Category: Politiquement incorrect


salaire minimum au Venezuela
En cette veille de premier mai, le monde du travail s’anime au Venezuela. Ou plus exactement, on l’anime depuis les hauteurs du pouvoir. En effet, le gouvernement (lisez plutôt : Hugo Chávez) a pris ou est sur le point de prendre deux décisions qui toucheront une majorité de Vénézuéliens : une hausse importante du salaire minimum et l’approbation d’une nouvelle Loi sur le Travail.

Rattrapage et dépassement

La hausse du salaire minimum a déjà été annoncée depuis belle lurette par le président. Elle se fera en deux temps :  15 % le premier mai et 15 % le premier septembre, soit une augmentation totale de 32,25 %. Le pourcentage pourrait paraître exubérant. Il convient cependant de le placer en contexte : en 2011, le taux d’inflation s’est élevé à 27,6 %. L’augmentation du salaire minimum correspond donc à un rattrapage de l’inflation, plus un léger dépassement. Alimenté par les revenus du pétrole, ce dépassement sera évidemment le bienvenu pour les familles les plus pauvres. En pleine année électorale, il donnera aussi au pouvoir un souffle d’air frais…

Le nouveau salaire minimum s’élèvera donc à 2047, 52 bolívares. Aux dires du gouvernement, ce sera le plus élevé d’Amérique latine, se situant à 476,17 US$. C’est sans doute vrai si on le calcule sur la base du taux de change officiel de 4,30 bolivars par dollar. Ce l’est moins si on le calcule sur la base du taux parallèle, deux fois plus élevé. Il est vrai que les produits de première nécessité, qui sont ceux qu’achètent majoritairement les personnes touchant un salaire minimum, sont importés au taux officiel. Mais le moindre petit “luxe” (et même celui qui n’en est pas un) est, lui, importé et facturé au taux parallèle.

Le vrai problème

panier de base

Produits de première nécessité

En fait, le vrai problème n’est pas là. Le vrai problème est le suivant : comment vivra-t-on, au Venezuela, lorsqu’on recevra en septembre la totalité du nouveau salaire minimum, augmenté de la prime alimentaire obligatoire qui se situe, elle, autour de 500 Bs. mensuel, soit un total de quelque 2500 bolivars par mois? Référons-nous au prix du “panier alimentaire de base” calculé par l’Institut national de la statistique (INE) : en mars 2012, il se situait à 1.769,05 bolívares (moyenne pour l’ensemble du pays) et atteignait 2.008,15 bolívares en Caracas, la ville la plus chère du pays. En septembre prochain, il aura augmenté plus que certainement dans la proportion de 8 à 10 %.

Cela saute aux yeux : il n’est guère possible de faire vivre une famille, fût-elle de deux ou trois personnes, avec un seul salaire minimum. Si l’on compte les dépenses de logement et d’habillement, il en faut deux au moins dans une famille pour vivre tout juste décemment. Le gouvernement, il est vrai, clame que 79 % des travailleurs ont un salaire supérieur au salaire minimum, alors qu’en 1999 il n’étaient que 35 % dans ce cas. Prenons acte, au moins, de ce souci de redistribution vers les catégories les plus démunies, dont la hausse du salaire minimum est l’une des facettes. Mais restons mesurés quant aux effets réels de cette augmentation.

Une marge énorme

Encore tout cela vaut-il pour ceux qui ont la chance d’avoir un vrai emploi, ceux-là qui travaillent dans l’économie dite “formelle”. Cinq millions et demi de Vénézuéliens font partie, eux, du secteur “informel” et ne bénéficient pas des avantages sociaux. Pour ces personnes dénuées de protection, chaque jour, c’est une nouvelle lutte pour gagner leur subsistance. Si on devait inclure le secteur informel dans les statistiques, le taux de chômage ne serait pas de 8 %, comme il est proclamé officiellement, mais de 50 %.

Il reste donc une marge énorme pour améliorer les conditions de travail (et les conditions de vie) de la population. Et il subsiste un défi non moins énorme pour le gouvernement s’il veut continuer à réduire les injustices et les inégalités, comme il le proclame. Pour les classes populaires, l’amélioration a été réelle au cours des treize années de chavisme, mais elle reste très nettement insuffisante. De plus, l’économie continuant à tourner autour de la rente pétrolière (plutôt qu’autour de la production), on est en droit de se demander jusqu’où cette rente pourra financer de futures avancées sociales.

Le dernier mot

De la nouvelle Loi sur le Travail, je ne vous parlerai pas trop, parce que ni moi ni personne ne savons ce qu’elle va contenir en définitive. Pourtant, elle devrait en principe être promulguée d’ici le premier mai, c’est-à-dire après-demain ! Ces derniers mois, des débats ont eu lieu à la base, essentiellement au travers de la Central Bolivariana de Trabajadores, confédération syndicale promue par le pouvoir. Des centaines de propositions ont été faites. Mais lesquelles, en définitive, seront retenues ? Bien qu’une commission spéciale ait été formée à l’Assemblée nationale, tout indique que c’est Hugo Chávez lui-même qui aura le dernier mot.

