Le joropo : un fandango tropical

5 juillet 2009
Le fandango, par Pierre Chasselat

Le fandango, par Pierre Chasselat

Il ne fait aucun doute que le joropo, musique et danse vénézuélienne par excellence, trouve ses racines dans le fandango. Il est aussi plus que probable que le fandango lui-même se soit nourri du contact qu’eurent les aventuriers espagnols, durant la conquête et la colonisation, avec les traditions musicales africaines et américaines. On se trouve donc devant un cas de métissage musical –aller-retour Europe-Amérique, plus une touche africaine– tout à fait caractéristique. De la World Music avant la lettre, en quelque sorte.

Lettres de noblesse

Antonio Soler

Antonio Soler

Le fandango est un style musical et une danse traditionnelle espagnole qui se danse en couple sur un rythme ternaire 3/4 proche de celui de la valse. Apparu vers la fin du XVIIe siècle en Espagne, il aurait été introduit par des voyageurs revenant des Indes occidentales, influencés par les traditions musicales indigènes et africaines rencontrées en Amérique.

D’abord musique et danse populaire, le fandango gagne ses lettres de noblesse vers la fin du XVIIIe siècle, lorsqu’il devient musique de salon et que des compositeurs aussi célèbres que Glück (Don Juan, 1761), Mozart (Les Noces de Figaro, 1786) et Boccherini (Quintette à cordes avec guitare Del Fandango, G.448) s’en emparent pour l’intégrer dans certaines de leurs œuvres. Mais le fandango le plus célèbre (encore que son attribution reste discutée) reste celui d’Antonio Soler (1729-1783), prêtre et claveciniste espagnol plus connu sous le nom de Padre Soler.

Retour en Amérique

Joropo, dessin de Eloy Palacios (1912)

Joropo, dessin de Eloy Palacios (1912)

Chargé de ces nouvelles influences européennes, le fandango fait un retour dans les colonies espagnoles d’Amérique, où il se transforme à nouveau. Au contact des musiques africaines et autochtones, il prend des formes plus frustes, mais aussi plus vivantes. Il redevient populaire, se tropicalise et, comme il se doit au contact de populations pour lesquelles le corps est essentiel, il s’érotise. Ainsi mué, on en trouve des traces évidentes dans plusieurs pays des Caraïbes, notamment au Mexique (le jarabe), en Colombie et au Venezuela.

En Colombie et au Venezuela, précisément, le fandango devient joropo, musique et danse à la fois. Ses formes sont moins raffinées mais plus fortes et plus directes que chez son équivalent espagnol. Des éléments africains et autochtones se superposent à la mélodie et au rythme européens. La guitare devient cuatro, les castagnettes font la place aux maracas, la harpe est préférée au clavecin ou au piano, la danse se fait plus sauvage.

Une même famille

Incontestablement, fandango et joropo font partie de la même famille, comme le montre bien l’écoute des deux œuvres suivantes :

  • le Fandango du Padre Soler, par David Schrader (clavecin)
  • El pajarillo, un joropo traditionnel chanté ici par le ténor vénézuélien Jesús Sevillano. Cette interprétation en style académique utilise le piano à la place la la harpe, ce qui rend plus facile l’identification avec le fandango.

Et pour ceux qui préfèrent la vidéo, voici une interprétation du Fandango d’Antonio Soler par Scott Ross :

Une interprétation de la composition intitulée Joropo de Moisés Moleiro (1904–1979), par la pianiste mexicaine Silvia Navarrete :

Et enfin une belle démonstration de joropo dansé :


Ces français qui chantent le Venezuela

31 mai 2009

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C’est un lecteur de ce blogue qui m’a mis sur la piste et je l’en remercie (il se reconnaîtra) : plusieurs chanteurs français ont interprété des chansons vénézuéliennes, en particulier des chansons des llanos, une région de très grande richesse musicale.

C’était il y a quelque temps déjà, dans les années 60 et 70 du siècle dernier (ce qui semblera une éternité aux jeunes générations). À l’époque, on ne savait pas d’où provenaient ces airs et ces musiques exotiques. On ne se posait d’ailleurs pas vraiment la question : c’était tout simplement de la « chanson française »! Le concept Musique du monde n’existait pas, celui de mondialisation encore moins.

