existe un autre mot vénézuélien, volontiers utilisé dans le langage quotidien, pour désigner le même objet : pantaleta. Mais ce dernier, plus familier, semble inconvenant pour le langage commercial. C’est donc uniformément le mot blumer qui est utilisé pour nommer les boutiques spécialisées en lingerie féminine.

Blumer par ci, blumer par là

C’est ainsi que fleurissent dans les villes vénézuéliennes des magasins dont le nom décline à l’infini le mot blumer : El Imperio del Blumer, El Universo del Blumer, El Palacio del Blumer, El Castillo del Blumer, El Templo del Blumer, La Moda del Blumer, Mega Blumer, etc. (voir photos ci-dessus). En français, cela donnerait : L’Empire de la petite culotte, L’Univers de la petite culotte, Le Palace de la petite culotte, Le Château de la petite culotte, Le Temple de la petite culotte. La Mode de la petite culotte, Méga petite culotte). Et encore, je ne cite que les magasins que j’ai pu identifier dans un périmètre de trois blocs sur deux dans le centre-ville de Mérida, la petite ville de 300.000 habitants où je vis. Imaginez ce que doit être la débauche de créativité pour nommer de tels magasins dans une ville comme Caracas !

Dans ces boutiques au nom improbable, on vend non seulement des petites culottes féminines, mais encore toutes les pièces de lingerie féminine, du haut comme du bas, et même des sous-vêtements masculins. Dans certaines, cela va jusqu’aux bas et chaussettes. Mais c’est le blumer qui reste leur dénominateur commun.

Gourmandise corporelle

Reliés par le terme blumer qui figure dans leur dénomination, ces magasins forment ainsi une sorte de chaîne sémantique, à défaut d’être une chaîne commerciale. Mais ils ont un autre point en commun : 90 % des vêtements qu’ils vendent sont fabriqués en Colombie. Rien d’exceptionnel à cela, si l’on sait que les Colombiens sont passés maîtres dans la confection de lingerie féminine, n’hésitant pas, au passage, à copier les modèles des grandes maisons européennes. Il est donc normal que les fabricants colombiens exportent en masse vers le pays voisin, dont la gent féminine est particulièrement friande de ces petites gourmandises corporelles.

De là à s’appuyer sur les Colombiens vivant au Venezuela pour créer localement des boutiques, puis à former pratiquement des franchises, il n’y a qu’un pas, vite réalisé. En quelques années, les boutiques se sont donc multipliées comme des petits pains. Elles se comptent maintenant par dizaines dans toute ville vénézuélienne qui se respecte.

Commerce florissant

Il faut dire que l’industrie colombienne de la confection féminine a trouvé ici un marché tout à fait mirobolant : lorsque la beauté féminine est élevée au rang de valeur nationale, il est normal que le commerce de la lingerie soit particulièrement florissant et que la consommation de dessous féminins soit extrêmement dynamique, quelle que soit d’ailleurs la classe sociale.

Car, que l’on se s’y trompe pas : les magasins de blumers s’adressent à une clientèle populaire, trop contente de trouver dans ces boutiques des pièces à très bon prix, qui rivalisent en variété, coupe et couleurs avec les plus grandes marques. Pour un faible coût, cette clientèle se paie ainsi le chic de pouvoir participer au grand jeu de la séduction à armes (presque) égales avec les riches.

En établissant ainsi son “empire” commercial dans les villes vénézuéliennes, le blumer s’est mis, pourrait-on dire, au service de l’ascension sociale à laquelle aspirent, consciemment ou inconsciemment, tous les Vénézuéliens : la petite culotte comme outil de démocratisation, en quelque sorte…

Play Boy Venezuela, octobre 2010

Les dernières avancées de la cartographie numérique ne permettent plus d’en douter : le Venezuela est le pays sexuellement idéal. Jugez-en, mesdames, voici la carte mondiale de la taille des pénis en érection (basée sur des études scientifiques, non mais!) :