Économie informelle au Venezuela

Économie informelle

Quelques fuites ont bien eu lieu : un nouveau calcul des prestations sociales, plus favorable au travailleur, serait instauré ; une caisse de sécurité sociale gérée par l’État serait créée pour remplacer le système actuel de fidéicommis ; le congé de maternité devrait être allongé à 30 semaines ; la durée journalière de travail pourrait être fixée à 7 heures, etc. Mais rien n’est sûr. Au dire de Chávez, il s’agira d’une loi de transition vers le socialisme, qui devrait payer la dette accumulée due aux travailleurs depuis des années. Comme il se doit, le patronat a déjà marqué sa ferme opposition à de telles mesures, arguant qu’aucun débat national n’a eu lieu sur une loi qui concerne une grande majorité de Vénézuéliens. Attendons donc voir le premier mai pour savoir de quoi il en retourne exactement.

Inclusion

Cela dit, ici aussi, le vrai défi n’est autre que l’intégration des millions de Vénézuéliens (46 % de la population économiquement active) qui travaillent dans le secteur informel. Auront-il le droit de cotiser à la sécurité sociale, ou resteront-ils une fois de plus en dehors du jeu ? Une loi qui se limiterait à l’amélioration de la condition des travailleurs de l’économie formelle passerait à côté du défi principal que pose la société vénézuélienne : l’inclusion de ces vastes couches de travailleurs “informels” dans un monde du travail structuré, digne du socialisme du XXIe siècle que prône le gouvernement.

Quoi qu’il en soit, on peut légitimement regretter la façon dont procède le gouvernement sur un sujet aussi sensible et essentiel que la législation du travail. Même s’il a les meilleures intentions du monde, en choisissant le décret plutôt que le débat, le pouvoir contrevient à tous les principes de la démocratie de base, qu’il ne cesse pourtant de prôner.

Cela revient –et cela est plus grave encore– à assujettir les travailleurs vénézuéliens au bon vouloir du prince.

Élections primaires de l'opposition au Venezuela (12-02-2012)

Élections primaires de l'opposition : un militaire vérifie l'identité des votants

Dimanche dernier 12 février, se sont déroulées les élections primaires pour désigner le candidat unique de l’opposition à l’élection présidentielle du 7 octobre prochain. En clair, la personne qui aura la tâche d’affronter Hugo Chávez à cette date.

Avec un peu plus de trois millions de votes (soit quelque 17  % du corps électoral total), l’opposition a fait plutôt bonne figure. Elle devra cependant obtenir pratiquement trois fois plus d’électeurs pour que son candidat l’emporte en octobre. Le pari n’est donc pas encore gagné, face à un Chávez toujours tonitruant et (apparemment) en bonne forme, mais il reste dans l’ordre du possible.

Les meilleures chances

Henrique Capriles Radonski

Henrique Capriles Radonski

En élisant Henrique Capriles Radonski avec une confortable majorité (64,2 %), l’opposition –un assemblage hétéroclite de partis s’échelonnant du centre-gauche à l’extrême droite– s’est pourtant dotée du candidat ayant les meilleures chances parmi les cinq personnalités qui se présentaient. Henrique Capriles Radonski pratique en effet un discours modéré et rassembleur, aux antipodes des diatribes agressives d’une María Corina Machado, par exemple. Il fait régulièrement référence à Lula comme modèle de bonne pratique politique et reconnaît même quelques mérites à l’actuel gouvernement dans le domaine social. Jeune, dynamique, il fait partie de cette nouvelle génération d’hommes politiques qui a le potentiel d’attirer les jeunes (ainsi que les femmes, car il a un physique plutôt attractif et, de plus, est célibataire…).

Il devra toutefois travailler dur s’il veut l’emporter le 7 octobre. Il cumule en effet un certain nombre de désavantages par rapport à Hugo Chávez :

  • Son bassin naturel d’électeurs (la haute bourgeoisie –2 % de la population– et la classe moyenne –30 %) est nettement plus réduit que le bassin naturel de Chávez (les classes pauvres urbaines –40 %– et rurales –25 %). Il devra donc faire un effort particulier pour rompre le schéma de classes et s’attirer un nombre suffisant de membres non seulement de la classe moyenne inférieure, mais aussi des classes pauvres. Il est vrai qu’il existe parmi ceux-ci un nombre indéterminé de déçus du chavisme, surtout en milieu urbain, mais le défi consistera à les faire changer de bord par un discours et des promesses crédibles dans le domaine du social.
  • Il lui sera difficile de cacher ou surpasser son origine sociale, la grande bourgeoisie de Caracas. Sa famille possède des intérêts directs dans le secteur entrepreneurial et productif du pays, notamment dans les moyens de communication (Cadena Capriles), la distribution cinématographique (Cinex) et les services immobiliers. Il aura de la peine à se détacher de son image de sifrino (fils à papa) qui a fait des études dorées. En face de lui, Hugo Chávez –d’origine modeste, lui– n’aura aucune peine à le désigner comme le représentant de l’oligarchie.
  • Il lui faudra faire oublier l’épisode de l’attaque contre l’ambassade de Cuba, au lendemain du coup d’état contre Chávez , le 12 avril 2002. Même s’il a été acquitté lors du procès qui s’est ensuivi, son attitude ambiguë lors de cet évènement, en tant que maire, a laissé des traces dans l’imaginaire collectif des sympathisants de Chávez.
  • Enfin, il lui faudra laisser dans l’ombre un certains nombre d’alliés encombrants : ceux qui flirtent avec une droite ultra-libérale à la George W. Bush et ceux qui sont partisans de la méthode dure face à Chávez (et n’hésitent pas, à l’occasion, à prôner le coup d’État ou l’assassinat). Si ces derniers, liés à une extrême-droite qui ne veut pas dire son nom, marquent leur présence dans la campagne qui s’ouvre, il feront le lit de Chávez et c’en sera fini des chances de l’opposition de remporter l’élection.

