Category: Pratique


seins

Vous saviez déjà que je vis au pays des seins siliconés. Le silicone, c’est une vraie obsession nationale au Venezuela. Même les filles qui ont, ma foi, une bien jolie poitrine, en veulent une plus grosse, au risque de les défigurer à jamais. Allez comprendre…

L’industrie -car c’en est une- de la chirurgie esthétique est en plein essor, et ce n’est pas le chavisme qui va l’arrêter. Le président peut nationaliser les mines d’or, les cimenteries, l’industrie métallurgique, les supermarchés, les compagnies immobilières, que sais-je encore… , il ne nationalisera pas mon corps, ma beauté, mes seins.

La médecine esthétique fait donc feu de tout bois : publicités pleine page dans les journaux, panneaux publicitaires géants dans les villes, cliniques hyper-modernes. Laissons les médecins cubains faire le sale boulot, concentrons-nous sur le rentable, voilà ce que se disent les médecins du cru.

Consultation virtuelle

Dernier avatar : la consultation de chirurgie esthétique sur Internet. C’est ce que propose notamment la Clinica Dempere :

La consultation virtuelle est la forme la plus rapide, la plus complète et la plus sûre d’avoir une consultation en chirurgie plastique et médecine esthétique.

Ne perdez pas votre temps à vous déplacer et à attendre dans le cabinet. Posez vos questions par Internet et envoyez-nous votre photographie.

Suivent les instructions : en premier lieu (bien évidemment), il faut verser le coût de la consultation (200 Bs., soit 45 US$ au taux officiel) à l’un des comptes bancaires indiqués. Ensuite, il faut prendre des photos de son corps et les envoyer à l’adresse de courriel mentionnée. Des instructions précises sont données selon qu’il s’agisse de photos du visage, des seins, du corps ou des cuisses. Enfin, on posera ses questions personnelles sur un formulaire ad hoc.

En prime, la clinique offre une consultation en esthétique dentaire totalement gratuite ! Quant à la facture, elle vous sera envoyée par courrier électronique.

Potiches ambulantes

sein, beauté, corpsCette petite anecdote vous illustrera le stade où nous en sommes ici au Venezuela en matière de beauté féminine : un stade plutôt désolant où des filles naturellement jolies veulent se faire faussement jolies. Le tout poussé par une industrie médiatique qui impose ses diktat en matière de beauté : la moindre présentatrice de nouvelles doit correspondre aux canons de la beauté factice, sans parler des vedettes de telenovelas, véritables potiches ambulantes.

L’industrie médicale n’est pas en reste. Elle s’engouffre à fond dans le créneau, promettant de réparer les soi-disant imperfections de la nature. Elle multiplie publicité et offres sur tous les canaux possibles. Le bouche à oreille entre amies bien informées fait le reste.

Face à cette pression à la fois médiatique, médicale et sociale, il est difficile pour une jeune fille de résister bien longtemps. Elle a toutes les chances d’entrer tôt ou tard dans le circuit bien balisé de la beauté industrielle. Et si, d’aventure, elle ne peut se payer (ou on ne peut lui payer) ces dépenses extravagantes, elle vivra dans une frustration à peine retenue.

Refabriquez-moi ces seins, qui ne sont pas comme il faut. Resculptez-moi ce nez, trop long à mon goût. Rabotez-moi ces fesses, qui sont trop rebondies. Réparez-moi ce corps, que je ne supporte plus.

Rares sont celles qui, à quinze ou vingt ans, échappent à ce rouleau compresseur bien orchestré.

Les Recettes oubliées des Andes vénézuéliennes

Les Recettes oubliées des Andes vénézuéliennes : c’est le titre d’un livre bilingue français-espagnol qui vient de paraître… à Montréal ! Le lieu d’édition pourrait paraître étrange pour un ouvrage aussi spécialisé. En fait, la production de ce livre grand format a une histoire qui mérite d’être contée.