Il était d’autant plus facile pour certains artistes d’aller piocher çà et là dans les répertoires du monde entier afin de ramener en douce France des chansons aux sonorités venues d’ailleurs. Adaptées au goût français, certaines de celles-ci allaient connaître la gloire des hit-parades dans la catégorie « Chanson française »!

Inconnue du grand public, la musique vénézuélienne a été la source cachée de quelques-uns de ces succès.

hugues_aufray_2Hugues Aufray : pas toujours très éthique

Puisant volontiers dans les musiques traditionnelles d’autres pays, Hugues Aufray a popularisé en France nombre de mélodies basées sur des musiques folk du monde entier. Il interpréta notamment en français (en les édulcorant passablement) plusieurs chansons de Bob Dylan. C’est ainsi qu’en 1965, Hugues Aufray rencontre le succès avec une mélodie particulièrement entraînante, Le Rossignol anglais.

Officiellement, la musique est signée Hugues Aufray et les paroles Pierre Delanoé/Hugues Aufray. Mais il s’agit en fait d’une libre adaptation d’un joropo vénézuélien intitulé Los garceros, dont voici les paroles et une version en espagnol par le chanteur grec George Dalaras (c’est la seule que j’ai trouvée) :

Les auteurs originaux en sont Germán Fleitas Beroes et Juan Vicente Torrealba. Malheureusement, les noms de ceux-ci n’apparaissent nullement sur les disques d’Hugues Aufray, qui continua à interpréter la chanson comme si de rien n’était. Plus tard, il alla même jusqu’à utiliser un cuatro vénézuélien comme instrument rythmique, ainsi que le montre la vidéo suivante :

Quelque temps plus tard,  Hugues Aufray remet ça avec un autre de ses succès, L’épervier :

Sur le disque, la chanson est également signée Hugues Aufray/Pierre Delanoé. Mais ici encore, il s’agit d’une chanson vénézuélienne intitulée El Gavilán. La pièce a été composée par un monument de la musique llanera au Venezuela, Ignacio “Indio” Figueredo. En voici les paroles et les accords, ainsi qu’une interprétation en espagnol :

Dans le cas de ces deux chansons, les paroles ont été totalement transformées par Hugues Aufray et Pierre Delanoé. Il ne s’agit pas d’une traduction de l’original. Rien à dire donc de ce point de vue. Mais pour ce qui est de la musique, c’est autre chose.

Doit-on parler de pillage? De plagiat? Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il n’est pas très éthique de s’approprier ainsi des compositions des autres sans les citer. Et ne soulevons pas la question la plus brûlante : les compositeurs originaux ont-il reçu des droits pour ce que l’on appellera pudiquement un « emprunt »?

Marie Laforêt : plus authentique

marie_laforet_el_poloLa seconde vedette de la chanson française qui a trouvé son inspiration dans la musique vénézuélienne n’est autre que Marie Laforêt. Toutefois, contrairement à Hugues Aufray, elle ne fait pas d’adaptation des textes en français, préférant interpréter ces chansons dans leur version espagnole et rester fidèle à leur style original.

C’est le cas de la chanson intitulée María Laya, une autre composition d’Ignacio “Indio” Figueredo, dont voici les paroles et accords. Marie Laforêt l’interprète ici dans l’émission télévisée La chance aux chansons (ce qui explique –mais ne pardonne pas!– le ridicule de la mise en en scène). C’était en 1998 :

http://www.youtube.com/watch?v=i5_lfMb7MJA

Plus émouvant, voici –toujours dans cette émission– sa remarquable interprétation de la tonada El Cabrestero (dont voici les paroles et accords), une très belle composition du chanteur vénézuélien Simón Díaz, l’auteur de Caballo viejo :

Enfin, dans sa série Autour du monde, Marie Laforêt a également interprété un polo, une chanson traditionnelle qui appartient au folklore de l’île de Margarita (dont voici les paroles). Le disque est sorti en juillet 1968 :

À César ce qui est à César

Marie Laforêt se révèle nettement plus authentique dans ses interprétations que Hugues Aufray, qui n’utilise les mélodies étrangères que comme simple faire-valoir, sans se préoccuper de leur origine (qu’il ne dévoile d’ailleurs pas). De plus –et c’est tout à son honneur–, Marie Laforêt attribue les paroles et musiques de ses chansons aux auteurs et compositeurs originaux.