Discours conciliateur

Henrique Capriles Radonski

Populaire parmi la jeunesse

En définitive, une victoire de l’opposition en octobre 2012 reste possible à condition que Henrique Capriles Radonski sache faire oublier qui il est et surtout qui l’appuie. Pour ce faire, il devra adopter un discours social et conciliateur plutôt qu’un discours militant, jouer de subtilité pour reconnaître les avancées sociales obtenues par le chavisme, indiquer comment les améliorer plutôt qu’annoncer leur destruction. En d’autres termes, montrer qu’une voie nouvelle est possible, et qu’elle n’est ni chaviste, ni un retour aux vieilles pratiques populistes et corrompues de la 4e république. La voie est étroite. En toute hypothèse, attaquer de front le chavisme le desservirait. En effet, c’est à lui qu’il revient de gagner des franges de la population qui ne lui sont pas a priori favorables, alors que l’actuel président pourra se contenter de l’objectif de conserver au maximum son électorat existant.

Par ailleurs, Henrique Capriles Radonski devra aussi s’imposer comme un interlocuteur solide, capable de tenir tête à la forte personnalité de Chávez, qui domine la politique nationale depuis 13 ans. En face d’une telle  « bête politique », il n’est pas simple de se faire valoir et de trouver pour ce faire le ton qui convient.

Cela fait beaucoup de “mais” pour l’opposition, alors que, de son côté, Hugo Chávez, lui, n’en a qu’un, mais de taille : il doit se maintenir en parfaite santé et en pleine forme d’ici au mois d’octobre. Malgré les cassandres qui jurent que son cancer n’est pas guéri et qu’il n’en a plus que pour quelques mois, force est de constater que jusqu’à présent, il tient parfaitement la route. Le doute, cependant, persiste.

Organisé par le gouvernement

Un autre élément est passé inaperçu à l’occasion de ces élections primaires. On en a surtout retenu le taux élevé de participation et les résultats. Mais on n’a pas souligné que, aussi étrange que cela puisse paraître, le processus électoral n’a pas été organisé par l’opposition elle-même, mais bien par le gouvernement !

Le Plan República en action

Le Plan República en action

Comme s’il s’agissait d’élections nationales, le Plan República, c’est-à-dire la mobilisation de l’armée pour les tâches d’organisation et de maintien de l’ordre, a été mis en marche. Ainsi qu’on peut le voir sur la photo ci-dessus, ce sont des soldats qui vérifiaient l’identité des votants. Par ailleurs, c’est le Consejo Nacional Electoral [Conseil national électoral, CNE] qui a organisé le scrutin, utilisant pour ce faire sa technologie (les machines à voter et le système de transmission des données) ainsi que les lieux habituels de votation, comme les écoles publiques. Une telle situation pourrait paraître quelque peu surréaliste dans un pays divisé depuis des années en deux camps irréconciliables : en effet, jusqu’ici, l’opposition avait largement accusé Hugo Chávez d’instrumentaliser l’armée (en en faisant une “armée bolivarienne” chargée de défendre la révolution) et d’avoir soumis le CNE à ses projets politiques, voire personnels. Or voici que ces deux institutions participent activement à l’organisation des primaires de l’opposition.

Jeu tactique

Quelque chose est-il donc en train de changer dans le Venezuela ? Peut-être. Mais gageons qu’il s’agit surtout d’un jeu tactique entre les deux grandes forces politiques du pays. Et force est de constater que sur ce point, c’est Chávez qui a subtilement gagné : il a réussi à faire reconnaître par l’opposition le travail du CNE, jusqu’alors décrié. Cette dernière serait donc bien en peine de contester les résultats du 7 octobre ! Par la même occasion, Chávez a réaffirmé son appui à la démocratie, allant jusqu’à “aider” l’opposition pour l’organisation de ses primaires.

Voici donc, grâce à ces élections, l’opposition un peu plus intégrée au système. Un bon coup pour Chávez, sans aucun doute, mais aussi pour Henrique Capriles Radonski. Ce dernier a en effet tout intérêt à se différencier des dinosaures de sa coalition et à accepter de jouer le jeu de l’intégration démocratique. Histoire de montrer que, comme le dit son slogan, Hay un camino [Il y a une voie], une espèce de troisième voie entre la démocratie usée et frelatée du passé et le socialisme du XXIe siècle.

À lui, maintenant, d’en convaincre une majorité de Vénézuéliens.

Crèche de l'opposition vénézuélienne

Les candidats de l'opposition réunis dans la crèche

En ce début d’année, n’hésitons pas à faire dans le futile (quoique révélateur).

