Category: Séduisant


La louve des Llanos

Scarlett Linares

Scarlett Linares : « Comme une louve »

Il n’y a pas de loups au Venezuela. Mais le pays possède une louve. Une louve qui chante. Qui se fait un plaisir de remettre à leur place les machos du coin. Et qui, dotée d’une poitrine que n’auraient pas dédaignée Romulus et Remus eux-mêmes, utilise son corps comme d’un appât.

Elle s’appelle Scarlett Linares. À elle seule, elle symbolise la nouvelle femme vénézuélienne : libre, entreprenante, féministe à sa manière; mais aussi coquette, provocante… et parfois soumise.

Faux dur

Ses chansons, dans un style llanero modernisé, sont on ne peut plus caractéristiques. Elle y décrit le macho fier comme un paon à l’extérieur, mais vide et lâche à l’intérieur. Un homme aux apparences fortes qui se déglingue une fois qu’il se trouve dans un lit. Un coureur de femelles incapable d’aimer vraiment. Un faux dur qui ne peut assumer sa vie de manière responsable.

Écoutons-la interpréter Valiente, une des chansons qui fit son succès :

Tu n’es même pas capable
de donner une minute d’amour
ton orgueil stupide t’a fait croire
que tu es un être supérieur
que tu n’as besoin de rien
ni de personne pour te faire émouvoir
tu penses que tu sais tout de la vie
et tu ne sais pas vivre
tu ne cesses de répéter
sous la menace « c’est moi qui m’en vais »
la porte est ouverte, tu pars ou tu restes
c’est ta décision
tu es de ceux qui croient
que parler fort, c’est avoir raison
tu es un lâche, un pauvre type
sans assurance, un homme de carton
et tu te crois courageux
parce que tu élèves la voix
et me fais taire devant les gens
courageux
et au moment où on t’aime tu veux t’échapper
faux amant ardent
tu te sens courageux
parce que tu racontes à tes amis
de histoires auxquelles tu ne crois même pas
courageux
et les jambes te font trembler
quand une femme te demande ce que tu n’as pas…

Je suis fatiguée de t’entendre répéter
que tu es le meilleur
et toujours tu répètes que tu seras à mes côtés
c’est cela ta chanson
ne me fais pas rire, mets un terme à cette farce
tu es un mauvais acteur et tu ne te rends pas compte
que même pour t’en aller tu manques de courage
et tu te crois courageux
parce que tu élèves la voix
et me fais taire devant les gens
courageux
et au moment où on t’aime tu veux t’échapper
faux amant ardent
tu te sens courageux
parce que tu racontes à tes amis
de histoires auxquelles tu ne crois même pas
courageux
et les jambes te font trembler
quand une femme te demande ce que tu n’as pas

Variation sur le même thème avec En carne viva, la chanson qui l’a véritablement lancée :

Comment as-tu pu croire que je ne vaux rien
Si j’ai le cœur à chair vive
Lâche tu as été, tu n’as pas profité
Des meilleures années de ma vie

Va-t-en immédiatement je ne veux plus te voir
Macho insignifiant
Tu te crois plus homme que tous les autres
Parce que tu as beaucoup de maîtresses

Ne me désigne pas ainsi
Avec ton doigt impitoyable
Ne touche pas la blessure
Que tu m’as ouverte sur le flanc

Oublie-moi pour autant que tu le puisses
Pour autant que tu puisses m’oublier
Moi aussi j’ai connu
Le bon côté des amants
Je ne te l’avais pas commenté
Parce que je ne voulais pas t’humilier
Assez de mensonges
Lui aussi a senti ma chair
J’ai fait ce que tu m’as fait
Ce n’est pas une tricherie
Apprend donc à être un bon amant

Ce thème du macho incompétent, exprimé de façon crue et directe, est récurrent dans les chansons de Scarlett Linares. On pourrait encore citer sa chanson SinverguenzaDe moi tu t’es beaucoup moqué, aujourd’hui c’est à moi de me moquer de toi ») ou Corazón no sufras másBien que tu les aimes beaucoup, ils ne te paient jamais bien »).

