Category: Insolite


Poisson d'avril, par Maryline Rich

Illustration: Maryline Rich

Je m’étais justement dit que cette année je n’avais pas vu fleurir beaucoup de poissons d’avril sur le web. Sans doute parce que le 1er avril tombait un dimanche, aventurai-je.

Il m’aura fallu attendre le 2 avril pour me rendre compte qu’en fait j’avais mordu à l’hameçon d’un poisson d’avril tombé sous mes yeux. J’ai été piégé comme un pauvre innocent. Cela ne m’était plus arrivé depuis des années. En voici l’histoire édifiante.

Un titre énigmatique

Au matin du 1er avril, je fais ma veille quotidienne sur le Venezuela et consulte Google News. Parmi d’autres, je tombe sur ce titre pour moi énigmatique : Une compagnie pétrolière vénézuélienne s’intéresse à l’AJA.

Je clique et je tombe sur une page du quotidien L’Yonne républicaine. J’y lis ceci :

Gérard Bourgoin, le président de l’AJA, l’a répété plusieurs fois : pour lui, l’avenir économique -et par conséquent sportif- du club passe par l’ouverture du capital du club à des investisseurs extérieurs. Il se déclarait même intéressé dans le cas où des Qataris se pencheraient sur l’AJA.

Pour l’instant, point d’argent du pétrole du Golfe pour les Icaunais, mais peut-être bien… d’ailleurs. Selon nos informations exclusives, la société vénézuélienne Petróleos de Venezuela SA, propriété de l’Etat vénézuélien serait prête à investir dans le club ajaïste, sous la forme d’achats de parts de la société SAOS (société anonyme à objet sportif) qui détient le club à 100%.

Chávez avec un monsieur que je ne (re)connais pas

Je me rends compte alors qu’il s’agit de football. Une petite recherche m’apprend que l’AJA n’est autre que l’équipe d’Auxerre, actuellement en Ligue 1 française. Une photo montre Chávez avec un monsieur que je ne (re)connais pas et que je présume être le président du club (il s’avère, vérification faite, que ce n’est pas lui, mais le cinéaste Oliver Stone). Le récit est bien ficelé. J’accroche.

Le texte continue : le président de l’AJA, Gérard Bourgoin, qui est un ami personnel de Fidel Castro (il a investi en 1996 dans la prospection pétrolière à Cuba avec son autre ami Gérard Depardieu), est allé l’année dernière à Caracas. Il y a rencontré Hugo Chávez, qui s’est montré personnellement intéressé par le projet, d’autant plus qu’un jeune joueur vénézuélien, Yonathan Del Valle, évolue depuis 2011 dans l’équipe d’Auxerre. En plus, poursuit l’article, le profil de l’équipe d’Auxerre plaît au président vénézuélien : une petite équipe, mais volontaire et décidée, et qui n’a pas peur des grands (comme lui !). La conclusion de l’article est en demi-ton : il est cependant douteux que la compagnie pétrolière PDVSA accepte de financer l’AJA si l’équipe se retrouve en deuxième division à l’issue de cette saison (elle est actuellement la lanterne rouge du classement de la Ligue 1).

Dans le panneau

Plausible et convaincant, non ? J’ai mordu à l’hameçon, faisant inconsciemment un parallèle entre le financement par PDVSA de l’écurie Williams en Formule 1, assortie de l’engagement par cette dernière du pilote vénézuélien Pastor Maldonado. Yonathan Del Valle serait donc à l’AJ Auxerre ce que Pastor Maldonado est à Williams. La relation de Gérard Bourgoin avec Fidel Castro ajoute encore du vraisemblable.  Tout se tenait…

Je publie donc un résumé de l’article sur la page Venezuela de Scoop.it (que j’anime), ainsi qu’une courte note sur Facebook et sur Twitter.

Poisson d'avril

Dans le panneau

Ce n’est que le lendemain 2 avril que je me rends compte, à la lecture d’un démenti de L’Yonne républicaine, que je suis tombé dans le panneau. Je n’étais pas le seul d’ailleurs. Si on peut excuser Google News, qui est l’œuvre d’un robot, que dire du Nouvel Obs et de Football.fr, qui ont tous deux repris la nouvelle ? Honteux sans doute de leur bévue, ces sites ont aussitôt éliminé ces pages du web. C’est le cas aussi de la page originale dans L’Yonne républicaine, qui a disparu après la publication le jour suivant d’un commentaire intitulé Ces sites qui mordent à l’hameçon de notre poisson d’avril. Seules restent sur le web mes propres publications, comme preuve de l’existence de ce beau poisson d’avril. J’y ai cependant ajouté une note précisant qu’il s’agissait d’une fausse nouvelle.