Carte mondiale de la grandeur des pénis

Et pour vous, messieurs, la carte mondiale des bonnets de soutien-gorge (un peu moins scientifique, les sources n’étant pas citées, désolé !) :

Carte mondiale de la grandeur des seins

Examinez attentivement :  le Venezuela (et sa voisine la Colombie, soyons grand prince) figurent en tête dans la catégorie pénis (de 16,10 à 17,93 cm) et en très bonne place dans la catégorie seins (bonnet D). Procédez maintenant au croisement des données (cela mériterait une nouvelle carte…) : Le Venezuela et la Colombie caracolent allègrement en tête du palmarès intégré. En effet, les pays dont les femmes ont les plus gros seins –Russie et pays scandinaves– ne peuvent concurrencer les deux pays latino-américains en matière de pénis. Le paradis sexuel, s’il existe, se trouve donc bel et bien dans ces deux pays du nord de l’Amérique du Sud !

Gros instruments

Vous me direz qu’il ne suffit pas d’avoir de gros instruments, il faut encore savoir en jouer, et vous avez raison. Les Vénézuéliens et les Vénézuéliennes sont-ils de bons musiciens ? Il en ont la réputation, au propre et au sexuel. Au propre je peux en attester ; au sexuel, je serai plus réservé, étant donné les tabous qui courent encore ici dans pas mal de têtes, la religion aidant. En effet, même s’il est peu pratiqué de façon formelle, le catholicisme –espagnol de surcroît– a imprégné les esprits et imposé ses règles morales, par dessus la liberté sexuelle dont faisaient preuve la plupart des ancêtres indigènes.

Vous me direz (et vous aurez encore raison) que la grandeur des instruments sexuels n’est pas le critère le plus important d’une sexualité épanouie. Bien vu. Sur ce point-là, effectivement, les Vénézuéliens ont encore beaucoup de chemin à faire. Le machisme ambiant détruit la grande majorité des relations –sexuelles et affectives– avant qu’elles n’aient le temps d’être matures. Les femmes sont les premières à en souffrir, bien entendu, mais la société dans son ensemble également, avec sa pléthore de familles monoparentales gérées par la seule mère.

Conclusion : très amusantes, les cartes ; très beau, le paradis sexuel théorique qu’elles définissent. Mais descendons sur terre, et surtout ne mesurons ni les pénis ni les seins, ils n’ont pas besoin d’être hénaurmes pour faire le bonheur !

Miss au Venezuela

Des miss parfaitement formatées

Faites un sondage autour de vous. Le commun des mortels connaît généralement le Venezuela pour trois choses : son pétrole, son président et la beauté de ses femmes. Trois « monuments » (chacun dans son genre) auxquels il vaut mieux ne pas trop toucher, au risque de se faire bahuter.

Edward Ellis et Flor Salcedo se proposent cependant de s’attaquer à l’un de ceux-ci dans un documentaire qu’ils projettent de réaliser. Intitulé Miss : Women, Culture and Venezuela’s Beauty Industry, le film s’attaquera à ce qui est un tabou au Venezuela : analyser d’un point de vue social et culturel les effets que l’industrie multimillionnaire de la beauté a sur la vie des femmes ordinaires.

Dans les écoles maternelles

J’en ai déjà parlé par ailleurs : la beauté est au Venezuela un véritable projet national. À un moment ou l’autre de leur vie, les petites filles rêvent de devenir une miss. Ici, les concours de beauté commencent dès l’âge de cinq ans dans les écoles maternelles ! Ils continueront tout au long du parcours scolaire, université y compris. Ajoutez-y les concours dans des milieux aussi variés que les centres commerciaux, les villages, les bidonvilles, les quartiers chics, les clubs de vacances, les plages et vous aurez une idée de l’extension du phénomène. Tout endroit où les gens se rencontrent est tout simplement prétexte à l’organisation d’un concours de beauté.