Autant dire qu’avec de telles déclarations à l’emporte-pièce, la chanteuse s’est aussitôt gagné un vaste public féminin (comme on peut le voir dans cette vidéo filmée devant public). En effet, souffrant le machisme au quotidien, ce public s’est trouvé immédiatement représenté par des paroles aussi fortes. Pour une fois, une femme osait dire tout haut ce qu’elles ressentaient tout bas.

Féministe, féminine

Il fallait cependant en faire plus pour rencontrer le succès. Certes, il est bien de se présenter féministe, mais il fallait aussi se faire féminine, pour correspondre pleinement à l’imaginaire vénézuélien. Scarlett Linares s’est donc montrée femme dans toute sa splendeur : séduisante, altière, provocante. Comme peut l’être la femme vénézuélienne, jamais à cours de ressources pour être belle. Et comme l’attend l’homme vénézuélien.

D’où, chez Scarlett Linares, l’usage constant d’un corps particulièrement bien formé, le choix de parures minimales et toujours sexy (ce qui, soit dit en passant, irrite les défenseurs de la musique llanera traditionnelle). En un mot, elle utilise les armes de la séduction dans toute leur amplitude.

On retrouve ici une contradiction de fond, inhérente à la femme vénézuélienne : volontiers féministe en pensée, outrageusement féminine en actes. Scarlett Linares, star fabriquée de toutes pièces, en est la représentation presqu’exacte.

Indécences et grossièretés

Une posture aussi ambiguë prête évidemment le flanc à des interprétations toutes différentes de celles qu’affirme véhiculer la chanteuse. Il suffit de lire les commentaires écrits par des hommes à propos de ses vidéos sur Youtube pour se rendre compte que l’objectif féministe est loin d’être atteint. Les indécences et les grossièretés les plus totales répondent à la provocation.

Sur le plan musical, les chansons de Scarlett Linares ont également fait l’objet de plusieurs répliques masculines. « Ce n’est pas que je sois un mauvais amant, c’est que je n’ai rien dû t’enseigner, tu en savais déjà beaucoup », dit le refrain de la plus célèbre de ces chansons. Sous-entendu : tu n’étais pas vierge.

Chassez le machisme, il revient au galop…

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> Les vidéos de Scarlett Linares sur Youtube
> Les paroles de quelques chansons (en espagnol)

La beauté féminine, projet national

Les candidates d'Acequias

Première pose pour les candidates d'Acequias

Au lendemain de l’élection de Stefanía Fernández au titre de Miss Univers, un journaliste du site Les Observateurs de France24 m’envoie un message électronique pour me demander si je connais une miss, même locale, qui pourrait témoigner de son expérience. Et il me pose la question : pourquoi le Venezuela a-t-il gagné autant de concours de beauté ?

Étant en vacances, je n’ai pu que le renvoyer à la multitude d’articles qui essaient de répondre à cette question ô combien énigmatique. Quelques jours plus tard, un article était effectivement publié sur le site web des Observateurs sous le titre Pourquoi Miss Univers est-elle si souvent vénézuélienne ? L’article en question ne répond pas du tout à la question, concentrant le débat essentiellement autour du thème de la chirurgie esthétique.

La chirurgie esthétique, même si elle joue un rôle dans l’affaire, n’explique tout de même pas tout, car les miss vénézuéliennes ne sont évidemment pas les seules à avoir pensé à se refabriquer. Le vrai secret se trouve plutôt, à mon sens, dans la relation même des Vénézuéliennes et Vénézuéliens avec la beauté féminine et, par conséquent, avec les concours de beauté.

Les candidates d’Acequias

La route d'Acequias

La route cahoteuse d'Acequias

Voici une petite histoire vécue, qui illustre parfaitement cet état de choses.

Quelques jours avant la fête patronale d’Acequias, un minuscule village de quelques centaines d’habitants perché dans les Andes, à deux heures de la ville de Mérida par une route de terre franchement cahoteuse, j’ai eu le privilège de conduire à la ville les quatre candidates au titre de « reine du village ». Car au Venezuela, pays républicain, il y a des reines partout : dans les écoles (même maternelles !), dans les lycées, à l’université, dans les villes et villages, et j’en passe. Il serait donc tout bonnement impensable qu’Acequias n’ait pas la sienne. Dans quelques jours, l’une des candidates devait être élue reine du village par un jury qui comprendrait (sans doute) les quelques « personnalités » locales.