En conclusion de cette histoire, il me reste à exprimer toute mon admiration pour le concepteur du poisson d’avril, qui connaissait particulièrement bien son sujet : Bourgoin, Castro, Chávez, PDVSA, Yonathan Del Valle… bravo ! tu m’as embobiné !

Le comble, maintenant, serait que Hugo Chávez prenne connaissance de l’anecdote et décide, sur un coup de tête dont il a l’habitude, de transformer le poisson d’avril en réalité !

Capsules de bière Polar

Les capsules et leur numéro

Supposez que vous ayez une vache à vendre. Vous ne voulez pas publier de petite annonce aux résultats incertains, ni faire du bouche à oreille en espérant qu’un candidat se présente dans un mois, dans deux mois, dans un an… Vous cherchez donc une méthode de vente expéditive. Je vous en présente une, que j’ai découverte à Mesa de Quintero, un village des Andes vénézuéliennes.

En premier lieu, achetez une caisse de bière Polar, la préférée des Vénézuéliens. Ensuite, donnez un petit coup de fil à vos amis et connaissances pour leur dire que vous organisez une tombola dont le premier et unique prix est une vache. Précisez le lieu, la date et l’heure du tirage et dites-leur que le résultat est instantané. Vous n’aurez aucune peine à recruter des amateurs, l’idée de la tombola va les émoustiller et ils savent que vos vaches sont  en excellente santé. Attention cependant ! N’invitez pas plus de 36 personnes, sans quoi votre plan tombera à l’eau, pour les raisons que vous connaîtrez bientôt.

Les règles du jeu

Caisse de bière Polar

La caisse de Polar

Au jour et à l’heure dite, vos amis sont chez vous, la vache est dans le pré d’à côté. Réunissez ce petit monde autour de la caisse de bière, ils vous en seront reconnaissants. Expliquez-leur alors les règles du jeu : les bouteilles de bière serviront de “billets” de tombola. Elles seront en vente au prix de 100 bolívars chacune (environ 10 euros, soit 20 fois plus cher que la même bouteille achetée dans le commerce). Sur la face interne de chaque capsule, il y a un numéro. Celui qui aura le numéro le plus élevé remportera la vache. Simple, non ?

Sachant qu’une caisse de Polar contient 36 bouteilles (d’où le nombre de 36 participants à ne pas dépasser), vous récolterez au bout du compte 3600 bolívars, soit le prix d’une vache, plus un petit bénéfice bien mérité.

Autant vous dire qu’en quelques minutes, le gagnant sera connu. Il n’aura plus qu’à emporter la vache, tout heureux d’avoir fait une bonne affaire. Quant aux perdants, ils auront passé un bon moment et seront prêts à recommencer ! Chez l’un comme chez les autres, il est à parier que la Polar continuera à couler à flot, à un tarif normal cette fois.

Lumineuse idée

Vous n’avez pas de vache ? Vous pouvez tenter le coup avec un cheval, une moto, un iPhone, un iPad, une BMW, que sais-je encore ? Il vous suffira d’ajuster le prix de vente de la bouteille en fonction du coût de l’objet, augmenté du petit bénéfice que vous voudrez bien vous accorder. Vous n’avez pas de bolívars ? Adaptez le jeu à votre monnaie !

Le plus dur sera sans doute de vous procurer une caisse de Polar. À moins que le fabricant de votre bière locale n’ait aussi la lumineuse idée de graver un numéro minuscule sur le côté pile de ses capsules. Jetez-y un coup d’œil à tout hasard, vous me direz.

Je garde la question philosophique pour la fin : à quoi peut donc bien servir ce numéro ? À promouvoir des tombolas illégales et à semer la zizanie au cœur du socialisme du 21e siècle ?