À peine vous avais-je parlé, dans un article précédent, de la controverse à propos d’une crèche chaviste installée en plein cœur de Caracas, que l’opposition a donné la réponse du berger à la bergère (ou plutôt, dans ce cas, de la bergère au berger). La Patilla, un site web animé par Alberto Federico Ravell, ex-directeur de la chaîne de télévision d’opposition Globovisión, publie une image non piquée des vers :  six personnes souriantes entourent le petit Jésus dans une crèche décorée aux couleurs nationales (à remarquer : il s’agit du drapeau à huit étoiles, tel qu’il a été modifié en 2006 à la demande de Hugo Chávez).

Qui sont ces gens?  Parbleu ! Ce sont les six candidats aux élections primaires que la Mesa de la Unidad Democrática (MUD, coalition de partis d’opposition) organisera le 12 février prochain pour désigner le candidat présidentiel d’union, futur adversaire de Hugo Chávez. De gauche à droite : Diego Arria, Leopoldo López, Henrique Capriles Radonski, Pablo Medina, María Corina Machado et Pablo Pérez (pour en savoir plus sur chacun d’eux, n’hésitez pas à cliquer).

Aah, cela tombe bien : il n’y a parmi eux qu’une seule représentante de la gent féminine !  La présence de plusieurs femmes aurait posé de sérieux problèmes pour recréer la scène de la nativité…

La Patilla n’en est pas restée là dans le pastiche : quelques jours plus tard, le site publiait une autre scène de nativité, que je ne résiste pas non plus à partager avec vous.

Hugo Chávez et Fidel Castro dans la crèche

Un surprenant petit Jésus et un agneau tout rouge!

crèche traditionnelle à Chacantá (Pueblos del Sur)

Une crèche traditionnelle à Chacantá (Pueblos del Sur de l'état de Mérida)

La crèche de Noël est une tradition essentiellement européenne. Ses origines remontent apparemment au XIIe siècle, lorsque Saint François d’Assise réalisa dans la forêt de Creccio, en Italie, une représentation de la scène de la naissance de Jésus. Cette représentation allégorique se propagea ensuite dans la chrétienté, avec ses variantes, produit de la créativité et des ressources de chaque région.

L’Église a favorisé la réalisation de ces représentations, ainsi que son installation dans les temples et lieux publics, en tant qu’exaltation de la dévotion populaire. A commencé alors dans la plupart des pays d’Europe une production artisanale des personnages principaux de la nativité, ainsi que la reproduction de la scène dans les peintures des grands maîtres.

Consolidation de la foi

Dans la plupart des pays d’Amérique, elle a bien entendu été introduite lors du processus de colonisation et d’évangélisation. La représentation imagée était censée participer à la consolidation de la foi chrétienne dans ces contrées “payennes”.

Au Venezuela, le témoignage le plus ancien de l’existence de crèches de Noël remonte à 1832 : un texte d’époque fait mention de la coutume, dans les Andes vénézuéliennes, d’utiliser des plantes aromatiques pour la décoration de la crèche. De nos jours, cette coutume est encore largement répandue dans la région andine, où il n’est pas rare, dans les familles traditionnelles, de réserver une pièce entière de la maison à l’installation de la crèche. Cette place de choix témoigne, tant aux yeux des invités que des visiteurs impromptus, de la foi profonde qui anime la famille.

Caisses en carton

Généralement, la structure de la crèche est constituée de caisses en carton placées dans un coin de la pièce et recouverte de tissus et de papier coloré, afin de représenter le relief montagneux de la région. Des mousses naturelles (maintenant interdites, pour des raisons écologiques, mais toujours utilisées sous le manteau) simulent la végétation.

L’espace central de cette énorme crèche est réservé aux personnages principaux de la scène de la nativité : Marie, Joseph, l’enfant Jésus, l’âne et le bœuf. Traditionnellement, le jeu de ces personnages était réalisé en bois, peint ou recouvert de tissus. Mais il est devenu de plus en plus fréquent d’utiliser des personnages en céramique ou en plâtre achetés dans le commerce.

Le reste de l’arrangement est le produit de la créativité du groupe familial, qui disposera à son gré les personnages secondaires (les bergers et les rois mages), des animaux, des arbres, des sentiers, des lacs, des cours d’eau… Le plus souvent les proportions ne sont pas réelles et il est commun d’y adjoindre toutes sortes d’ornementations : plantes, fleurs, figurines et jouets d’enfants. Une autre tradition consiste à semer des grains de maïs ou d’orge et d’utiliser les jeunes pousses comme ornements.

Jusqu’au 24 décembre à minuit, l’enfant Jésus est absent de la scène, ou bien est recouvert d’un tissu. C’est à cet instant précis qu’on le découvre au milieu de la joie familiale. Des présents placés devant la crèche sont ouverts et la famille entame en chœur les prières et chants propres à Noël. La crèche de Noël et les traditions qui l’entourent représentent donc une manifestation réelle d’art populaire.

Régression et acculturation

Mais ces coutumes, faut-il le dire, sont en régression. Les familles se trouvent de plus en plus dispersées, l’acculturation fait rage (l’arbre de Noël, le père Noël, l’échange de cadeaux…) et la religiosité elle-même est en perte de vitesse.