À la question de savoir pourquoi elles étaient si jeunes, la réponse a fusé : « Il n’y a pas de filles plus grandes au village, elles partent étudier ailleurs ». En effet, Acequias est si petit qu’il ne possède pas de lycée. Du coup, les candidates qui se présentent sont les plus âgées de celles qui vivent encore au village. Toutes étudient en dernière année d’école primaire et n’ont que 11 ou 12 ans.

Le lendemain, les jeunes candidates devaient se présenter à la presse régionale, qui n’allait évidemment pas se priver de prendre leur photo et de la diffuser à tout vent.  Cette perspective les rendait quelque peu nerveuses et les excitait à la fois. Pour les mettre en confiance, je leur ai proposé une petite séance de photographie, dont vous voyez l’un des résultats ci-dessus.

Comme les footballeurs brésiliens

Miss Venezuela 2009

Miss Venezuela 2009

C’est là le premier échelon des Miss Venezuela et Miss Univers : la base populaire. Un échelon essentiel, car il permet un ample recrutement, puis une sélection d’échelon en échelon : du village à la ville, de la ville à la région, de la région au pays, du pays à l’univers. C’est comme les footballeurs brésiliens, en quelque sorte.

D’autre part, l’élection d’une reine jusque dans le dernier petit bled des Andes illustre bien l’acceptation –mieux que cela : le support, l’engouement– de la population en général pour les concours de beauté. Les deux éléments de base sont donc réunis : facilité de recrutement, appui populaire.

Exploitation de la femme objet ? Cette bizarre idée n’effleure personne ici, ni les hommes (bien sûr), ni même les femmes. Au contraire, la beauté féminine est une valeur positive partagée et assumée par tous. Ce n’est pas pour rien que l’élection de Miss Venezuela est l’émission de télévision la plus populaire de toute l’année. Chacun ou presque participe à cette grande fête sans honte ni arrière-pensée. Vue de cette manière, la beauté féminine devient quasiment, pourrait-on dire, un « projet national ». Projet sur lequel surfe habilement, ajoutons-le, l’organisation Miss Venezuela, elle-même partie intégrante du groupe Cisneros, le groupe médiatique le plus puissant du pays et l’un des plus puissants d’Amérique latine. Avec une telle machine, les conditions sont donc données.

Rêver d’être quelqu’un

Reines du Venezuela

Reines du Venezuela

Les concours de beauté ne sont donc pas que nez redessinés, hanches retravaillées ou seins siliconés. Avec sa verve habituelle, Gaël analyse la question dans son Journal de bord sous le titre Miss Univers, évidemment ! :

Pourquoi tant de couronnes ?! Simple : Miss France et Miss Venezuela ne jouent pas dans la même cour.

Y’a une sacrée différence entre une jeune fille recrutée dans une discothèque pourrie au fin fond de la Creuse et une jeune fille qui, depuis qu’elle a 4 ans, a toujours rêvé d’être quelqu’un grâce à un concours de beauté.

Y’a une sacrée différence entre les deux Comité de Miss : Geneviève de Fontenay cherche un caractère pétillant, une jeune fille pas trop gogol, une beauté naturelle… « Un esprit sain dans un corps sain » en quelque sorte. Osmel Sousa (le Geneviève d’ici), lui, envoie les gamines de 15 ans se faire refaire les seins, raboter les hanches, refaire le menton, les paumettes et le nez pour ensuite leur assener un violent « et seulement ensuite, on pourra reparler de tes chances de participer« .