Le dispositif (car c’en est un) culmine avec l’organisation Miss Venezuela, qui, au bout de la chaîne, sélectionne les meilleures et, moyennant paiement sonnant et trébuchant, se propose de les former comme des miss professionnelles. Celles qui se soumettront sans roncher à la discipline de fer de l’école auront peut-être la chance d’être les futures Miss Venezuela, Monde ou Univers.

Autre facette du phénomène : il n’est pas rare que des pères fiers de leur progéniture féminine paient à leur fille des implants mammaires comme cadeau d’anniversaire pour leurs 15 ans (il s’agit d’une fête traditionnelle qui marque rituellement le passage à la féminitude en Amérique latine). Le cas échéant, les banques locales sont prêtes à accorder des prêts pour la réalisation d’une chirurgie plastique, étant entendu que les femmes devraient avoir un avenir professionnel et économique mieux assuré si elles bénéficient d’une poitrine plantureuse !

Explorer l’arrière-cour

Le film d’Edward Ellis et Flor Salcedo veut aller au-delà de ce que l’on sait déjà et explorer l’arrière-cour de cette vaste industrie de la beauté. En cherchant par exemple à comprendre quelles sont les forces qui meuvent cette industrie et quelles sont les conséquences sociales de cette obsession nationale pour la beauté.

Violence domestique

Des dizaines de milliers de cas de violence domestique au Venezuela

Les auteurs projettent ainsi de suivre et d’observer les vies de jeunes filles et de jeunes femmes qui sont partie prenante de ce monde plein de glamour, espérant ainsi découvrir leurs motivations, leurs désirs et leurs peurs. La marchandisation de la femme sera aussi mise en parallèle avec les indices élevés de violence domestique qui caractérisent le pays et le peu d’appui apporté aux femmes ayant été victime d’abus : le Venezuela a beau avoir obtenu six couronnes de Miss Univers, il ne possède que deux abris pour femmes victimes de violence, pour des dizaines de milliers d’abus de tous ordres !

Le documentaire promet donc de nous dévoiler quelques vérités cachées sur la femme vénézuélienne, et des vérités qui ne sont pas spécialement glamour. La bande de lancement du film (ci-dessous) reprend en les survolant ces différents points. Avec des images de jolies dames, bien entendu, ponctuées de scènes moins glamour et de quelques énormités, telles celle du directeur de l’organisation Miss Venezuela déclarant sans ambages que « toutes les féministes sont laides » !

http://www.kickstarter.com/projects/2008601179/miss-women-culture-and-venezuelas-beauty-industry/widget/video.html

Le film n’est malheureusement pas encore produit. Ses réalisateurs cherchent par tous les moyens un financement. Si vous voulez les aider, sachez qu’ils ont inscrit leur projet sur Kickstarter, une plateforme en ligne qui permet de financer des projets créatifs. On peut faire des dons à partir de 1 dollar…  Et avec 1000 dollars ou plus, vous deviendrez producteur exécutif !

seins

Vous saviez déjà que je vis au pays des seins siliconés. Le silicone, c’est une vraie obsession nationale au Venezuela. Même les filles qui ont, ma foi, une bien jolie poitrine, en veulent une plus grosse, au risque de les défigurer à jamais. Allez comprendre…

L’industrie -car c’en est une- de la chirurgie esthétique est en plein essor, et ce n’est pas le chavisme qui va l’arrêter. Le président peut nationaliser les mines d’or, les cimenteries, l’industrie métallurgique, les supermarchés, les compagnies immobilières, que sais-je encore… , il ne nationalisera pas mon corps, ma beauté, mes seins.

La médecine esthétique fait donc feu de tout bois : publicités pleine page dans les journaux, panneaux publicitaires géants dans les villes, cliniques hyper-modernes. Laissons les médecins cubains faire le sale boulot, concentrons-nous sur le rentable, voilà ce que se disent les médecins du cru.

Consultation virtuelle

Dernier avatar : la consultation de chirurgie esthétique sur Internet. C’est ce que propose notamment la Clinica Dempere :

La consultation virtuelle est la forme la plus rapide, la plus complète et la plus sûre d’avoir une consultation en chirurgie plastique et médecine esthétique.