Chávez dans la crèche

Hugo Chávez, Bolívar et consorts dans la crèche

La crèche n’a pas disparu, mais dans beaucoup de cas, elle a perdu son sens original. Ainsi, récemment, on a beaucoup glosé sur une crèche installée au Parque Central de Caracas, dans laquelle le personnage de Hugo Chávez apparaissait au cœur de la scène de la nativité. Le président était encore accompagné de Simón Bolívar, le Libertador ; d’Ali Primera, un chanteur engagé des années 70 ; et d’autres personnages faisant partie de la geste du chavisme.

S’il ne s’agissait encore que de cela ! On pourrait mettre cette entorse à l’orthodoxie religieuse sur le compte de la créativité populaire qui voudrait ainsi rendre hommage à ses héros. Ce ne serait en quelque sorte que la manifestation d’une espèce de syncrétisme politico-religieux qui n’est finalement pas très distant de ce que vivent ici les classes populaires. Après tout, Hugo Chávez se réclame abondamment du christianisme et du “vrai Christ”. Inversement, il n’est pas rare d’entendre de vieilles personnes acquises au chavisme dire que Hugo Chávez est un véritable Christ, et qu’il finira comme ce dernier, crucifié aux mains des marchands du temple (entendez les “oligarques”)…

Publicité gouvernementale

La crèche publicitaire

La crèche et la publicité gouvernementale

Mais ce n’est pas de cette religiosité populaire dont il s’agit dans cette crèche si particulière. Celle-ci n’est autre qu’une publicité en bonne et due forme pour les réalisations gouvernementales. Ainsi en attestent les étiquettes dispersées ça et là reprenant les noms des organismes, missions et ministères les plus significatifs du chavisme. Un téléphérique vient rappeler lourdement que c’est le chavisme qui a mis sur pied ce moyen de transport pour relier la vallée de Caracas à certains quartiers populaires installés sur les collines (initiative dont il n’y a rien à redire, soit dit en passant).

Ce n’est donc pas le même téléphérique que celui qui apparaît ingénument dans certaines crèches de Mérida, lequel est censé représenter le téléphérique le plus long et le plus haut du monde, qui fait la fierté de la ville. Avec la crèche de Caracas, on est dans le domaine de la propagande politique et non plus celui de la représentation populaire. Une différence de taille que n’ont pas pardonnée les opposants au chavisme : c’est une avalanche de critiques qui s’est déversée dans la presse à propos de cette crèche pas comme les autres.

De la crèche traditionnelle, on est passé sans crier gare à la crèche chaviste. Un grand saut qui n’est pas tout à fait innocent.

arepera mobile

L'"arepera mobile" sur la place Bolívar de Mérida

Quel oubli ! Je ne vous ai encore parlé que très transversalement de l’arepa, nourriture de base du Vénézuélien. C’était à l’occasion du cinquantenaire de la Harina P.A.N., la farine précuite qui est à la base de l’aliment-roi du Venezuela.

arepa reina pepiada

La délicieuse "Reina pepiada"

L’arepa est une petite galette de maïs, de forme ronde, qui sert de pain quotidien au Vénézuélien, spécialement aux repas du matin et du soir. À demi-ouverte (tel un pain pita), on peut la fourrer de toutes sortes d’ingrédients : mortadelle, jambon, fromage, viande éméchée, salade de thon ou saucisse hot-dog pour les plus simples ; œufs de caille, roti de porc, salade de poulpe ou de crevettes pour les plus sophistiqués. Et n’oublions pas la reine des arepas, la délicieuse Reina pepiada, fourrée d’une salade de poulet, avocat et petits légumes, symbole même de la vénézolanité.

Les arepas se fabriquent et se consomment dans tous les foyers vénézuéliens, toutes classes sociales confondues. On peut se les procurer aussi dans les areperas, des snacks spécialisés dans ce type d’alimentation.

Promesses non tenues

Face à un aliment qui résume à lui tout seul le peuple vénézuélien, le chavisme ne pouvait évidemment pas rester indifférent. En 2009, il crée les Areperas socialistas, une chaîne d’alimentation rapide qui vend l’arepa à un prix largement inférieur à celui des areperas commerciales. L’objectif premier de la manœuvre est de lutter contre la politique de prix élevés et la spéculation qui font rage dans le secteur de la restauration (où le prix d’une arepa varie entre 15 et 25 Bs., contre 7 Bs. dans une Arepera socialista), et d’utiliser comme matières premières le maïs et les huiles produites dans les fermes nationalisées ou de production collective. Belle idée.

Hugo Chávez en  una arepera socialista

Hugo Chávez savoure une arepa socialista

Seulement voilà, l’entreprise socialiste n’a pas tout à fait marché comme prévu : faute d’approvisionnement régulier, les Areperas socialistas ont été obligées de fermer temporairement, si bien que leur fonctionnement a été intermittent. De plus, la législation du travail n’y est pas toujours respectée et plusieurs vols par des employés ont également été signalés. Bref, comme souvent dans les initiatives gouvernementales, la bonne gestion ne se trouvait pas au rendez-vous. Les areperas socialistas n’ont donc pas tenu toutes leurs promesses.