Rendons donc à César ce qui est à César et au Venezuela ce qui est au Venezuela. Les Vénézuéliens en seront reconnaissants et seront fiers de voir ainsi leur musique rencontrer le succès au bout du monde.


Reynaldo Hahn, un Vénézuélien à Paris

7 mars 2009
Reynaldo Hahn, par Nadar

Reynaldo Hahn, par Nadar

Il a connu et fréquenté les plus grands artistes du Paris de la Belle Époque, mais il reste pourtant un inconnu, tel un personnage de second rôle perdu au cœur d’une période artistique particulièrement riche.

Il s’appelle Reynaldo Hahn et est Vénézuélien. Il est né en 1874 à Caracas d’une mère vénézuélienne et d’un père juif allemand, ami et conseiller du président francophile Antonio Guzman Blanco. En 1878, la famille Hahn quitte le Venezuela pour s’installer à Paris. Le petit Reynaldo n’avait que trois ans. Il ne reverra plus le pays de sa naissance.

Une fois en France, il s’intégrera très tôt à la vie parisienne. Doué pour la musique, il entre en 1885 au Conservatoire de Paris, où il reçoit notamment les cours de composition de Jules Massenet. À treize ans, il crée sa première pièce musicale. À 18 ans, chez les Daudet, il interprète les Chansons grises, son premier cycle de mélodies, dans lequel il met en musique sept poèmes de Paul Verlaine, en la présence de ce dernier.

Amant de Proust

Il fréquente les salons les plus huppés de l’époque, y fait la rencontre de Stéphane Mallarmé, d’Edmond de Goncourt, de Sarah Bernhardt et d’autres grands artistes du moment. En 1894, il fait la connaissance de Marcel Proust, dont il sera l’amant pendant deux ans. Proust transposera sa grande passion pour Reynaldo dans Un amour de Swann, sans toutefois jamais le nommer.

Reynaldo Hahn, par Jean CocteauAllant de salon en salon, Reynaldo Hahn interprète ses mélodies en s’accompagnant au piano. En 1900, il compose les Études latines, une suite de mélodies sur des poèmes de Leconte de Lisle, qui lui valent un succès instantané. Il devient ainsi la coqueluche du Tout-Paris. Outre ses mélodies, il compose un poème symphonique et des musiques de scène et de ballet, dont celle de Le Dieu bleu, créé le 13 mai 1912 pour les Ballets russes de Serge Diaghilev, sur un livret de Jean Cocteau et Federigo de Madrozo. Rien que du beau monde…

En 1914, lorsqu’éclate la Première Guerre mondiale, il demande à partir sur le front (il avait été naturalisé français en 1912), puis travaille au ministère de la Guerre. Dans l’entre-deux-guerres, il commence une carrière plus officielle. Il est fait officier de la Légion d’honneur et devient professeur de chant à l’École normale de musique de Paris, où il côtoie entre autres le violoncelliste Pablo Casals et Nadia Boulanger. Durant cette période, il compose des opérettes et des comédies musicales, dont Ô mon bel inconnu sur un livret de Sacha Guitry en octobre 1933. Arletty en est l’interprète principale. À cette époque, il compose aussi de la musique de chambre, un concerto pour piano, un concerto pour violon, des chœurs et même un Agnus Dei pour baryton et soprano, des genres qu’il avait jusque là délaissés.

Brillante fin de carrière

À l’approche de la Seconde guerre mondiale, préoccupé par son origine juive, il quitte Paris pour Cannes, puis Monaco. À la fin de la guerre, de retour dans la capitale, il est élu membre de l’Académie des Beaux-Arts et est nommé directeur de l’Opéra de Paris. Brillante fin de carrière pour celui qui restera, avant tout, le musicien de la Belle Époque, compositeur de mélodies séduisantes et d’opérettes divertissantes. Marcel Proust le décrit mieux que quiconque dans Le Figaro du 11 mai 1903 :

Cet « instrument de musique de génie » qui s’appelle Reynaldo Hahn étreint tous les cœurs, mouille tous les yeux, dans le frisson d’admiration qu’il propage au loin et qui nous fait trembler, nous courbe tous l’un après l’autre, dans une silencieuse et solennelle ondulation des blés sous le vent.