Il était une fois un professeur du Colegio Universitario Hotel Escuela de los Andes Venezolanos [Collège universitaire Hôtel-École des Andes vénézuéliennes], situé à Mérida. Il s’appelle Gamal El Fakih, il est Vénézuélien, né de mère vénézuélienne et de père arabe. Un jour, avec ses étudiants, il décide de faire une recherche sur la cuisine traditionnelle des Andes vénézuéliennes. Comme il n’existait aucune bibliographie sur le sujet, la seule solution était donc de travailler directement sur le terrain.

Les recettes oubliées des Andes vénézuéliennes

Une grand-mère

Voilà donc le professeur et ses étudiants partis arpenter les villages les plus éloignés (et les plus authentiques) de la région pour y interviewer les grands-mères. Le but est de recueillir un maximum de recettes anciennes, dont un grand nombre ont disparu des cuisines actuelles. Les grands-mères, d’abord méfiantes, se prêtent au jeu. Le projet prend forme. Ce véritable travail ethnographique donnera lieu à une première publication en 1999, financée par l’Hôtel-École et la Corporation de tourisme de Mérida.

Années de bourlingage

Dix ans plus tard, Gamal El-Fakih se trouve à Montréal, où il occupe le poste de directeur adjoint de l’Institut de Tourisme et d’Hôtellerie du Québec (ITHQ). Entre-temps, il a bourlingué d’hôtel de luxe en hôtel de luxe –en Arabie saoudite, au Qatar, à Tobago, à Antigua– avant de finalement s’installer au Canada, où il continue de travailler dans l’hôtellerie. Il décide alors de se lancer dans un projet qui le taraude depuis quelques années : une nouvelle édition du livre sur les recettes oubliées.

Il se met au travail. Il s’agit d’abord de revoir les recettes une par une, afin de les réécrire en indiquant des quantités pour chacun des ingrédients. En effet, traditionnellement, la transmission des recettes se faisait de mère en fille, oralement et par l’expérience. Les grands-mères interrogées ne s’embarrassaient pas avec les quantités exactes, donnant seulement des approximations. C’est ce qu’avaient recueilli les étudiants et ce qui avait été publié dans la première édition. Utilisant ses talents de cuisinier, Gamal a donc refait nombre de recettes afin de pouvoir les présenter selon les normes reconnues dans les livres de cuisine.

Les illustrations

Les recettes oubliées des Andes vénézuéliennes

Une cuisine traditionnelle

Pour les illustrations, comment faire ? Photographier chaque plat eût été une entreprise gigantesque et coûteuse. Mais un jour, Gamal est tombé sur la collection de photos que je maintiens sur Flickr, dont un grand nombre ont été prises dans les Andes vénézuéliennes. Il en a apprécié le style et la facture. Plutôt que d’illustrer les recettes par des photos de plats, pourquoi ne pas illustrer plutôt la région, ses gens, ses villages, ses paysages, ses maisons, ses cuisines ? Gamal (qui me connaissait, pour avoir fréquenté l’Alliance française de Mérida au temps où j’en étais le directeur) m’a alors contacté pour me demander l’autorisation de publier mes photos dans l’ouvrage qu’il préparait. Réponse positive, bien entendu.

Je me suis donc associé au projet : sélection et édition des photos, relecture des textes français (qui avaient été traduits par Marie-Rose Pérez, l’actuelle directrice de l’Alliance française de Mérida), etc. Le tout a été envoyé à une équipe de graphistes, qui a fait un excellent travail, puis à une imprimerie, tout aussi excellente.

Une édition vénézuélienne?

Le résultat est un très bel ouvrage, qui a été baptisé au mois de juillet dernier à Montréal. Faute de commanditaires publics ou privés intéressés par un thème aussi spécialisé, le livre a été édité à compte d’auteur. Mais il est la meilleure carte de visite pour promouvoir et préparer une nouvelle édition vénézuélienne, en langue espagnole uniquement. Des contacts ont déjà été pris dans ce sens. Il serait juste et logique que les Vénézuéliens –et les Andins en particulier– puissent profiter à leur tour d’un ouvrage qui met en valeur une partie significative de leur patrimoine.