Puente Unión entre Puerto Santander (Colombia) y Boca del Grita (Venezuela)

Le pont international Unión entre Puerto Santander (Colombie) et Boca del Grita (Venezuela)

Je suis allé hier en Colombie. Enfin, en Colombie, c’est beaucoup dire : je suis allé à Cúcuta, la ville frontière qui est presqu’aussi vénézuélienne que colombienne. La ville a toujours vécu du commerce avec le Venezuela, même si les échanges ont baissé d’intensité depuis quelques années, en raison d’un taux de change devenu défavorable pour les Vénézuéliens. Il n’empêche : aller à Cúcuta reste une sorte de pélerinage commercial traditionnel pour les habitants de l’ouest du Venezuela.

Franchir la frontière est toujours une aventure incertaine. Non pas que ce soit difficile : il suffit de passer le pont. Pas de contrôle sur le lieu même ! On passe comme si de rien n’était, sans montrer la moindre identification. Par contre, sur la route avant et après le franchissement, il y a des tas de petits contrôles –par la Garde nationale, par l’armée, par la police, par on ne sait qui… C’est que cette zone frontalière entre le Venezuela et la Colombie est particulièrement chaude. Le secteur est non seulement le lieu de toutes les contrebandes, petites et grandes, mais il sert aussi de refuge aux multiples groupes de guerrillas et de paracos (paramilitaires) qui officient en Colombie.

À première vue

Pimpinero à Cúcuta (Colombie)

"Pimpineros" à Cúcuta

De tout cela, on ne voit rien d’explicite. Tout semble à première vue normal. Mais une multitude de petits indices montrent bien qu’on se trouve dans un lieu bizarre. Exemple : les stations services situées au Venezuela sont presque toujours fermées, mais une multitude de voitures immatriculées au Venezuela, toutes aussi déglinguées les unes que les autres, sont patiemment alignées devant les pompes. Les conducteurs sont absents. À la prochaine livraison d’essence, ils apparaîtront de nulle part et la ronde se mettra en branle, jusqu’à épuisement des stocks. Les vieilles carcasses feront le plein, franchiront le pont, déchargeront leur précieux carburant du côté colombien, repasseront la pont, referont le plein, et ainsi de suite. L’essence ainsi collectée « légalement » sera revendue par des centaines de pimpineros (vendeurs d’essence en bidon) le long des routes colombiennes.

Tout ce petit jeu s’explique lorsque l’on sait que l’essence se vend à un prix 110 fois plus élevé (vous avez bien lu) en Colombie qu’au Venezuela -où, comme chacun sait, elle est la moins chère au monde ! Bénéfices garantis donc pour toute une chaîne de petits et grands trafiquants, souvent contrôlés par une mafia de l’essence.

Chemin de traverse

Pour varier les plaisirs, je ne me suis pas rendu à Cúcuta par la voie royale et classique San Cristóbal-San Antonio, mais par Puerto Santander, plus au nord. Il s’agit d’un chemin de traverse qui s’est révélé bien intéressant : de petites routes rurales étroites et mal renseignées mènent à un pont remarquable, le pont Unión. Remarquable, car il a une structure métallique anormalement solide (vu le gabarit des routes qui y mènent), et une seule voie de passage.

Le pont Unión entre Puerto Santander (Colombia) y Boca del Grita (Venezuela)

Le pont de chemin de fer

Une recherche m’a fait découvrir qu’il s’agit d’un ancien pont de chemin de fer construit dans les années 20, lorsque les gouvernements colombien et vénézuélien décidèrent de construire une jonction entre les chemins de fer de Cúcuta et du Táchira. Et tout devient clair tout à coup : l’énorme bâtiment que l’on croise en venant du Venezuela n’est autre que l’ancienne gare et ses dépôts. Le passage étroit qui fait figure de rue principale du côté colombien suit l’ancien tracé de la voie de chemin de fer. La liaison ferroviaire a été désaffectée au début des années 1960 et le pont a été ouvert aux véhicules en 1989.

Le souk et le farniente

Le pont Unión franchit le río La Grita. D’un côté, c’est Boca del Grita et le Venezuela; en face, c’est Puerto Santander et la Colombie. Bien que la frontière et le pont ne constituent guère un obstacle pour la population locale, qui déambule librement d’une rive à l’autre, on constate des différences significatives entre les deux pays. Du côté colombien, c’est le souk, un vaste marché très animé qui s’étend le long de la rue principale, où l’on a l’impression que tout le monde vend de tout. Du côté vénézuélien, on est au contraire frappé par le calme qui règne, le farniente apparent des quelques habitants que l’on croise.