Reynaldo Hahn meurt le 28 janvier 1947.

Il restera sans aucun doute comme le plus français des Vénézuéliens. Arrivé à l’âge de trois ans à Paris, il ne manifestera que très peu d’attache pour le pays qui l’a vu naître. Le Venezuela le lui rend bien : sauf auprès de certaine élite culturelle, Reynaldo Hahn y reste un parfait inconnu.

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Pour en savoir plus :

Écouter des extraits musicaux :

  • La Barcheta (extrait de Venezia) – Chanté et accompagné par Reynaldo Hahn. Gramo P 104 (1922/1923). 2 min 42 s

  • Le Cimetière de Campagne (mélodie) – Chanté et accompagné par Reynaldo Hahn. 2 min 25 s

  • Ô mon bel inconnu (Comédie musicale) – Air du magasin et Duo “Qu’est-ce qu’il faut pour être heureux” interprétés par Arletty et Reynaldo Hahn. 2 min 31 s

  • Autres pièces musicales

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Une Vénézuélienne à Washington

27 janvier 2009
Dream Quartet, photo de Geoff Quinn

Dream Quartet, photo de Geoff Quinn

La cérémonie d’investiture de Barack Obama a fait couler beaucoup d’encre. Mais qui donc a signalé qu’une Vénézuélienne figurait aux tout premiers rangs, parmi les invités d’honneur? Elle s’appelle Gabriela Montero, une pianiste de renom, qui, aux côtés du clarinettiste Anthony McGill, du violoncelliste Yo-Yo-Ma et du violiniste Itzhak Perlman (de gauche à droite sur la photo ci-dessus), forme une sorte de « quatuor de rêve ».

Dans le froid glacial de Washington, les quatre musiciens ont interprété une pièce de John Williams, intitulée Air and Simple Gifts, qui avait été composée spécialement pour l’occasion. À vrai dire, ce jour-là, les musiciens ont joué en playback. Ils avaient en effet décidé d’enregistrer la pièce deux jours auparavant afin d’éviter tout risque de rupture de corde ou de doigts congelés. Un couac n’aurait pas été le bienvenu dans de telles circonstances.

Il serait intéressant de savoir qui a choisi les musiciens et pourquoi. Obama lui-même serait-il intervenu? Dans le cas de Anthony McGill, le choix est transparent (et symbolique) : originaire de Chicago, comme Barack Obama, il est l’un des rares Afro-Américains à occuper un poste de premier instrumentiste dans un grand orchestre symphonique, en l’occurrence le Metropolitan Opera de New York. La présence de Yo-Yo Ma et de Itzhak Perlman, vedettes consacrées de la musique classique, est moins inattendue. Quant à Gabriela Montero, elle est certes connue, mais ne fait pas partie des stars, encore que ses improvisations, en fin de concert, sur des airs que lui propose le public, font l’admiration de beaucoup.

Et pour ceux qui auraient raté la partie de la cérémonie d’investiture durant laquelle a joué ce « quatuor de rêve », en voici les images :

Et pour ceux qui voudraient savoir où se trouvaient Gabriela Montero et le quatuor lors de la cérémonie d’investiture de Barack Obama,  scrutez cette photo extraordinaire de 1474 mégapixels de David Bergman et allez à la recherche des invités, dont bien entendu George W. , Condoleezza Rice, M. et Mme Clinton et John McCain (qui bougeait au moment de la photo!). Bon amusement!


Caballo Viejo : plein la vue, plein les oreilles

16 novembre 2008
Simón Diaz

Simón Díaz

Continuons sur la lancée de l’article précédent. L’auteur-compositeur de Caballo Viejo, Simón Díaz, vient de recevoir un prix Grammy latino pour l’ensemble de son œuvre.