Les recettes oubliées des Andes vénézuéliennes

Le planteur de pommes de terre

En attendant, le livre Les Recettes oubliées des Andes vénézuéliennes a son site web trilingue, en français, anglais et espagnol. On peut se le procurer dans plusieurs librairies de Montréal, Québec et Sherbrooke. Ceux qui ne peuvent se rendre là-bas peuvent l’acheter en ligne. On cherche également des distributeurs dans d’autres pays. Si vous êtes intéressés, contactez directement Gamal El Fakih.

Pour en savoir plus

Je pressens que l’article vous a mis l’eau à la bouche… Vous en voulez plus?

  • Écoutez l’interview de Gamal El Fakih réalisée par Radio-Canada International dans laquelle il explique en détail le processus de collecte des recettes

  • Consultez le dossier réalisé par Cyberpresse sur le livre Les Recettes oubliées
  • Écoutez l’une des grands-mères,  Mme Mercedes Muñoz de Rodríguez, interpréter la chanson traditionnelle La cocina [La cuisine]
  • Voyez d’autres vidéos en relation avec le livre
  • Inscrivez-vous au groupe Facebook Las Recetas Olvidadas (en espagnol)

Pet de mouche

Jour de fête, de Jacques Tati

Jour de fête, de Jacques Tati

Aujourd’hui, on fait la fête ! 150.000 visiteurs (ou plutôt visites, car il y en a qui reviennent, heureusement) sur venezueLATINA depuis ce matin. Vous me direz : 150.000, c’est un pet de mouche si on compare à Facebook, à Google, à Yahoo. Sans doute, mais je ne parle, moi, que d’un seul thème, d’un seul pays.

Depuis le 14 janvier 2007, date du premier article sur venezueLATINA, ce sont 216 billets rédigés sur le seul Venezuela, un sujet qui, a priori, n’attire pas vraiment les foules (si l’on excepte les frasques et les gros mots de Chávez). Le pays ne jouit pas d’une image particulière, il n’est pas une destination touristique de masse, il a plutôt mauvaise presse question sécurité… bref, c’est une gageure d’écrire autant sur ce grand territoire méconnu, sous-estimé, voire mal-aimé.

Une rare longévité

Lac Titicaca, par Dul

Lac Titicaca, par Dul

venezueLATINA, ce sont donc trois ans et demi de constance, une longévité plutôt rare parmi les blogs, surtout à l’heure des 140 caractères de Twitter. J’en ai vu passer, des blogs amis… Certains ont perdu du peps (hein Patxi? hein Gaël?), d’autres ont fait un petit tour et puis s’en vont (alors, Grégoire, de retour à Toulouse? et toi Nathalie, tu te caches où? et puis toi, étudiante en journalisme, Hugo ne délire plus?). Il reste les vieux de la vieille : Francis de Vitoria, au Brésil, lui aussi plutôt absent ces derniers mois, Dul, qui reprend du poil de la bête avec ses merveilleuses photos, l’infatigable Petit Hergé, en Argentine… et j’en passe, qu’ils me pardonnent.

Les hits sur venezueLATINA? Tout ce qui a trait au sexe, bien sûr, qui est la vache à lait du web. Mettez le mot sein dans un article et les visites affluent. (Petit truc : pour déjouer les petits vicieux, écrivez un article sur le Da Sein de Heidegger, et vous arriverez au même résultat en nombre de visiteurs!)

Chez moi, le gros succès, c’est donc mon article Au pays des seins siliconés qui caracole depuis bientôt trois ans en tête du hit parade du blog, bien avant Dénudées, mais pas trop et Une semaine pas toujours très sainte. Consolation : le premier article non sexuel vient en quatrième position. Il s’agit du billet sur Le cuatro, instrument-roi de la musique vénézuélienne. Ce dernier est aussi l’article le plus commenté.