Ne perdez pas votre temps à vous déplacer et à attendre dans le cabinet. Posez vos questions par Internet et envoyez-nous votre photographie.

Suivent les instructions : en premier lieu (bien évidemment), il faut verser le coût de la consultation (200 Bs., soit 45 US$ au taux officiel) à l’un des comptes bancaires indiqués. Ensuite, il faut prendre des photos de son corps et les envoyer à l’adresse de courriel mentionnée. Des instructions précises sont données selon qu’il s’agisse de photos du visage, des seins, du corps ou des cuisses. Enfin, on posera ses questions personnelles sur un formulaire ad hoc.

En prime, la clinique offre une consultation en esthétique dentaire totalement gratuite ! Quant à la facture, elle vous sera envoyée par courrier électronique.

Potiches ambulantes

sein, beauté, corpsCette petite anecdote vous illustrera le stade où nous en sommes ici au Venezuela en matière de beauté féminine : un stade plutôt désolant où des filles naturellement jolies veulent se faire faussement jolies. Le tout poussé par une industrie médiatique qui impose ses diktat en matière de beauté : la moindre présentatrice de nouvelles doit correspondre aux canons de la beauté factice, sans parler des vedettes de telenovelas, véritables potiches ambulantes.

L’industrie médicale n’est pas en reste. Elle s’engouffre à fond dans le créneau, promettant de réparer les soi-disant imperfections de la nature. Elle multiplie publicité et offres sur tous les canaux possibles. Le bouche à oreille entre amies bien informées fait le reste.

Face à cette pression à la fois médiatique, médicale et sociale, il est difficile pour une jeune fille de résister bien longtemps. Elle a toutes les chances d’entrer tôt ou tard dans le circuit bien balisé de la beauté industrielle. Et si, d’aventure, elle ne peut se payer (ou on ne peut lui payer) ces dépenses extravagantes, elle vivra dans une frustration à peine retenue.

Refabriquez-moi ces seins, qui ne sont pas comme il faut. Resculptez-moi ce nez, trop long à mon goût. Rabotez-moi ces fesses, qui sont trop rebondies. Réparez-moi ce corps, que je ne supporte plus.

Rares sont celles qui, à quinze ou vingt ans, échappent à ce rouleau compresseur bien orchestré.

Les ados, le sexe et la contraception

Au Venezuela, l’impression prévaut que les adolescents sont sexuellement plutôt précoces. Il n’est pas rare de voir de très jeunes filles -toutes classes confondues- tomber enceintes. Les conséquences ne sont pas les mêmes pour toutes, cependant : pour les plus démunies, c’est le plus souvent l’abandon des études et une vie parfois brisée (encore que souvent assumée), tandis que d’autres, plus chanceuses, reçoivent un appui familial qui leur permet de poursuivre comme si de rien n’était. Le garçon, lui, s’en sort plutôt bien dans tous les cas…

Une récente étude internationale intitulée La contraception : qui est responsable? permet de situer le Venezuela sur la carte de la sexualité adolescente mondiale. En effet, elle met en lumière les connaissances et les comportements des jeunes de 25 pays (dont sept d’Amérique latine) en ce qui concerne plus précisément la contraception. Plus de 5000 adolescents de 15 à 19 ans ont participé à ce vaste sondage international.

Méthodes de contraception

Les jeunes de mieux en mieux informés

Globalement, il en ressort une série de chiffres qui marquent les grandes tendances mondiales en la matière :

  • Les adolescents ont leur première relation sexuelle de plus en plus jeunes
  • 42 %  connaissent une amie ou un membre de leur famille ayant eu une grossesse précoce (contre 32 % un an plus tôt)
  • 45 % des jeunes sexuellement actifs admettent avoir eu des relations sexuelles sans contraception avec un nouveau partenaire  (contre 36 % un an plus tôt)
  • 51 % affirment être bien informés en ce quoi concerne les méthodes contraceptives (contre 47 % un an plus tôt)
  • 32 % croient que le coït interrompu est une méthode efficace de contraception (contre 36 % un an plus tôt).