Y’a enfin une sacrée différence entre la perception des concours de beauté par le public. En France je suis pas certain qu’une jeune candidate malheureuse mette sur son CV: « J’ai participé à l’élection de miss France, où j’ai fini 12ème. Ce fut une expérience enrichissante et j’y ai beaucoup appris. De même, être miss Pays d’Albigeois m’a beaucoup aidé à développer mes qualités de leader et à m’affirmer dans mon métier… » !! En revanche ici énormément de gamines courent après les couronnes de beauté et en font un fier résumé sur le CV: « Miss Centre Commercial La Cascada 2008 à Maturín, Miss Feria Orinokia 2009, Miss Syndicat des Médecins 2008, 1ère Dauphine de Miss Anzoategui 2008. Ces expériences m’ont permises de rencontrer plein de gens intéressants, d’apprendre à avoir des relations commerciales avec les patrons d’entreprises, je me suis constitué un carnet d’adresse intéressant et par conséquent je suis la plus indiquée pour être votre future directrice commerciale« .

Un véritable projet national, je vous dis. Et ce n’est pas le socialisme du XXIe siècle qui va changer cette donnée sociologique de base. Car tout le monde ici crie d’une seule voix, ou presque : « Touche pas à ma miss ! ».

Stefania Fernández, tout un univers

Stefania Fernández, tout un univers !

Après de longues semaines d’absence de ce blogue (vacances obligent), me voici de retour. Avec un tout beau chiffre : venezueLATINA vient de franchir la barre fatidique des 100.000 visiteurs, ce qui, sur tout blogue qui se respecte, mérite festivités et autofélicitations.

Je n’irai pas jusque là. Le constat que j’avais fait lors des 50.000 visiteurs reste fondamentalement le même et mon article d’il y a presque deux ans Au pays des seins siliconés continue à caracoler largement en tête du hit parade du blogue (6746 vues contre 3873 pour son second). Conclusion : l’intérêt pour les seins siliconés ne tarit décidément pas de par le monde !

Pour ce retour, m’inspirant du Charlie Hebdo de la grande époque qui proposait systématiquement « Les couvertures que vous avez manquées », je vous ai concocté un petit pot-pourri sur le thème « Les billets que vous avez manqués ». Voyons voir.

Y’a plus de suspense dans l’Univers!

La belle du jour

La belle du jour

Le 23 août, la vénézuélienne Dayana Mendoza, Miss Univers 2008, couronne la vénézuélienne Stefania Fernández Miss Univers 2009. Les années se suivent et se ressemblent. Le suspense est mort. Et pour ceux qui en douteraient encore, crise ou pas, l’usine vénézuélienne à fabriquer des misses continue à fonctionner à plein rendement. Comme le dit Gael dans son blogue : « Alors pourquoi tant de couronnes ?! Simple: Miss France et Miss Venezuela ne jouent pas dans la même cour. Y’a une sacrée différence entre une jeune fille recrutée dans une discothèque pourrie au fin fond de la Creuse et une jeune fille qui, depuis qu’elle a 4 ans, a toujours rêvé d’être quelqu’un grâce à un concours de beauté. » Petit frisson de fierté supplémentaire : Stefania vient de Mérida, la ville où j’habite. Elle est la preuve vivante que l’on peut conquérir l’univers depuis ce petit coin des Andes !

La nouvelle loi sur l’éducation fait couler plus d’encre qu’il n’en faut !

Une école vénézuélienne

Une école vénézuélienne

Situation tendue et manifestations en tous sens dans le pays à propos de la nouvelle loi sur l’éducation qui a été adoptée le 14 août par le congrès vénézuélien. Il n’y a pas de quoi fouetter un chat, cependant. Comme le signale Jean-Jacques Kourliandsky, chargé de recherche à l’Institut de relations internationales et stratégiques, « la loi sur l’éducation adoptée par le Venezuela est une loi laïque« . Mais c’en est trop pour les opposants qui y voient avant tout l’interdiction de la religion à l’école, ô horreur! La perspective d’une éducation non élitiste telle que proposée par la loi perturbe également les élites, bien évidemment. Jean-Jacques Kourliandsky explique : « Il y a de la part de certaines élites traditionnelles du Venezuela comme dans d’autres régions de l’Amérique latine une suspicion à l’égard de tous ceux qui veulent donner une impulsion plus sociale à la politique. Pour tout gouvernement qui souhaite gérer le pays à l’européenne, il y a une accusation immédiate de totalitarisme, de communisme. » Comme d’habitude, c’est la boursouflure du langage, dans les deux camps, qui s’impose. Avec les risques de dérapage que cela implique. Pour remettre quelques pendules à l’heure sur la nouvelle loi, lisez l’article Mr. Langellier prend un aller simple pour le pays des soviets, par Thierry Deronne et consorts.