Un camion tout neuf

Dans la petite ville où je vis (Mérida, 300.000 habitants), aucune arepera socialista ne s’était implantée. Quelle ne fut pas ma surprise, il y a quelques jours, de découvrir installée sur la place Bolívar, en plein cœur de la ville, une arepera mobile (photo ci-dessus). Suivant les instructions de Chávez lui-même (qui ne trouve pas judicieux d’accoler le mot socialisme à toutes les initiatives gouvernementales), le mot socialista a été remplacé par celui de Venezuela. Voilà donc la Arepera Venezuela Móvil, un camion spécialement adapté pour offrir au passant un service de petite restauration : 7,50 Bs. pour une arepa, 10 Bs. avec un jus de fruits.

À l'intérieur de l'arepera movil

Un intérieur impeccable

Renseignements pris, le camion tout neuf venait d’arriver à Mérida et en était à ses premiers essais. À l’intérieur, tout était impeccable. Trois jeunes filles s’affairaient au service, sous la supervision d’un homme qui devait sans doute faire office de gestionnaire (les rôles sont respectés…). Dehors, la file n’était pas très longue. Quelques personnes mangeaient leur arepa sur la place aux alentours.

L’initiative est originale, mais on peut tout de même se poser des questions sur sa praticité et fonctionnalité. Car, par définition, une arepera mobile se déplace. Comment savoir où elle se trouve ? À moins qu’elle n’ait une programmation bien établie (ce qu’elle semble ne pas avoir jusqu’à présent), on voit mal comment elle serait utile à la population. C’est seulement par un heureux hasard qu’on risquerait de la rencontrer sur son chemin. Pas très fonctionnel.

Opération publicitaire ?

La délicieuse arepa

Une arepa bien savoureuse

On a donc l’impression qu’il s’agit plutôt d’une nouvelle opération publicitaire, destinée à montrer la présence du gouvernement çà et là, au fur et à mesure de ses nécessités de promotion. Un telle mobilité sera bien utile en cette période pré-électorale. Elle n’aura cependant que des effets très marginaux sur le coût de l’alimentation du Vénézuélien. L’autre avantage de la mobilité, c’est que, en cas de rupture des approvisionnements en farine de maïs ou autres ingrédients, il suffira de ne pas faire circuler le camion. Plus simple et plus discret que de fermer un établissement fixe.

Au final, l’aventure des areperas socialistas devenues areperas Venezuela s’apparente à bien des initiatives du gouvernement : une bonne idée et de bonnes intentions au départ,  mais aussi une incapacité de gestion une fois que l’idée doit passer au stade de la réalité. Et pour cause : les administrateurs et gestionnaires qui doivent mettre le projet en route manquent généralement de formation. En outre, ils peuvent être idéologiquement obtus, ou, au contraire, être dépourvus de principes moraux élevés, ce qui, dans les deux cas, n’arrange évidemment pas les choses… Du côté des travailleurs, le manque de formation, de conscience et d’engagement est également patent. De ce côté-là, c’est plutôt l’opportunisme et l’égoïsme qui prévalent.

Bonnes intentions

Conclusion : les bonnes intentions ne suffisent pas. Et il ne suffit pas d’accoler çà et là l’adjectif “socialiste” pour faire du socialisme. Le chaemin est beaucoup plus long et plus ardu. Le socialisme du XXIe siècle, phénomène marginal dans un monde presqu’uniformément capitaliste, a encore beaucoup à apprendre pour entreprendre la transition au socialisme, si tant est que le “socialisme dans un seul pays” ou “dans un petit groupe de pays” soit vraiment possible et viable.

Hugo Chávez à son retour d'un contrôle médical à Cuba

Hugo Chávez à son retour d'un contrôle médical à Cuba

Retour de vacances. Replongée dans le Venezuela du 21e siècle. L’an dernier, à cette même date, j’avais pu vous parler des nouvelles que vous aviez manquées durant mon absence :  une nouvelle Miss Univers vénézuélienne, une nouvelle loi sur l’éducation, Hugo Chávez au festival de Venise, les nouvelles mamours de Hugo Chávez et du roi Juan Carlos, et j’en passe…

Cette année, rien. Il ne s’est rien passé. Ou plutôt il ne s’est passé qu’une chose : on glose et on glose et on glose sur la maladie de Hugo Chávez. Et Hugo Chávez glose et glose et glose sur son rétablissement. Ce fut le feuilleton de l’été, c’est encore celui de l’automne, et –j’en mets ma main au feu– ce sera celui de l’hiver…

Plus secret, plus discret

Pour le président, il s’agit de ne pas perdre pied, lui qui avait habitué son petit monde (jusqu’à ses adversaires) à être omniprésent, tel un dieu de l’Olympe hyperactif, que ce soit sur le terrain, à la télé, à la radio ou ailleurs.  Son traitement contre le cancer et son long rétablissement l’empêchent désormais de se démener autant. Il a donc choisi une nouvelle stratégie : le voici qui apparaît, tel un dieu encore –mais plus secret, plus discret– au moment où on l’attend le moins.