Tornade au loin

mouche qui pète

Pet de mouche

Allez, assez de fleurs pour aujourd’hui. Merci infiniment à vous tous qui me suivez. En route donc, tous ensemble, vers le million de visiteurs!

Et n’oublie surtout pas, ô fidèle lecteur ou lectrice : les pets de mouche, c’est comme le battement des ailes d’un papillon, cela peut provoquer une tornade à mille lieues à la ronde.

la cachapa, une délicieuse galette de maïs

Une "cachapa" au "queso de mano" (photo : Alfredo Izaguirre)

Une fois n’est pas coutume, je me lance aujourd’hui dans un article sur la gastronomie vénézuélienne. Une gastronomie simple et saine, parfois fruste, qui reste proche de ses racines rurales ou indigènes.

Un des mes plats préférés est sans aucun doute la cachapa. Il s’agit tout simplement d’une galette de maïs tendre, une sorte de crêpe épaisse que l’on déguste généralement farcie de fromage frais. Ainsi combiné, le plat possède une saveur sucrée-salée qu’affectionnent particulièrement les Vénézuéliens.

Originaire des Llanos, les grandes plaines agricoles du sud du pays, la cachapa est devenue un plat national, au même titre que l’arepa (petit pain de maïs), la hallaca (mélange de viandes et légumes entouré de pâte de maïs et emballé dans une feuille de bananier pour une cuisson à l’eau) ou le pabellón (plat composé de viande émincée, de fèves noires, de bananes plantains, de riz et de fromage).

Une recette simple

La confection d’une cachapa n’a rien de sorcier. En voici la recette : égrenez le maïs, qui doit être jeune et tendre. Passez les grains au mixeur pour obtenir un mélange liquide mais encore légèrement granuleux. Si nécessaire, ajoutez un peu de lait  pour obtenir la consistance voulue, coulante mais épaisse.  Ajoutez un œuf battu pour lier le mélange, une pincée de sel, ainsi que du sucre (brun de préférence) à votre convenance.

Cuisson des cachapas sur une taque

Cuisson des cachapas

Étendez une louche du mélange obtenu sur un budare (sorte de poêle plate en fonte) préalablement enduit d’huile, ou, à défaut, dans une poêle. Laissez dorer sur une face, puis retournez.

La cachapa ne serait que l’ombre d’elle-même sans un bon queso de mano (fromage fabriqué à la main). Au moment de servir, placez un queso de mano à l’intérieur d’une cachapa pliée en deux. Laissez sur le budare jusqu’à ce que le fromage commence à fondre. Servez la cachapa bien chaude, accompagnée d’une agua de panela con limón (eau de sucre de canne au citron). Délicieux ! (À défaut de queso de mano, difficile à trouver hors du Venezuela, on pourra utiliser un fromage blanc doux de type mozzarella ou encore un feta.)

Un autre classique

Fabrication du queso de mano

Fabrication du queso de mano

Le queso de mano est un autre classique de la gastronomie vénézuélienne. Il s’agit d’un fromage blanc frais de pâte filée. Le caractère filé de ce type de fromage s’obtient en malaxant à la main le lait caillé cuit dans l’eau à 90°C. Le résultat obtenu est un fromage plat de forme ronde, de texture douce et élastique, qui a tendance à se décomposer en couches. Pour assurer sa conservation , on le submerge dans de la saumure.

Quant à l’agua de panela con limón, elle est la boisson populaire par excellence, confectionnée à partir d’un morceau de pain de sucre de canne dissous dans de l’eau, à laquelle on ajoute le jus d’une ou plusieurs limes.