La guerre des médias continue de plus belle

Titre percutant pour article dégradant

Titre percutant, article dégradant

Selon Martine Gozlan (qui titre hardiment Hugo Chávez vire –vraiment– autocrate dans Marianne), le gouvernement vénézuélien a fermé une trentaine de radios.  En fait, la CONATEL –le CSA vénézuélien– a révoqué légalement des concessions périmées ou acquises frauduleusement et compte attribuer les fréquences à des radios communautaires. Dans L’Express, Axel Gilden n’est pas en reste : « Le Venezuela est devenu, sous Chávez, une autocratie gérée comme une hacienda. La pauvreté n’a pas reculé. La criminalité a explosé. Les emprisonnements politiques arbitraires se multiplient. Les atteintes à la liberté d’informer sont devenues la norme. La guérilla « bolivarienne » des Farc (coupable de crimes odieux et d’enlèvements par centaines) compte sur l’appui déclaré du président « bolivarien » ». En trois phrases, tous les poncifs sont là. Bel esprit de synthèse ! Ces exemples confirment que la guerre médiatique n’est pas près de se terminer et devient un véritable enjeu –non seulement au Venezuela, mais jusque dans les plus belles démocraties du monde. Voici quelques textes à lire pour décrypter cette nouvelle guerre contemporaine :

Hugo Chávez fait son cinéma à Venise

À la Mostra de Venise, Oliver Stone présentait son dernier film, South of the Border, un documentaire qui est une sorte de road movie politique sur le renouveau socio-politique en Amérique Latine. Hugo Chávez en est évidemment l’un des protagonistes, aux côtés de sept autres présidents progressistes d’Amérique latine. Ne faisant ni une ni deux, le président vénézuélien a débarqué presque sans avertir à Venise et s’est transformé en star d’un soir, dans un festival par ailleurs réputé pour être le plus politisé de tous. Un reportage du quotidien mexicain El Universal illustre parfaitement l’événement :

Quant au film lui-même, en voici la bande-annonce, qui vous donnera une idée de son contenu :

Hugo Chávez plaisante avec le roi Juan Carlos

« Tiens, tu t’es laissé pousser la barbe comme Fidel Castro ! ». C’est ainsi que Hugo Chávez s’est adressé au roi d’Espagne, lors de l’étape madrilène de son récent tour d’Europe. Après le célèbre ¿Porqué no te callas? [Pourquoi tu ne la fermes pas?] lancé par un Juan Carlos exaspéré à Chávez lors d’un sommet ibéro-américain à Santiago, le moins que l’on puisse dire, c’est que les relations entre les deux hommes se sont améliorées. Et pour cause : la compagnie pétrolière espagnole Repsol vient de découvrir un énorme gisement de gaz au large des côtes vénézuéliennes. Il y a donc de bonnes affaires à développer ensemble. C’est amplement suffisant pour justifier une réconciliation entre le roi et le président. Les milieux d’affaires applaudissent.

Hugo Chávez (encore lui) déclare son amitié pour Sarkozy

Chavez se confie au Figaro

Chávez se confie au Figaro

Dans une interview exclusive au Figaro publiée le 9 septembre, Hugo Chávez dévoile l’état de ses relations avec la France : « Avec l’ancien président Chirac, j’avais d’excellentes relations sur le plan personnel, mais aussi au niveau politique et économique. Avec le président Sarkozy, nous avons continué. Il est devenu mon ami. C’est un homme étonnant. Un jour, il m’a dit en plaisantant : « Tu es l’ami de Fidel Castro, je suis l’ami de Bush. À nous deux, nous pouvons être les maîtres du monde. » Plus sérieusement, nous sommes de bons amis, nous nous sommes rencontrés plusieurs fois. Il y a un potentiel important de coopération en matière pétrolière. »