L’autre jour, c’était en plein milieu d’une manifestation officielle qui réunissait des sportifs, transmise en direct par la télévision d’État. Un appel téléphonique totalement inattendu interrompt le cours de la cérémonie.

« C’est le fantôme qui vous parle ! » Le public s’agite, les ministres sourient, on applaudit.

« Le fantôme de Miraflores! [le palais présidentiel] », continue la voix grave. Tout le monde sait déjà que c’est le président qui parle. On perçoit même, derrière la voix grave, une cacophonie de coqs et de perroquets, comme pour signifier que Hugo Chávez téléphone bien depuis le jardin du palais, où on l’imagine se remettre de sa dernière chimiothérapie.

N’importe où, n’importe quand

Le « fantôme » peut ainsi apparaître n’importe où, n’importe quand, par voie téléphonique ou par vidéo, pour haranguer ses partisans ou se moquer de ses adversaires. Et il ne rate jamais l’occasion pour répéter qu’il sera bel et bien candidat aux élections présidentielles d’octobre 2012.

Ce ne sont plus les discours marathons à la télévision auxquels il nous avait habitués depuis 12 ans. Il s’agit maintenant pour le président de montrer sa présence, dans la mesure de ses capacités physiques et de ce qu’autorisent ses médecins. Car il suffit qu’il soit absent des écrans ou des ondes pendant deux jours pour que les rumeurs les plus folles commencent à courir. L’hermétisme officiel n’aide évidemment pas.

« Que veux-tu que je te dises ? Que je te montre la tumeur et que je t’explique de quelle sorte de tumeur il s’agit ? C’est ce que tu veux pour alimenter le côté morbide ? Eh bien, je ne vais pas vous satisfaire », répliqua-t-il tout de go alors qu’on lui demandait pour la xième fois de révéler les détails de sa maladie. Celle-ci est un secret d’État, comme l’est du reste l’état de santé de Fidel Castro.

Spirale

Ce silence et ce mystère ont déclenché une spirale d’hypothèses qui vont depuis un cancer de la prostate, du colon ou de la vessie jusqu’à de bizarres sarcomes musculaires, en passant par des métastases dans des organes vitaux, un état terminal, une anémie grave ou des déficiences rénales irréversibles. À l’inverse, d’aucuns affirment que cette maladie n’est qu’une vulgaire ruse destinée à gagner des votes. En effet, la popularité du président n’a cessé de remonter depuis l’annonce de sa maladie, pour atteindre à nouveau les 60 %.

L’opposition, elle, émet des doutes sur la supposée récupération du président. « C’est un magicien, il a eu des conseillers extraordinaires pour dissimuler la vérité, dévier l’attention, diffuser des contre-informations. Mais je crois que, finalement, celui qui a le plus de doutes est le président lui-même », écrit Nelson Bocaranda, un journaliste d’opposition, dans sa page Runrun.

Élément-clé

Un candidat malade ou pas malade ?

Un candidat malade ou pas malade ?

Personne n’en doute : la perception que chacun aura sur l’état de santé du président sera un élément-clé dans l’élection présidentielle de 2012. Si Chávez apparaît physiquement affaibli, l’électorat pourrait se détourner de lui pour choisir un leader plus dynamique. Par contre, s’il gagne sa lutte contre le cancer, cela renforcerait son aura d’invincibilité et augmenterait ses chances à l’élection.

« Si Chávez se rétablit, il sera le favori à l’élection, bien qu’il ne soit pas blindé », écrit Luis Vicente León, de la maison de sondages Datanálisis. « Mais s’il doit se lancer dans la campagne en étant malade, il l’aura difficile, d’autant plus que le candidat de l’opposition, quel qu’il soit, pourra faire montre de ce qu’il pourrait ne plus avoir : la jeunesse, l’énergie et l’avenir. »

En attendant, les rumeurs se multiplient. À celles sur la santé du président s’ajoutent les constantes élucubrations sur son éventuel successeur, sur de soi-disant divisions au sein des forces armées, sur un schisme qui minerait le parti gouvernemental ou sur la grande peur de la bourgeoisie : la défense armée de la révolution, en cas de crise. « Tout cela n’est qu’une manœuvre de l’opposition pour générer le chaos, une tentative de diminuer l’appui qu’a le président, en semant le doute sur sa capacité à continuer à gouverner », répondent en chœur les alliés du président.

Les indignés ?

Bref, après quelques semaines passées outre-Atlantique, me revoilà donc en plein Venezuela, dans ce pays du non-débat. Cela me change des interminables primaires socialistes en France ou de la (plus interminable encore) constitution d’un gouvernement en Belgique. Et cela me change aussi des « indignés » qui fleurissent aux quatre coins du globe.

Les indignés ? Tiens, il semble bien que le Venezuela soit le seul pays au monde où il n’y en ait pas un seul ! Et pour cause : la maladie de Chávez emporte toute pensée sur son passage –et le fantôme de Miraflores veille, comme toujours.

PS :  Mensonge ! Ce n’est pas vrai qu’il ne s’est rien passé ces dernières semaines au Venezuela. La pays a connu au moins deux évènements majeurs : 1. Le Venezuela a battu l’Argentine 1-0 (je vous parle de football), c’est l’euphorie nationale et 2. Blackberry a eu de sérieux problèmes de serveur, c’est le désastre national.