Pont Union entre Venezuela y Colombia (Puerto Santander)

Vue aérienne : la Colombie à gauche, le Venezuela à droite

Et on se prend à penser : serait-ce là l’expression de la quintessence de chacun des deux pays ? Une Colombie « libérale » où les plus pauvres doivent travailler pour survivre et où la débrouille quotidienne est nécessaire à l’existence. Un Venezuela « assisté » où chacun attend de l’État –plutôt patiemment, d’ailleurs– les solutions à sa vie, et où le travail apparaît plus comme un encombrement qu’une valeur. Les choses ne sont sans doute pas si simples, car en ce lieu tout se mélange : il y a sans doute des Vénézuéliens qui vendent des babioles sur le marché colombien, et des Colombiens qui vont se faire soigner gratuitement dans le dispensaire du côté vénézuélien. Il n’empêche, le contraste reste évocateur.

Épiphénomène

Tels sont quelques-uns des enseignements que j’ai pu tirer des quelques heures passées dans le pays frère, comme on dit au Venezuela. L’expression pays frère désigne d’ailleurs bien la réalité de cette frontière politique qui n’a rien de sociologique. En effet, une histoire et une culture communes ont réuni pendant des siècles les populations de part et d’autre de la frontière. Ce n’est pas une frontière instaurée plus ou moins artificiellement il y a moins de deux siècles, en 1830, qui, par un coup de baguette magique, va séparer des populations aux racines identiques.

Même si la politique fut (et reste) très différente de part et d’autre de la ligne, elle n’est ici qu’un épiphénomène avec lequel on pourra toujours s’accommoder.

Le mannequin aux seins PIP

Un peu gonflée, vous ne trouvez pas ?

Sont-ce les mannequins en vitrine qui influent sur les femmes ? Ou les femmes qui influent sur les mannequins en vitrine ? Grave question existentielle ! Toujours est-il que depuis quelques années on a pu observer un croissance exponentielle de la taille des seins : de ceux des mannequins, comme le montre maladroitement cette photo prise au travers de la vitre ; et de ceux des femmes, comme je l’expliquais dans un article déjà daté (2007), mais toujours d’actualité, Au pays des seins siliconés.

Une affaire d’État

Le scandale des implants PIP est donc devenu ici pratiquement une affaire d’État dès qu’il a éclaté. Il n’a pas fallu attendre longtemps pour que le gouvernement offre aux femmes PIPées la possibilité de se faire retirer gratuitement les implants dans le service public de santé. Coup de maître que cette réaction rapide et décidée, qui flirtait avec l’acte de propagande !

Il a fallu attendre à peine plus pour qu’une centaine de vénézuéliennes réunies en association annoncent leur intention de se retourner légalement contre la société française Poly Implant Prothèse (PIP) et ses distributeurs au Venezuela. Ce qu’elles exigent, ce n’est pas seulement le retrait de leurs prothèses mammaires, mais encore leur remplacement gratuit. Rien de plus logique : il serait tout de même triste que ces plantureuses poitrines se réduisent du jour au lendemain en peau de chagrin ! La bataille promet d’être rude.

Mine de rien, les prothèses PIP concernent au Venezuela quelque 30.000 femmes. Un record pour un pays qui compte 14 millions de femmes (2,1 pour 1000), à comparer avec le Brésil voisin, où l’on dénombre seulement 25.000 prothèses PIP  pour 100 millions de femmes (0,25 pour 1000). Cela veut dire que lorsque vous vous baladez dans les rues du Venezuela, 2 femmes sur 1000 que vous croisez sont porteuses d’implants PIP (sans parler des autres marques). Effarant !

La coqueluche

Un mannequin –d’un autre type– qui ne s’encombre pas de toutes ces basses considérations (car ce ne sont sans doute pas des implants PIP qu’elle a), c’est Diosa Canales, chanteuse, provocatrice et coqueluche actuelle des hommes au Venezuela et bien au-delà. Dans un tweet de début d’année, elle fait part d’un des ses projets pour 2012 : inviter à dîner le candidat qui sortira vainqueur aux élections présidentielles d’octobre au Venezuela.