En conclusion, malgré une (apparente) meilleure connaissance théorique, la contraception semble de plus en plus abandonnée dans la pratique, la principale conséquence étant que le nombre de grossesses non désirées a tendance à augmenter.

Apparence et hygiène personnelle

Passons maintenant en Amérique latine. Nous y observons que 56 % des adolescents ont eu des relations sexuelles avec un nouveau partenaire sans utiliser de méthode contraceptive. On est déjà bien au-dessus de la moyenne mondiale (45 %), mais que dire alors du Venezuela où 67 % des adolescents sont dans ce cas ? Un chiffre particulièrement élevé.

Comment les jeunes vénézuéliens expliquent-ils cette situation ? La principale raison qu’ils invoquent était qu’ils n’avaient aucun moyen contraceptif à leur disposition au moment d’un rendez-vous susceptible de mener à une relation sexuelle (44 %). Par ailleurs, 18 % d’entre eux considéraient qu’il n’y avait aucun risque de grossesse. Parmi les autres causes invoquées, citons l’oubli, le refus ou le rejet par le partenaire, ou encore le fait de ne pas savoir quelle méthode utiliser. Ces comportements indiquent qu’ils n’attachent pas beaucoup d’importance à la protection.

Priorité à l'apparence

Priorité à l'apparence

D’autres aspects de l’enquête confirment ce dernier point. En effet, si l’on compare avec les autres pays –même les pays latino-américains– les jeunes vénézuéliens sont ceux qui accordent le plus d’importance à l’apparence et à l’hygiène personnelle au moment d’avoir une relation sexuelle (61 %). Si l’on distingue par sexe, on s’aperçoit que 70 % des filles et 52 % des garçons citent l’aspect physique comme l’élément de plus grande valeur lors d’un rendez-vous qui pourrait conduire à un contact sexuel. Quant à la protection, elle ne préoccupe que 15 % d’entre eux.

Aussi ne faut-il pas s’étonner du nombre de grossesses non désirées dans le pays : 60 % des jeunes vénézuéliens ont un parent ou une amie proche qui a eu une grossesse non planifiée. Pourcentage élevé, mais inférieur, toutefois, à la moyenne de l’Amérique latine où ce pourcentage est de 67 %.

Une relativement bonne information

Bien que, comme on l’a vu, l’usage des méthodes contraceptives soit loin d’être généralisé, 65 % des jeunes vénézuéliens affirment avoir une pleine connaissance des diverses options disponibles. Ils citent le préservatif et la pilule comme les méthodes les plus efficaces pour éviter les grossesses non désirées (96 et 90 % respectivement).  Puis viennent la pilule du lendemain (51%) et le coït interrompu (46%). (Ce dernier pourcentage est, soit dit en passant, le plus élevé des pays d’Amérique latine). 39% des adolescents vénézuéliens admettent connaître au moins 3 ou 4 méthodes contraceptives et seuls 5 % d’entre eux n’en connaissent aucune –contre 13 % au Brésil, par exemple.

Cette information sur les contraceptifs, les jeunes vénézuéliens l’obtiennent en premier lieu de leurs parents (50 %), ensuite du gynécologue (48 %), du pharmacien (36 %), des amis et des professeurs (25 %).

Quant à l’âge de la première relation sexuelle au Venezuela, il est de 16 à 17 ans pour 35 % des jeunes, de 14 à 15 ans pour 30 % d’entre eux. À remarquer toutefois que 83 % des jeunes dans le pays considèrent qu’il est important d’avoir une relation stable avant d’avoir des relations sexuelles. Seulement 11 % des filles et 22 % des garçons pensent que cela n’a aucune importance.