Au delà, le président vénézuélien parle dans cette interview de ses relations avec l’Iran (« Je suis effectivement ami avec le président Ahmadinejad. Je suis son allié. Je le remercie d’ailleurs pour les transferts de technologie de l’Iran au Venezuela. Nous avons signé un nouvel accord la semaine dernière à Téhéran. L’Iran a le droit de développer son énergie nucléaire comme le font la France, de nombreux pays et le Venezuela, pourquoi pas »), avec Obama (« À la main tendue de Barack Obama, j’ai offert la mienne. Je lui ai dit, comme je l’avais fait avec George Bush, « je veux être votre ami ». Nous avons parlé et je lui ai offert un beau livre sur l’Amérique latine. Malheureusement, l’arrivée d’Obama a entraîné beaucoup d’espoir, mais peu de changements. (…) Je pense que le président Obama devrait réfléchir à ce que lui a proposé aussi bien le président brésilien Lula que la présidente argentine Kirchner : la mise en place d’un grand plan Marshall en faveur de l’Amérique latine »), du Proche-Orient (« Je reconnais le droit d’Israël à vivre, comme celui de tous les autres pays. Ils ont tous les mêmes droits, y compris le futur État palestinien. Mais Israël doit respecter ce principe d’autodétermination pour les Palestiniens. »).

Hugo Chávez (toujours lui) annonce l’achat de missiles russes « qui ne ratent pas leur cible »

De retour de Russie, où il a rencontré ses compères Medvedev et Poutine –et reconnu, au passage, les républiques d’Ossétie du Sud et d’Abkhazie–, Hugo Chávez relate à son bon peuple, du haut de son balcon du palais de Miraflores, les résultats de son voyage. il annonce en particulier l’achat de missiles russes « qui ne ratent pas leur cible » :

Tout cela est à replacer dans le cadre du réarmement de plusieurs pays d’Amérique Latine et en particulier du droit accordé par la Colombie aux États-Unis d’utiliser six de ses bases militaires. Voici quelques articles récents pour situer cela dans son contexte :

Tout cela nous mène loin de Stefania Fernández par qui j’avais commencé ce billet. Pour clore cette revue sur un ton plus léger, je reviens sur elle avec une photo rétro assez inattendue, qui nous fera peut-être réfléchir sur le concept de beauté :

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Une Vénézuélienne à Washington

Dream Quartet, photo de Geoff Quinn

Dream Quartet, photo de Geoff Quinn

La cérémonie d’investiture de Barack Obama a fait couler beaucoup d’encre. Mais qui donc a signalé qu’une Vénézuélienne figurait aux tout premiers rangs, parmi les invités d’honneur? Elle s’appelle Gabriela Montero, une pianiste de renom, qui, aux côtés du clarinettiste Anthony McGill, du violoncelliste Yo-Yo-Ma et du violiniste Itzhak Perlman (de gauche à droite sur la photo ci-dessus), forme une sorte de « quatuor de rêve ».

Dans le froid glacial de Washington, les quatre musiciens ont interprété une pièce de John Williams, intitulée Air and Simple Gifts, qui avait été composée spécialement pour l’occasion. À vrai dire, ce jour-là, les musiciens ont joué en playback. Ils avaient en effet décidé d’enregistrer la pièce deux jours auparavant afin d’éviter tout risque de rupture de corde ou de doigts congelés. Un couac n’aurait pas été le bienvenu dans de telles circonstances.

Il serait intéressant de savoir qui a choisi les musiciens et pourquoi. Obama lui-même serait-il intervenu? Dans le cas de Anthony McGill, le choix est transparent (et symbolique) : originaire de Chicago, comme Barack Obama, il est l’un des rares Afro-Américains à occuper un poste de premier instrumentiste dans un grand orchestre symphonique, en l’occurrence le Metropolitan Opera de New York. La présence de Yo-Yo Ma et de Itzhak Perlman, vedettes consacrées de la musique classique, est moins inattendue. Quant à Gabriela Montero, elle est certes connue, mais ne fait pas partie des stars, encore que ses improvisations, en fin de concert, sur des airs que lui propose le public, font l’admiration de beaucoup.