Pour tous les palais

Si vous êtes de passage au Venezuela, n’hésitez donc pas à acheter une bonne cachapa dans un restaurant, ou même dans un petit commerce populaire le long d’une route. Alors que l’arepa n’est généralement pas appréciée de premier abord par les étrangers, qui la trouvent lourde et insipide, la cachapa a l’art de plaire à tous les palais. Ne boudez pas votre plaisir !

La fabrication de la cachapa

La chaîne de fabrication de la cachapa

Cachapas cuites en batterie

Cachapas cuites en batterie

venezueLATINA change de peau

Si a la réforma

C’est décidé, venezueLATINA change de peau ! Après trois ans de bons et loyaux services, le thème Contempt est remplacé par Motion. On passe ainsi d’un thème classique, sobre et carré, à un thème moderne, créatif et rond. Rompant avec la ligne pure et les aplats de Contempt, Motion joue à fond sur les couleurs et les transparences.

Le choc pourrait paraître brutal et j’ai bien la sensation de faire une espèce de saut dans l’inconnu. Mais dès que j’ai vu le nouveau thème, il y a une quinzaine de jours, je me suis amouraché de la petite folie qui en émane.  Un coup de foudre auquel je n’ai pu résister. Si bien que, après quelques essais et paramétrages, j’ai décidé de l’adopter. Maintenant, la question qui me taraude est : me suivrez-vous dans cette petite révolution, chers lecteurs ?

Ni enfer, ni paradis

Outre un look totalement différent, le nouveau thème offre quelques avantages par rapport au précédent : une meilleure gestion de l’espace, permettant une plus grande amplitude graphique ; et la possibilité d’intégrer un nombre plus élevé de widgets, donc de donner, sur une même page, une plus large gamme d’informations croisées sur les contenus du blogue.

Parlons-en donc des contenus. Ils ne changeront pas d’un iota. venezueLATINA continuera sans relâche à parler du Venezuela dans tous ses états : culture, société, sujets insolites, et autres bisbilles… La politique, thème inévitable dans ce pays gouverné par un certain  Hugo Chávez, y aura sa place, mais pas plus qu’elle ne le mérite. Car ne confondons pas l’arbre et la forêt… et ne tombons pas dans les pénibles travers des reporters de la grande presse.

Alors que les blogues en général perdent du terrain, dit-on, face aux réseaux sociaux de type Facebook, Twitter ou Youtube, l’audience de venezueLATINA ne cesse d’augmenter. Paradoxal ? Je n’en suis pas si sûr. En tout cas, cela ne peut que m’inciter à continuer dans la même ligne : dans le refus de croire qu’on peut dire beaucoup de choses intéressantes en 140 caractères (Twitter), dans le refus de tomber dans la facilité –pour ne pas dire le facilisme (Facebook), dans le refus de succomber à l’illusion et la fascination des images (Youtube).

Et dans le désir de vous offrir, chers lecteurs, une vision différente, variée et documentée du pays où je vis, ni enfer, ni paradis : le Venezuela.

Correo del Orinoco

Le premier numéro du "Correo del Orinoco" (27 juin 1818)

Tout régime politique a besoin de symboles forts : Marianne en France, le Mayflower au États-Unis, Guillaume Tell en Suisse, et j’en passe. Dans la République bolivarienne du Venezuela de Hugo Chávez,  on va nécessairement les trouver du côté de Simón Bolívar, héros de l’indépendance du pays et libertador de plusieurs républiques d’Amérique latine.

Tout ce qui touche à Bolívar a donc une valeur spéciale dans le pays. Aussi n’est-il pas étonnant que lorsqu’il s’est agi de trouver un titre pour le nouveau quotidien « officiel » appelé à être le porte-parole du gouvernement, on ait choisi celui de Correo del Orinoco [Courrier de l'Orénoque], celui-même d’une publication qui a joué un rôle fondateur dans l’histoire du Venezuela.