Pour célébrer avec lui, je vous propose un florilège Caballo Viejo, à savoir une sélection d’interprétations de cette chanson devenue universelle. Je dis bien sélection : rien que sur Youtube, si l’on tape « caballo viejo », on n’obtient pas moins de 356 ocurrences! Je vous propose les interprétations qui me semblent les plus intéressantes, étonnantes ou représentatives. Vous en aurez plein la vue (malgré la qualité parfois médiocre des images) et plein les oreilles (j’ai tenté de choisir les vidéos dont le son n’est pas trop mauvais, ce n’est pas toujours évident).

Allons-y donc. À tout seigneur tout honneur, commençons par Simón Díaz interprétant lui-même son Caballo Viejo, avec, au milieu de la chanson, une libre improvisation destinée à une jeune dame, à la plus pure façon llanera :

Simón Díaz encore, en duo avec le toujours extravagant Juan Gabriel :

Simón Díaz toujours, en duo avec Plácido Domingo :

Continuons avec l’adaptation la plus connue, le succès des succès, celui des Gipsy Kings. Ces derniers se sont offert le luxe de transformer les paroles, la musique et même le titre, qui est devenu Bamboleo :

Pour rester dans les rythmes effrénés, voici une interprétation salsa de 1989, par la grande Celia Cruz (une caballa vieja, si je puis dire) :

Salsa encore : voici le portoricain Gilberto Santa Rosa et son groupe débordant de sabor (la vidéo amateur est de mauvaise qualité, mais admirez l’interprète qui continue à chanter imperturbablement entouré des fans féminines qui défilent pour venir l’embrasser!) :

Calmons les esprits. Voici l’adaptation d’une grande dame de la chanson espagnole, María Dolores Pradera :

Puis celle du galant numéro 1, le tombeur de ces dames (ici de mères et grands-mères étatsuniennes), j’ai cité Julio Iglesias :

Dans la même veine (mais en pire, si c’est possible), voici Raphael qui vient confirmer que le ridicule ne tue malheureusement pas :

Remontons d’un cran, et même de plusieurs, et écoutons José Feliciano, qui nous montre ici son grand talent de guitariste :

Roberto Torres maintenant, dans une version « classique » qui connut en son temps un grand succès :

Et voici un remix reggaeton de Andre MC Miami, dans lequel Roberto Torres (le même que ci-dessus) tient le rôle de caballo viejo auprès de jeunes beautés aguichantes. Un clin d’œil tout à fait convaincant :

Parmi les versions plus exotiques et moins connues, en voici une qui est bien intéressante, sur rythme de tango par Marga Mitchell :

Une version particulièrement dansante, par les Reyes de la Cumbia, dans une vidéo à la latina, comprenant évidemment de beaux mouvements de fessiers :

Plus académique maintenant, voici une adaptation pour chœur, par la Chorale universitaire Inocente Carreño, de Margarita :

Enfin, une très belle adaptation en langue arabe, par Nabil Mora (deuxième partie de la vidéo) :

Et voilà, le petit florilège est terminé. Si vous avez tenu le coup jusqu’ici, vous avez maintenant le droit de voter pour votre Caballo Viejo préféré, à travers ce petit sondage :


Pas mort, le vieux cheval!

16 novembre 2008
Caballo viejo, photo de J.-L. Crucifix

Caballo viejo

Caballo Viejo. Le vieux cheval. Vous connaissez sans doute cette chanson composée par le Vénézuélien Simón Díaz. Ou tout au moins vous connaissez Bamboleo, des Gipsy Kings, qui en est une libre adaptation à la mode gitane.

Il s’agit probablement de l’une des chansons vénézuéliennes les plus connues et diffusées internationalement : il en existe, dit-on, 350 versions dans 12 langues! Parmi la brochette de chanteurs célèbres qui l’ont interprétée, citons Celia Cruz, María Dolores Pradera, Julio Iglesias, Gilberto Santa Rosa, José Luis Rodríguez “El Puma”, Oscar D’León, Rubén Blades, Roberto Torres, Ray Conniff, les Gipsy Kings et Plácido Domingo (1). Belle diversité!