Et pour ceux qui auraient raté la partie de la cérémonie d’investiture durant laquelle a joué ce « quatuor de rêve », en voici les images :

Et pour ceux qui voudraient savoir où se trouvaient Gabriela Montero et le quatuor lors de la cérémonie d’investiture de Barack Obama,  scrutez cette photo extraordinaire de 1474 mégapixels de David Bergman et allez à la recherche des invités, dont bien entendu George W. , Condoleezza Rice, M. et Mme Clinton et John McCain (qui bougeait au moment de la photo!). Bon amusement!

Au pays des seins siliconés

Akasha

Je vis au pays des seins siliconés! Ai-je de la chance, ou de la malchance? Tout dépend évidemment du point de vue. Certain(e)s aiment la nature, d’autres préfèrent le plastique (ou plutôt la plastique…).

Toujours est-il que si l’on vit au Venezuela, on ne peut y échapper! Ils sont partout, ils s’exposent hardiment, s’inclinent sans pudeur, balancent allègrement… Je veux parler des seins. Ici, les décolletés sont par définition profonds, et cela 365 jours par an, car nous avons la chance, oui, de ne jamais devoir affronter les rudeurs de l’hiver!

Petits seins s’abstenir, il les faut gros, imitant en cela les obsessions venues du Nord. Sin tetas no hay paraiso [Sans nichons, pas de paradis], comme le proclame le titre d’un récent best-seller qui a inondé l’Amérique latine (et, me dit-on, le monde), devenu depuis série à succès par les bonnes grâces de la télévision colombienne. Dans ce roman, le journaliste Gustavo Bolívar Moreno, colombien lui aussi, décrit le mal de vivre des adolescentes qui n’ont pas la chance d’en avoir de gros.

Il exprimait là tout haut le malaise du moment, chez les jeunes filles. D’où, chez elles, l’énorme consommation de silicone, jusqu’à 450 cm3 par sein! À ce petit jeu, le Venezuela arrive sans doute en tête en Amérique latine : le niveau de vie moyen y est généralement plus élevé qu’ailleurs, facilitant l’accès à la chirurgie plastique. Certains médecins (ou marchands) n’hésitent d’ailleurs pas à afficher tarifs –avec facilités de paiement– sur leur site Web!

Démocratisation

La course vers le silicone dépasse de très loin celles qui ont des prétentions de faire carrière « professionnelle » dans la beauté –miss, actrices, mannequins, présentatrices de télévision, prostituées… Depuis quelques années, la tendance est franchement à la démocratisation.

Aussi n’est-il pas rare de voir des adolescentes demander à leur parents, pour la célébration de leur quinze ans (passage symbolique de jeune fille à femme, rite largement fêté dans toute l’Amérique latine), de leur offrir une mammoplastie, opération d’augmentation des seins. Autre anecdote significative : un jour, de passage dans la petite ville d’Irapa, à l’extrême est du pays, quelle ne fut pas ma surprise de voir que le premier prix de la loterie locale n’était autre qu’une chirurgie des seins! (Qu’y avait-il de prévu si le gagnant était du sexe masculin? Mystère…).

Bref, au Venezuela, les nichons sont partout, fiers comme des melons. En tant que mâle, et sans vouloir être voyeur, disons qu’on en reçoit plein la vue dans ce pays où le jeu de la séduction tourne vite à celui de la provocation, voire de la vulgarité (voir la photo ci-dessus, qui illustre parfaitement combien la frontière se brouille entre ces trois concepts) .

Culte exacerbé

SéductionTout cela se résume finalement a un culte exacerbé du corps féminin. Vous me direz que la tendance est mondiale, et qu’elle participe de la « pornoïsation » progressive du village global. Sans doute. Il y a un effet « mode » incontestable, qui exploite un malaise latent de plus en plus généralisé chez les femmes. Il y a, derrière cette souffrance plus créée que réelle, une sorte de lavage de cerveau semi-publicitaire, à base de techniques psychologiques subtiles, dont le but est de modifier les attitudes des personnes sans qu’elle s’en rendent compte, au point de les persuader qu’elles prennent leurs décisions en toute autonomie. Les gros seins comme nouveau produit de consommation, en quelque sorte.