Naturalité et spontanéité

Le passionnel et le rationnel

Le passionnel et le rationnel

Que conclure de ce tableau statistique ? En vrac :

  • Que ce n’est pas l’information sur la sexualité et la contraception qui fait défaut au Venezuela.
  • Que les supposés tabous imposés par la religion catholique n’ont plus guère d’importance (s’ils en ont jamais eu dans ce pays aux profondes racines « païennes »).
  • Que le magico-religieux, toutefois, reste une composante essentielle de la sexualité pratiquée réellement : dans les villages, jusqu’il y a peu, c’est Dieu, et lui seul, qui décidait du nombre d’enfants. Même ceux qui prétendent vivre dans la modernité, ne se trouvent pas loin de cette croyance.
  • Que la sexualité des jeunes (et des moins jeunes) reste dominée par la spontanéité et la naturalité plutôt que par la rationalité, dans une vision toute caribéenne du sexe. Une vision puissante qui trouve ses racines dans les sociétés précolombiennes et africaines restées sous-jacentes dans l’actuelle structure sociale vénézuélienne.

La contraception se trouve, elle, indéniablement du côté du rationnel. Les campagnes qui cherchent à la promouvoir auprès des jeunes (dont fait partie l’étude citée plus haut) en appellent également au rationnel. Aussi peinent-t-elle à s’imposer face à une forme de sexualité qui se veut avant tout libre et naturelle. D’autant plus que le sexe, dans cette perspective, touche aussi, quelque part, au magique et au religieux, un solide socle infrastructurel qui n’est pas près, au Venezuela, d’être ébréché.

Le guayuco traditionnel

Le guayuco traditionnel

Le guayuco, c’est ce vêtement traditionnel que portent nombre d’ethnies indigènes au Venezuela et dans d’autres pays d’Amérique latine : juste un petit bout de tissu d’origine végétale cachant les parties dites intimes de l’individu. Un vêtement qui n’a donc rien de bien compliqué, et qui a l’avantage incommensurable de mettre littéralement à nu le corps de celui qui le porte.

Le guayuco original

Guayuco original

Le guayuco met donc en valeur l’être, et non l’avoir (les grandes griffes de la mode n’ont pas encore sorti leur guayuco) : si tous les gens du monde se mettaient à porter un guayuco, on pourrait parler de révolution copernicienne pour les mœurs occidentales : on exhiberait ce que l’on est, et non plus ce que l’on a. On serait face à la complète transparence des êtres, dans un respect total de l’autre. Les dépravations seraient devenues théoriquement impossibles.

Image d’Épinal

Trêve de naturisme, trêve de rousseauisme… Le guayuco ne se porte pratiquement plus, ni au Venezuela, ni ailleurs. Il existe bien encore quelques touristes occidentaux qui s’illusionnent de croire que les indigènes portent le guayuco, qu’il leur suffira d’aller dans la forêt pour les rencontrer dans leur plus simple appareil. Image d’Épinal que celle-là.

Confronté au rouleau compresseur de l’occidentalisation, le guayuco a irrémédiablement perdu la bataille. Au mieux, il s’est retrouvé au stade dégradé du vêtement folklorique. À ce stade-là, oui, les touristes pourraient peut-être le voir. Ils auront ainsi la joie de vivre en toute sérénité leurs fantasmes de Tintin chez les Picaros. Mais de vrai guayuco, point.

Le guayuco, pièce d’identité de la facette indigène du Vénézuélien qui s’est logée quelque part dans l’inconscient collectif, n’a pourtant pas disparu. Il s’est retrouvé sous diverses formes déviées et subverties dans la vie quotidienne de l’habitant de ces parages. Et pas seulement, comme nous allons le voir, parmi les couches populaires –celles-là qui pourraient avoir une relation plus directe, malgré tous les métissages, avec le minuscule vêtement de leurs ancêtres autochtones. Même les classes dites supérieures, celles qui se targuent d’une bien illusoire pureté de race (blanche, bien entendu), conservent une relation certaine avec le guayuco. Un vêtement si près du corps ne peut en effet laisser personne indifférent.