Hymne

Pour comprendre ce succès, plongeons-nous d’abord dans le texte de cette chanson devenue presque hymne :

Cuando el amor llega así de esta manera
uno no se da ni cuenta
el carutal reverdece y guamachito florece
y la soga se revienta
Caballo le dan sabana porque está viejo y cansao
pero no se dan ni cuenta
que un corazón amarrao
cuando le sueltan las riendas
es caballo desbocao
Y si una potra alazana caballo viejo se encuentra
el pecho se le desgarra y no le hace caso a falseta
y no le obedece al freno ni lo paran falsas riendas
Cuando el amor llega así de esta manera
uno no tiene la culpa
quererse no tiene horario
ni fecha en el calendario
cuando las ganas se juntan
Caballo le dan sabana
y tiene el tiempo contao
y se va por la mañana con su pasito apurao
a verse con su potranca
que lo tiene embarbascao
El potro da tiempo al tiempo
porque le sobra la edad
caballo viejo no puede
perder la flor que le dan
porque después de esta vida
no hay otra oportunidad
Quand l’amour arrive ainsi de cette manière
on ne s’en rend même pas compte
le caruto reverdit et le guamachito fleurit
et la corde se rompt
On laisse courir le cheval dans la savane parce qu’il est vieux et fatigué
mais on ne se rend même pas compte
qu’un cœur attaché
si on lui lâche les rênes
c’est un cheval emballé
Et si le vieux cheval fait la rencontre d’une pouliche alezane
sa poitrine se déchire et il ignore la conduite
il n’obéit plus au mors et les rênes ne l’arrêtent plus
Quand l’amour arrive ainsi de cette manière
ce n’est pas de notre faute
s’aimer n’a pas d’horaire
ni de date dans le calendrier
lorsque les envies se rejoignent
Le cheval on le laisse courir dans la savane
et il a son temps compté
et il s’en va au petit matin de son petit pas pressé
rencontrer sa pouliche
qui le rend tout confus
Le poulain donne le temps au temps
parce que l’âge peu lui importe
Le vieux cheval ne peut
perdre la fleur qu’on lui donne
parce qu’après cette vie-ci
il n’y aura plus d’autre occasion

À quoi tient ce succès?  Simón Díaz répond:

Simón Diaz

Simón Díaz

Ce qui se passe avec les vieux chevaux, c’est qu’on a l’habitude de les mettre à la porte dès qu’ils ne servent plus. D’une certaine façon, c’est ce qui se produit aussi avec les personnes âgées, je crois que c’est pour cela que la chanson a eu autant de succès, parce que tout le monde comprend que cela peut lui passer. Bien entendu, si après cela le vieux cheval rencontre une pouliche dont il tombe amoureux, cela le fait renaître à la vie. Les paroles de la chanson peuvent être comprises par n’importe qui dans n’importe quelle partie du monde, parce qu’elles touchent à la vie de tous.

Fantasme

Voilà une explication bien pensante, celle qui convient sans doute le mieux aux bonnes gens du Venezuela et d’ailleurs. Mais derrière cette universalité proclamée, que se dissimule-t-il? Eh bien, il y a un grand fantasme. Un grand fantasme qui parcourt le monde : le vieux et la jeune. La belle et la bête. Le vieux cheval sur le retour et sa jeune et belle alezane.

La figure est fréquente au Venezuela : c’est celle du hacendado (propriétaire terrien) qui, à côté de sa famille officielle, entretient, aux yeux de presque tous, une jeune maîtresse, avec qui il aura probablement des enfants et fondra une famille parallèle. C’est le professeur à la retraite qui épouse une des ses jolies étudiantes. C’est le vieux (et nouveau) riche avec la belle du barrio. Dans ce petit jeu, chacun y trouve son compte : l’illusion d’une nouvelle jeunesse pour le vieux cheval; un statut social rehaussé et l’espoir d’un bon héritage pour la jeune. Donnant-donnant.

Vénézuélien, tout cela?  Oui, c’est particulièrement ancré dans la culture du Llano, dont est issu Simón Díaz. Mais pas que. L’Amérique latine toute entière, sans exception, accepte socialement et ouvertement cette réalité. L’Afrique, l’Asie? Sans doute aussi, sans trop d’hésitations, si j’en juge par ce que nous disent certains films. L’Amérique du Nord, l’Europe? Disons que c’est plus souterrain, plus subtil. Mais oseriez-vous prétendre que le fantasme en est absent? Même s’il ne reste parfois qu’à l’état de fantasme, il est bel et bien là, rampant.