Soit. Mais l’effet n’est pas nécessairement le même partout. Dans une société telle que la vénézuélienne, fondamentalement machiste mais aussi matriarcale (voir Le Venezuela est une femme et Dénudées, mais pas trop), on se trouve en face d’un phénomène social foncièrement ambigu. Face aux hommes traditionnellement tout-puissants, les femmes désirent s’affirmer et gagner leur espace –et y parviennent d’ailleurs de plus en plus. Mais pour y arriver, l’arme privilégiée que beaucoup d’entre elles utilisent reste la beauté, la séduction –qu’elles n’abandonneraient pour rien au monde, en tant qu’élément substantiel au féminin. Or, à n’en pas douter, les seins en constituent une part importante…

Donc, d’une part, les Vénézuéliennes ne veulent pas qu’on les traite comme des objets, mais d’autre part, elle se transforment en potiches à gros seins. Cherchez où est l’erreur… Quant au macho local, il se relèche les babines de cette nouvelle aubaine…

En attendant, si vous ne le saviez pas encore, la géographie s’est transformée : Silicon Valley ne se trouve désormais plus en Californie, mais bien au Venezuela, dans la vallée de Caracas!

Photo 1 : Akasha par Dorian Ortiz – Source : Hot Bellas Venezolanas
Photo 2 : Marian par Luisma – Source : Rumbacaracas

Le Venezuela est une femme

Chica bonita

Eh oui, cela vous étonnera sans doute : LE Venezuela n’est pas masculin, mais bien féminin. En espagnol, on dit bien LA Venezuela. Le nom n’est autre qu’un diminutif de Venezia. (Petite digression historique : c’est en effet l’exquise Venise qui est venue à l’esprit de l’explorateur florentin Amerigo Vespucci lorsqu’il aperçut pour la première fois les villages indiens construits entièrement sur pilotis le long de la côte de ce qui constitue à présent le Venezuela.)

Vous me direz qu’un pays n’a pas de sexe. Et pourtant, quiconque a fréquenté quelque peu le Venezuela ne peut douter un seul moment que ce pays est bien une femme! C’est que la femme vénézuélienne est partout : séduisante, élégante, altière, provocante, elle domine allègrement les rues et les endroits publics. À la maison, c’est elle qui commande, dans une sorte de matriarcat qui, par ailleurs, n’exclut nullement le machisme (pensez à la mamma italienne, dont on n’est pas loin). À la télévision, elle n’arrête pas de crever l’écran de sa beauté exhubérante… et quelquefois construite. À l’école, à l’université, elle efface volontiers ses camarades masculins par sa constance et ses qualités d’apprenante. Une fois dans la vie professionnelle, il n’est pas rare de la voir gravir les échelons et arriver à des postes de décision.

Face à cette femme hyperactive, l’homme, le macho, n’a finalement que peu d’arguments. Il ne peut qu’en appeler à la tradition et à l’irrationnel pour justifier sa supposée supériorité.

Mais la vraie supériorité, celle qui compte dans la vie sociale, est souvent ailleurs – du côté des femmes. Devant des hommes volontiers désengagés et inconstants, c’est la femme qui assume presque tout : elle s’occupe non seulement de l’éducation des enfants et de la tenue du foyer (ses rôles traditionnels), mais elle assure aussi bien souvent le gagne-pain de la famille.

Et pourtant le machisme est toujours là, bien ancré, qui parvient à faire taire les plus impertinentes au moment précis où il se sent menacé dans ses fondements. Et pour y arriver, rien n’est plus efficace qu’un mot ou un geste amoureux, vrai ou simulé : cela les fait fondre…

Paradoxes d’une société dans laquelle l’homme cherche à dominer, mais y arrive de moins en moins, tandis que la femme peut à la fois briller et jouer la soumise, dominer outrageusement et être inexorablement dominée.

Un petit jeu qui n’est pas toujours facile à comprendre.