Tweet de Diosa Canales

Le tweet de Diosa Canales

Et, précise-t-elle, elle viendra nue au rendez-vous ! Il faut dire qu’elle a des arguments de poids, dont on peut supposer qu’ils auront pour effet d’attiser la lutte électorale d’ici au jour du scrutin ! Et ne venez pas me dire que les dés sont PIPés. Jugez-en vous-mêmes :

Diosa Canales

Voulez-vous dîner avec moi ce soir ?

Crèche de l'opposition vénézuélienne

Les candidats de l'opposition réunis dans la crèche

En ce début d’année, n’hésitons pas à faire dans le futile (quoique révélateur).

À peine vous avais-je parlé, dans un article précédent, de la controverse à propos d’une crèche chaviste installée en plein cœur de Caracas, que l’opposition a donné la réponse du berger à la bergère (ou plutôt, dans ce cas, de la bergère au berger). La Patilla, un site web animé par Alberto Federico Ravell, ex-directeur de la chaîne de télévision d’opposition Globovisión, publie une image non piquée des vers :  six personnes souriantes entourent le petit Jésus dans une crèche décorée aux couleurs nationales (à remarquer : il s’agit du drapeau à huit étoiles, tel qu’il a été modifié en 2006 à la demande de Hugo Chávez).

Qui sont ces gens?  Parbleu ! Ce sont les six candidats aux élections primaires que la Mesa de la Unidad Democrática (MUD, coalition de partis d’opposition) organisera le 12 février prochain pour désigner le candidat présidentiel d’union, futur adversaire de Hugo Chávez. De gauche à droite : Diego Arria, Leopoldo López, Henrique Capriles Radonski, Pablo Medina, María Corina Machado et Pablo Pérez (pour en savoir plus sur chacun d’eux, n’hésitez pas à cliquer).

Aah, cela tombe bien : il n’y a parmi eux qu’une seule représentante de la gent féminine !  La présence de plusieurs femmes aurait posé de sérieux problèmes pour recréer la scène de la nativité…

La Patilla n’en est pas restée là dans le pastiche : quelques jours plus tard, le site publiait une autre scène de nativité, que je ne résiste pas non plus à partager avec vous.

Hugo Chávez et Fidel Castro dans la crèche

Un surprenant petit Jésus et un agneau tout rouge!

Hugo Chávez t-shirt casquette

Hugo Chávez sous toutes ses formes : au choix...

Tu l’aimes ou tu le hais ? Je parle de Hugo Chávez, bien entendu, de qui d’autre ? Car ce n’est pas qu’on l’apprécie, on l’aime. Et ce n’est pas qu’on le déteste, on le hait.

Ainsi va le Venezuela : divisé en deux groupes antagonistes, irréconciliables. Deux groupes qui ne se parlent pas. Pire : ne se comprennent pas. Les sondages les placent à égalité presque complète : 50 % – 50 %.

Ainsi va la politique dans ce pays : elle est une question d’amour ou de haine, et très subsidiairement une question de réflexion logique ou de raison. La récente révélation de l’état de santé de Hugo Chávez en a encore donné une preuve sans égale : manifestations d’amour inconditionnel d’une part, haine sans le moindre égard pour la souffrance d’une personne d’autre part.

“Hugo Chavez”, cela se vend

I Love Hugo Chávez

Je l'aime

Les marchands du temple ont tôt fait de profiter de cette dichotomie amour/haine, qui , avec un personnage aussi pétulant que Hugo Chávez, a un potentiel commercial sans égal.  D’autant plus que l’amour-haine s’étend bien au-delà des frontières du Venezuela : parmi les Vénézuéliens vivant à l’étranger, bien entendu (chez qui la haine l’emporte généralement sur l’amour), mais aussi parmi tous ceux qui, dans nos pays occidentaux, ont une quelconque opinion sur Chávez et le chavisme (et chez eux aussi, la haine est plutôt forte, influencée qu’elle est par l’image peu reluisante de Chávez que donnent massivement les médias conventionnels).

Hugo Sucks

Je le hais

Car “Hugo Chavez”, cela se vend, et bien. Prenez par exemple Zazzle, un site marchand qui permet au commun des mortels de concevoir des produits personnalisés et de les vendre en ligne. Sur ce site, tapez “Hugo Chavez” et vous obtenez pas moins de 274 objets dédiés au personnage!