Universalité

memoire_de_mes_putains_tristesBref, si le Caballo viejo rejoint l’universalité, c’est indéniablement à travers ce fantasme du vieux avec sa jeune. En littérature, avec son talent habituel, Gabriel García Márquez a poussé le mythe jusqu’à sa dernière extrémité : dans Mémoire de mes putains tristes, il met en scène un vieillard dont le dernier désir avant la mort prochaine est de se coucher -pudiquement se coucher- aux côtés d’une jeune fille vierge dont il pourra observer à l’envi l’infinie jeunesse.

Décidément, Freud avait vu clair. Le vieux cheval n’est pas mort. La belle alezane non plus.

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(1) Vous voulez découvrir quelques-unes des interprétations de Caballo Viejo? Voyez mon billet Plein la vue, plein les oreilles : une sélection de 16 vidéos, dont certaines sont étonnantes, vous y attend.

Ô Barack, attention à la frite!

13 octobre 2008

Rien à voir avec le Venezuela (encore que…), mais je ne peux résister à la tentation de vous offrir une petite vidéo désopilante de La Chanson du Dimanche, deux joyeux drilles dont je viens de découvrir l’existence. Leur site web m’apprend qu’ils en sont à leur quatrième saison de dégâts. Je suis donc sans doute le dernier à en prendre connaissance. Veuillez excuser ma plate ignorance, je vis au fin fond des Andes…

Mais laissons-les casser allègrement la Barack :

Et pour les plus cultureux parmi vous, voici les paroles, histoire de bien apprécier les finesses linguistiques de ce chef-d’œuvre digne du Canard enchaîné :

Ô Barack Obama
Tu veux casser la baraque
Du Maroc à l’Amérique
De l’Irak à Bamako
Tu n’as pas la baraka au bas mot
Car tu te frottes à la frite
Mc Cain

Il incombe à Barack Obama de foncer au combat comme un Rocky Balboa
De blamer l’amerloque qui se moque des renois
Comme un renard qui croque les corbaques aux abois

Il incombe à Barack Obama de jouer au Mikado
Avec Ban Ki-moon, le king du kimono, le roi du karaoké
Qui ne fait pas de cadeau. Jamais.

Il incombe à Barack Obama de manger un Big Mac au Mac Do
La barbaque qui te donne mal à l’estomac, mal au dos,
Manaudou, Madonna
Qui donne à Maradonna
Le maillot de Rosicki
Sur un centre de Ballack
C’est le but de Ronaldo à l’Euro

Nadal à Roland Garros qui a battu Federer qui avait battu Ferrer, battu par Monfils,
Ne bats pas ton fils, tous les fils de la terre, de la terre battue de Roland Garros

Baisse ton froc baraque à fric, baraque à frites Mac Cain
Montre-moi ton braquemard, tes morbaques, lascar au bar à caïpirihna, tel un piranha tu raques et tu roques aux échecs et mat, et mate la meuf aux lunettes écarlates, la nénette en bottines de croco comme rocco siffredi dit à Freddie Mercury qu’il aime le poulet au curry Mac Cain

Platini aux platines nous fait danser le mambo
Dans sa barackomobile dans un style baroque et mobile
Il est back home en mobile home

Les bombes tombent sur le Liban, c’est bientôt l’heure du bilan des morts au combat victimes de l’embargo pendant la tombola, pendant qu’Alberto Tomba glisse sur la neige beige en Belgique, il y a un hic mais je n’ai pas le hoquet, ni je ne fais de hockey sur glace, ok, ni je n’aime le sucre glace Mac Cain

Te fais pas de bile Harry, il est pas tout clean Tom, fais moi un bisou sur la bouche Georges
Sous sa douche Bush met du Obao fraicheur fresh fraicheur sèche, sèche tes larmes Hillary,
Il a ri, tu l’as déjà dit ça…

Source : Blogue de La Chanson du Dimanche