En effet, le Correo del Orinoco fut fondé par Simón Bolívar à la suite de ses succès dans la campagne de Guyane, épisode important de la guerre d’indépendance. « Envoyez-moi d’une façon ou d’une autre une imprimerie, qui sera aussi utile que les munitions » écrivait-il en septembre 1817 à Fernando Peñalver, qui se trouvait à Trinidad pour, précisément, assurer la fourniture d’armes aux patriotes. L’objectif de Bolívar était de mettre su pied une publication qui contrerait l’influence de la royaliste Gaceta de Caracas. Un mois plus tard, en octobre 1817, arrivait à Angostura –l’actuelle Ciudad Bolívar– à bord de la goélette María, un petit atelier typographique en provenance de la Jamaïque.

Périodicité hebdomadaire

C’est donc à Angostura, capitale de la province de Guyane, qu’est publié, le 27 juin 1818, le premier numéro du Correo del Orinoco. Il comprend quatre pages et est imprimé sur une machine mue par la force des bras.  Son premier article est un bulletin de l’état-major de l’armée de libération, signé par Francisco de Paula Santander, futur opposant politique de Simón Bolívar. Le premier directeur de la publication est Francisco Antonio Zea.

Le Correo del Orinoco avait une périodicité hebdomadaire et paraissait tous les samedis. Au total, 133 numéros ont été publiés jusqu’en 1822, dont cinq extraordinaires, à l’occasion d’importantes victoires militaires, comme celles de Boyacá et Carabobo. Le périodique des patriotes a publié un grand nombre de décrets, de lois, de bulletins militaires, de lettres et de proclamations. Parmi celles-ci, le célèbre discours d’Angostura, prononcé par Simón Bolívar devant le Congrès en février 1819. Il publiait aussi des avis sur l’entrée et la sortie des navires, des anecdotes diverses et même des poèmes. D’une manière générale, il informait sur les succès militaires et politiques de la construction de la République de Colombie, ou Grande Colombie.

Très tôt, le Le Correo del Orinoco s’internationalise. Le 8 août 1818 est publiée une première édition bilingue, comprenant notamment un article sur la route de navigation sur l’Orénoque, destiné à faciliter l’arrivée à Angostura de navires étrangers alliés. La publication a également repris des articles de la presse étrangère en français et en anglais. Son dernier numéro fut publié le 23 mars 1822.

Le nouveau Correo del Orinoco

Premier numéro du nouveau « Correo del Orinoco »

L’artillerie de la pensée

187 ans plus tard, le Correo del Orinoco renaît de ses cendres, sous l’impulsion d’un certain Hugo Chávez. Le 30 août 2009, il revient dans les kiosques du Venezuela dans sa nouvelle formule : un quotidien de format tabloïde et d’une vingtaine de pages, dont le sous-titre évoque les « munitions » dont parlait Simón Bolívar dans sa lettre à Peñalver : La artillería del pensamiento [L'artillerie de la pensée]. Son contenu est évidemment proche de la ligne gouvernementale (il publie notamment Las líneas de Chávez). Toutefois,  comme tout quotidien qui se respecte, il comprend aussi des sections sportives et culturelles moins politisées. Grâce aux subsides dont il bénéficie, son prix est trois fois moindre que celui de ses concurrents : il se pose ainsi en journal populaire.

L’objectif du nouveau Correo del Orinoco est clair : faire front à la guerre médiatique que pratiquent assidument les grands quotidiens privés du pays, El Nacional et El Universal en tête, secondés par les agences de presse internationales et la plus grande partie de la presse étrangère. Tâche particulièrement difficile et ingrate, qui s’avère être une bataille de David contre Goliath.

Qu’à cela ne tienne : comme celui de Simón Bolívar, le Correo del Orinoco de Chávez a senti la nécessité de s’internationaliser. À partir du 4 février prochain sortira chaque vendredi une édition hebdomadaire en langue anglaise, sous la direction de l’avocate et activiste bien connue Eva Golinger. Un numéro 0 est déjà paru comme encarté dans le journal en langue espagnole du 22 janvier 2009. Sont projetées des versions en langue portugaise, en créole et même en wayuunaiki (la langue de la communauté indienne wayuu, qui comprend quelque 500.000 personnes vivant entre la Colombie et le Venezuela).