Les T-shirts se taillent la part du lion, comme de juste, mais on trouve aussi des casquettes, des porte-clés, des cravates, des baskets, des tasses, des adhésifs, des étuis pour iPhone, des tapis de souris,  des pins, des posters, des tabliers, des sacs, etc., tous allusifs d’une manière ou d’une autre au président du Venezuela. Ces bricoles se vendent à des prix qui ne sont pas vraiment donnés.

Équipés de ces gadgets, vous pourrez alors arborer à tous vents votre amour ou votre haine du personnage. Mais vous montrerez aussi que vous n’avez pas un esprit très critique et que vous vous contentez d’aimer ou de haïr. Un peu court, vous ne trouvez pas ?

La prison de El Rodeo

La prison de El Rodeo

Les évènements tragiques de la prison El Rodeo, située à une quarantaine de kilomètres de Caracas, continuent à faire la une de l’actualité : la mutinerie, qui a commencé il y a presque deux mois avec une prise d’otages, a fait jusqu’à présent 29 victimes, selon les déclarations officielles, plusieurs centaines, selon les ONG et les familles des détenus.

Intervention de l'armée à la prison de El Rodeo

Intervention de l'armée à la prison de El Rodeo

À l’heure qu’il est, l’armée a repris le contrôle de la moitié de la prison, tandis que le millier de détenus de Rodeo 2 refusent de se rendre et rejettent toute conciliation. Une bataille de communication a lieu : face à la parole officielle délivrée par les médias gouvernementaux, les mutins témoignent de leur réalité et de leur abandon par les autorités à travers une série de vidéos postées sur Youtube. Des proches des détenus se lancent dans une grève de la faim pour exiger une solution rapide et humaine du conflit, tandis que des pasteurs évangélistes prient et tentent, sans succès jusqu’ici, d’obtenir la reddition des mutins. La situation reste chaotique, comme le montre cette vidéo diffusée par la chaîne de télévision Telesur [en espagnol] :

Avec des filles en bikini

Coïncidence, au moment même où la prison de El Rodeo apparaît aux yeux de tous comme un enfer carcéral, la presse internationale, française notamment, se fait l’écho de la situation dans une prison vénézuélienne où « on peut tout faire, sauf sortir ». Une sorte de paradis. C’est la prison San Antonio, sur l’île de Margarita.

Dans la prison San Antonio (Margarita)

Dans la prison San Antonio

C’est un article du New York Times, publié le 6 juin dernier, qui a attiré l’attention sur une réalité pour le moins contradictoire : dans cette prison hors normes, les détenus, pour la plupart impliqués dans des affaires de drogue, ont le loisir de danser dans une piscine avec des filles en bikini et mènent une vie pratiquement identique à celle qu’ils auraient à l’extérieur. Certains, parfois lourdement armés, se promènent avec leur conjointe tandis que leurs enfants s’amusent dans l’une des quatre piscines de la prison. Des salles ont été aménagées pour que les détenus puissent se retrouver en toute intimité avec leur compagne.

Le secret de tout cela ? Sous l’impulsion et la conduite d’un caïd, Teofilo Rodríguez, surnommé El Conejo [Le lapin], les prisonniers se sont organisés pour se donner les meilleures conditions de vie possible. Ce sont eux, en quelque sorte, qui gèrent la prison au mieux de leurs intérêts, comme le montre cette vidéo accompagnant l’article du New York Times [en anglais].

Cette situation insolite et incompréhensible se répète dans la plupart des prisons du Venezuela : face à des autorités mal pourvues -et en outre largement corrompues-, ce sont les prisonniers qui font la loi.

Abandon et impuissance

Malgré les apparences, il n’y a pas de réelle contradiction entre la prison enfer de El Rodeo et la prison paradis de Margarita. Toutes deux illustrent des facettes différentes de la même réalité : l’abandon et l’impuissance des autorités face à la réalité carcérale du pays. Livrés à eux-mêmes, les détenus peuvent devenir des mutins (El Rodéo) ou des gestionnaires (Margarita). Dans les deux cas, c’est leur loi qui prévaut, une loi basée sur la violence, que celle-ci soit anarchique (El Rodeo) ou canalisée autour d’un leader et sa mafia (Margarita).

Ce que nous enseignent finalement ces deux situations, a priori si différentes, c’est que l’État vénézuélien a perdu, sans doute depuis belle lurette, tout contrôle de ses prisons. Et ce ne sont pas les 5000 soldats amassés autour de El Rodeo qui changeront grand chose à ce lourd et triste constat.

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