Détournement de sens

Le nouveau guayuco

Le nouveau guayuco, vu par Guayuco.com

Voyez cette entreprise dénommée Guayuco. Elle produit des maillots de bain féminins  et autres vêtements de plage. (Soit dit en passant, il s’agit de l’un des rares secteurs industriels où le Venezuela est capable de concurrencer les meilleurs. À vrai dire, les corps de nos belles ont de quoi inspirer les designers!) Quoi de plus normal, en fait, que de détourner le nom de guayuco pour désigner ces bouts de tissus de plus en plus réduits qui viendront dissimuler révéler les parties les plus aguichantes d’un corps de femme? Beau détournement publicitaire, reconnaissons-le. Sauf qu’on ne se trouve plus dans le registre de l’être, mais dans celui de l’avoir : avoir de belles fesses, avoir de gros nichons, avoir tout ce qui vient avec…

Prenez encore cet atelier photo et audiovisuel dénommé Guayuco Gráfico. Il ne travaille pas nécessairement dans le nu, et fait plutôt, d’ailleurs, dans l’habillé. Mais il travaille en priorité sur le corps et a sans doute choisi ce nom pour le signifier, le guayuco ayant un rapport tout à fait direct avec le corps. Mais dans ce cas aussi, c’est indéniablement l’avoir qui prime sur l’être et le sens du guayuco original a été détourné. En effet, sous les flashes de ces (bons) photographes, le guayuco devient glamour, ce à quoi ce vêtement utilitaire n’était nullement destiné.

La plus belle subversion

Les couches pour bébés Guayucos

Les couches pour bébés Guayucos

Mais la plus belle subversion du guayuco reste le fait du gouvernement. Au mois de juin 2009,  dans son programme télévisé Aló Presidente, Hugo Chávez annonçait le lancement par une entreprise nationalisée d’une nouvelle marque de couches pour bébés. Et quel fut le nom commercial choisi pour ce produit made in socialisme? Guayucos! Rien à redire, le nom de marque choisi donne en plein dans le mille s’agissant d’une couche pour bébés : elle couvrira en effet les mêmes parties du corps que le guayuco original, sans avoir toutefois les mêmes fonctions.

Évidemment, dans un pays politiquement divisé comme l’est le Venezuela, il n’en fallait pas plus pour délier les mauvaises langues. Certains ont affirmé que l’entreprise était fantôme, d’autres qu’elle manquait de matières premières importées et n’avait produit que les couches nécessaires à la promotion du produit par le président. Toujours est-il que pas plus tard qu’hier, soit quinze mois plus tard, j’ai vu de mes propres yeux des couches Guayucos dans un supermarché Bicentenario, à un prix d’ailleurs imbattable (9,5 bolivars, soit 1,5 euro, le paquet de 16 couches). Les plus finauds ont fait dans la dérision : ils ont produit une publicité factice annonçant que, grâce au Hugoflex, les couches Guayucos permettaient de résister à un programme Aló Presidente! Ce qui n’est pas peu dire.

Détournement de sens

Guayuco bolivarien

... et leur mise en dérision

Des milliers de Vénézuéliens portent donc à nouveau un guayuco, que ce soit une couche pour bébés ou un bikini sexy pour grande fille. Aussi bizarre que cela puisse paraître, la transmission du vêtement indigène s’est bel et bien produite jusqu’aux générations actuelles. La persistance du guayuco dans l’inconscient collectif du Vénézuélien et le culte du corps (sexuel) largement partagé par toutes les couches de la population ont facilité cette transmission. D’autant plus qu’une ou deux générations à peine séparent souvent le monde rural traditionnel, proche du guayuco original, et la société urbaine actuellement dominante.

Cependant, comme nous l’avons vu, il ne s’agit plus du même guayuco. Celui-ci a été complètement subverti, au point de perdre tout son sens originel de liberté, d’authenticité, de transparence. À l’image de la société actuelle, son concept a été totalement mercantilisé : il est devenu un vulgaire motif publicitaire, qui plus est parfois utilisé avec un sous-entendu sexuel.

Ce n’est donc pas encore demain que l’on verra un vrai guayuco, avec les valeurs intrinsèques qu’il véhicule, dans les rues de Caracas.

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