Le Correo del Orinoco n’est sans doute pas le meilleur journal du monde. Mais toute personne intéressée par le Venezuela contemporain devrait le consulter. On y trouve des informations qu’on ne trouve nulle part ailleurs et on y reçoit un point de vue qui n’est pas celui des médias dominants. Le tout enrobé dans une présentation pratique et agréable.

Même les opposants politiques, oserais-je dire, auraient tout intérêt à le lire régulièrement. Forts du point de vue opposé au leur, ils pourront peut-être ainsi développer un discours politique plus consistant et plus intelligent contre le personnage qui les empêche de dormir…

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> Télécharger le Correo del Orinoco, édition du 22-01-2009 (en espagnol)
> Télécharger le Correo del Orinoco international, numéro 0 du 22-01-2009 (en anglais)

Pour le retour de la chaîne TV5 Monde dans la programmation de DirecTV en Amérique latine

Coup dur pour les francophones et francophiles du Venezuela et d’Amérique latine : le 1er janvier 2010, DirecTV, le plus important service de télévision par satellite dans plusieurs pays d’Amérique latine, a retiré la chaîne francophone TV5 Monde de sa programmation, sans la moindre justification ni avis préalable.

Pour les francophones qui résident en Amérique latine, TV5 représente un lien important avec leur pays et leur culture d’origine. Pouvoir, sur une même chaîne, regarder les journaux télévisés de France, de Belgique, du Canada et de Suisse représente un réel privilège. Sans compter les autres émissions d’information, les films, les séries, les variétés, les jeux.. Au total, une programmation tous publics plutôt intelligente.

Pour les Latino-américains francophiles (ils sont encore nombreux, quoiqu’on dise), TV5 est une fenêtre importante sur la culture qu’ils apprécient et qu’ils défendent. Et pour tous ceux qui apprennent le français en Amérique latine, c’est une possibilité d’apprentissage et de perfectionnement.

Ce large public –même s’il est moins large que les fans de CNN ou de Disney TV– a le droit de bénéficier d’au moins une chaîne en langue française parmi les dizaines de chaînes diffusées par DirecTV, qui comprennent une ou plusieurs chaînes en anglais, en portugais, en allemand, en arabe, en chinois, notamment.

Réagir

Il n’y a plus, maintenant, de chaîne en langue française sur DirecTV en Amérique latine. J’ai donc décidé de réagir.

J’ai d’abord créé un groupe dans Facebook : Pour le retour de TV5 dans la programmation de DirecTV en Amérique latine, histoire de nous informer mutuellement sur la situation dans les différents pays concernés. Pour l’instant, on sait que l’Argentine, l’Uruguay et le Venezuela sont touchés par la mesure de DirecTV, mais on ne connaît pas la raison officielle de la suppression de TV5, l’entreprise ne donnant aucune explication (du moins ici).

J’ai ensuite créé une pétition en ligne, également intitulée Pour le retour de TV5 dans la programmation de DirecTV en Amérique latine.

Alors, que vous viviez en Amérique latine ou que vous n’y viviez pas, que vous aimiez TV5 ou que vous ne l’aimiez pas, je pense que ça vaut la peine de donner un petit coup de pouce pour défendre la présence francophone dans le continent latino-américain. Je vous invite donc à vous faire membre du groupe Facebook (si vous utilisez Facebook) et à signer la pétition en ligne :

Pour le retour de TV5 Monde sur DirecTV en Amérique latine

Les francophones et francophiles de par ici vous en seront reconnaissants.

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>> Lire  le communiqué de TV5 Monde : Suppression de TV5MONDE de l’offre DIRECTV (en français)
>> Leer el comunicado de TV5 Monde : Supresión de TV5MONDE en DIRECTV (en español)
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