Source : América Economía

Lingots d'or La nouvelle a fait la une des journaux ces derniers jours : Hugo Chávez a décidé de nationaliser l’exploration et l’extraction d’or au Venezuela et de rapatrier l’or vénézuélien placé à l’étranger. Voilà deux mesures qui ne sont pas passées inaperçues, car l’une et l’autre concernent  l’or, un métal qui apparaît de plus en plus une valeur refuge par les temps de crise qui courent.

La première mesure a surtout pour objectif de contrôler la production nationale d’or. Deux entreprises se partagent le marché officiel : l’une russo-canadienne, Rusoro Mining (qui a détrôné, le gouvernement aidant, la canadienne Cristallex), l’autre cubaine, Geominsal, actuellement en phase d’exploration. Mais ce n’est là que le haut de l’iceberg :  l’essentiel de la production se fait de manière illégale et échappe au contrôle du gouvernement. Plus de 100 tonnes d’or sortiraient annuellement du pays en contrebande. C’est cette fuite que le gouvernement cherche à combattre par la nationalisation. Ce ne sera guère facile étant donné la dispersion des mines illégales dans le vaste territoire de l’état Bolívar et la puissance des réseaux de corruption qui permettent la sortie illégale de l’or. Sans compter l’aspect social : les mineurs sont le plus souvent des aventuriers d’extraction modeste, les fameux garimpeiros, ou même des indigènes de l’ethnie pemon.

Spectaculaire

La seconde mesure est plus spectaculaire : il s’agit de rapatrier dans les coffres de la Banque nationale du Venezuela les centaines de tonnes que le Venezuela a placé à l’étranger. On parle de 211,35 tonnes d’or stockées à l’étranger pour un montant de 11 milliards de dollars, dont 80% se trouvent au Royaume-Uni, principalement dans la Bank of England.

Cette mesure inhabituelle a marqué les esprits, tant au Venezuela qu’à l’étranger. Mais à quoi répond-elle ?

L’argumentaire officiel est le suivant : face à la détérioration de la situation économique mondiale (qui est analysée par Hugo Chávez comme une crise du capitalisme), il vaut mieux avoir ses réserves chez soi que dans des coffres situés à l’étranger, qui plus est dans les capitales de la finance internationale. Il s’agit donc d’une mesure essentiellement nationaliste visant a protéger les avoirs de la nation face au risque d’effondrement économique mondial.

Mais la vraie raison semble se trouver ailleurs : il s’agirait d’une mesure préventive visant à éviter un gel éventuel des avoirs vénézuéliens à l’étranger. Sur ce point, les évènements de Libye ont servi d’avertissement on ne peut plus clair : avec l’assentiment de l’ONU, les puissances occidentales ont pu sans difficulté geler l’ensemble des avoirs de la Libye de Kaddhafi placés dans leurs banques. Circonstance aggravante : à peine Tripoli a-t-elle été prise par les rebelles, ces avoir ont été en partie libérés pour être remis au Conseil national de transition. Hugo Chávez n’a eu aucune peine à faire le parallèle : son pouvoir se trouvant depuis belle lurette dans le collimateur des États-Unis, qui sait si, dans des circonstances données (et provoquées), les puissances occidentales ne pourraient pas reproduire un scénario identique pour le Venezuela, un pays d’autant plus attractif qu’il possède les plus grandes réserves de pétrole du monde ?

Scénario possible

Droit d'ingérence ou impérialisme humanitaire ?

Droit d'ingérence ou impérialisme humanitaire ?

Pour Hugo Chávez, un tel scénario est loin d’être exclu alors qu’il se produit depuis la fin de la guerre froide un délitement du droit international en faveur des interventions dites  « humanitaires », Celles-ci sont maintenant justifiées par un droit d’ingérence fondé sur la récente reconnaissance du « devoir des États de protéger les populations civiles ». Ces nouveaux concepts de droit international étant à géométrie variable, ils sont susceptibles d’être appliqués selon les intérêts des grandes puissances représentées au Conseil de sécurité. Loin d’être fixés, ils permettent pratiquement tout et n’importe quoi, y compris de donner un appui militaire à une faction rebelle contre un dirigeant qui dérange, ainsi qu’on l’a vu en Libye. Aussi certains vont-ils  jusqu’à parler d’« impérialisme humanitaire ».

Face à ce danger qui pèse sur le pays, le rapatriement de l’or est donc essentiellement une mesure préventive pour le gouvernement Chávez, comme l’est également la récente décision de transférer les réserves internationales du Venezuela (quelque 6,2 milliards de dollars en liquide ou en bons échangeables conservés dans des établissements bancaires suisse, britannique, français et américains) vers des institutions de pays «amis» comme la Chine, la Russie ou le Brésil.

Ces paris économiques sont sans doute risqués. Il rompent avec l’orthodoxie financière internationale qui veut que les grandes places financières du capitalisme mondial sont les places les plus sûres. Mais il pourraient aussi être visionnaires et préfigurer un monde où la Chine sera dominante et les États-Unis un de ses clients parmi d’autres…

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